Entête Si Chalabre m'était conté
Portrait de Victor Baro

VICTOR BARO

1923 – 1987


C’est l’histoire d’un homme que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.
Réfugié espagnol, il passera la frontière avec les Républicains, et sera enfermé dans un camp en bordure de mer en Roussillon. Puis, il s’engagera dans l’armée. Il n’a pas encore 18 ans, sous le nom de guerre « RICO Juan ».
Pendant la période de captivité, le premier mot français qu’il prononce est cornichon. Ne sachant pas que la signification est péjorative lorsqu’il traite une personne de « cornichon », il appelle le résident par ce mot, ce qui lui vaut des histoires. C’est aussi le surnom que les Chalabrois lui attribueront par la suite.

Les combattants de la Guerre d’Espagne.

Il convient de rappeler un conflit important, car il précède de peu la Seconde Guerre mondiale, et aura une incidence sur la future création de la 9ème compagnie : la Guerre d'Espagne (1936-1939).
Elle oppose le camp « nationaliste », dirigé par le général Franco, au camp « républicain », défenseur de la IIème République, mise en dangers par les généraux factieux.
Le camp nationaliste ou « franquiste » est soutenu par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, qui lui envoient du matériel, des armes, et des combattants volontaires.
Le camp républicain est composé de tendances diverses : des démocrates, des socialistes, des anarchistes, des communistes… Il est soutenu par l’URSS, qui lui fournit de son côté armes et matériel. Les objectifs étant de préserver la République et de soutenir un gouvernement élu démocratiquement. La France et la Grande-Bretagne restent officiellement neutres dans le conflit, mais laissent partir les volontaires qui rejoignent les Brigades internationales dans le camp républicain.
Cette guerre civile, cruelle, se solde par la défaite du camp républicain en février 1939, et l’instauration du régime franquiste. Pour les survivants des Brigades internationales c’est l’heure du reflux, tandis que les combattants républicains prennent le chemin de l’éxil, lorsque cela est possible.
Ils sont ainsi des centaines, voire des milliers à fuir et à franchir les Pyrénées pour se réfugier en France. On les estime à cinq cent mille personnes. Les autorités françaises en internent deux cent soixante-quinze mille dans des camps improvisés, dans le Sud de la France : Argelès-sur-Mer, Saint-Cyprien, Barcarès, Le Vernet pour les anarchistes, Bram ou encore Gurs. Les conditions de vies y sont difficiles. Les installations sanitaires les plus simples y font défaut. La dysenterie y fait des ravages.
Dans ces camps, une vie culturelle et politique s’organise. Nombreux sont les anciens combattants républicains qui veulent continuer la lutte contre le fascisme. Dans les camps, les gendarmes français circulent, et les incitent à s’engager dans la Légion étrangère. Le souci des autorités est ici avant tout de désengorger les camps. On dénombre dix mille Espagnols, qui s’engagent en 1939. D’autres seront affectés dans des usines d’armement ou à des travaux de terrassement.
Nombreux seront les Espagnols qui iront rejoindre ou former divers mouvements de résistance armée en France métropolitaine.
C’est dans ce vivier de combattants, acharnés et n’ayant plus rien à perdre, que la 9ème Compagnie du RMT (Régiment de Marche du Tchad) puisera l’essentiel de ses effectifs. On trouve des Espagnols dans d’autres unités comme dans la 2ème Division Blindée (DB). Mais, c’est dans la 9ème compagnie qu’ils sont majoritaires.

Le Régiment de Marche du Tchad.

Comme l’avait pressenti le général De Gaulle, malgré la défaite française de 1940 sur le sol métropolitain face aux armées allemandes, l’empire colonial français peut apporter à la France libre des hommes décidés à poursuivre le combat. Ces colonies constituent un vivier d’hommes qui, équipés et entraînés, pouvaient reprendre le combat. Pour les troupes coloniales, c’est l’heure du choix : se ranger derrière le gouvernement de Vichy et collaborer avec l’Allemagne nazie, ou suivre un général exilé à Londres qui ne promettait que « le combat, le sacrifice, et l’espérance » et, tout au bout, la victoire finale.
C’est le Tchad qui se rallie en premier à la France libre et à son chef, sous l’impulsion de son gouverneur Félix Eboué. Puis, c’est l’ensemble de l’Afrique Equatoriale Française (AEF) qui rejoint De Gaulle, les 26, 27, et 28 août 1940. Très vite, les troupes sont réorganisées en vue des campagnes à venir, grâce au Colonel Marchand, gouverneur militaire du Tchad. Le Régiment de Tirailleurs Sénégalais du Tchad (RTST), déjà rallié à De Gaulle le 25 août, est rééquipé et très vite lancé dans des raids à travers le désert.
Pour affirmer au reste du monde et à ses alliés que la France continue à se battre, De Gaulle ordonne au colonel Leclerc d’attaquer les garnisons italiennes de Libye, située au Nord du Tchad. L’entreprise est audacieuse : avec peu de matériel, seulement deux canons de 75, la « colonne Leclerc » va faire plusieurs milliers de kilomètres à travers le désert, afin d’attaquer la garnison de Koufra. En mars 1941, après quelques combats d’approche, le fort italien est en vue. N’ayant gardé qu’un seul canon, Leclerc lui fait changer de position autour du fort après chaque tir, afin de faire croire à l’ennemi qu’il en possède plusieurs. La garnison italienne finit par se rendre.
C’est alors, une fois le drapeau français hissé à la place de la bannière italienne et en présence des troupes rassemblées, qu’est prononcé par Leclerc le célèbre serment :
« Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ».
Une telle affirmation, en plein cœur du désert libyen, semble alors irréelle. Elle est pourtant le signe d’une indestructible volonté de revanche, et de la certitude que la guerre peut encore être gagnée.
Après la prise de Koufra, le RTST participe à la campagne du Fezzan, puis à celle de Tunisie aux côtés de la VIIIème Armée britannique.
À partir d’éléments du RTST et d’hommes venus d’autres unités, est créé un régiment de marche, baptisé Régiment de Marche du Tchad en mai 1943. Il est rééquipé au Maroc, et embarque à Casablanca pour rejoindre Londres en 1944 via le Groenland, à bord du paquebot Franconia, en prévision du débarquement en France.

