Entête Si Chalabre m'était conté

LES PROBLEMES DE TOPONYMIE
DU CHALABRAIS ET DU PAYS DE SAULT

Selon Gaston Maugard

Je n'apprendrai pas grand-chose à la plupart d'entre vous. Toute recherche locale croise le toponyme. Celui-ci surgit, en vrac, par dizaines et centaines dans une commune, par milliers dès que l'on élargit à l'échelle du canton, et plus encore si l’on éventre tout le temps des mots transcrits. Sans doute, bien des lieux-dits se laissent lire. Mais, d'autres résisteront toujours. Certes, on est obligé de cribler et d'éliminer le trop-plein. Je m'explique ! Chaque pièce de terre à l'intérieur d'un tènement a son histoire, et sa provenance. Chaque famille l'affecte d'un signifiant descriptif, ou temporel : la clausette, la clausa, le puntou, le camp grand et la feisha de l'Henric, le Prat del Russa, la font d'en Batalha, la Borda d'en Grauly.
Les tènements ont changé aussi, boisés ou broussailleux autrefois. Mais, la mise en culture, par à-coups, a su garder le toponyme végétal: la Cardoulhera, l’Argelassiera, le Rabouillet, l'Abelhanousa. Dans le passé, la tendance était à la prolifération du lieu-dit. On dirait, aujourd'hui, à la personnalisation de l'espace. Actuellement, la révision cadastrale et le remembrement mutilent l'espace nommé, ce qui est grave. Trois tènements sont fondus en un seul, au petit bonheur du criblage. Nos cadastres évacuent leur trop plein de mots. Certes, le passé avait su le faire plusieurs fois. On avait oublié les toponymes latin citan du moyen-âge dans les procès de l'époque moderne, où l'on feignait de ne plus les retrouver. On savait arracher une « termé » contraignante. On ne savait plus localiser un pas del soulh, une artiga, et un embaus. Ce fut l'immémorial, volontiers oublié. Ainsi, dans la prose du procès, la vérité était rafistolée par les témoignages d'un tiers village et le pifomètre des experts.
Nous n'avons pas à jouer ici sur le sens des mots. Le latin termen, inis, (n) a donné en notre pays: « al terminy de », als terminis, as estermes, au locatif, et plus deux mots simples, l’un masculin : un termé, et l'autre féminin : una termé.
Si le deuxième a gardé tout simplement le sens de limite spatiale, la borne, la « bodula », le premier, au masculin, signifie par extension tènement, pâturage, un bon termé. En français, le sens temporel a été gardé, à côté d'autres.
C’est à l'historien occitan de réactiver tout son héritage. La linguistique et la toponomastique l'aideront. La typologie la plus simple consiste à concevoir des strates dans le temps, et à aller à des formes actuelles. Il s’agit de mots dans l'active, et à l'Occitan des deux moyens âges : la réserve et la territoriale. En reculant encore, on aura quelques paillettes gallo-romaines, quelques rares laissés en compte, et deux ou trois hirondelles celtiques ou celtibériques. Cela ne fait pas un printemps. Heureusement, une masse de mots irréductibles constitue le substrat, ou la strate qui vient du bronze et de la préhistoire pré indo européenne. Il est question des bases anciennes, la « stirpe » méditerranéenne comme disent les linguistes italiens.
Le stock le plus ancien, c'est excitant et parfois décevant. Il y aurait du Sumérien Dravidien Hannito Ibère autour de la bergerie et du « parré » occitan. Des racines d'Egée, des rivages d'Illyrie, de l'Italien aborigène ou Ligure, on peut les rencontrer ici, comme ailleurs. C’est employé des sons qui expriment le paysage. Tout est roche, piton, mont, plateau calcaire, falaise, source, cours d'eau, et encore rivière, rocaille, « alhis », pic, sommet.
Les tury ? La font et la forêt del Tury. Ils sont dix et vingt entre Villefort et Rebenty.
Les Queire ? Cela commence au nord de Chalabre: Quirinaut. On a même un nom propre Quimezaut, (Quimes-Haut) à Chalabre. On a déjà écrit sur Quérigut, Quirhaut, Quirbajou,... Il faut dénombrer tout le stock. On butera encore sur Cucuruch et bien d'autres mots, difficiles pour tout le monde. Nous devons dresser l'inventaire en toute honnêteté et toute opacité, suivre toutes les pistes de la contrée. Cela nous conduira à la foire des mots.
S'il est en Donnezan un Cami Lhati, il y a, séparant l’erme d'Espezel du terroir de Roquefeuil, le Cami ferrat, la voie romaine inusable. (A côté de l'autre, le chemin de verre semble, dans l'imaginaire, inusable du conte Occitan). La Carriera di morts à Puivert répond au Cami di morts de Quirbajou vers Marsa. On a oublié ici les rites et les reposoirs du Causse de Blandas, chers à Madame Durand Tullou, dans le Gard. La Carriera des Andrius et le Cami de Bourrasole se trouvent à Puivert. En Sault, le Carrié de Quilhà, la carriera nova, les escarrayols, la Carriera moliniera se devinent à Galinagues, le Carrié novelh. Et, on décèle ce chemin des écoliers de Tarascon-sur-Ariège à Carcassonne par le pays de Sault. On découvre l'Estrade à Montjardin, la Scala, la grimpette de Lescale, la Croux de l'Estrade au-dessus, et encore la tira, la carriera de la tira de Campsaure vers le Col du Portel par Campsylvestre et la Fage, le Sarrat de la trejina... Se trouve l’embaus quand il faut jeter l'arbre par la falaise, et même Baraban ! Le « trial » enfin qui n'a rien du motodrome ici. C'est une piste pour le bétail. Le « trial de Niort »... Les bergers Andorrans connaissent tous ces itinéraires d'Ax vers le Razès. Trier les troupeaux, triar, trigar. Le mot piste est à chercher derrière, et la draille Cévenole doit aider à réactiver le mot d'ici « tralhar »... La trailha est notre draille à nous. On a pu croiser: tralhar et trigar trial al triail (M). Il existe une expression qui signifie à tous les diables : à triga-dinnas, à triga-veures, un tènement fort éloigné. A Rivel, le triga-dinnas est à peine à trente minutes vers le Montcalvel ou vers « Lamna de fà »... Mais, avons-nous le droit de compliquer les choses simples ? Trallaér, tracer; triar, trier; attria, il lui tarde de...
Restent à découvrir les habitats de la protohistoire. Au Pech de Milante ou des Sarrasis, à Roquefeuil, le « murus gallicus » est là. A Quirbajou, un lieu-dit « Tartaris » nous intrigue. Il est à retrouver parmi les Tartiés de l'espace agraire du XVIIe siècle. Un site du Moyen-âge, Plansols, l'un de ces quatre ou cinq lieux disparus, nous attend juste au-dessus du Moulin de Ferrand, actuellement à Monsieur Julien Rolland, d'Espezel, en bas, vers le Rebenty. On a une serre de Plansol à Marsa. En Chalabrais, les Capitelles des Cauquilhous près de Sonnac et de la Tour de Roubichous ont retenu l'attention de Daniel Marty, ainsi que des murs parallèles. Les rochers du Cinlhé, sur Camperdou, un cingulu ont retenu la nôtre.
Les fauves, on les chassait aux XVIIe et XVIIIe siècles. En Sault, on vit des loups à Rivel, vers 1830. Desdits du siècle ont passé à Campserdou. Il y eut quelques ravages au Clat et à Bessède vers 1788. On chassait le chevreuil à Coudons. La toponymie se doit de respecter tous ces pas del lhoup, la font de l'ours, entre Lescale et le Clat. Certes, on refusera le Canteloup de Camurac ou Cantaloup. Pour la lhouette, la loubette, qui jouxte le Pont de Puivert, on peut hésiter. Par contre, tout ceci est normal: l'artiga del singlà, las taishonieras, la caussa de la voulp, la voulpelliere... En Chalabrais, le « pas de la mandra » est notre Renard à nous.
Ce ne sont ici que des échantillons d'une collecte importante, encore inachevée. L'inventaire du Kerkorb nous révèle quelques surprises. Je poserai ensuite quelques problèmes de toponymie de Saltus. Plus que des mots et le paysage de deux contrées, il s’agit des mots sur un paysage.

