Entête Si Chalabre m'était conté

Une autre époque

Il s’agit d’un autre demi-siècle.
Les hivers sont rigoureux. Le froid, la neige, et l’entretien des bâtiments des écoles coûtent plus de 400.000 francs par an (609.80 euros). Une question émerge lors du conseil municipal du 4 janvier 1950. Faut-il prévoir la construction de bâtiments neufs ?
La réponse des élus est positive.
Il faut un bâtiment neuf. Une réunion du 5 décembre 1949 avait déjà soulevé le problème. Cela fut confirmé ce jour-là.
Saint-Couat du Razès quitte notre canton le 8 février 1950 pour rejoindre celui de Limoux.
C’est le jeudi 23 février 1950 que la commune signe une convention avec EDF. L’énergie électrique devient publique.
Le mercredi 8 mars 1950, le conseil municipal charge Anderlin, architecte du projet des écoles, de faire l’étude des plans et des devis du groupe scolaire.
Le groupe scolaire déclenche un autre projet : l’assainissement. Le conseil décide le 20 juin 1950 de donner à la C.I.E.T. l’étude.
La concession de l’énergie électrique passe le 17 mars 1951 au département.
Le samedi 31 mars 1951, la mairie achète pour 475.000 francs (724.13 euros) le terrain de monsieur Magna pour y construire les écoles.
C’est la fête à Chalabre. L’Union Sportive Chalabroise XIII est championne de France.
Le résultat est : Union Sportive Chalabroise 13, E.N.M. Toulon 8.

Union Sportive Chalabroise XII

Debout, de gauche à droite : Vidal, Brembilla, Rives, Roques, Mot, Calvet Jean, Calvet Georges, et Tisseyre soigneur.
Assis, de gauche à droite : Sanchez, Théron, Maugard, Romero, Mélliès, Calvet Joseph.
Par terre : Raynaud Roger.
L’équipe de France de rugby à XIII, après une tournée triomphale aux antipodes, est accueillie par plus de cent mille personnes à Marseille.
Elle est la première équipe française de sport collectif championne du monde.
Puig-Aubert, dit Pipette, de son vrai nom Robert Aubert Puig, né le 24 mars 1925 à Andernach en Allemagne et décédé le 3 juin 1994 à Carcassonne, est un joueur de rugby à XIII international français évoluant au poste d'arrière.
En 1951, il est désigné champion des champions français par le journal L'Équipe. Il devient, durant cette décennie, l'un des sportifs les plus populaires de France, en raison de ses performances sportives, mais aussi de sa personnalité de bon vivant. En 1988, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur, et est introduit. Des chalabrois se sont illustrés avec ce monument du rugby, et ont remporté des titres comme celui de champion de France. Roger Raynaud, Lolo Mazon et Henri Moutou, qui lui a épousé une chalabroise mademoiselle Sénié, furent de ceux là.