Historique de la Nueve,
La création de la Nueve.

Lorsqu’est créée la 2ème DB, à l’été 1943, vingt pour cent des seize mille hommes de la division sont Espagnols. La 2ème DB est une unité moderne équipée de matériel américain, et représente un mélange de combattants venus d’horizons les plus divers : des soldats de l’Armée d’Afrique, des troupes coloniales d’Afrique noire, des citoyens français mobilisés en Afrique du Nord, des prisonniers de 1940 évadés ayant traversé l’Espagne… Tous ont en commun la volonté de libérer la France de l’occupant. Le général Leclerc, commandant la division, avait clairement affirmé son souci de réunir ceux qui veulent continuer le combat, quelles que soient leurs origines et leurs opinions politiques. Il se disait ainsi prêt à accueillir des communistes, lui qu’on qualifiait de « calotin » ! Des républicains espagnols, la plupart communistes ou anarchistes, ne pouvaient donc que trouver leur place au sein de la 2ème DB.
C’est pendant l’hiver 1943-1944 qu’est créée et que s’entraîne la 9ème compagnie du RMT, en Afrique du Nord (en Algérie, puis au Maroc). Elle y reçoit son matériel.
Les hommes de la 9ème compagnie, n’oubliant pas leurs origines, appellent vite leur unité « la Nueve », qui veut tout simplement dire neuf en espagnol.

Photo de groupe de la 2ème DB : la Nueve

Le capitaine Drone est au 1er rang, le 5ème en partant de la droite.
Victor Baro, (alias Rico Juan), est au 4ème rang le 1er en partant de la droite.
La 9ème compagnie prend place dans le 3ème bataillon du RMT, commandé par le chef de bataillon le lieutenant-colonel Putz, un ancien volontaire des Brigades internationales.

Le capitaine Raymond Dronne est choisi pour commander la 9ème compagnie, car il parle couramment espagnol. Cela se révèle très utile, car, à la Nueve, on parle essentiellement castillan. Cette compagnie est, incontestablement, par sa composition et son esprit une unité particulière, qui ne ressemble pas à une unité classique de l’armée régulière. La plupart des Espagnols sont anarchistes, et un certain nombre d'entre eux sont socialistes et modérés.
Dronne trouve les Espagnols « à la fois difficiles et faciles à commander ». Ils restent sur leurs gardes jusqu'à ce que leur officier ait fait ses preuves. Mais, une fois qu'ils accordent leur confiance, celle-ci est « totale et complète ». Ils veulent absolument connaître les raisons des tâches qu'on leur demande d'accomplir. Mais, quand on les leur a expliquées et qu'ils les approuvent, ils les exécutent avec une résolution inébranlable. « Ils n'avaient pas l'esprit militaire, écrit Dronne. Ils étaient presque tous antimilitaristes, mais c'étaient de magnifiques soldats, vaillants et expérimentés. S'ils avaient embrassé spontanément et volontairement notre cause, c'était parce que c'était la cause de la liberté. Oui, en vérité, c'étaient des champions de la liberté ».
Lorsqu’est créée la Nueve, seuls le capitaine Dronne, l’adjudant-chef Neyret, le sergent-chef Handos de Possesse sont des Français de métropole.
On y trouve aussi quelques Français d’Afrique du Nord, quelques Allemands antinazis (tel le sergent-chef Reiter), un Italien, et des Portugais. La plupart des sous-officiers sont Espagnols.
Lorsque le RMT campe en Angleterre, la 9ème compagnie s’installe à Pocklington (Yorkshire) et s’y entraîne. La campagne de France est proche.

La Nueve au combat.

L’histoire des combats de la 9ème Compagnie se confond avec celle du Régiment de Marche du Tchad et de la 2ème DB, dont elle ouvrira bien souvent le chemin.
La 2ème DB débarque en Normandie du 31 juillet au 4 août 1944. Elle est organisée en groupements tactiques, prenant chacun la première lettre du nom de son chef : GTD (de Dio), GTL (de Langlade) et GTV (du Colonel Warabiot ; le V est plus simple à utiliser que le W).
C’est dans ce dernier groupement qu’est intégrée la 9ème compagnie.
La 2ème DB enveloppe les Allemands de Normandie en prenant Rennes, Château-Gontier, Le Mans, Alençon.
Le GTV est en réserve.
Le 12 août, le GTV passe en tête. Il prend Sées (61), puis fonce sur Ecouché (61).

La bataille d’Ecouché.