I. LES VILLAGES OUBLIES DU KERCORB.

Reprenons le texte amusant donné par le chanoine Sabarthès. En 1201, le Pays de Kercorb, subdivision du Razès, surgit comme une série de seize toponymes. Cela mène de Balaguier à Puivert, et la baronnie de Chalabre d'avant la Croisade. Cela correspond à un Kercorb sans la localité de Corbières, le seul village portant le nom de Corbières et n'ayant pas droit à l'appellation contrôlée, étant hors du massif, alors que l'on parlait un Occitan classique, dans ce coin. Le greffier nous a joué ce vilain tour d'enfiler une brochette de mots en latin, en occitan, et en latincitan, parfois même en oïl. Il existe donc treize localités, deux vallées, et une forêt : « Cambels, Cuculenra, Montgardens, Eisalabra, Sancta Columba, Eisoice, Vallis d'Anior, Rivel, Pendels, Calmeta, Saltus, Fonsfrigidus (sic), Villefort, Auriag, Balaguierum », et de plus le Val de Vindran exclu.
Au nord, ce Val de Vindran doit être le Val d'Ambronne. Je ne sais qui a donné l'explication. Le nom de la rivière l'a emporté ensuite et très normalement !
Le texte ne commence pas par Chalabre. Nous partirons de là ! À tout seigneur, tout honneur. Mon ami, Monsieur François Baby, maire de Montbel et professeur à Toulouse le Mirail, a donné la formule Eisalabra-Calabriga. Le Celte et le Celtibère sont là derrière. Les dérivés de Calabriga sont nombreux en Espagne et ailleurs. Un C devient Ch. Devant. On met un « es » d'appui, qui peut devenir eish... Dans la contrée, ce traitement est fréquent devant C, T, P, surtout en Sault, où l'on disait Eichalabre, tout au long du XVIIe siècle. On dit les escoumeilles, les escarrayrols, les estermes, l'esturgat, les espujolles, et l'espouzoulhe... Pour la scala, un e suffit.
Un seul ac gallo-romain a survécu, modifié en ag, tel que Auriag en Auriac. Et, Saint Benoît est arrivé ! Lisez Casimir Pont ! Or, nous avons noté divers ac, at, ate, argue en nos dépouillements. Il faut les ajouter avec précaution, afin de saupoudrer tout le Kerkorb depuis Sonnac et Auriac jusqu'à Nébias, Rouvenac et la Scala. Chacun sait qu'on a trouvé des objets romains à Chalabre et à Ourjac. Daniel Marty a trouvé des pièces d'or dans le terroir de Chalabre. On doit chercher une villa romaine vers Saint-Martin, ou sur les plateaux... Or, un quart du décimaire de Chalabre portait le nom de Villac vers 1789. C'est une bonne surprise. Certes, on peut avoir Villaret dans un autre texte à Toulouse. On peut retenir les deux termes. Et Villard ? Plus exactement dans le décimaire de Montjardin : les Claux, le Villard et Cugulière (après 1503) Hlt. A. 242.
Entre Rivel et Sainte Colombe, on eut Ourjac et Ourjaguet. Les bulldozers, ayant peut-être rasé Ourjac, c’est à l'archéologue de fouiller plus profond. Il faudra situer quelque part Canajac. Dans Montbel, Canterate était parfois appelée la Bastide de Beaumont. Montbel- Beaumont, la francisation était en cours. On voulait en mettre plein la vue. On écrit très souvent Canterac, avant 89. La cause paraît entendue. On a un hameau Canterague, à Dreuilhe, près de Lavelanet, et Chanterac ailleurs. Un Evêque d' Alet porte son nom. Haut perchée entre les deux trous de Mont jardin et Villefort, la ferme de l'Esturgat fut peut-être une villa turgac, devenu esturgac... Par contre, si le gallo-romain affleure à l'Est et au Nord-Est de Puivert: un Mouroulat vers Festes, un Moussargue près de San Romà, plus Rouvenac et Nébias, à Puivert, on ne décèle point de ac dans une première approche.
Or, le lac étang ne couvrait ici qu’une partie des 4 000 ha de la commune, en gros un long croissant de lune allant de l'isle de la Grange sur Bourrasole, vers l'ilette de Campbarberouge sur Blaud, et l'ilette de Campgast. Le gué ou le terminus est le Pas del Lhâuc, sous Campbounaure. Le reste n'était pas un désert ! La voie romaine partait de Fauruc et Nébias vers San Roumâ, traversait la cluse au Pont de Puivert, (ce Pont qui depuis a usurpé le nom de « ville »), et montait à Babourade et au Pas Rouge. Un plumitif des A.M. de Puivert a permis de localiser la chapelle rurale de Saint Romain. La voie Romaine entamait la montée à Ornolac, un Ornolac d' Aude, à 50 kms de l'autre en Ariège. Ce lieu est devenu les Arnoulats. Il n'est pas un Cammas comme les autres. Pour cause, il serait le plus vieux. En 1322, le toporiyme est précédé de l'anthroponyme : Guillaume Ornolac de n-Ornolac. Au XVIIIe siècle, cela donnerait G. Arnoulat (au singulier) des Arnoulats. On entend, parfois, encore: à Jarnoulac », le Rurat près de Campbonnaure. C'était le Rouïrat vers 1820. Au mieux, on enregistre un deuxième Canterate, un peu plus loin vers le Rec del Parré.
Le Haut Moyen-âge a certainement marqué notre Chalabrais. La villa-forte a donné le masculin Villefort. Entre nous, il se trouve être un piètre site défensif. Il a dû y avoir plusieurs « villes », puisqu’il existe un villaret à Chalabre... La ville juste sous le château de Puivert, le hameau fut habité jusqu'en 1900. Il y avait des toitures encore vers 1930. On l'a rasé naguère pour édifier un parking. Le scribe n'a pas jugé bon de citer le Castelh de Pechvert, (même si la forteresse de 1201 n'était pas la forteresse imposante d'aujourd'hui). Disons, c’est l'ancien château du temps de la Croisade. Il a délaissé la ville pour donner Cambels au pluriel... Revenons à nos villes ! À Nébias, au-dessus du village, un petit plateau avec causse, murettes et jardins, porte le nom de « su l'vielis »... On doit lire au singulier « su’ la viela » au-dessus de la ville. Mais, Nébias est un pluriel. Les « vielles » sont donc au pluriel. Ainsi, ce lien est assez fréquent en pays de Sault: « la vielle », « la vielle qui confronte le Roc du Castelh » à Roquefeuil, et encore à Artigues, ou Aunat. Mais, laissons de côté les formes récentes: al cap de la ville à Belcaire, jous la ville à Espezel, la muraille de la ville à Nébias.
On reconnaît Montjardin sous Montgardens. Un g est devenu j. Mais jardin se dit hort. La Mont-Gardiole, qui domine le village et lui avait certainement donné son nom, s'est laissé jardiner. Montjardin, ça ne colle pas. Mais, nous n'obligerons pas les Montjardinaïres à redevenir Montgardiolencs. Ça ne gêne personne. Il faut laisser les mots vivre et jouer.
Rien à dire sur Sainte Colombe en latin. Ribelh est francisé en Rivel. Pendels est toujours localisé. La Calmette a été latinisée. Ce sera plus tard le port de bois, près de la scierie de Ribelhou.
« Es pos un polit port de mar », comme on dit lorsqu'on vous reçoit.
Cinq termes résistent, surtout "Eisoice et Vallis Anior. Ce doit être quelque part entre Montbel, l'Hers et le Plantaurel. On n'a pas à chercher dans la Seigneurie de Bélesta. Le Vallis Anior n'est point le Val d'Amour, lequel n'était au XV111e qu'un Val d'Amont. Niort, Aniort, c'est un gué en Celtique. Cela en fait trois dans la contrée: Niort de Sault, un Niort près de Mirepoix, il faut retrouver le Niort-de-Plantaurel. Pour ces deux localités Eisoice et Val-Anior, nous mobiliserons tous les lieux dits de deux ou trois communes: le Car là, le Pla d'Andouze, le Pech de Pamios... La patience paiera.
Restent Cambels, Fonfrigidus et Cuculenra. Nous pouvons apporter quelque lumière, car nous avons traqué ces mots au passage. Cambel Cambelhas, Fonfrède, Cuguilléra cougouillèie, des mots occitans et non latins, cela va de soi.

