Entête Si Chalabre m'était conté

Le siècle contestataire

Le calvaire

1600 à 1734

Jean Antoine de Bruyères fit bâtir une chapelle au côté de la tour de guet et du campanile, qui servait à donner l’alarme. Elle eut pour vocation d’y faire pénitence d’où le chemin de croix. Ce lieu prit le patronyme de : « calvaire ».
Cette tour de garde avait une vue sur toutes les forteresses de la région telle que Puivert, Montségur, Balaguier.
Au sommet du donjon, de la chapelle se trouve une cloche qui commémore l’événement :
I.M.S. messire Jehan Antoine de Bruyères Saigneur et baron de Chalabre fondateur du M.A. faivent des capucins Du dit Chalabre C.T. faire 1630
Le mot seigneur gravé sur la cloche comporte une faute d’orthographe. En réalité sanguinaire, ne voulais pas dire issu du sang, il n’en était rien. Les capucins furent créés en 1528, et apparurent en France en 1578.

Le Calvaire

Jean Antoine décéda en 1631, des suites d’une épidémie de Peste sévissant partout. Elle avait fait passer à trépas notre roi de la ville.
Les étrangers subissant la quarantaine, les portes furent donc fermées.
Jean Pierre, le fils, se maria, cette année là, avec Gabrielle de Lévis de Léran, avant que son père (Jean Antoine) ne quittasse les lieux. Jean Pierre était colonel du régiment de Bruyères, gouverneur du Pays de Sault, lequel comprenait le canton de Belcaire une partie de Quillan et d’Axat.
Il eut la lourde tache de veiller au domaine de France face à l’Espagne qui fluctuait suivant les apanages. La frontière pouvait arriver un jour au dessus de Rivel et le lendemain à Espezel, ou à Ax.
Le temps passa, l’épidémie meurtrière en fit de même, laissant derrière elle une longue lignée de cadavres remplissant le cimetière.

La peste

Suite à ce périple maladif, un consul, Jean Paul Bourguignon, en discorde avec ses collègues, se décida en 1634 pour porter une plainte contre le premier consul, François de Préssoires, et le roi de la ville Jean Pierre de Bruyères. Pendant la période de quarantaine, ils avaient usé de leurs pouvoirs pour rentrer et sortir de la ville malgré l’interdit !
Courageux le bougre.
François de Pressoires de Tournebouy fut comme déjà dit, le 1° consul de la ville, il fit sa résidence à Sainte Colombe dans le château qu’il avait rénové pour son épouse, stérile Françoise Pottier de la Terrasse. Le sieur François ayant son travail à Chalabre et sa baraque à Sainte Colombe, allait et venait, même pendant la peste, bravant la quarantaine.
Quant au gouverneur de la forêt sauvage (saltus, pays de Sault) Jean Pierre, avait invité pour son mariage les Lévis. La belle famille aussi négligea le règlement, elle aussi.
La quarantaine était en vigueur partout. C’est pour cela que le sieur Bourguignon protesta s’inquiétant des risques que les autres pouvaient donner ou recevoir !
Il invoqua, que l’interdit n’était pas que pour les pauvres. Il reprochait surtout à Préssoires, et ce à cause de leur négligence la mort de Jean Antoine.
L’ambiance dans les réunions consulaires fut des plus houleuses. Elle se terminait par des bagarres, le colombin repartant par le chemin de traverse l’œil au beurre noir.
Bourguignon fut limogé !
Jean Pierre et Gabrielle, les jeunes mariés, eurent 4 garçons.
François et Françoise de Préssoire ne purent avoir de descendance. Au décès du consul, la bonne Françoise légua en 1652 tous les biens à un neveu, François de Roux. L’héritier était le président et juge mage de la sénéchaussée de Carcassonne. Il eut le privilège ou la corvée de recevoir en 1659, dans sa demeure de la capitale Audoise, (actuellement le lycée Chénier) le roi Louis XIV, qui malgré son âge 21 ans, avait déjà 16 ans de règne. Le Roi fut accompagné de sa mère, Anne d’Autriche, régente. Pendant que son fils mena les débats pour le traité des Pyrénées, elle se rendit au château de Lagarde.
Elle leur fit le reproche de ne jamais les voir à la cour.
Après avoir fait le tour du propriétaire, elle changea d’opinion, et dit :
« C’est un petit Versailles que vous avez là ! »