La 9ème compagnie et la 1ère compagnie du 501ème Régiment de Chars de Combat (RCC) sont engagées. Après une progression par les petits chemins ponctuée de quelques engagements, elles surprennent au soir une colonne motorisée allemande et la détruisent.
Le 13 août, la 9ème compagnie arrive à Ecouché. Elle surprend une autre colonne ennemie et la détruit. Elle se bat contre des SS.

La position d’Ecouché est une pointe dans le dispositif allemand. La Nueve va tenir la position pendant une semaine, jusqu’au 18 août. Les combats sont violents, et la compagnie enregistre des pertes : sept tués et dix blessés. L’ennemi subit des pertes plus lourdes encore : quatre cents véhicules sont détruits. Ses pertes sont nombreuses.
La Nueve quitte Ecouché le 23 août. Elle combat au Sud de Paris toute la journée du 24, et est stoppée devant Fresnes.

La libération de Paris.

S’il est aujourd’hui bien connu que c’est la 2ème DB qui a libéré Paris, le fait que ce sont les hommes de la Nueve qui y sont entrés les premiers l’est beaucoup moins.
Les Américains avaient promis au général De Gaulle que les troupes françaises entreraient les premières dans la capitale. Le 24 août, la 2ème DB a beau être proche de Paris (stationnée à Rambouillet), l’ordre formel ne vient toujours pas. Les Américains semblent vouloir encercler Paris pour obliger les Allemands à l’évacuer d’eux-mêmes. Bien que dépendant du général américain Gerow, le général Leclerc décide de passer outre, et donne l’ordre au capitaine Dronne de foncer sur Paris : « Filez directement à Paris et entrez-y ». Et, Leclerc d’ajouter : « Passez par n'importe quel moyen. Il faut absolument entrer dans Paris. » Il est alors 19 heures 30. Il s’agit avant tout de ne pas se laisser dépasser par les Américains et de faire libérer la capitale de la France par l’armée française elle-même.
Entrer dans Paris est d’autant plus urgent que l’insurrection de la résistance parisienne a déjà commencé le 18 août, et les combats sont violents. Il importe de venir en aide aux insurgés le plus vite possible, qui commencent à manquer de munitions.
Dronne (qui avait sur le drapeau de la jeep une inscription : « mort aux cons »)»), à la lecture de laquelle le général De Gaulle dira ; « Vaste programme ! », envoie ses sections de half-tracks, commandées par le lieutenant Ellas et le sergent Campos, soit vingt-deux blindés et cent vingt hommes. À 20 heures 20, la 9ème compagnie entre dans Paris par la Porte d’Italie, derrière le lieutenant Amado Granell, bras droit du capitaine Dronne. À 21 heures 30, elle est : place de l’Hôtel de Ville. Ce sont ainsi les blindés conduits par des Espagnols qui participent à la libération de Paris. Ils portent des noms symboliques : « Guadalajara », « Madrid », « Guernica », « Belchite », « Guipúzcoa » ou « Brunete ». Certains arborent un petit drapeau républicain espagnol. L’accueil des Parisiens est enthousiaste.
Le blindé « Guadalajara » est devant l’Hôtel de Ville. Le mitrailleur lourd se nomme Rico Juan. Il surveille d’un regard affuté. Une Parisienne avec son accent pointu pose la question :
«American ? American ? ».
Et notre soldat de répondre :
« No yo soy Frances »
Le lendemain le journal « le Parisien libéré » titrait :
« Muchas gracias »

La libération de Paris, revue des troupes

Dronne est reçu par le Comité National de La Résistance, présidé par Georges Bidault. La compagnie se met en position défensive autour de la place de l’Hôtel de Ville. Ils mettent en batterie un canon surnommé « El Abuelo » (Le Grand-père).

En début de soirée, un détachement de la 2ème DB commandé par le capitaine Dronne passe par le Kremlin- Bicêtre, et arrive à l'Hôtel de Ville commandé par le capitaine Dronne. Ils se rendent ensuite à la Préfecture de Police dans la joie générale.
Après quatre ans d'occupation, Paris va être libérée. Mais, les Allemands résistent et n'acceptent pas la défaite. Von Choltitz qui a reçu l’ordre de faire sauter Paris, refusera l'ultimatum.
Le 25 août, Leclerc et les alliés rentrent dans Paris par la Porte d'Orléans. Et, les combats de rues ont lieu quartier par quartier contre miliciens et Allemands.
L'assaut est donné à 14 h 00 contre l'Hôtel Meurice dans la rue de Rivoli, quartier Général du Gross-Paris où se trouve Von-Choltitz. A 15 h 00, soit une heure plus tard, le Q.G. allemand est aux mains des Alliés.
Les cloches de Paris, celles de Notre-Dame, sonnent à la volée. Les Allemands et surtout Von Choltitz comprirent que, pour eux, c’était fini.
Des combats ont lieu au Luxembourg et aux Invalides, pour réduire les dernières poches de résistance allemandes.
Le 25, le capitaine Dronne a pour mission de prendre le Central téléphonique Archives que les Allemands menacent de détruire. Cela causerait des dommages irréparables pour les liaisons de la capitale. Mais, rue du Temple, les soldats de la 2ème DB et les FFI qui les accompagnent rencontrent une résistance de la part des Allemands qui défendent le Central Archives. Deux soldats de la 2ème DB seront tués, ainsi que des FFI dont le Gardien de la Paix Marcel Bisiaux, 38 ans, qui sera tué d'une balle dans la tête. Une plaque commémorative leur est dédiée à cet endroit.
La Nueve s’empare du central téléphonique, miné par les Allemands. Ce sont eux qui devront alors le déminer.
Durant les combats livrés dans Paris, la 2ème DB est renforcée par des résistants espagnols qui s’y trouvaient. Un groupe, mené par Julio Hernandez, pénètre même dans l’ambassade espagnole pour y hisser le drapeau républicain !
Le 26 août, c’est le défilé de la Victoire de l’Arc de Triomphe à Notre-Dame. La Nueve assure la protection immédiate du général De Gaulle et du Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF).