Le 27 mai 1951, un nouvel emprunt de 1.060.000 francs (1 615.96 euros) est lancé pour l’achat de matériel et d’un véhicule pour les pompiers, dans la lutte contre l’incendie.
C’est le samedi 13 octobre 1951 que le projet définitif du groupe scolaire est présenté, le montant s’élève à 74.960.000 francs (114 275.78 euros).
La saison de rugby a repris. Mais, l’USC XIII ne peut faire face à tous ces frais. Il lui est octroyé une subvention supplémentaire de 50.000 francs, au conseil municipal du 14 janvier 1952. Dans cette réunion, quelques argents vont être distribués aux pompiers :
1 mandat de 77.800 francs,
1 échelle à corde de 4 mètres d’une valeur de 7.150 francs, et 2.250 francs pour les sapeurs afin de se rendre au congrée départemental de Couiza.
Nos sapeurs, la mort dans l’âme, ne purent participer au congrée, car en février Chalabre était inondé.
L’équipe de rugby finira la saison. Et, durant l’été 52, elle se mettra en sommeil pour des raisons financières.
Le lundi 15 décembre, le conseil décide que le groupe scolaire va être implanté sur le terrain du foirail. Les platanes seront vendus à l’entreprise Xicolas de Perpignan pour 28.600 francs. En contrepartie, il fut décidé d’acheter le terrain de la plaine Saint Pierre, pour remplacer le précédent. Il ne servira que de terrain de sport pour les scolaires. Il est aujourd’hui l’agrandissement du cimetière.
C’est le samedi 31 janvier 1953 que le conseil se réunit et apprend que l’emprunt de 7.000.000 de francs, contracté auprès de la caisse des dépôts et consignation pour le groupe scolaire, est accepté.
Le taux est de 6% sur 30 ans. Les annuités sont de 508 542 francs.
Dans la même séance, le conseil décide de prévoir à l’aménagement d’un gymnase, qui profiterait lui aussi de 85% de subvention sur 30 ans et serait utile pour les scolaires.
Un petit rappel : c’est parce que l’entretien des écoles coûtait 400.000 francs par an que le groupe neuf fut envisagé avec les annuités de 500.000 francs. Mais, quoi que l’on fasse et dise, il y aura aussi de l’entretien, comme l’eau, le chauffage, et l’électricité.
Le vendredi 13 mars 1953, est créé le syndicat d’électrification entre les communes de Chalabre, Rivel, Montjardin, Saint Benoît, Sonnac sur l’Hers, et Villefort. EDF reste propriétaire de l’énergie, sauf dans les villes de plus de 20 000 habitants, où elle en a entièrement la charge, sauf dans des villes comme Quillan qui fonctionne en régie.
Souvent, les élus (qui n’y comprennent rien) font confiance aux techniciens et vendeurs de l’énergie.
Dans cette même séance, le conseil vote 232.740 francs pour 18 tenues de draps pour les sapeurs pompiers de la ville. Ces vêtements sont pour les sorties et parades.
Le dimanche 26 avril 1953, suite aux élections municipales, furent élus : Samitier Maurice, Roudière Aristide, Huillet François, Boutellier Alexandre, Rolland François, Maugard Augustin, Tescou François, Bonnet Isidore, Courdil Fernand, Conquet Raymond, Abat Alfred, Raynaud Roger, Sans François, Fournes Yves, Mamet Jeanne, Quimezo Henri et Pons Jeanne.
Le maire fut Samitier, et l’adjoint madame Pons.
Une première tâche attend le nouveau conseil, qui, le 1er juillet 1953, vota un emprunt de 1.000.000 francs pour le chauffage de l’hospice.
Les fêtes de l’avent passées, et les vœux du nouvel an passés en janvier 1954, l’Union Sportive Chalabroise, en sommeil depuis 52, vient d’élire un bureau et demande une subvention pour pouvoir repartir. Le 22 janvier, le conseil leur octroie 100.000 francs, de même que le cinéma éducatif perçoit une subvention de 24.000 francs. À la même séance, c’est le percepteur qui fit la demande de la construction d’un immeuble. Vous remarquerez qu’il ne demande pas un local, mais un immeuble avec logement de fonction garage et le confort.
Le conseil municipal décida le 5 avril 1954 que, pendant l’intersaison sportive de l’été, il pourrait être construit une baraque en brique, en remplacement de celle en planche, qui n’était pas étanche aux courants d’air, ni aux voyeurs, et la passerelle sur le canal, elle aussi en bois et surtout étroite laissant tout juste le passage de deux personnes. Pendant les matchs, on entendait régulièrement crier : « l’arbitre au canal ». C’était souvent vrai ! Il y en a eu quelques uns qui firent le vol plané, mais combien de bagarres des après matchs. Plus personne ne passait. L’autre solution consistait de repartir le long de l’Hers. Il fut décidé de la faire en dur et plus large.
Le lundi suivant, le 12 avril 1954, le conseil donna suite à l’appel d’offre pour le chauffage central du groupe scolaire. Le marché fut confié à Garric de Carcassonne pour 3 034 000 francs. Le mobilier nous coûtera 611 160 francs.
Tous ces chiffres font l’objet d’un autre emprunt.
Avant l’été, les établissements Canat font un projet de lotissement, 11 villas à la soula du calvaire. Le conseil donna son accord le 26 juin 1954. Ces villas seront appelées vulgairement par les Chalabrois : « le Maroc », de par la forme des maisons.

lotissement de la Soula

Les premiers locataires furent :

  1. Bertau,
  2. Canal André,
  3. René Huillet,
  4. Lorca,
  5. Papaix, puis Ferrier,
  6. Olive,
  7. Dombris,
  8. Boulle,
  9. Gaillard,
  10. Dalmau,
  11. Raynaud Roger.