Le traité des Pyrénées

Lagarde il est vrai, était d’une grande beauté, doté d’un parc immense couvrant la vallée jusqu'à Moulin Neuf.
Le traité des Pyrénées signé et le monarque marié avec la fille du souverain ibérique, les villes du midi vont subirent quelques changements ;
Les fortifications sentinelles face à l’Espagne, n’ayant plus lieu d’exister furent détruites.
Chalabre voulut pour développer l’industrie et le commerce démolir les fortifications car elles n’étaient plus d’un grand secours avec ces armes nouvelles, comme le canon.
Des modifications, comme le détournement et la canalisation des rivières, furent engagées.
La première fut l’Hers. La boucle qui pénétrait dans l’avenue à la hauteur du canal et passait par l’abattoir, fut supprimée. Elle empêchait l’écoulement du Blau.
Le Blau subit lui aussi la main de l’homme. La boucle de la métairie de la ville fut supprimée.
Après le pont, le cours partait sur la droite et se jetait dans l’Hers derrière l’abattoir. Il fut, depuis le gouffre des gendarmes, guidé comme nous le connaissons.
Le Chalabreil faisait des méandres. Depuis la 3° piche, le lac avec une boucle à la gendarmerie, partait à la 1° piche, puis se dirigeait vers la croix de la mission pour aller lécher les fortifications, au niveau du bassin, et repartait entre l’église et l’usine, pour se jeter devant la « picharote ».

Le lit du Chalabreil

Les pierres des fortifications servirent à canaliser les cours d’eau. Le plus visible encore de nos jours est le Chalabreil avec ses murs le long des quais. Depuis le pont neuf, il en est de même à partir de celui du Bleau qui nous laisse entrevoir l’importance du chantier. Les cailloux furent démontés tout autour du tour de ville, laissant le mortier et la poussière. Les habitants qui devaient au préalable enjamber quelques marches pour rentrer chez eux, durent les reconstruire mais à l’intérieur, le tout sans le moindre bruit de contestation.
Le pont neuf, comme dans bien des villes est le plus vieux, avec son avenue. Il fut le résultat des récupérations des démolitions. Ce projet fut très vite mis en place, mais sa réalisation n’arriva que bien plus tard. Les habitants, comme les consuls, étaient pour ce nouveau pont, car la passerelle en bois du bout de la rue des boulangers, était souvent inondée où en réparation. Le pont neuf était donc la bonne solution, idéale et pratique !
Jean Aymeri I° fils aîné, épousa en 1661 Anne Raymond Lasborde. Il fut l’organisateur des démolitions de la bastide, et par là contre le projet du pont.
La faute revint à la population, qui pour un oui ou pour un non, lui faisait un procès, à lui ou au contrôleur. Il se vengea en étant contre tout ce qui allait vers le progrès.
Le siècle 1600 restera celui où le peuple contesta le plus. Le roi de la ville, en entrant dans ce même jeu, toujours contre, se coupa de ses administrés.

Le cours d’Aguesseau

Jean Aymeric essuya de grands procès. Le plus intéressant fut celui engagé par la ville contre le contrôleur de la gabelle. Après 1 an de procédure, un homme, noble de surcroît, rendit son verdict. Cet homme Henry D’Aguesseau prit, cause et fait pour le peuple de Chalabre.

Cours d'Aguesseau

Un camouflet pour le seigneur. Jusqu'à lors il lui arrivait de perdre, mais pour des pacotilles. Là, c’était le représentant du roi qui le condamnait !
La ville par ses travaux de démolitions était en effervescence. Le premier mur qui tomba, laissant place à une belle avenue, prit comme nom de baptême, « cours d’Aguesseau ». Ce fut le premier homme à donner son nom pour une rue de Chalabre.
Le représentant du roi, en la province du Languedoc eut bien mérité cet honneur de la part des habitants, une sorte de reconnaissance.
Pourtant, le privilège avait été accordé à Jean de Bruyères alors même qu’il habitait Puivert.
Le roi de la ville et tous les nobles des environs en avaient « raz le bol » de ce Chalabre qui pour un oui ou pour un non, protestait.
Cette mentalité était due aux commerçants venus s’installer dans la ville. Pendant et après que le prince noir eut sévi à Carcassonne, ces marchands d’origine juive n’eurent que pour seul souci le profit. Ce sont eux qui mirent cette pression cependant à leur corps défendant, ils avaient amené le travail et la prospérité.
La majorité des habitants vivaient honorablement. Tout le monde subissait les épidémies, la famine lors d’intempéries, le cerf, qui n’avait pas les moyens de faire des réserves, était le plus touché.
Les pages suivantes vont concerner le compte rendu, fait par Rieutort, greffier de la ville, et signé par Bardon consul. Retenez ce nom, car il va s’illustrer dans quelques temps, pour une autre affaire, dans laquelle il va dévoiler son vrai visage.

