Entête Si Chalabre m'était conté

Michel dit « Toussaint »


9 mois de service

1 jour de combats

5 ans de captivité


Michel François Rigaud (dit Toussaint) est né le 6 décembre 1893, à Espéraza.
Il est le fils aîné de Pierre Rigaud (dit l’enflat) et de Hortense (dite Augustine) Bouteville.
La famille partit d’Espéraza pour s’installer à Chalabre. Mais, l’enflat faisait monter les enchères, d’où son surnom. Il se vendait au plus offrant.
La femme et les enfants (parmi eux, ma grand-mère Bernardine) faisaient souvent le chemin du déménagement à pied entre les deux villes. Un coup à Espéraza, un coup à Chalabre. Avec le décès d’une fille Berthe, ils décidèrent de construire l’avenir dans le Kercorb.
En 1913, âgé de vingt ans, Toussaint est déclaré bon pour le service armé et il rejoint le 26 novembre le 143ème régiment d’infanterie de Carcassonne afin d’y être incorporé.

LE 143ème RÉGIMENT D’INFANTERIE

En 1914 :

Toussaint fait, comme tous les jeunes gens de son époque, son service militaire, non sans avoir essayé de se faire réformer pour soutien de famille. Comme la guerre qui menace se précise, la tentative échoua.
La guerre se profilait à l’horizon !
L’ordre de mobilisation générale fut annoncé le 2 août.
Le télégramme, reçu le 1er août 1914, est immédiatement communiqué aux troupes dans les garnisons de Carcassonne et Castelnaudary, où il était attendu depuis le matin.
On se préparait déjà à exécuter cet ordre avec fougue et ardeur.
À peine était-il connu, que les réservistes affluaient déjà de tout le département.
Le Régiment avait sept jours devant lui pour se préparer.
Le 7 août, à 20 heures, une manifestation grandiose, débordant de patriotisme et d’enthousiasme, montre que, si le régiment est «prêt », il l’est surtout au point de vue moral.
Le 8 août, fractionné en trois éléments de transport, le 143ème quitte ses garnisons de Castelnaudary et Carcassonne, avec comme première destination Is-Sur-Tille (en Côte-d’Or, à vingt kilomètres au-dessus de Dijon).
Le 9 août, le régiment comprend déjà qu’il se battra en Lorraine. Et, il débarque à Hymont et Mattaincourt dans les Vosges pour le 2ème et le 3ème Bataillons, et à Mirecourt pour le 1er Bataillon et CHR.
Le 10, ils arrivent à Bainville-Aux-Miroirs (en Meurthe-et-Moselle, à trente kilomètres en-dessous de Nancy), ensuite sur Méhoncourt (à environ dix kilomètres à l’Est de Bainville), puis à six kilomètres à Lamath, et à Vého (à vingt kilomètres après Lunéville), et à Amenoncourt, (à cinq kilomètres environ).
Le régiment, sous les ordres du Colonel Berguin, marche sur Avricourt, à quelques kilomètres d’Amenoncourt, où il franchit le 16 août la frontière. (Actuellement, c’est devenu le parc naturel régional de Loraine).
Les plus grands espoirs sont permis ! Le régiment est déjà en Lorraine annexée, et pourtant il n’a pas encore combattu.
L’ennemi ne résistera pas à un tel élan.
Le 18 août, l’offensive est proche. Le 143ème se porte sur Rhodes à environ quinze kilomètres de Sarrebourg, pour de là marcher le 19 sur Bispinget Londrefingen.
Chemin faisant, il trouve sur la route les premiers postes de secours, où affluent les blessés du 142ème de Lodève, qui a été engagé la veille.
Mais, cette première vision de bataille n’amollit pas les courages. Elle fait naître, au contraire, un ardent désir de vengeance.
Le 19 août dans l’après midi, placé en position d’attente dans le Bois de Mulhewald, le 143ème reçoit le baptême du feu. Mais, la présence du Colonel Berguin et du Général Diou, donnant sous les rafales d’obus l’exemple d’un sang froid et d’un courage superbes, permet à tous de supporter sans faiblir cette première épreuve.
La nuit arrive ! Chefs et soldats bivouaquent dans le bois, dont les lisières sont gardées, dans l’attente du lendemain.
Cette veillée d’armes est troublée par quelques engagements de patrouilles et par une tentative d’attaque allemande locale infructueuse.