  1. Il y a un « Ruisseau de la Cambelha », avec un article expressif, et un tènement « les Cambelhas », au Soula de Campsaure. Je n'ai pas fouillé les tartiès... Cambel n'est pas Campeille. Peille est un nom propre, Campeille est le caput mansis de Peille. Cambel, lui, est toponyme et anthroponyme. On trouve Cambel, habitant de 1322, c'est important. On en voit un à Marsa au XVIe siècle. Le nom était porté à Quillan-Perpignan en 1938... La série est continue. Les Reconnaissances de Puivert au XVIIIe donnent le tènement de Cambel, sous la ville et sous le château. Ce doit être un doublet de la butte, au masculin, comme en 1201, et à Campsaure, les deux sexes. En 1201, il s’agit du masculin pluriel... Lequel des deux sites Cambel ou la Cambelha est-il la localité recherchée. Nous avons ici abondance de biens et ambiguïté. J'opte pour les localités au masculin et au duel.
  2. Il faut retenir un hameau de Fonfrède. Ainsi, un toponyme tire son nom, qui soit de la source et du site habitant à côté. Or, à Montgascou, on trouve « le plà de Fontfrède de haut ». Ce doit être ça. Monsieur Marius Ferrier, qui connaît bien la Tuilerie de Montgascou, et sait où sont les tartiès sur l'eau versant de Villefort.
  3. En Chalabrais, nous rencontrons les noms propres Cuguillère. L'un d'eux a été curé de Puivert. Ils sont nombreux en Val d'Ambronne et dans la vallée de Festes, et donc à Limoux par glissement. Reste à trouver le hameau, le toponyme d'origine, la cougoulière. Une ferme Cuguillère apparut quelque part dans l'archive. Plus tard, un autre acte notarié apporta la solution : Cuguillère ou le Courtisaire d'un haut. Dans le cadastre de Montjardin, on a bien le tènement « Sous Cuguillère » à côté du Courtisaire. Cuguillère était au-dessus, disons « lé Courtisaire de naut ». Cuguliè est donné, dans Hlt A 242 avec le décimaire de Mont jardin.
    Cuculenra est retrouvée au moment où tout ce secteur va entrer dans la nuit du désert français. La forêt évacuera le trop plein des mots. Et le Coucou chantera... « Quand le Coucut canta, e l'argelas floris, la fam es pel païs ».

Dans le croquis du Chalabrais, nous donnons les noms en ac, at, as, argue: Canterac et Benac, Villac, Lesturgat, Ourjac et Canajac, Ornolac, Rouïrat et Canterate II Moussargue. Plus Nébias, Auriac et Sonnac. C’est trois au départ. Puis, treize se rajoutent en cours de route, et encore Berugat, Brézilhac à Caudeval.

II. LES VILLAGES DU PAYS DE SAULT

En gros, le Saltus, ce sont vingt-deux villages de trois cantons: dix-sept de Belcaire, trois de Quillan, Coudons, Marsa et Quirbajou ; plus deux d'Axat : le Clat et Bessède. Nous laissons de côté la Terre d'Oultre, Escouloubre et le Bousquet, delha l'aya, sur la rive droite de l'Aude. On notera que cette rivière, l'Atax, est devenue « Audes » avec un s final. On dit « Audès, as Audès » vers Quillan et Couiza. Certes, on a le droit de se dire habitant du Saltus forêt et pâturages de montagnes, lorsqu'on habite Artigues, St Martin-Lys et Roquefort de Sault... Pour les habitants de la bordure nord, de Belvianes à Fougax, ils ont droit de regard en pays de Sault.
Les noms de lieux, ici comme ailleurs, nous paraissent à la fois familiers et mystérieux. En effet, ils sont familiers, parce que dits et redits, stockés et déballés à l'usage de la nouvelle génération. C'est à prendre tel quel par le touriste. L'auditif se mêle au visuel dans le paysage. Avec la fierté des monts, le Pagès sait traduire la pérennité des mots. Ils sont mystérieux, parce que le son ne mène point toujours au sens. Nous sommes impuissants à rendre compte d'un mot expressif et sonore -un genius loci, un site mal défini, un tènement qui a changé de nom, ces siècles derniers- quand celui-ci ne vient pas de la langue latine. On peut s'essayer à déchiffrer. Mais, il faut accepter de ne pas trouver à n'importe quel prix. Cela s'appelle refuser les étymologies trop faciles ! On entre dans le toponyme de plain-pied avec les mots du village et avec les glossaires d'ailleurs. On réduit le champ des incertitudes avec les formes anciennes de Sabarthès, des racines plus anciennes de Dauzat, du Cange, de Pline l'Ancien... Mais, on ne va pas vite. Certes, l'intuition peut ouvrir ou casser un nom qui recouvre un relief très particulier. Souvent, il vaut mieux interroger l'habitant sur le tury, le Peyregueil, le paty... En 1594, on parlait du « cerne de l'enclos » avec cette ceinture de toponymes à l'horizon: des quier, des pas, .des clots..., le cerne, le cercle en vieux français. Mais, « cerné » est aussi tamiser, ou bluter. Au travail, à l'ariscle ! Il y a des choses qui ne passeront pas, et tourneront longtemps en nos têtes, le « redoulum ». Accueillons cet inexpliqué, cher à la vox popuü, ce redoulum de toponymes.
Le substrat gaulois ou celtique, du côté des Pyrénées Audoises, tiendrait dans le creux de la main. Mais, R. Lizop fait venir le Razès de Redonas, les « Redones »... Quelques mots, une hirondelle ne fait pas le printemps, nous avons entendu cela. Certes, nous n'avons au pays des forêts que deux noms de villages, tous deux dans la vallée, Chalabrette de Marsa, et le gué sur le Rebenty à Niort-de-Sault. On devra faire honnêtement l'inventaire, et situer les oppîda aussi.
La strate latine paraît importante, comme le peuplement gallo-romain et romain, avec des gens venus de quelque part. On entre ici par l'Escaletta de Coudons, la Scala du col del Candelhè (Lescale au M.A.). On suit l'Estrade et le Cami Ferrat. Des Arcs Arques, il y en a vers Belfort et Aunat, cela peut venir de fours ou de voûtes récentes. Ici, le mot Agré surgit des textes depuis le Moyen-âge ; forêt d'agré, droit d'agré, à Coudons, à Lescale et ailleurs. Une terre noble est réservée avec un ager millénaire à l'arrière plan. Contentons-nous de compter les -ac et les - an. Ils sont dix-sept. Nous n'avons pas tout exploré, une bonne quinzaine après criblage.
Doit-on rejeter Sanmardà ? Nous n'avons pas en main la forme médiévale. Nentilhà dans la vallée de l’Aude (le Clat) est-il un an ? Or, nous avons, en 1594, Orliac et Entilhac, nentilhac. Les latins étaient à Campagqà (c) au pied de l'Ourthizet. Ils étaient partout ailleurs. On est ici entre Quillan (avec Vitrague, Moussac, Massac...), et le cami lhati du Donnezan et Llivia en Cerdagne, le chemin des écoliers inévitable. Un pays de Sault d'avant 406 donnerait la série suivante: Marsà (n) ou Marssac, Maïrac (Joucou), Tébiac vers Mérial, dans la vallée du Rebenty. A l'Est, on découvre : Tournac (Bessède) et Campagnac, Aunac!at, Montaignac (près de Rodome), Remenac (près de Munis), Galinagues, la Condamine de Rouvenac (Mazuby). Au Cers, se situent Randoulat près Belvis, Cavanac et Bunac (la Bunague) sur le plateau de Roquefeuil, Palagnac et Cuxac (Belcaire), Raissac et Camurac!at en haut... Nous éliminons Prats de Bounac à Mazuby, car il y eut dans la contrée un Marquis engagiste de ce nom. Un Quimebrat demeure. Des sources, comme Fontanés, sont ici comme dans l'Hérault et le Gard, Espezel, de pocioliY au M.A., les Puits-en-Sault. On a Espouzouille en Capcir (P- o), Pouzols en Minervois, la Font Pezouillouse à Puivert. Mais, Fontanès fut Combes et Cannac en 1469.
Ne soyons point étonnés de retrouver des noms qui rappellent des villages d' ailleurs. L'homonymie est une donnée. Aunac est près d'Angoulême aussi. Rouvenac et Raissac sont proches, en Razès et pays d'Olmes. On a Raissac près de Narbonne, Cavanac, et Cuxac dans le Cabardès. Il y a Cuxa près de Canigou. Nous savons que Carsac, site fameux près de la Cité, a un frère Carsan, dans le Gard. Pour les autres, il faut revoir l'Epigraphie latine et repasser les Dictionnaires Topographiques. Cavanhiac était un nom propre à Marsa en 1558. Il y a des Cuxac, des bosc d'en Cuxac, dans le Haut Razès et le Chalabrais. Ils ne proviennent pas tous de Cuxac-Cabardès.
Ils sont au nombre de 112
Les Seigneuries et les défrichements du Moyen-âge ont donné l'assiette des villages actuels. Les uns ont châ- teau, Belcaire, Belfort, Niort. C'est souvent un Castelhàs. Le nom Castellà est resté. On a le Castelh et la Vielle, à trois cents mètres au-dessus de Roquefeuil, un Mas d'Ubi; delha l'aya, un col de même nom. Les trois chefs de consulats, Belcaire, Roquefeuil, Rodome, étaient des villas murés, dans la carte diocésaine. Deux hameaux sont venus tard, au XXVIIe : Trassoulas (tras-le-soulà), alias les Pujolles et même Calès; et la Malayrède. Ici, vinrent six habitants de Roquefixade en Mirepoix. Là, des Toustou apparaissent, race conquérante dans la Plaine de Sault. Cependant, des petits lieux deviennent des tartiès, morts déjà dans les plus anciens compoix, tel que Montpié près de Cornus, ou Coumareillâ (sive Fontcouverte) entre Belcaire et Camurac. En amont de Niort, Gebetx a disparu vers le XVe, pour faire place à Mérial et la Fajolle. Certes, la peste du XIVe a bon dos, comme les Aragonais et les Miquelets ! Par la même occasion, on lui attribue la fin de Palagnac-la-Romaine et d'autres cités imaginaires. Plansols, les petits replats, a coexisté un temps avec Espezel du plateau. Puis, le village du haut a tué celui du bas, trop bas, trop près du Rebenty, au-dessus du Moulin de Ferrand. Un croquis des Archives municipales montre ce site, sur la ligne des deux clochers; Espezel, et Galinagues. Disons, un peu à côté de cette direction.
Deux tènements du « Mas-d'Ubi » cachent des villas du haut Moyen-âge: Coume Villefred et Villerouge. La « mansio » a eu raison de la « villa ». En cette Seigneurie, Cazelles est devenue fief; mais Cumba (Combe) est morte.
Au bord du Rebenty, on avait quatre localités en 1558: Marsa, Quirbajou, Chalabrette et Castelporc. Le château-du-Cochon doit être une belle légende, avec en bas-relief comme pour Dame Carcas. Un siège est une entité protectrice. Au départ, peut-être, il s’agit d’un simple port de bois sur « le fleuve Rebenty », Castelporc, Castelpor, Castelport ? Où encore le pied d'un port, un col de la contrée.
Les hameaux morts, comme Monpied-Pièmont : Boulude, fief entre Mars et St Martin, Espangette, Nentilhà, étaient bien situés dans le passé. Le Pech était noté près de Fontanès, dans la Carte Diocésaine. On avait Combes et Cannac, et l'un des deux a pu devenir Fontanès. Quirhaut, loin de Quirbajou, est au XVIIIe, un petit fief de Noble Maffre de Quiraud. Un dicton de la contrée clame encore l'importance, toute relative, de ce gentilhomme campagnard : « Moussu Maffré ! », ce qu'on devrait traduire par :
« Heureux qui, comme Ulysse, avait un beau troupeau... ».
Un texte de 1481 mérite quelques attentions. Le baron de Mirepoix énumérait les usagers du Roi, « Beaucaire, Roquefel, Camurac, Marssac, Cornus, Mon-pied, Espezel, Plansols, Quaire bluis (sic), Cazelles, Bel-fort, Able et Espangette ». On a oublié Belvis. Ce Quaire bluis ou blues est bizarre. Ce pourrait être Quirbajou, Quiraud, ou Belvis ? Galinagues ? Nous retiendrons l'hypothèse 3.
Certes, on peut envisager des changements de noms entre la protohistoire et le Moyen-âge.
4, les habitats anciens sont accrochés aux Quier, aux rochers la grotte, l'oppidum. Ce plateau est cerné par de nombreux Quier. Un Quer à Belcaire, un Quer à Belvis, deux Quir un, Quirimes, un quer de mergalh à Espezel. On a su changer de mot, afin de ménager le comprenoir. Ça donne un Roc de Belha vista, un belvédère : « Belbis, belha vista Pauc d'estat ».
On aimerait mieux un Quier à chaque Caïre !