Procès verbal de Toulouse :

Texte authentique :
« 7 mars 1678 procès verbal de Mr Daguesseau jugent en Languedoc.
Lan mil six cens soixante dix huit et le septième jour du mois de mars, dans la ville de Toulouze deux heures des référée par devant nous Henry d’Aguesseau chevalier conseiller du roy en ses conseils maître des requettes ordinaires de son hostel et président au grand conseil intendant de justice, police et finances en la province des Languedoc, est comparu Bonafous procureur du sindic et consuls de la ville de Chalabre , Puivert et lieu adjaceants lequel nous a represente qu’en vertu de nôtre ordonance du cinquième de ce mois, il aurait fait assignés a le jourdhuy deux heures de référée en notre hostel sçis nia bellane par exploit du sixième du mime mois controllé le sept le fermier des gabelles du Languedoc en son domicile chez le sieur Lombail pour estre présent si bon lui semble a al collation des titre es pièces desquels ils entendent la servir et nous remettre suivant larrét du conseil déstat du vingt septième novembre mil six cens soixante dix sept ayant a cette fin remis les dits titres et actes en original et requiest qu’il nous plus procédés a la collation diceux pour en acciter la perte.
A linstant serait comparu Me Antoine Pages procureur principal des gabelles du dit pays de Languedoc et département de Toulouze faisant pour Me François de la France fermier général d’icelles lequel nous aurait requis d’ordonnér qu’il aurait communication des dits titres pour scavoir s’ils sont dans la forme requise et conforme aux originaux
Sur quoy nous aurions ordonné que les dits pages au dit nom aurait communication des dits titres par les mains de notre secrétaire ce qu’ayant este fait et après les avoir veus et examinés, il nous aurait dit que sans préjudice des exeptions legitimes que le dit de la France a contre les presentions du dit sindic et consuls de Chalabre et lieux adjaccants il nempeche pas qu’il soit par nous procédé au collationné des actes par eux remis, requerant qu’il nous plaise ordonné que nôtre procès verbal demeure chargé de la que les lettres patentes de lan mil quatre cents quarante trois ne sont que des extraits nuls et informes et qui par consequent ne suffisent pas pour satisfaire au desir de l’arret du conseil de sa majesté qui ordonne que le dit sindic et consuls de Chalabre remettront les originaux de leurs titres a cause de quoy le dit Pages au dit nom proteste de la nullité des dits extraits.
Par le dit Bonafous au dit nom esté dit que les dittes lettres patentés de mil quatre cens dix neuf et sentence de mil quatre cens quarante trois qui se trouvent transcrittes dans gros volume en parchemin ayant esté collationné sur les originaux en l’année mil six cens deux par Me Jean de Vezian lieutenant particulier en la senechaussée de Toulouze en conséquence d’une commission de la grande chancellerie et en présence de Me Hierome ( Gérome) du Vergé faisant pour le fermier général des gabelles et son assossié les dits extraits font autant de foy que les originaux et qu’ainsi sans nous arréter au dires du dit Pages, il y a lieu d’ordonnes quil sera procédé a la collation des dittes piéces.
Sur quoy nous avons accordé acte aux parties de leur dires et déclarations et avons ordonné quil sera par nous présentement procédé a la collation des dits titres et actes concernant les privileges accordés par le roy aux habitants du dit Chalabre et lieux adjacant de prendre du sel en franchise.
23 mars 1419 et premiérement des lettres patentés accordées aux dits habitants par le roy Charles Dauphin en l’année mil quatre cens dix neuf le vingt trois de mars et d’une sentence denterinement dicelles par un commissaire du roy pour les impositions dans les diocèses de Mirepoix et de Pamiers, les dittes pièces transcrittes en langue latine un gros volume en parchemin en conséquence d’une commission de la chancellerie adresse au lieutenant particulier de la sénéchaussée de Toulouze.
28 mars 1526 les lettres patentes du roy François premier en datte du vingt huit mars mil cinq cens six, portant confirmation des privilèges et exemptions accordées a la ditte ville de Chalabre aussi contenu dans le dit volume.
29 mars 1605 un arrêt du conseil d’estat du vingt neuf mars mil six cens cinq contradictoirement rendu avec le fermier des gabelles qui porte que les dits habitants jouirons par provision de leur privilège et l’ordonnance des commerces depuisés pour le règlement des gabelles de France attachée sous le contre siel du dit arrét.
18 avril 1606 autre arrét du conseil d’estat du dix huit avril mil six cens huit rendu entre les consuls de Chalabre et le fermier des gabelles du Languedoc.
Mars 1611 lettre patentes du roy Louis treize de l »année mil six cens onze au mois de mars portant confirmation des privilèges accordés a la ville de Chalabre
16 octobre 1612 arrêt du conseil d’estat contradictoiément rendu entre le sindic des dits habitants de Chalabre et le fermier des dittes gabelles le seize octobre mil six cens douze.
28 février 1628 deux ordonnances des trezoriés de France en la généralité.
25 février 1630 de Montpellier des vingt huit février mil six cens vingt huit et vingt cinq du même mois de l’année mil six cens trente.
20 janvier 1635 autre arrêt du conseil du vingtième janvier mil six cens trente cinq rendu entre les dits consuls de Chalabre et le dit fermier des gabelles portant l’exécution de leurs privilèges.
29 juillet 1631 concordat passés entre les consuls et habitants du dit Chalabre et pays adjacants et les fermiers généraux des gabelles les vingt neuf juillet mil six cens trente un et dernier octobre mil six cens trente cinq.
Octobre 1643 les lettres patentes de confirmation des dits privilèges accordés aux dits habitants par sa majesté au mois d’octobre mil six cens quarante trois.
Tous lesquels titres et actes ont esté par nous collationnés en présence du dit Pages au dit nom sur les originaux a nous représentés par les dits consuls de Chalabre assistés du dit Bonafous Pages par mon dit sieur du Christo signés a l’original d’Aguesseau, J. Poulharies consul, J. Loubat consul, Bonafous, Pages par monseigneur Christ ont signé a l’original.
Cet extrait esté tiré de son original par moi Jean Rieutort greffier de la comte de Chalabre deppandent de la terre privilégiée exzibé et a pris des collations faites retiré par le sieur Bardon consul lannes dernière quy suit avec moi signé aux Chalabre le troisième jour de septembre mil sept cent dix huit.
Signé :
Bardon consul Rieutort greffier ;