À MULHEWALD :

Le 20 août, à 4 heures, les Allemands attaquent en force les lisières de la forêt.
Pendant que le 2ème Bataillon s’efforce d’arrêter les assaillants, les 1es et 3ème Bataillons sur l’ordre du Colonel s’établissent et se fortifient sur une transversale située à mille cinq cents mètres au nord du village d’Angevillers.
Bousculés par des forces supérieures, le 2ème Bataillon se retire par échelons et s’établit à la lisière sud de la forêt.
A 6 heures, le régiment reçoit l’ordre de reprendre la lisière nord de la forêt, puis de pousser jusqu’à Londrefing.
Ainsi,
- le 3ème Bataillon se trouve en 1ère ligne, à droite,
- le 1er Bataillon se situe en 1ère ligne à gauche (en liaison avec le 53ème),
- et le 2ème Bataillon est en réserve.
Le 3ème Bataillon, malgré les pertes sensibles causées par les feux nourris qui l’accueillent, va de l’avant. Mais, tourné à droite par l’ennemi, il est obligé de faire face à cette nouvelle attaque.
Ses mitrailleuses sont enlevées. Le Lieutenant chef de section est tué.
Le 1er Bataillon, dont l’attaque est liée à celle du 3ème qui avait été séparé par le mouvement tournant subi par celui-ci, se lance à la baïonnette.
Il repousse l’ennemi jusqu’à la lisière nord du bois.
Là, il est reçu par des feux meurtriers, qui l’obligent à évacuer des positions si crânement conquises.
Le repli se fait en ordre sur Angevillers, où s’opère le ralliement.
Sur l’ordre du Colonel Bertrand qui vient de prendre le commandement, le 2ème Bataillon se porte au nord d’Angevillers avec une section de mitrailleuses, ce qui permet le repli sans nouvelles pertes du régiment.
Le 3ème Bataillon a été complètement encerclé dans la forêt.
Il en est de même de trois sections de la 6ème Compagnie, renfort de ce bataillon.
Le 143ème a perdu en outre la majeure partie de son personnel médical.
Au nombre des morts, se trouvent le Général Diou, commandant les troupes de première ligne de la Division et le Colonel Berguin, commandant le 143ème, tombés glorieusement tous deux en première ligne.
À 15 heures, le Général, commandant la Division, ordonne un repli général, qui s’effectue en excellent ordre. et, la nuit arrivant, le régiment bivouaque à Maizières et Moussey.
Ce dur combat faisait partie de l’action d’ensemble connue sous le nom de Bataille de Morhange.

Retraite :

Le 21, le mouvement de retraite est continué jusqu’à Avricourt, puis se poursuit sur Morainvillers, atteint à 8 heures.
Toussaint n’a vraiment pas eu de chance. Il rencontre l’ennemi le 19, et le 20 il est fait prisonnier, ce qui lui sauvera sûrement la vie.

Prisonnier :

Détenu dans un camp à Münsingen, dans la province de Bade-Wurtemberg, à environ cinquante kilomètres au sud de Stuttgart. Il travaillera dans une ferme pendant toute la durée du conflit, loin de la promiscuité de la souffrance des tranchées.
La guerre prit fin le 11 novembre 1918. Notre homme, lui, fut libéré dans la 16ème région le 17 décembre 1918, et regagna l’Aude pour y être démobilisé le 14 août 1919. Il sera mis en congé de délibération du 143ème le 3 septembre 1919.

Carte de Bade-Wurtemberg

Le 16ème Corps d’Armée (Montpellier) est décomposé en 2 divisions :

Sous le matricule 5109 :

Le retour des soldats prisonniers.

Le retour des soldats prisonniers.


Toussaint est le 4ème dans la rangée du milieu, au-dessus de l’accordéoniste.
L’armée lui accorda le certificat de bonne conduite le 1er juin 1921.
Il sera rappelé le 28 août 1939 malgré les trois enfants au 16ème régiment d’artillerie, et déclaré sans affectation le 25 mai 1940, ce qui lui permettra la veille du 11 novembre 1941 de voir son dernier enfant naître, une fille comme cagonits.

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