Dans la chaleur de l’été, la jeunesse allait se baigner à Baratte ou à la 1ère piche. Certains allaient aussi à la 3ème piche. C’était trois gouffres. Le 1er Baratte est dans le Blau.

Barate

Barate Barate

Le 1er octobre 1954, chaque élève, reçu au certificat d’étude primaire, se vit offrir par la mairie, dans une cérémonie à l’hôtel de ville, un livret d’épargne de 1.000 francs.
A la même séance, le conseil parla du tremblement de terre, survenu à Orléanville le 9 septembre 1954, à 1 heure du matin, prenant les habitants dans leur sommeil. Ce sinistre a fait : 14 000 morts, 300 000 sans-abris. Et, il détruit la ville et la région à 90%. La municipalité donne une subvention de 25.000 francs.
À la même séance, le conseiller Yves Fournes, délégué au comité des fêtes, demanda à la mairie d’acheter une bâche pour le kiosque (un podium) et des guirlandes électriques.
Il faut dire que, dans cette période faste, les fêtes de l’ascension avaient une belle réputation. Nous avions compté avec mon père un soir 66 autobus et des centaines de voitures. Toute la région se déplaçait pour venir à la 1ère fête de l’année.
Les meilleurs orchestres étaient engagés. La fête était grandiose avec des manèges comme la chenille, et autres, au communal, avant la construction des écoles. Le tour de ville était rempli avec pas mal de loteries, où l’on gagnait de superbes poupées. Le tir au nougat était ma spécialité, ce qui me permettait d’assouvir ma dent creuse.
Des courses cyclistes étaient organisées avec, comme circuit, le départ route de Lavelanet, Rivel, le col du Boyer, Puivert, Villefort, la rue du capitaine Danjou, les cours opposées à la fête, le pont du blau, et après quatre tours l’arrivée route de Lavelanet devant la maison Canat.
Un match de rugby est planifié : l’USC XV contre une sacrée équipe de joueurs vedettes du ballon ovale.
Est constituée une rencontre de foot, là aussi contre de très bonnes équipes comme le TFC.
Une course de moto-cross est aménagée entre Saint-Antoine et Saint-Martin, où je me souviens y avoir vu des internationaux et des étrangers comme des belges.
Dans ces attractions ou spectacles, j’ai le souvenir de la visite, pour son récital, de Georges Ulmer le plus français des danois. Ses tubes de l’époque étaient Pigalle et une chanson qui m’avait marquée et dont je n’allais pas tarder à entendre l’air : Quand allons-nous nous marier, nous marier, nous marier. Pour accompagner cette grande star du moment, nous trouvons deux grands orchestres, comme Jacques Hélian avec ses futures vedettes Sacha Distel et Henry Salvador, ou comme à Chalabre l’accompagnateur était Raymond Lefèvre.
Deux jours avaient passés. Le comité avait fait venir des chansonniers. Du « Grenier de Montmartre », ils officiaient tous dans des cabarets parisiens comme : le caveau de la République, le théâtre de dix heures, ou bien le théâtre des deux ânes.