La libération de Paris, revue des troupes

Du 1er au 8 septembre, la Nueve campe au Bois de Boulogne. Le chef de bataillon Putz écrit le 5 septembre 1944 :
« Il était à craindre qu’au cours du stationnement à Paris et au Bois de Boulogne l’unité ne se dissolve plus ou moins à l’instar des Soldats d’Hannibal dans les délices de Capoue. Si le départ de Paris est indispensable à bref délai, la détente qu’aura occasionné le séjour dans la capitale aura été salutaire, la discipline ayant pu malgré les difficultés être maintenue intacte (…) De nombreux engagés ont été incorporés, tant pour combler les pertes que pour combler les déficits initiaux. Ils se fondront rapidement dans le creuset. Il serait à souhaiter que leur habillement puisse être réalisé au plus tôt. C’est une condition pour que la fusion s’opère pleinement. En résumé, moral solide faisant bien augurer des jours à venir. »
Le 8 septembre 1944, la compagnie quitte le Bois de Boulogne à 6 heures 45, et suit sa route sans difficultés : Porte de Passy pour atteindre Villeneuve-L’archevêque.

La libération de Paris, revue des troupes

Les combats d’Andelot en Haute Marne.

Le 11 septembre, le GTV reçoit la mission de pousser vers la Moselle au Nord d’Epinal, puis d’atteindre la rive droite de la Marne dans la région d’Andelot (52), tenue par les Allemands.
Le 12 septembre, les capitaines Branet et Dronne envoient un ultimatum aux Allemands, qui reste sans effet. Le général Billotte, commandant le GTV, décide d’attaquer le village d’Andelot à 13 heures 30. L’infanterie progresse, appuyée par les chars. L’artillerie prépare l’attaque. Les Allemands finissent par se rendre. L’opération prend fin à 15 heures 30. La Nueve fait trois cents prisonniers.


Jean Marais : Après la libération de Paris, en août 1944, Jean Marais s'engagea dans l'armée française et rejoignit la 2ème DB du général Leclerc. Il fait partie de la 3ème compagnie du 501ème RCC.

Portrait de Jean Marais

Les combats du secteur de Mattaincourt dans les Vosges.

Dès 17 heures, la compagnie doit repartir en direction de Vrécourt, puis de Vittel. Elle y arrive le soir, après que la ville ait été prise par le GTL.
Le lendemain, le 13 septembre, c’est le départ vers Remoncourt, où les Allemands sont retranchés avec une forte artillerie. Les canons allemands sont détruits par les chars. Une vingtaine d’Allemands sont tués, soixante-dix-neuf sont faits prisonniers.
Le 14 septembre, la Nueve fait mouvement sur Velotte-et-Tatignécourt, où les Allemands et leur colonel se rendent sans tirer.
La résistance est plus vive devant Mattaincourt. Après quelques tirs d’artillerie, l’ennemi se rend. On compte quatre-vingt-onze prisonniers.

Les batailles de Châtel-sur-Moselle.

Le lendemain, le 15 septembre, Châtel-sur-Moselle est la nouvelle destination. Le GTV, divisé en trois sous-groupements (Dronne, Branet et Davreux), progresse sous les feux de l’artillerie allemande. Il prend Châtel et le dépasse, avant de s’y replier et de s’y retrancher.
Des patrouilles vont le 16 septembre observer les abords de Vaxoncourt, tenu par les Allemands. Elles rapportent que d’importants éléments ennemis sont prêts à attaquer.
L’attaque allemande débute à 17 heures, lancée par des chars et de l’infanterie. La Nueve tient bon, grâce au soutien efficace de l’artillerie qui immobilise deux chars allemands. Vers 22 heures, le combat semble finir. L’ennemi repasse à l’attaque à 23 heures, tentant de remorquer ses chars endommagés. Les combats continuent durant la nuit, et la 9ème compagnie inflige de lourdes pertes à l’ennemi. La Nueve subit elle-aussi des pertes : deux tués, et neuf blessés. Parmi ceux-ci, le sergent Pujol, qui va se faire panser, regagne son poste, refusant d’être évacué.
A 2 heures du matin, l’ordre est donné de se replier de l’autre côté de la Moselle. La compagnie évacue en bon ordre, malgré la colère des hommes qui avaient tant peiné à tenir Châtel. Elle traverse la Moselle sans aucune perte, les Allemands n’ayant pas attaqué, et se met au repos dans le village de Jorxey.
Le 18 septembre, la compagnie doit repartir à 17 heures 30 pour reprendre Châtel-sur-Moselle. Le Génie établit des passages sur la Moselle, les ponts ayant été détruits. La 10ème compagnie du RMT doit prendre Châtel au Nord, et la 9ème compagnie au Sud. Les deux compagnies passent la Moselle, et s’installent dans le village sans rencontrer de résistance.
Le19 septembre, la journée débute sous les obus allemands, qui pleuvent sur le village et le pont en construction. Une attaque d’infanterie allemande est repoussée. Mais, les tirs de harcèlement ennemis continuent, et il faut chercher les munitions qui commencent à manquer de l’autre côté de la Moselle, en passant sur la passerelle démolie.
A 10 heures, les half-tracks et les chars arrivent en renfort. Trois détachements sont formés pour élargir la tête de pont française. Malgré l’artillerie ennemie, Vaxoncourt est pris à 12 heures 30, et le village de Pallegney est occupé par les chars des Spahis.
Au soir du 19 septembre, l’ennemi a plus de cent tués, et quatre-vingt-cinq Allemands sont faits prisonniers. Il a en outre laissé sur le terrain beaucoup de matériel. La Nueve n’a pas à déplorer de tués. Mais, elle a de nombreux blessés, dont onze doivent être évacués.
Toute la journée du 20 septembre, le GTV se maintient sur ses positions, essuyant les obus allemands. Des patrouilles vont reconnaître les abords des positions ennemies. Le soir, des fusiliers marins viennent relever deux groupes trop épuisés pour la surveillance de nuit.
La Nueve s’installe au repos à Rehaincourt, jusqu’au 30 septembre. Elle révise son matériel et instruit les nouvelles recrues.
Le 25 septembre, à Nancy, le capitaine Dronne reçoit du général De Gaulle la Croix de Compagnon de la Libération.