III -DES MOTS SUR UN PAYSAGE.

On donne tant de lieux-dits. Mais, notre intention n'est pas de faire une étude linguistique, seulement d’observer en curieux. On suit en deux siècles le devenir de certains mots. Le canebàr devient Canebà et chenevière. On saisit à l'oreille les locatifs, le code en a, y, is, issis. Cela se déchiffre dans Canebà as Caussidassis (Cam XVIIe s.), l’Anoulhà, le Pech Castelà. Castella devient N.P. On a ici as casalis- sis. On avait as cazalis, à Lescala. (Cazalis est N.P. en Aude). On trouvera le Cap cazal, comme centre d'exploitation à Espezel sous Henri IV. Ces codes en àl, àls, sont surtout pour les alentours de l'exploitation: cazal, courtal, oustal,... et encore au loin: le trial, et le pastural. Certes, il y a des mots en àl qui sont des diminutifs. Le mourràl correspond au mourrelh de Puivert, une petite butte. Mais, comme pour Courtaly, le Courta là, il faut accepter la diversité des données.
Pour le cerne de plusieurs enclos en 1594, ce serait amusant. Les textes du moyen-âge sont enrichissants. Nous nous contenterons de rubriques à remplir.

  1. Le Moyen-âge. Nous disons religion, folklore, Seigneurie, habitat. Joucou devrait être St Jacques-de- Sault, Jacou, Joucou. Suivons « le » Sabarthès. Quand un homme reste comme livre, ce chercheur faisait le poids- San Prim sous Quirimes. Avec des vieux cimetières entre Espezel et Roquefeuil, on « se » le partageait, à St-Jean (Cam.), à la Viguerie (Aunat). Le V chapitre de St-Paul était Seigneur du lieu. Il avait sa justice, à la Chapelle (Maz), à St-Vincent ou la . Font (à Niort), Al Roc de San Marcel (Joucou). Une vieille église existe à Belvis, ainsi que la fontaine de St-Estève, (St Etienne le patron), à l'Ouratory, al Calvay- rou; as Gleitsages (Com), et à la coste Saint Martin.
    Cela indique le monde légendaire. Le Dournou parle des fées à Coudons. Il y a aussi l’Aginoulada de Roulan (à Belvis), rien à la Doux, une Source divine de Joucou, et une belle légende au Sairat de la Maïre de Dious, de Belvis, le Clot Milà, un Roc des Encantadas à Espezel, une grotte des Breichas à Mazuby, le Dressadou de las Cargues à Belcaire, et le Col des sept frèresiut, un « Col des sept Frais». Je ne sais si c'étaient des frênes ou les fils de Fraïsse...
  2. À la Fin du XXVIIIe, la contrée comptait 8 nobles résidants. C’est peu. Aussi bien, les Puissants Seigneurs résidaient ailleurs à Versailles, à Pibrac, à St-Michel de Cuxa, ou à St-Paul de Fenouillet. L'engagiste du Roi des années 1710, le Marquis de Bounac, avait effeuillé des titres sans valeur. Donc, le baillif, son Lieutenant, les Niort, les d’Able, les de Negré, les Quiraud, et les Fonds de Niort se partageaient les châteaux. Cela se traduit par Al Castelh, l'enclos du château (Belc), le Pech Castella (Roc). Après dégradation, restera le Castelhàs. Suivent les séries normales qui eurent leur raison d'être : le Sarrat de les Fourques (M) et le Sarrat del Penjat (E), la Renda, ou la Camosse, (Cam), derrière la Rende (Roq). De bonnes pièces emplissaient le grenier du Maître, la Coundamine, à la Condamine (Belc), à les Condouminos del Bac (Aunat). Souvent, le village prolonge une villa du haut Moyen-âge. On se situe donc al cap de la ville (Belc), « jou la ville » (E) ou « Sous-Bielle ». Cela donne le N.P. Soubielle en Capcir et des Lavielle, Viala, dans l’Aude, al plà, dit jous la ville (Aunat), sur la Vielle et Trevielle (Rod.), ou encore la Bielle quand on entre à Quirbajou.
    Les forêts Royales et Seigneuriales, l’Agré, Picaussel, Coume froide, Niave, la Deveze, le Debat... seraient un gros morceau. La force de l'eau de Rebenty et d’Aude: la forge vieille, est abandonnée. Cela s’avère être la Forge à Mérial et Gesse, les Ferrières à Mérial, Belcaire, Camurac, plus Coumefère, le Moulin Neuf à Niort, le Mouli del Roq (E), la Carriera Mouliniera, les Moulins de Munès et de Ruelle (le Ruisselet) sur le Rec de Menet, près de Remenac, et le Rimini d'un scribe mal inspiré Des Arques, des Mouli Resseq à Belfort.
  3. L’habitation et l'exploitation se laissent lire dans la diachronie: « A-Maisons » est un mot reçu, à l'écart, lieu-dit à Aunat. L'Oustau Nou, c'est plus normal à Belvis, un relais routier. Les vieux mots, c'est le Cazal de San Prim, les Cazelles, un plà de Cazelles à Belvis, un château de Cazelles sur Rebenty. Des barraques (baraques) ont précédé d'autres établissements. Le pré à la Barraque à Trassoulas (en 1761) est un abri de pierre sèche, et une borde simple. La Grange, appelée la Barraque, dit bien que la deuxième est première dans le temps. Le Cap Cazal, encore vers 1600 à Espezel, est l'unité simple d'exploitation, je veux dire la Maison-Pailler-Borde-Grenier. Un seul toit suffisait à cela. En certains villages, on préfère la borda, et ailleurs le Pailler. La borda est la bergerie au village. La bergerie se trouve en pierres sèches au loin et la bergerie maçonnée tardive. Cela devient la ferme enfin. Il y a le paty ou patus, le rebus, le cabanat, et le couvert. Il y avait peu de teulières au pays de Sault, dans le passé lointain. L’historien se doit de ne pas tricher avec le stock des mots.