Les piliers du grenier étaient, à ce temps-là, Jacques Grello et Robert Rocca, avec pour partenaires Maurice Horgues, Edmond Menier, Pierre Jean Vaillard et Jean Lacroix. Jean Amadou était lui, comme Anne-Marie Carrière, titulaires du grenier. Mais, eux ne furent pas de l’expédition du voyage chalabrois.
Nos protagonistes, après un repas chez Guillem, partirent faire la balance, (terme technique pour désigner un réglage). Chemin faisant dans la rue du presbytère, le groupe, accompagné des membres du comité, passent devant la ferme Garros, et là un Parisien dit :
« Ça sent bon la bouse des vaches ».
Le régional de l’étape Pierre Jean Vaillard (né à Sète) se moque de lui!
L’étable étant ouverte, le parisien Robert Rocca avec un autre complice, un banlieusard de Saint Ouen, Jacques Grello, pénètrent à l’intérieur. Comme des moutons, tout le monde suit.
Et, là, surprise, une des deux sœurs (soit Aurélie, soit Irène) est présente. Rocca demande en bon parisien :
« Pardon ma petite dame je pourrais avoir du lait »
La maîtresse des lieux, peu enclin au partage, dit :
« Je n’ai pas de lait mon bon monsieur »
Le parigot, ne voulant pas abandonner la partie, fit une remarque pertinente :
« Vous n’avez qu’à traire un bol à cette vache qui m’a l’air belle et gaillarde ».
La vieille fille (s’ingarnousse - glousse), pouffe, grommelle des injures et hausse le ton. Je n’ose vous dire le dialogue, même en patois.
La troupe du grenier est hébétée, sauf les membres du comité qui éclatent de rire, et le sétois qui, mort de rire, explique au parisien la différence entre une vache et un taureau, visible surtout de dos à la paire de sacoches qui pendouille.
Le soir, pendant le spectacle, les parisiens se sont fait un peu chambrer par leurs collèges. Mais, à l’ouverture du rideau, tous, devant le public, reprirent en cœur, leur chanson, un air déjà entendu avec de nouvelles paroles.
Quand allons-nous nous rencontrer, nous rencontrer, nous rencontrer
Quand allons-nous nous rencontrer, nous rencontrer au club des chansonniers.
C’était la chanson de Georges Ulmer, avec des paroles différentes.
Le conseil du vendredi 17 décembre 1954 donne son accord pour que l’USC football ait une subvention. Mais, il doit au préalable faire preuve de vitalité. Et, pour montrer que la ville est pour le développement du sport, elle octroie à l’USC XIII 150 000 francs, qui repart après deux années de sommeil.
Le jeudi 10 mars 1955, la subvention de 50 000 francs pour l’USC football est votée.
Cette année-là, le premier tout-à-l’égout voit le jour pour le groupe scolaire et une partie des eaux de pluie pour le quartier. Il se jetait dans le chalabreil, au pont rouge.
C’est aussi l’année du malheur, un gamin, un copain est mort noyé à la 1ère Piche, là où beaucoup de jeunes gens allaient se baigner.