Portrait de Jean Marais

La progression reprend.

Le 1er octobre 1944, la compagnie reçoit pour mission de couper la route Rambervillers-Baccarat entre Anglemont et Baccarat. Elle s’installe dans Xaffévillers et commence ses patrouilles. Des échanges d’artillerie ont lieu.
Le 14 octobre, une patrouille tombe dans une embuscade. Elle déplore deux tués et un blessé grave. Il faut désembourber un char, pendant deux heures, sous les obus.
La Nueve reprend la route le 30 octobre au matin. Elle doit contourner Hablainville (54) par le Nord, puis passer la Verdurette, ruisseau qui n’est franchissable pour les véhicules que par un pont. Elle s’arrête à Buriville à 8 heures 30.
La progression reprend et c’est l’attaque d’Hablainville, dans laquelle les Allemands se défendent au canon et à l’arme automatique. Une partie du village est minée. Hablainville est occupée à 9 heures 15, mais subit toujours l’artillerie allemande, tandis que des maisons et l’église brûlent.
La compagnie occupe les villages au bord de la Verdurette. Ceux-ci sont déserts, mais reçoivent toujours des obus allemands. Le détachement Dronne est à Vaxainville. Il franchit la Verdurette pour aller occuper Vacqueville. Mais, les véhicules s’embourbent. La progression est difficile, même à pied. Il s’arrête à la lisière sud-ouest de Vacqueville à la tombée de la nuit, car tous les véhicules ne l’ont pas encore rejoint. Des chars allemands sont décelés dans le village.

Les combats pour la prise de Vacqueville (54).

Ils commencent le lendemain 1er novembre. La 9ème compagnie est renforcée par deux sections de chars du 501ème RCC. Une préparation d’artillerie précède l’avancée des véhicules. Partout, la résistance ennemie est vive. Les canons français affrontent les chars allemands. Le pont, qui a été miné, est détruit par le Génie. Le capitaine Dronne fait jeter, dans le ruisseau, des rondins d’une barricade allemande, puis fait passer ses blindés. Le général Leclerc arrive alors pour s’informer de la situation. L’aviation attaque au nord-est le bois Godfrin et le bois des Boules. Le village de Vacqueville est pris.
A la fin de la journée, l’ennemi a laissé sur le terrain deux chars Mark IV, un canon d’infanterie, trois véhicules blindés, cinq armes automatiques. Il a perdu une cinquantaine d’hommes, et quarante-deux hommes sont faits prisonniers, dont deux officiers (vingt-trois ont été capturés par la Nueve).
La 9ème compagnie déplore trois tués. Sur trois chefs de section, deux sont hors de combat.
Le 3 novembre, les Américains relèvent la compagnie, qui repart le lendemain. La Nueve n’a plus que deux officiers, deux cent trente-six sous-officiers et militaires du rang. Elle se repose à Azerailles.
Du 10 au 13 novembre, la compagnie remonte en ligne, puis retourne au repos à Azerailles le 14.
Le 15 novembre, trente-six permissionnaires partent pour Nancy à 8 heures. Le capitaine Dronne est, quant à lui, déjà parti en permission la veille. À 14 heures 45, l’ordre est donné à la compagnie de partir d’urgence à l’assaut de Badonviller. Le lieutenant Granell, qui remplace le capitaine Dronne, fait rappeler les permissionnaires et cherche à rassembler les hommes au repos dans tout le village, alors que ceux-ci lavent leurs effets.
Les permissionnaires arrivent dans la nuit, en retard, certains manquant à l’appel. Le départ ne se fait que le lendemain 17 novembre au petit jour.
Lorsque la compagnie arrive en vue de Badonviller, les combats font déjà rage. Les Allemands tiennent solidement le village. La Nueve progresse rue par rue, maison par maison. Les points de résistance ennemis sont détruits peu à peu. La compagnie a trois officiers sur quatre hors de combat. Lorsque le village est pris à midi, les pertes sont élevées, et les hommes fatigués. Le bilan est de six tués (le sous-lieutenant Kron décèdera plus tard des suites de ses blessures), onze blessés évacués, et trois blessés non évacués.
Malgré cela, le lieutenant-colonel La Horie, commandant le groupement, donne l’ordre d’attaquer Bréménil. À 14 heures, c’est le départ, quand arrive un contrordre : se mettre en bouchon sur le carrefour nord-est du village et en défense entre le cimetière et la route de Montreux. À 17 heures, la compagnie est relevée par la 12ème compagnie et se place en réserve.
La Nueve a, au cours de la journée, tué une cinquantaine d’ennemis, fait cent cinquante-trois prisonniers, pris soixante fusils et douze mitraillettes.
Le 18 novembre, la compagnie apprend la mort du lieutenant-colonel La Horie, qui était apprécié de tous. La Nueve reçoit l’ordre de s’installer à Sainte-Pôle. Le départ est remis au lendemain.
Le 20 novembre, la compagnie reçoit le renfort de soixante-seize gradés et militaires du rang. Le capitaine De Castellane en prend temporairement le commandement, en attendant le retour du capitaine Dronne.
Le 21 novembre, la Nueve fait mouvement en direction de Saverne. Elle s’installe à 20 heures à Birkenwald (67).
Le lendemain, le 22 novembre, la compagnie est réorganisée en deux sections (lieutenant Granell et adjudant Moreno). Elle reçoit, de plus, vingt-cinq hommes sous les ordres de l’aspirant D’Aboville.
On lui annonce que le général Leclerc a décidé de prendre Strasbourg le lendemain. La Nueve devra participer à l’établissement d’une tête de pont à Kehl.