Le représentant du roi contre toute attente rendit son verdict, et donna raison au peuple de Chalabre.
Les années 1697, 1695 furent très dures. La famine sévissa, faisant des ravages dans toutes les couches de la population. Les hivers furent des plus rigoureux, les gens souffrirent mais en comparaison, avec d’autre ville, les dégâts ne furent pas aussi importants. Le chalabrois heureusement avait la possibilité d’avoir du bois de chauffage. Pour la nourriture, les notables se débrouillaient et jouaient la solidarité !

Fleuris

Pendant que Jean Aymeri préparait le mariage de son fils en 1697, un contrôleur vint deux fois par an dans la ville pour vérifier les greniers à sel. Notre brave homme eut des difficultés pour son hébergement. Il trouva une solution des plus honorables. Il accepta une chambre, en attendant, chez une veuve non moins respectable, la veuve Thoinette Duranat. Son défunt époux était industriel dans une entreprise familiale de textile fabriquant de draps. C’était une famille aisée. Le frère Louis Duranat était consul de la ville et menait à bien la production artisanale. Le sieur Louis commençait à trouver la situation inconfortable et le dépannage provisoire d’une durée trop longue. Au bout de deux ans, la rumeur alla bon train, et fit croire que la veuve était joyeuse, surtout pendant les deux hivers très rigoureux, Thoinette n’aurait pas mise que le « moine » dans le lit !
Le 10 décembre 1696, Thoinette Duranat accoucha d’une fille, qu’elle baptisa ce même jour. Jeanne, de père inconnu. Furent présents et témoins Jacques Ricou, Jeanne Arnaud, Jacques Batailler et Antoine Rieutort.
L’acte fut signé par Denec prêtre et vicaire à Chalabre.