Jacques Minisini

Jacques Minisini, né en 1947 en Alsace, un garçon gentil, sachant nager, a perdu la vie dans un lieu de loisir. Il serait tombé, et, au moment de remonter, des garçons l’en auraient empêchés selon la rumeur. Il lui aurait suffit de se retourner. Et, en quatre brasses, il serait arrivé sur l’autre rive. Sur la pierre gravée dans la mousse, on pouvait distinguer la griffe des ongles. La population avait participée aux recherches. J’avais, comme les jeunes du village, été interrogé par la gendarmerie, par mon père et le sien, car nos familles étaient amies. C’est tard dans la soirée que trois jeunes avouent qu’ils l’avaient vu vers la piche. Quand les secours arrivèrent, c’était trop tard.
Le site subira les assauts des artificiers qui, à coup de dynamite, brisèrent le rocher. Le gouffre se combla, légèrement. Mais, plus personne n’alla se baigner dans ce lieu sinistre.


la Piche

La 1ère Piche, le lieu de nos jours


C’est le lundi 27 juin 1955 que la municipalité donne un avis favorable pour la création du lotissement Magna. Elle se propose même de prendre en charge la voirie et l’adduction de l’eau.
L’idée d’un boulodrome à l’abattoir prend forme à la réunion du lundi 3 octobre 1955. Dans la même séance, il faut une rallonge, un avenant pour le groupe scolaire.
Un emprunt de 1 500 000 francs est lancé, soit 20% du montant des travaux.
L’année 55 terminée, 56 est là. J’avais été avec mon grand-père Adrien loter, dans l’après midi du jour de l’an, au café Tournois. Il avait gagné une volaille. La matinée avait été dure pour les adultes. Tout le monde se souhaitait la bonne année, et vous invitait à boire un verre de liqueur ou de gnole, ce qui fait que mon père avait ramené la tante Berthe dans une brouette. Ma mère voyait la vie en rose. Et, moi je me suis fait inviter chez les grands-parents, pour ensuite aller gagner une volaille.
Les affaires reprirent le lundi 23 janvier 1956. Le conseil décida le transfert de la perception dans une classe vide de l’ancienne école de garçon.
Une convention fut signée ce même jour entre la mairie et De Mauléon pour l’utilisation du stade, la commune prenant à sa charge l’entretien du stade et la passerelle de bois comme les vestiaires, dont la mise en dur avait été votée le 5 avril 1954. Mais, c’était sans compter sur l’administration, qui demandait un permis. La mairie n’étant pas propriétaire, les projets échouèrent. Ce n’est que le 21 septembre 1956 que la commune reçut le feu vert pour engager les travaux.
Ainsi, furent terminés la passerelle en bois et le vestiaire ajouré.
Le syndicat d’initiative avec une nouvelle équipe proposa, en début de l’an 1957, des projets, comme celui d’un camping.
Mais, sur quel terrain le réaliser ?
Le conseiller municipal Aristide Roudière proposa un des siens à la « picharôte ». Le conseil vota le 28 mai 1957 une subvention de 25 000francs. Grâce à cet apport financier, l’aménagement commença. Il ne fallait pas à cette période une grosse dépense, les normes étant réduites.
J’ai le souvenir de mon père en train de faucher entre la voie de chemin de fer et la picharote. Quant d’un coup de faux involontairement, il coupa une vipère ou une couleuvre en deux. Et, ce fut l’apparition au-dessus de l’Hers de ces latrines en bois, avec un trou donnant directement dans l’eau, laissant passer parfois un portefeuille.
L’été allait arriver. L’inauguration finie, on attendait impatiemment les premiers campeurs.
Cela ne tarda pas. Un jour, Aristide, un joyeux drille, alla trouver le président Laurent Amiel pour lui faire part de la venue des touristes. Monsieur Amiel se rendit rapidement sur les lieux. Il y avait une toile de tente de type canadienne fermée.
Le président gratta la fermeture éclair et dit : « Je suis Laurent Amiel, président du syndicat d’initiative de Chalabre, je voulais vous souhaiter la bienvenue ».
Pas de réponse !
Laurent regratta.
Toujours pas de réponse.
Il gratta à nouveau.
Le zip de la fermeture s’ouvrit. Une tête en sortit. L’air penaud, l’homme dit : « ne le dite pas à ma femme » et la femme dire : « ne le dite pas à mon mari ». Il venait de mettre à la lumière un couple adultérin.