Jean-Claude Pascal , de son vrai nom Jean-Claude Roger Henri Villeminot, était né à Paris le 24 octobre 1927, et il est mort à Clichy-la-Garenne le 5 mai 1992. C’était un acteur, chanteur et écrivain français. Il s'engage à 17 ans (en 1944) dans la 2ème Division blindée, avec laquelle il pénètre dans Strasbourg encore occupée en première ligne. Il reçoit la Croix de guerre.

Portrait de Jean-Claude Pascal

La prise de Strasbourg.

Le lendemain, le 23 novembre 1944, la 9ème compagnie part de Marmoutier à 8 heures. Formée de trois détachements, elle progresse à travers la plaine d’Alsace sans difficultés majeures. La Nueve arrive ainsi aux abords de Strasbourg, où elle attaque des nids de mitrailleuses et des canons de quatre-vingt-huit Allemands. Du matériel ennemi est capturé, ainsi que cinq cents prisonniers. Deux des détachements foncent sur Strasbourg.
C’est ce jour du 23 novembre 1944 que la 2ème DB libère la ville et hisse le drapeau français sur la cathédrale : le serment de Koufra est tenu !
Le 24 novembre, la compagnie est en mission de surveillance des abords du Rhin.
Le capitaine Dronne rentre de permission le 27 novembre. La Nueve doit partir le lendemain pour faire la jonction avec la 1ère Armée française du général De Lattre De Tassigny. Elle renforce le GTD.
Les jours suivants, la progression est ralentie par les embouteillages d’unités mélangées et par les ponts détruits.
Le GTD atteint Erstein le 29 novembre.
Le 2 décembre, c’est l’attaque de Herbsheim qui est pris. Les sous-groupements campent à Schaeffersheim et Gerstheim où Christophe Martin sera tué. Des avions allemands mitraillent les troupes au sol durant la journée du 4.
Du 6 au 11 décembre, la compagnie instruit les nouvelles recrues.
Le 12 décembre, le GTV doit renforcer un bataillon de parachutistes pour prendre Witternheim.

L’attaque de Witternheim (67).