L'oreille occitane pénètre aisément les deux-tiers des lieux-dits de « son pays ». Elle sait facilement décoder les fins de mots. Il y a des « et » et des « oIs » qui sont des diminutifs, et d'autres qui ne le sont pas. Des suffixes « à » expriment des locatifs: à courtalà, al segalà, la riva de l'auzinà. On sait connoter l'auzerda (1) et un auzerdà, la civada et un civadà. Il est des « al », qui entourent l'habitation, comme en Razès, cazal, tinal, courtal, d'autres plus lointains comme le timbal. Des affixes, le plà devient le planaI. La costa devient le coustal. « Les AgrairaIs » (Rod.) désigne les terres agrairales, -à l'agrier-. Des tènements peuvent être soit au singulier, soit au pluriel, tantôt l'unité, comme « à la costa », ou « à l'anoulhà », tantôt l'ensemble, tel que las Costas, las anoulhàs, las segalas, segalas- sis.
Certes, bien des signes peuvent échapper à qui n'a pas une formation de linguiste. Les toponymes nous sont livrés trop souvent avec la terminaison française, hiere et non hiera, Vernède au lieu de Bernèda... on saura retrouver d'instinct la bonne prononciation, comme par exemple la Cou- melha herbouse, disons la « Comelha Herbosa », la jounquiera... Cela ne pose pas de problème. Nous transcrivons les lieux-dits, tels qu'on les rencontre dans l'écriture courante. Nous ajoutons le signe d'accentuation sur un « à » final. Dans le subra, le sougra, il faut entendre: al subrà, al sougrè, montsugrà, la matta de subrà. Chacun est amateur en cet apprentissage. Avec quelque chance, on doit suivre la bonne piste.
Mais, laissons de côté les mots de la forêt, les sapinières aux arbres longs et les hêtraies qui donnaient du bon fer, et d'autres bois moins considérés: de Gahuzières à la Riva de l'Auzinà et à « N-Abezet », de Niave à Mirailles, de Coumefroide et de l'Homme Mort au Debat, à Fenelle, à Canelle.
Mais, le « Quier » est là, obsédant. Cela comporte une butte affouillée par l'érosion, d’un chicot calcaire émergeant au-dessus d'une surface d'érosion, ou encore d’une falaise calcaire dominant un plateau... Il faudra traiter cas par cas, et revoir chaque site. On n'en trouve pas à Camurac. Quirbajou est un replat. Les falaises sont en-dessous. Certes, les bosses ne manquent pas autour. A Belcaire, on a un roc au milieu du village entre le Coume et Lom. On remarque un Piton, qui a abrité une civilisation cam- paniforme (3). Du moins, il a logé des squelettes dans la grotte en-dessous. Ensuite, les Saints Cosme et Damien ont patronné la butte. Entre ces deux moments, l'archéologie devra combler le hiatus. L'archive ici livre: al clot del quier. Il faudra vérifier le site « al coldalquier » et celui « al quier des Bouttons ». A Roquefeuil, on a seulement « al-col-de-quié et col-del quié » (1692). D'ici, à Camurac, les Gassot-ol, et les Boy de... (Boy del my) sont plus fréquents.
Les scribes du passé ont adopté la forme belliqua- drum. On peut admettre le glissement de quer à quaire- caÏre. Inévitablement, on pense à Bolquère (Cerdagne) et à Ugernum de la Table de Peutinger, devenu Beaucaire. Or, Belcaire glissait vers Beaucairè. Ça faisait bien au XVIIIe. Belcaire signifie quelque chose à l’oreille occitane. Un coin n'est plus un Rocher. On a perdu la racine KAR (pierre...), et la forme quer.
Ce roc de Tousquira M.ingalh, qui domine Espezel, se doit de redevenir le « Roc ou Quier de Mergal » ou quié de Mirgal (1541), al guier de mirgals, ce qu'il était il y a deux siècles et même trois. Aux alentours, le terroir est empli de mots attendus et inattendus: la Porta del Quier, al quier de Jehan Rouch (1541), al noguié del quié, « al Quié, à la coma de Bertet ». On notera qu’Alquier est N.P. dans le Haut-Razès, et encore « Al quié Coucagat, ou la riva del quier de mergal ». Ici, il faudrait mêler le son et l'odorat. Le Trésor du Félibrige donne pour concagat : « conchié », le Quier conchié ! La palatalisation de Kier a pu être entendue « chier ». Un mergal déformé a pu faire le reste. Allez savoir. Coucagat ? Une autre base. Plus près de nous, on a préféré tousquirar, tondre, et on déforme Mergal en complément d'objet Mingalh... Il faut inventer le sens, c'est-à-dire écorcher les mots qui résistent. On trouve encore « à Quirilon », « à Quiriquilon », noté quelquefois la Font ou quiriquillan. Non loin du village, près de St Prim et d'un vieux cimetière, un petit plateau a gardé le nom de « à Quirmes », « à Quirimes ». Roquefeuil arrive là. On a écrit « à Quizimes », quirinaut, quimezaut à Chalabre Le Dr J. Lemoine donne une dizaine de Quier, dans le comté: Kerkorb, Belcaire, un Quier Sarrasis à Joucou. Il faut revoir les quier et guier du Chalabrais.
En pays de Rebenty, Mazuby offre un Quirballa « ad quirimi de querio Vallana », et plus en 1303 « ad gardiam de query de golat », la gardie du Quer de Golat. C'est bien long. On a pu simplifier ensuite. On aura « al Goulaxé » (M) dans le Cadastre de 1752. On trouve « al Quier d'en Lauzert, le quié d'Enparré à Marsa (1771). A Quirbajou, on situe quer de lenta, al gué de nauralette (1558), et la choque del quier vers 1760 à Belvianes. On se reportera au « Suc » de la thèse d'Alain Nouvel. On a la Soucaille du château dans le Cadastre de Chalabre. On notera « al suqal » à Camurac, parfois al sugal. Lequel porte l'autre, le choque ou le quier ? Peut-être la choque, comme à Chalabre... A Campagna, on dénote le Roc d'alquié et al Quié Rouch, le Roc Rouge. Non loin, on a des Roquelaure, Seigneurs dans la contrée. Pour traiter cette matière rouge, nous proposons l'hypothèse de travail: Laure = Rouge. On éclaire ainsi le Mons Ru/us (de l'histoire du Languedoc) = Montlaur. Fontlaure répond à Fontrouge du Chalabrais, la Roquelaure à Quier-Rouch.
Le mont, le causse, la serre, le roc, le pic, le sou là, le baq, le plà, les coumes, les coumefère, et les ferrières sont fréquents ici. On a as coums, as comps à Camurac, la coume (3).
Il y a les fouilles Pierre Clottes à la grotte de Castelha.
114 sont au masculin. Des bases, admises par la topo nom astique, doivent être confrontées avec le relief. Pour mieux conclure, il faut voir de près.
Nous renonçons à donner, pour le moment, le sens de divers termes, comme à flis, le reuil, boursadoul, feuilla douls, al boume col del boumes Sarrat de Catoffas, ou encore Serra de Capis (nous avons un hameau de Capis, au Sou là, près St-Jean-de-Paracol), Capierlé, al pasuil, à la pazul... S'il s'agit d'un pas et d'un seuil, c'est assez simple, al Gassolot, al boy de mi. Ces deux lieux-dits sont fréquents à Camurac), Belcaire et Roquefeuil. Or, j'ai noté un « boys d'en mir » (à la bouisha d'en Mir). Mais, il est difficile de croire que ces tènements cultivés soient tous d'anciennes bouishas, et qu'un village, qui, tant a utilisé le buis dans le passé, ait pu perdre le sens de bouisha. Le mot est partout. Le buis était objet d'échange quotidien avec les boisseliers de Puivert.
La Garde, à la Gardie (E), à la Gardie (N), c'est au-dessus du village.
Nous admettons que Peyregueil dans le Plantaurel, et le Peyreguil (Lescale) sont des éboulis de rochers sur de très fortes pentes, des clapas glissants, ou Peyregouliès (B)... On a « lé cinglé » à Puivert, une bancelle naturelle sous la falaise, et aucun en Sault.
« L'embaus » est ici partout, où l’on précipite l'arbre long vers la scierie. Labau est une ferme près de Marsa. On a Lai bâutas à Puivert. On descend « per la bâuta ». On « embausse » l'arbre. Il y a Baux et N.P. ici. On trouve le Col de Rodes La Roda non loin à Mazuby, qui domine le chemin de Niort. Le sens vient non de la route, ou de la roue, mais d'un rocher quasi circulaire.
Pour Pech Nesplié, à Puivert, on dirait « al nesclé ». À Lescale, on va plus loin, les Cl deviennent Pl. Le creux, la doline, ou le clot de la contrée devient le plot (de l'Espagnol, de l’agréu). Ce sont des défrichements de 1700, sous le Trabenet. Donc, Clot est synonyme de plot. On dit ici: « à penjat la plhau al plavelh » (au lieu clhau, clavelh.). Nous avons rencontré cette dissimilation quelque part une fois en Sault : les Plauzals (E), un apax.
Le sol et le sous-sol paraissent peu dans le terroir cultivé. Le toponyme végétal est plus expressif que le toponyme rocheux. La géologie et la pédologie sont implicites : les Arenasses (B), l’Arenal (Rod.), le Causse, Escaussanels..., les fangalots, « à ferri ère ». Il y a des Causses, Caunils, Counils. On trouve les balmes une fois. Le schiste, ou la pierre morte donne peu. On cherche des feuils et des feuillets, tel que al feuil (Cornus), Roquafelh, Artiga feilhet, à feuilha Ramond dans le passé, à Belvis. Le tury retiendra notre attention. Il est partout de Villefort au Rebenty : un à Villefort, un à Lescale, la forêt del Thury à Nébias, un à Belcaire, et le foni del tury à Rodome, et encore à Joucou, à Roquefeuil. Cette roche est courante, un calcaire dolomitique travaillé par les eaux et repris dans le plissement. La rocaille de nos jardins, la pierre d'eau des bordures et du griffoul de Chalabre. On en fit des cheminées autrefois.