Le 28 mai 1957, dans ce même conseil, il fut pris la décision de changer la bascule. De 10 tonnes, on passait à 30 tonnes.
Madame Pons démissionne de son rôle d’adjoint le 20 décembre 1957.
Augustin Maugard est nommé 1er adjoint.
François Tescou est nommé 2ème adjoint.
Les idées fusent, le 7 février 1958. Augustin, las de voir les WC du pont neuf se déverser directement dans le chalabreil, propose de les démolir et d’en bâtir des neufs, qui, eux, seraient brancher au tout-à-l’égout des écoles et de l’hospice. L’idée a séduit le conseil, qui approuve la démarche. Le bémol, c’est que, 20 ans plus tard, il sera branché au tout-à-l’égout. Entre-temps, il coule dans le chalabreil.
A la même séance, Yves Fournes proposa, comme dans bien des villes, la consultation des nourrissons. Une salle de l’ancienne école des garçons est affectée à ce service.
La mairie se prononce le 22 avril 1958 pour la construction des trottoirs par les propriétaires. Elle se propose de prendre en charge la moitié des frais, ou de fournir du personnel.
Le mercredi 7 mai 1958, à la veille de l’ascension, la loterie nationale fait son tirage en direct depuis Chalabre.
Le 25 juillet 1958, le maire Samitier accorde l’installation au calvaire d’un relais de télévision, à la charge du demandant monsieur Canat. Le fameux relais était simplement une antenne. Le maire, comme ses successeurs, accorderont des autorisations au calvaire, alors que ce dernier ne lui appartient pas. En effet, il est propriété de l’hospice, depuis le legs d’Angélique Déjean fait en 1871.
Pendant l’été, le correspondant local du journal Midi libre fit une enquête.
En voici la teneur :
« Tout le monde part »
Depuis quelques temps, nous constatons que des familles de Kercorb désertent notre ville. À temps perdu, car, croyez moi, il faut le temps pour le faire ! Nous avons cherché les raisons et les buts de ces départs par familles entières. Les raisons, elles sont simples !
Chalabre ne possède qu’une usine de chaussures, importante d’ailleurs, puisqu’il sort chaque jours 5 000 paires de vulcanisées, où presque la totalité de la population chalabroise est occupée dans l’établissement, ainsi que beaucoup de travailleurs de Puivert qu’un autobus transporte, ou encore de Laroque d’Olmes, de Léran, de Labastide, du Peyrat, de Sainte Colombe et de Rivel, sans oublier de Sonnac. Nous avons demandé à plusieurs familles, pourquoi ses départs ?
De ce fait, plusieurs réponses apparaissent. Est question la vie chère, et elles désertent pour des villes, où la vie, peut-être avec plusieurs entreprises, se trouve meilleure, notamment en choisissant des centres industriels. D’autres familles quittent notre ville pour la simple question des enfants. Que nous comprenons d’ailleurs ! Car, il n’est pas possible, toujours d’après ces familles, de placer les enfants dans les écoles en villes, les frais étant trop élevés. Voilà, peut-être, la vraie raison de ces brusques départs, effectués depuis quelques années. Effectivement, vous ne vous doutez pas que 85 familles ont désertées le berceau du Kercorb. Nous pouvons nous hasarder à dire que si dans les villes se trouvaient des panneaux « logement à louer », cela serait alors une catastrophe. Nous sommes assez éloignés des villes importantes. Aussi, chacun cherche du travail et un logement aux endroits où les enfants pourront continuer les écoles et rentrer chaque jour en famille. Cela fait moins de frais et moins de charges pour le petit budget familial.
Voilà, en quelques mots, ce qui explique les nombreux départs des Chalabrois. Donc, rue par rue, nous avons fait le relevé de tous ceux qui ont quitté notre ville. Nous n’avons pas ajouté des noms, mais plutôt fait des oublis. Voici un petit aperçu, après notre tour d’horizon, pour vous montrer la grande crise que traverse notre ville !
Il est vrai peut-être que d’autres familles viennent s’installer chez nous. Mais, enfin, je ne vois pas que les rentrées compensent les départs.
Divisons Chalabre en 4 branches:

  1. le pont neuf et ses environs : on a le départ de 16 familles, dont 16 hommes, 16 femmes et 16 enfants, avec en plus 22 personnes seules, dont 7 mariées à l’extérieur, soit un total de 70 personnes.
  2. le pont du blau : il s’agit du départ de 19 familles, c’est-à-dire 20 femmes, 32 enfants et 3 personnes mariées à l’extérieur, soit un total de 74. On dirait qu’il y avait un polygame.
  3. le tour de ville et coté rue du Capitaine Danjou : c’est 32 familles, qui se composent de 32 hommes, de 35 femmes, de 64 enfants, de 7 personnes seules et de 8 mariées à l’extérieur, soit un total de 146 personnes.
  4. place Espérance Folchet : cela concerne 18 familles, parmi lesquelles il y a 18 hommes, 18 femmes, 24 enfants, et 8 personnes seules, soit un total de 62 personnes.

Revenons à la question scolaire. Un nombre de 44 jeunes se trouve dans les écoles des villes voisines ou dans un centre d’apprentissage. Cela n’est pas, comme on s’en doute, pour travailler à Chalabre, mais pour avoir un métier en main, et donc pas pour revenir chez nous. De plus, nos militaires après le service, croyez-vous les voir s’installer dans notre ville, grosse erreur, l’exemple a été déjà vu. Donc, faites un total des familles, soit 85 familles représentant 352 personnes. Ajoutons les 44 écoliers, cela fait un total de 396 personnes. Comme nous le disions plus haut, il se peut que quelques familles soient oubliées. Mais, enfin, le nombre se trouve assez élevé. Quant on pense que cette désertion se produit depuis, faisons une moyenne, 5 à 7 ans, et que, depuis cette fixation d’année, on peut compter le nombre de famille venues s’installer dans notre ville. Si vous croyez qu’une erreur a été faite, une solution comme nous avec patience vérifiez rue par rue et vous nous donnerez raison. Pour aujourd’hui arrêtons-nous, nous reviendrons bientôt sur les joies et les amusements de notre jeunesse locale.
Signé Pierre Fournié.
Grâce ou à cause de cette enquête, certaines idées vont bouger, telle que la demande de madame Pons et du conseiller général Jean Tisseyre qui, depuis des années, demandaient un collège.
Le vendredi 8 août 1958, le conseil municipal, réuni pour des questions diverses, en arrive à élaborer un projet, c’est-à-dire demander la création de cours complémentaires, et un ramassage scolaire pour les classes de 6 et 5ème pour la prochaine rentrée scolaire le 1er octobre.
Nous rentrions à cette époque assez tard à cause des vendanges. 3 mois de grandes vacances, le jeudi de repos et le dimanche. On apprenait la morale, l’instruction civique, l’histoire, la géo et le calcul sans la machine. Nous n’étions ni plus ni moins bête que les enfants d’aujourd’hui.
Le 27 décembre 1958, le conseil des ministres adopte le plan Rueff-Pinay, qui prévoit la création du nouveau franc. L’ancien franc sera divisé par 100. Cette mesure vise à assainir le budget et à assurer l’intégration économique de la France dans l’aventure européenne. Le nouveau franc sera mis en circulation à partir du 1er janvier 1960.
Nous voilà avec un an pour se préparer à la nouvelle monnaie, elle sera frappé d’un NF, qui voulait dire nouveau franc.
Le 15 février 1959, le général de Gaulle se rend à Perpignan (via Lavelanet et Quillan) et prononce un discours : " Nous sommes faits pour être un grand pays, et dans le monde d'aujourd'hui ce n'est pas toujours commode de prendre sa place et de la garder. C'est de là, au fond, que viennent nos difficultés principales : de nous-mêmes, de la différence qu'il y a entre la vie telle qu'elle est - qui n'est pas commode - et la vie telle que nous la voudrions et qui serait évidemment large, heureuse et grande ".
Ce jour là, à Quillan, un Chalabrois, Laurent Amiel va rendre hommage au Président de la république.
Arrivé aux trois quilles (Quillan), un policier d’une compagnie de CRS l’arrête devant la barrière :
Vous avez une invitation, demande le représentant de l’ordre.
Le Chalabrois de répondre :
Laurent Amiel, professeur d’éducation physique.
Passez : rétorque le pandore.
Pendant longtemps, monsieur Amiel se moqua de la force de l’ordre qu’il avait déjoué. Car, il était petit de taille, mais très enrobé autour de la taille.
Puisque nous parlons de Quillan, l’entreprise Barrull de cette ville emporte l’adjudication du WC du pont neuf le 19 février 1959, pour la somme 1 589 230 francs ancien.
Aux élections municipales de 8 mars 1959, furent élus : Augustin Maugard (maire), René Boyer (adjoint), Fernand Courdil, François Rolland, Raymonde Castre, François Huillet, Alexandre Bouteiller, Raymond Conquet, Roger Raynaud, François Sans, Jeanne Mammet, Maria Raynaud, François Tescou, Alfred Abat, Aristide Roudière, Isidore Bonnet, Maurice Samitier.

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