Une section de la 9ème compagnie, renforcée de deux chars et d’un half-track, doit nettoyer un bois aux abords de Witternheim. C’est chose faite à 8 heures 30. La Nueve doit alors attendre les parachutistes, qui prendront le village. Mais, ceux-ci tardent à arriver. Le lieutenant Dehen profite de la position avantageuse de sa section et poursuit l’ennemi sur cinq cents mètres. Il entre dans le village à 9 heures 15, essuyant les obus français, puis allemands. Lorsque les parachutistes arrivent sur place, le village est déjà pris. Les Allemands comptent dans leur rang trente-cinq tués, et vingt-et-un prisonniers. La 9ème compagnie n’a qu’un seul blessé.
Pendant l’action sur Witternheim, Dronne et une section du Génie déminent les abords du village.
La 9ème compagnie échoue pourtant le lendemain à prendre Bindernheim. Elle fait mouvement vers le village à 8 heures. Le brouillard masque les maisons. C’est tout près du village que Dronne apprend que des chars allemands sont sur place. Ceux-ci se mettent à tirer, appuyés par leur artillerie. Les parachutistes ne réussissent pas mieux à progresser, et ordre est donné le soir de se replier sur Witternheim. La compagnie déplore cinq tués et quatre blessés évacués.
Les unités se retranchent dans Witternheim et Neunkirch.
Le 15 décembre, la 9ème compagnie subit quelques tirs d’obus dans la journée. Les chars allemands se rapprochent, mais n’attaquent pas, ni le lendemain soit le 16 décembre.
Le 17 décembre, les Allemands se retranchent dans les bois face aux troupes françaises, en utilisant des abattis. Ils tirent quelques obus.
Du 18 au 25 décembre, les obus ennemis pleuvent. L’artillerie française riposte.
Le 26 décembre, la 9ème compagnie est relevée par la 10ème compagnie. Elle a eu deux tués, un disparu, onze blessés évacués, et six blessés légers. Elle a néanmoins infligé à l’ennemi cinquante-quatre tués, et fait cinquante-et-un prisonniers. Elle se repose à Kertzfeld jusqu’au 1er janvier 1945.
Le 2 janvier, la Nueve repart, car les Allemands ont attaqué en Lorraine du Nord. Elle s’installe à Burbach (67), où elle continue l’instruction des recrues jusqu’au 18 janvier.
Le 19 janvier, le GTV repasse par Saverne enneigée, et stoppe à Griesheim-près-Molsheim, à cause de la glace qui rend la route impraticable.
Le GTL doit le 2 janvier contourner les troupes allemandes pour les prendre à revers, alors qu’elles sont aux prises avec les troupes américaines et françaises entre Sélestat et Colmar. Les blindés sont blanchis à la chaux.
Le GTL est à Sélestat le 23.
Le 25 janvier, la 9ème compagnie reçoit son ordre de départ en pleine nuit. Elle s’installe près de Guémar à la tombée de la nuit suivante.
Le 26 janvier, à 2 heures du matin, le capitaine Dronne reçoit pour mission d’aller renforcer la Légion, qui piétine dans le bois d’Elsenheim. Il s’agit de l’appuyer pour qu’elle puisse prendre la localité. La Nueve devra d’abord prendre le carrefour 177.
Pour mieux se camoufler, la compagnie est entièrement vêtue de blanc. Elle se met en route à 8 heures, appuyée par des chars du 501ème RCC. Les routes sont très glissantes.
Le groupement subit des tirs, puis détruit trois blindés allemands. Il dépasse le carrefour 177, puis essuie des tirs qui incendient deux half-tracks. La 9ème compagnie s’installe autour du carrefour en point d’appui fermé. Seuls quelques obus ennemis sont tirés. En fin de journée, le bilan est de deux tués, trois blessés, et trois half-tracks détruits pour la Nueve.
Le 27 janvier, la Légion progresse et la section Moreno va occuper un bois à l’Ouest. Cette section subit un violent tir d’artillerie. Elle a quatre blessés et se replie.
Le 28 janvier, le froid est très vif. Dix-sept malades sont évacués, presque tous pour pieds gelés. Ce même jour, le sous-groupement du lieutenant-colonel Putz attaque Grussenheim. La Nueve apprend avec douleur la mort du lieutenant-colonel Putz et du commandant Puig du GTV. Elle perd également deux hommes dans un bombardement aérien.
Le froid augmente le lendemain : - 22 degrés. Neuf hommes aux pieds gelés sont encore évacués. Une attaque est prévue sur la rivière Blind, mais les renforts n’arrivent pas. L’attaque n’a lieu que le soir, avec des pertes sévères.
Le 31 janvier, le lieutenant Dehen va reconnaître le village d’Elsenheim, qui est occupé à 14 heures. L’artillerie ennemie frappe toujours. Les fusiliers marins s’emparent de Marckolsheim, et prennent le seul pont qui n’ait pas été détruit sur le Rhin. La compagnie espère un peu de repos. Mais, elle doit repartir après 21 heures, pour couper la retraite allemande de Marckolsheim. Elle atteint ses objectifs avant minuit, sans dommages car l’ennemi a évacué. La moitié nord de la poche de Colmar est ainsi liquidée.
Le 1er et le 2 février sont des journées calmes. Le général Leclerc vient à Marckolsheim visiter la compagnie. Le 3 février, la compagnie remonte, et s’installe à Krautergersheim où elle reste jusqu’au 14 février.
Le15 février, elle part pour la Lorraine du Nord et s’installe. Périodes d’instruction et de permission se succèdent.
Le 5 mars, la Nueve s’installe dans le village de Vicq-sur-Nahon (36). Là, elle continue l’instruction, alternant avec les permissions.
Quelques blessés sont amenés en cure à Luchon. Ils profitent de leur passage devant Lourdes, pour aller prier la sainte-vierge à la grotte. De ces deux faits, la famille Baro à Chalabre possède des photos.

Portrait de Jean Gabin

Victor BARO est le 2ème en partant de la droite avec le calot
Le 29 mars, le capitaine Dronne est décoré de la Légion d’honneur.
Le 30 mars, un détachement de la Nueve et le capitaine Dronne partent pour Paris pour y défiler le 2 avril.
Le 31 mars, le capitaine Dronne est promu chef de bataillon, le lieutenant Dehen est promu capitaine.
Du 1er au 21 avril, la compagnie se prépare à partir pour l’Allemagne. Le commandant Dronne quitte la compagnie, qui est désormais commandée par le capitaine Dehen.


Jean Gabin : la star de l’avant et après-guerre. Le second maître Jean Moncorgé sert comme chef du char Souffleur II du 2ème escadron du régiment blindé de fusiliers marins, qui appartient à la célèbre 2ème division blindée du général Leclerc.
Au printemps 45, il participe à la libération de la poche de Royan, puis à la campagne d'Allemagne qui le conduira au Nid d'aigle d'Hitler à Berchtesgaden. À la fin de la guerre, il est décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre. En juillet 1945, âgé de 41 ans, le « plus vieux chef de char de la France Libre » est démobilisé, et revient au monde du spectacle avec des cheveux blancs.