On détecte des mots encore à réduire, à partir du site, comme al Cucuruq (A), al cacuruch (Cam), al cuqureu et au Cacaruq (E. 1779), le Carcarich à Campagna, et même al carcarix (N). Cette racine annonce un sommet arrondi. On a des villages « Cucurou-on », depuis la Garonne jusqu'au Lubéron. La racine KAN apparaît dans Cantaloup (Cam) et Canteloup (M), plus Cantobreuf (Marsa) et Cantolauze (B). Le loup chante n'est pas recevable. Par contre, on admet le col del loup et le Sarrat de louve pelade.
Le Col de la Gargante est seul de son espèce. Un .rocher de Carach surplombe Quillan. On a le Carcanet au sud, la font de lai Galamudes près du Travenet (4). Les Pics sont des deux sexes : le Pic, le Picou, le Picoulet de Quirhaut, la pique de Maljournal (N), las piquas del Roc (Puivert), Picaussel (E), Pech Aussel (Cam) et Pic Ausselh. La Piqua est une aiguille de roche, sorte de cheminée des fées : Picuxellos, selon une observation de F. Lot, a donné Picausselh. On a un Rec de la Picausseilha à Rouvenac.
On découvre des rochers aux noms bizarres : le Castel d'ordes à Belvis, la Serre de Casteilles à Quirbajou, et encore Al Dent (Q), un Pech de la Dent.
Nous sommes intrigués par « à zale », « à zalou », le long de Rebenty en aval de Belfort. Une ombrée ? Le « s » est devenu « z ». Il s’agit d’un z enclitique comme à Zerbabert (E). A Niort, un pré s’appelle « sales ». Le 8 z ne meurt pas en Sault.
Avec lom loum, nous sommes à le Coume de loum (N), al coumelh de loum (Cam) dans la rue de la Mairie, à Belcaire. Un quartier de la petite capitale est-il ravin, ombrée ? ...On ne saurait le dire...
Les sources ont souvent de jolis noms : Dournou à Coudons, la Dourneille (A), la Doux, un mot divin (1). S'il y a un Fondargent en Donnezan, une autre ici, un F. Cristau ou Cristal à Camurac. Le christianisme a récupéré la Fe St Estève de Belvis. St Vincent est près de la Font, à Niort. Les sources abondent à Camurac et Belcaire. Celles de Belvis sont à sec l'été. Espezel a des puisarts, plus la « rivière » au-dessous. On trouve l'Aigue-vive, Fontgrasou, F. Del Clavary, F. de la vergère, Fontalby..., ou F. de Malayret, F. del Sauze, F. d'en Bourre, F. d'en Rigoulet, F. Paujol, les Fontanelles, Fontblanque..., ou bien Fontlaure, fontbessine, fontalanasse, fontcouverte, al gassol de Fontaillou, le pré de Fontaliou. Montaillou est à côté. Il existe un rocher, la font de Talha, à Bellver de Cerdagne. Fontfrède est un font d'en Tourne à Roquefeuil. Fontfresque est la comelle de la F. del Rey, la F. de l'Ours, la F. de la fajouse à Mazuby, et la F. de l'Agal à Belvis, ou à la Font de la villa (A.).
Souvent, l'eau stagne à la F. de l'Estaing, à l'asagadou, à Oulis Aulis, al passadou, as gourcs, à la Bourboulha, à les bourboulis, à la faudrière de Roquefeuil XVIIIe. Il n'y a point d'arre ici, ni de col des Arres, alors qu'on a deux « Pontarou » à Puivert près du Blaud et à Nébias, au creux sous le village, près du cimetière le pont du cours d'eau. Il y a un Pech d'Oulis en Chalabrais, une font pouzoulhouse sous Campeille. On retrouve les Pouzols (M), A les Pouzols, F. Espouzouille, le bac d'espouzol, le riba d'espouzol. On retrouve Espezel.
En montagne, les précipitations sont élevées. La Malairède se situe entre la Gouttipa et l'ega. Ce col porte le nom figé de l'aya : l'ega. Dans les chenaux d'écoulement, ce sont les Corres en Chalabrais (Escorregantar signifie raviner). On en trouve deux ou trois ici : Corre (1), as correts (Cam). On a préféré Canaletta et encore les coulasses, l'escouladou.
Les ruisseaux ne sont pas nombreux. Le Rieutort est un affluent de Lhers à Camurac, et le Req blancs, le R. del Tury, le Rial d'en Coq à Roquefeuil, le Req de Rimoges, le Rec de Rebounedou rentrent sous terre aux Entounadous à Belvis. Le Req des Astourades devient maintenant des lhanius, de l’ega vers Lescale. Astourade signifie casca-(4).
On connaît Caramauda en Provence (Bulletin de Soc. Mythologie française), un genius loci, tel dans les Asturies (Voyer Antonio Tovar), al Rial de la lause (E), al Rial, à la Rivière (le Rebenty). Rigail est N.P. à Belvis.
L'ille est partout, le long de Rebenty, le timbal de las illes, à les illes. On dit l'ilha à Puivert et à n-ilhetta à Campgast, la illasse...
Le plateau oriental est plus fortement entaillé : le Courriu près Mazuby, et le Req Negré depuis Caillens. Le Req de Menet ouvre la meilleure voie de pénétration de Belfort à Aunat. Il porte le Moulin de Ruelle (disons du Ruisselet). Ce Menet n'est pas Rimini comme je l'ai entendu, mais le Req de Remenatlac. Ce mot figure dans le plan, tel que le Rec de l'Algà à Mazuby et encore à Belvis.
L'Estagnol est à Campagna. Les secteurs marécageux ou humides sont fréquents, tant l'eau s'accumule dans les bas fonds à la fin de l'hiver. Le Ruisseau de Rimoges sort d'un tènement li-maus. On veut montrer que limace et humidité vont ensembles. Ailleurs, le mot est limosouls. Une base « lim » est possible. Et, Rimoges est proche de Limoges, à l'oreille occitane.
Lorsque les laboureurs ont attaqué la contrée, bien des zones en creux étaient des anoulhà, l'anoialum cher à A. Dauzat. Ce mot est resté ici à Espezel et à Aunat. Nous l'avions signalé à Puivert. C’est par exemple les anoulhas, près du Blaud. Ailleurs, le mot mouillère a triomphé depuis la Mouillère près de Chalabre, celle de Villefort, la Mouillère Morte de Puivert, jusqu'à Belcaire: Mouillè Arbary, Mouillère, Redoume, à la M. d'en..., les Moulières à Campagna. Partout, on devra relever les termes qui ont connoté l'humidité excessive des sols, comme Aigalats, Ayarol, Ayrolle... Les lieux-dits d'Espezel sont éloquents : al nol-hàs (1541), la mouillère (1541), à la mouillère (vers 1600), al nolhàs (1541), à la nolhà (1541), als anoilhàcs, à la moil-her (1628), au pré des mouillassis. La mouillère est le pré communal humide d’Aunat, le Pré « al plà du côté de l'anoulhà » (1730), ou le « pré la nouillà ». Ceux sont deux mots proches à l'oreille. Le sens du mot celtique fut longtemps entendu, codé avec à long, comme d’autres. Ce signe l'a certainement sauvé, la marque du locatif.
La page bucolique se laisse assez remplir. Entre la forêt et la culture, on ne rencontre pas tellement le mot pâture, le plà del Pastural (Roq), contre la forêt de Bélesta, « la Pastoure » à Campagna. Ce pays des bois et des pâturages de montagne délivre une histoire quoti-dienne de la Devèze et de la Devezette (M). Les terrains de parcours, on les connaît par d'autres termes : les Pla-naIs (E), Langrail (B), l'Ourthizet, la montagne de la Fajole, la montagne de Cornus et le Basqui (hameau d’Ariège, devenu communal). On doit suivre les mots sans les forcer. Des sens divers et successifs coexistent pour dire l'histoire. Des vocables savent survivre. Quand parut l'artigue nouvelle, celle-ci a su garder le nom de Rabouillet et de Cardouillère. Après 1860, des espaces de parcours deviendront une forêt, la Gaychère, San Romà (à Puivert), Courtalsec à Nébias. Une bouzigue récupérée préserve son nom : Bouzigou, bouziguette. Dans les meilleurs tènements réservés à l'ovin, on cherche vainement le mot pastoral. L'embarrada dit seulement cette vocation herbagère. Les mots dérivés en al, comme courtal, pastural, paraissent plus nombreux dans le Haut-Razès et la Corbière. Ce n'est qu'une impression que seul un inventaire au peigne fin peut confirmer. Dans le Saltus, on mêle des mots des trois contrées voisines : du Razés, du Chalabrais, et du Comté de Foix.
Les pâtures, en français, c'est tout l'espace de l'élevage extensif, la vive et la vaine pâture. Chez nous, maintenant, la pastura désigne le foin et tout le fourrage consommé et commercialisé. Au XVIIIe, le notaire parlait des « pâtures bien assaisonnées »... Faire paître, pessar, amarginar, alhargar, ou apasturar. C’est nourrir en râtelier le bétail de labour et tout le gros bétail. On parle beaucoup de « parc» et de « parquer ». Il suffit de réactiver ces vieux mots : le parré, le parrec, le parreg d'antan, le bercail et les nuits de bercail.
Les cochons n'ont guère marqué le paysage. L'état civil a hérité de pourquié et poursel (Npr ici). Le glandage était privilège séculaire. Cela interdit parfois dans certaines réserves de la Seigneurie de Marsa. On trouve quelque part un troupeau de porcs communal. Le progrès est le passage de l'extensif à l'intensif : la bête pour soi, sous l'escalier, dans la maison du Notaire à Belcaire. Près de Frontrouge, les Pourquatières sont devenues la ferme de Raulet. On a le Clot de la Maure (truie) à Camurac. Ici, on trouve encore l'Ancien Courtil, Courtaril, à Courtalpic, la Coume de Courtal Bernard. A Espezel, Courtal (1541) ; à Campagna, le Soulà des Cours; à La Fajolle : Prat Courtallà. La Courtade est N.P. à Coudons. Et, ailleurs, on doit retrouver quelque part le toponyme. Un Courtal fut la bergerie, ou bien l'enclos abri du bétail gros et menu. Cependant, la loge du cochon au village est la Courtille, le diminutif. On dit encore au tessou : « A Court! A Sourt ! ». Le porc habite la petite cour, dans ou en dehors de la grande. Le bâti doit la signaler. En 1684, à la Métairie, Orthosoul, près de St Martin-Lys, on a effectivement une maison carrée avec tuiles, un courtal couvert de « riège » et une courtille, plus un sol d'hiere, un jardin, le fer-ratjal. Le bois a servi pour le courtal et la loge (les coustiès). Le Dr Jacques Lemoine le dit aussi pour le mot Borde (Borda, germ, maison en planches).
La borda est à la fois la partie et le tout.

  1. La bergerie aux champs, ou bien à la lisière des terres de parcours, la cabane d'abord, puis « l'embarrada » du passé. Le mot est vivace en pierres sèches avec porte et barre, à la coumeille de la boyria (Aunat 1614).
  2. La bergerie est contre la maison, ou au rez-de-chaussée de celle-ci.
  3. La petite bergerie devient ferme plus complexe, la Borda d'Aulis, la borde de la Madelle, la BordaBlan-que, la Borda del Sourt.
  4. Inévitablement, une borde peut devenir un hameau, par division, par dédoublement. La Lai Bordas des Aibres loge trois familles. A Puivert, la Barraque fut certainement un abri, avant d'être érigée en bonne ferme seigneuriale, tel que Lai Bordas del bosc de Rivel (Métairies des bois), Laborie près de Bélesta (Ariège).

Les dérivés du mot borda sont limités, la Bordette, la boriette.
La Bordasse est péjoratif. Le Bourdiquié (r), au-dessus de Villefort, sur un piton, le paraît aussi. Mais, cet affixe est bizarre, si affixe il y a. À trop regarder dans ce coin, on lit la série Bourdiquié, Sequié, Palauquié... Palauqui semble N.P. en Sault.
Les embarrades ont connu un beau succès, au XIXe siècle. Elles étaient une dizaine dans la Carte diocésaine, à Belcaire les Métairies de la Plaine. On en voit 30 à 40 à Puivert en 1900, une dizaine à Lescale en 1944. A Quirbajou, un tènement s'appelle la Borde. En fait chaque famille a une bergerie sous le village et une autre au-dessus.
On constate les termes du parcours. Il y a une bouerie une fois, et 116 en Sault.
Nous avons rencontré le trial. Marsa écrivait les Triaux, au pluriel Altriguet (E), aI sou là de las lau-ses (Rodome).
L'Assaladou est un mot de la contrée. On le sait à Puivert. On l'écrit à Niort et à Campagna. Chacun distribue le sel à l'ovin sur des lauzes creusées par l'érosion et bien lavées par l'eau du ciel. Charrebelcos, parfois Sarobalcos, apparaît comme tènement à Camurac.
Nous savons que le charré était encore à Lescale, en 1920. Le crottin pur et sec est recueilli dans une embarrada. Le berger apportait de pleines hottes pour fumer le jardin. Restent quatre mots-clés : le parré, la jasse, l'orry et la bercellière.

  1. La jasse est une forme latine. A Puivert, c'est actuellement une prairie au milieu des landes (dites improprement les Artigues). Là, étaient parqués les ovins qui pernoctaient. Des embarrades sont visibles à côté. On trouve ce nom près la forêt de Bélesta, encore « à la lasse » E. Le « jàs » est une couche sommaire de l'homme et le gîte de l'animal.
  2. Le Parré est l'ancien Parc, comme le Req del Parré à Puivert (R. del Parrec 1750). On a quelque part un Parre-gas (vers Léran). Lesparrou est un chef-lieu de Commune du Plantaurel. Le Col de Parré est près d’Able. Nous avons vu un Quier d'Enparré (Camp.). Parré est N.P., plutôt Esparré dans la Haute Vallée de l'Aude et le Capcir, ou le Parreg des Anniehs (la F.) le parc des agneaux.
  3. Sur le plateau d'Espezel et le Haut Rebenty, l'Orry est resté. Ce mot est certainement courant vers Ax. On trouve l’orry à Espezel, l’orry à Mazuby, ou le Sou là de l'orry à Belcaire, ou encore le Roq de l'orry à La Fajolle. Le sens est probablement le même.
  4. Sur le plateau de Rodome, on retrouve une série latine. Les belles nuits de bercail viennent à se situer au Bercaillou, et à la Bercellière Aunat (de berbix, lat. Brebis), al Ber-caillou (M), et encore las Cledes (Rod.). Le bercail est un enclos construit de Claies légères, fixées par des piquets. Cela montre deux Racines latines, et les deux autres : hamito-berbère, ou gasconne... ? Dans le chant des mots, se mêlent les deux paysages, avant et après le défrichement.