Portrait de Jean Gabin

La campagne d’Allemagne.

La 9ème compagnie entre en Allemagne le 25 avril 1945, à Rastatt. Elle traverse Karlsruhe, et passe la nuit à Heilbronn.
Le 30 avril, elle est à Landsberg am Lech, où elle y cantonne.
Le 1er mai, elle se trouve à Obersöchering.
Le 3 mai, avec les Spahis du 1er Régiment de Marche de Spahis Marocains (RMSM), la Nueve fait mouvement vers l’Autobahn. Un half-track est d’échenillé par un obus allemand dans la vallée de l’Inn. La résistance ennemie se fait sentir, et la compagnie passe la nuit à Inzell.
L’ennemi (deux compagnies) tient solidement un pont et un hameau. La 9ème compagnie déborde le pont par les hauteurs, appuyée par les chars du 501ème RCC. Les objectifs sont atteints. Mais, le pont est endommagé (un pont provisoire est lancé par le Génie). La Nueve perd un homme, le soldat Bolgoff qui sera son dernier tué. Les tirs d’artillerie allemande, venant des hauteurs et très nourris, font dix blessés. Avec l’aide de l’artillerie du GTV, la Nueve prend le village de Weißbach dans l’après-midi, et y passe la nuit avec des parachutistes de la 101ème division US.
Le 5 mai, le capitaine Dehen part à l’assaut de la montagne en laissant ses véhicules en bas. Les armes sont portées dans des poussettes d’enfants, trouvées dans le village. Les pentes sont raides et les hommes peinent. Peu à peu, les résistances allemandes cessent.
La rivière Saalach, en crue, est franchie sur un pont de singe improvisé. Le capitaine Dehen prend avec lui un groupe d’hommes valides et fonce sur Ramsau bei Berchtesgaden, où une compagnie allemande en armes l’attend pour se rendre. Il leur demande un autocar et un véhicule, puis continue vers Berchtesgaden. Il n’y arrivera pas le premier, le GTV y étant depuis la veille.
Le 6 mai, la compagnie cantonne à Schönau, près de Königsee.
Lorsque prend officiellement fin la guerre, la Nueve est au repos et visite le PC de Hitler, l’Obersalzberg.
Le 9 mai, elle cantonne à Machtfling, dans la région de Munich. Les jours suivants, la compagnie recueille le frère d’un de ses soldats, Ami Robert, déporté à Dachau. Il est soigné et rentrera en France avec la Nueve.
Le 19 mai, le général De Gaulle passe la 2ème DB en revue sur le terrain d’aviation de Munich. La 2ème DB rentre ensuite en France.
La 9ème compagnie s’installe à Voulx (Yonne). Elle a la joie de défiler au complet sur les Champs-Élysées le 18 juin 1945.
L’épopée de la Nueve prend fin en juillet 1945, à Voulx, lorsqu’elle est officiellement dissoute et que ses effectifs sont démobilisés.

Epilogue ?

L’épopée de la Nueve s’est achevée en juillet 1945, avec sa dissolution. Pour les Espagnols de la compagnie, il n’est alors pas possible de retourner en Espagne, désormais franquiste. Cela représente pour certains une déception. Ils espéraient rentrer au pays les armes à la main avec l’aide de la France, après avoir libéré celle-ci. Il n’en sera rien.
Ces Espagnols se dispersent alors, cherchant à trouver une place dans la société civile. Ils n’oublient pas les combats vécus ensemble. Ainsi, le capitaine Raymond Dronne accueille-t-il régulièrement chez lui les anciens de sa compagnie, venus chercher auprès de lui soutien et conseil.
Si la 9ème compagnie a été dissoute, le Régiment de Marche du Tchad continue son existence, servant la France et entretenant la culture propre aux Troupes de Marine.

Liste des hommes de la 9ème compagnie morts au champ d’honneur.

Le sergent RICO Juan est libre de tout engagement militaire. Il fut décoré de la croix de guerre avec deux citations. De retour à la vie civile, il reprend son vrai nom BARO Victor et va se fixer à Chalabre. Il épousera Incarnation, dont le frère Christophe est mort à Gerstheim en Alsace, le 26 mars 1945. En allant « poser le pantalon », il aurait sauté sur une mine. Victor travaillera à l’usine de chaussures, ayant un poste de contremaitre. Puis, toute la famille ira se fixer à Nîmes, et ils reviendront à Chalabre où Incarnation ira travailler à la maison de retraite.
Victor décédera à l’âge de 64 ans, beaucoup trop jeune, mais après avoir profité de la vie pleinement. Il aimait faire la fête, et danser. Fidèle à ses convictions il mourut avec la nationalité espagnole.
Parti d’Espagne, il passa par le sud de la France, l’Afrique du nord avec l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, l’Angleterre, la Normandie, Paris et l’Ile de France, la Lorraine, l’Alsace, le Centre, Midi-Pyrénées, l’Allemagne, l’Autriche, pour se retrouver en Languedoc.
Lors des commémorations de Paris, la famille fut invitée, et reçue chez le capitaine Dronne.
À sa mort en 1991, c’est la 2ème DB, le régiment du Tchad, qui invitait madame Baro.

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