En Chalabrais, le Seigneur Directe, par acte d'inféodation, devant Notaire, réduit les vacants. En Sault, les Privilèges de 1300 donnent à l'habitant le droit de défricher les landes et les zones médiocrement boisées, à la charge de l’Agrier. À de certains moments, il faut modérer la frénésie du défricheur qui s'installe, comme un vandale, au creux de la forêt.
C'était cela « Artiguer », défricher, débroussailler, « brusler, extirper », et « défalguer taillis, bois et fustes » à Coudons (d'après la Table de Marbre). Tout se tient en une toponomastique, où le champ se souvient de son état antérieur. Il est relativement facile de décoder le toponyme végétal. On pourrait faire la part de la culture, de la broussaille, et de l'arbre. Mais, nous préférons étudier les affixes.
D' abord, l'Artigue est partout. On en citerait des dizaines. Elle a produit deux villages de ce nom tout près : Artigues à côté de Marsa, et Artigues de Donnezan. Un jeu de mots vaut ce qu'il vaut : « A Artigues manja-ourtigas... ».
En fait, on a mangé des orties partout, parce que cette plante suit le cultivateur. Elle est réservée à l'animal. On la trouve là où la terre est bonne, c’est-à-dire « dejant la galhina va... ». Coudons avait défriché anciennement une jolie combe, en dessous : l'artiga vielha. Le pays de Belcaire est riche de ces lieux-dits. Artigar sert pour défricher dans le haut pays. Chez nous, on préfère parler de débouzigar, et dans la Corbière et à Nébias de descoutivar (le coutiu) ?
La Bouziga est très importante à Camurac et à Belcaire. Des dizaines de bouzigues sont en attente. La terre défoncée est parfois médiocre et lente à récupérer. On pourra la reprendre en dernière analyse.
Certains vocables expriment la plante ou l'arbre qui a marqué un tènement, au nominatif (le), ou au locatif (al), comme le nesclé, al nesclé (Puivert), a nespliès... le néflier, al pèriè, al pgumiè agrè, al guinhè, as guindouliès, dans les vallées favorisées, ou al lhuzerniè, Lauzarn, à Lauzarn (Roq.). Il s'agit du sorbier, un « éclaireur » d'avant la Luzerne sainfoin, as feuilladouls ? ...
Plus simplement, encore, on a le Causse, les Escaussanels, et la bouisse, la bouisha. L'un marque le calcaire et la lauze à faible profondeur, et l'autre la plante de ce tènement le buis. Le mentrasté montre une menthe de la contrée..., les brougues, le miniè, ou la rerrière.
Certaines affixes expriment le diminutif, le péjoratif, et l'extensif. On les lit sans effort : à l'aibret, la hierette, la boucherolle, l'hourtet, la clauzetta, la Fajolle (M), al fajou, le Bouzigou, les bouichous, les artigous, la bartasse, al malhoulàs, al vinhalas (Puivert), la vignasse (J et Marsa) ou la Vinha Vielha, le clauzal, les planals, le Coustal, le Coustalgran.
Nous disons abezal (gros sapin). On trouve en Sault un gros abezalhà.
Quatre types de tènements retiendront notre attention :

  1. L. Àl. E signe -Ar., -, -a, -as.
    Il dénote un lieu cultivé, et un paysage anciennement broussailleux ou boisé, à courtalà (Aunat), al milhà, le canebar, le canebà (XVIII), ou les clots ourdials (Rivel), al palmoulà (paumelle XVI-XVII).
    On remarque al segalà (Q) (as segalassis B.), lé al seguelà, lé al ségalà (Puivert), à Poumilhâ (B), al milhà, al milhourcà, al malhourcà. On trouve le sarrat de lhinà (Puivert), l'arenal QU l'avenal (Rod.), les abinals (Bessède), le brougàl (XVI), le brougà (XVIIIe, al subrà et al sougrà, al Pech de Montsugrà (B), la matta de subrà (l’aubépin), le ferratjal (Chalabrais et même à Niort), l'auzinà (Puivert). Al falgu à (B), al falgà, le falgayrà, il s'agit de la fougère et non de la forge: fargua. On a l’anoulhà, al peyazal (Merial). On peut trouver des falga (fougères) au « villages des fargues », qui est celui de la Forge ou Mérial. A Puivert, on constate la font de lai fargas et lé fargâs de na-rougé (la fougeraie-de-la-rouge).
  2. L'affixe era, ou iera (noté souvent ere, iere) exprime la même idée. Il vient du aria latin, comme l'autre.
    La hiere est partout. C’est l'aire. La bercellière se situe sur le plateau oriental. Les plantes nourricières sont là : la fabiera, l'espeutiere, puis la mongetière à St-Jean-de- Paracol (1715), l'ordière à la lignière, la segalière, la pezière, la milhère... La ferrachère arrive sur le ferratjal. C’est une nuance.
    Quand la pomme de terre est déjà arrivée, on écrira la patanière en 1742. L'ancien végétal est en filigrane : l'arjalatière, et l'Argelassière, le Roumingière, la Jonquière, la garroulhère, la tremouillère, la redoulière (à côté du Redou), le moulhère (qui a certainement réduit l'anoulhà), la moulugrière (maurugrière), les moussarnières, la Cardoulhère, à la pinassière, la berubière ? , l'espinassière (l'aubépine noire).
  3. Le suffixe ouse-ousse.
    Il correspond en Oc au suffixe « eux » du français, à la Pradouse (B), la predouse (B), à la coumelle herbouse (B), à la bessalouse, la Freychenouse, la frais-hinouse. On a donc la garrosse, la ginebrouse, l'abedouse (M), l'abetouse (P), et la pinouse. (On a M. Pinet de la Pinouse à Quillan). As rouseilhouses est un pluriel de rousilhous, l'Argentinouse un arbuste de la contrée, las faygairou-ses et la faigadouro, à la Vernouse. Et, j'en passe. Reste la Beilhà, à l'abeilhà, A, le pas de l'abeilhà (Puivert), l'abelhanou (Lescale et ailleurs) ? On trouve maintes fois l'abelhanouse, la belhanouse. Le mot était trop long. On a fait sauter le suffixe, l'abelhanouse ici, Lavelanet plus loin.
  4. L'affixe et, ede, ade se place dans la serra de l'erbet (B), le fabaret à St-Jean, (as faba-rês, vers Rod.), la Poumayrede, les Poumaredes (Les-cale), et al Poumayret (B), la Poumairède (B), Milleret près de Rodome. La Malayrède a été précédée d'une font de Malayret, plus un N.P. Mellarède en 1469. À Tidoulet (E) fait songer à la plante de Puivert, le tridoulet. (On a le Triolet à Montpellier). On a Tras boisset (B), et le planhè de Bouishet au Nord de Nébias, l'auzeilhet et le Rec de l'auzeilhou, l'albarède, le Sougranet (Q), la garrous-sade et la garroulhade, le redoulet, la fajoulade. On a une série : Rabouillet, rebouillet et Rambouillet, Rambouyè (de Puivert), al Pinet, le nabezet de Nébias, al besset, al bernet, à camp Bernet (Puivert), Lailhet en Chalabrais, à agreboulet, à la boushounade.

Le menu est varié. On n'en finit pas de ressasser et de ruminer les mots, qui recouvrent le paysage.
On nous pardonnera d'avoir peu écrit et trop suggéré. Des mots ont retenu notre attention, et nous devons les revoir sur le terrain. Sans doute, il faut savoir revenir bredouille d'une sortie au « Rond des Sorcières » près de Marsa et encore de Baraban. Qu'importe, l'entêtement sera payant. Il faut vérifier tous les sites, Casteillà et Pech Casteillà. On peut retrouver le « Tartaris » de Quirbajou et un autre « Sarrasis » sur un éperon du côté d'Able. Il est nécessaire de reprendre Castepor, cette « rue des Pujals » le ruisseau ou le chemin ? «Ou à une croix sur une roque qui a une forme de pied de porc », de dater des voûtes, avec Arcs, Arque, Larc, de revoir Caune (E) et Counosoul (Q), et de situer aussi les trois « villes » de Mazuby. Les deux tardives : si Villerouge est as Prats de Bounac, et si Villefred est aux Escoumes de Niort..., où placer la Coundemina de Rouvenac, un mijol du lieu.
A Couma dé Dent, on parle d'une ancienne localité disparue.
La toponomastique n'appartient ni à la géographie, ni à la linguistique.
Les mots retournent à l'histoire.
Des mondes ont refusé la mort par le vocable transmis.

Gaston Maugard Lycée Joffre

REFERENCES

I. Abréviations : N.P. nom propre ; F. Fe. Fontaine ; A.M. Archives Municipales ; (A) Aunat ; (B) Belcaire ; (E) Espezel ; (1) loucou ; (M) Mazuby ; (L.F.) La Fajole ; (Q) Quirbajou ; (Cam) Camurac ; (Rnq) Roquefeuil ; (Rod) Rodome.
2. Il serait fastidieux de donner toutes les références des mots cités. Cela nous renverrait aux Cadastres des A.M., aux lieux-dits de la vox populi. La toponymie historique impose de suivre les Compoix de deux contrées, les minutes notariales, les procès.
Nous avons tiré partie des données de la série C des A.D. de l'Hérault et de l'Aude, de la série Q (A.D. Aude), et enfin des données de la Table de Marbre des A.D. de la Haute-Garonne (B, Eaux et Forêts, Réformation de Quillan C 1 à C 40...).

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