Baptême de Jeanne

La rumeur avait raison. Il n’y avait pas de fumer sans feu !
Trois jours passèrent. Dans la froideur de l’hiver, le bébé était bien emmitouflé dans son berceau. La maman, entre deux tétés, confia la surveillance de la gamine au locataire, le papa inconnu. Elle partit vaquer à ses occupations, lessives ou courses ?
Au retour, dans la chambre de la honte, la petite était morte. Léger roupillon, ou la gamine étouffée sous l’oreiller ???
Louis Duranat accusa le locataire du meurtre de sa nièce et réclama justice.
Acte de décès : « Jeanne fille de Thoinette Daranat et d’un père inconnu est morte le treizième de décembre, et a été ensevelie le quatorzième du même mois mille six cent quatre vingt seize présent à cet enterrement le sieur Jean Escudié et Jean Roudière signé Denec le vicaire ».

Acte de décé de Jeanne

Le père, locataire avait promis de régulariser la situation, ce qu’il ne fit pas !
La justice était déjà longue à venir, encore plus quand le personnage accusé était un contrôleur royal.
Louis Duranat, lassé des sarcasmes, et de la rumeur grandissante, prit une résolution. Le 13 décembre 1697, un an jour pour jour, après de l’assassinat de Jeanne, à la tombée de la nuit, vers les 17 heures, il tira d’un coup de mousqueton sur le contrôleur qui fut mortellement touché, alors même qu’il regagnait sa chambre par la rue du presbytère.
Acte de décès : « le sieur Jacques Fleury de Montpellier contrôleur au grenier à sel de Chalabre est mort le treizième et à été enseveli le quinzième décembre mil six cens quatre vingt dix et sept dans le cimetière de cette paroisse avec les prières et cérémonies prescrites présents à son enterrement les sieurs Jean Roussignol procureur juridictionnel de cette ville, Bernard Berniet et Jean Tisseyre signer. Denec prêtre et vicaire ».

Fleury

Jean Aymeri rendit une justice clémente en faveur de Duranat.
En donnant un verdict sévère mais juste, il avait craint un soulèvement populaire. A Chalabre, la mort du contrôleur avait mis la ville en liesse, les habitants profitant des fêtes de l’avent, pour enterrer le contrôleur dans la joie. Il faisait suite à des années de procès contre ces mêmes personnages. Le criminel étant un notable, ils y virent un signe d’union de solidarité, qui confirma les dures dernières années.
Fleury ne pouvait régulariser, il était marié et père de famille à Coursan.
Le sieur Fleury rentra malgré lui dans la légende !
De nos jours, il est associé dans des histoires communes avec le château. Cependant, il n’en est rien car le comte justement sur cette affaire avait fait preuve, de mansuétude.
Dans différents récits, il était question de la sainte Luce le 13 décembre. Elle avait lieu et rentrait dans les fêtes de l’avent. A Chalabre, comme ailleurs, on préparait dans la joie la naissance de Jésus.
Le prétexte du meurtre de cette histoire resta flou, inexistant.
Fête ou pas, à 20 heures la ville rentrait dans un noir total (le couvre feu) les 25 lampes à huile d’olive étaient éteintes.
Trois siècles plus tard, la tradition continue faisant de Chalabre la seule ville en Europe, possédant un charivari. Il faut le continuer, pour perpétrer la tradition.
La vie continua, les Duranat vendirent leur affaire, la maison à Rieutort, et quittèrent Chalabre.
Jean Aymeric maria son fils aîné François IV, en 1698 avec Catherine de Caillau de la Graulet dame des Alamans.
Une dame intéressante, attentive aux revendications, qui prit partie, même contre son époux.
Les chalabrois l’ont beaucoup aimée.
La fin d’un siècle difficile, la peste refit un passage, accompagnée de la famine. Comme s’il n’y en eut pas assez, les inondations parachevèrent l’action dévastatrice, dans une boue grasse, un ouragan de misère.

Fin des pénitents

Au début du XVIII° siècle il n’y avait pratiquement plus de pénitents à Chalabre. L’abbaye était presque déserte. La faute incombait aux Capucins, ces moines de l’ordre des mendiants ne portaient pas trop la bonne parole, mais venaient vider le porte-monnaie. Ils avaient la main prise sur le château, qui le lui rendait.
Les pénitents avaient bonne presse, rendaient des services, soignaient les malades, participaient aux corvées. Ils n’étaient pas bien vus des autres moines Capucins et bien sur du château, celui-ci ne prêchant que par ces derniers.
François IV de Bruyères, vers 1715, après la démolition des fortifications, reprit le centre ville (la halle aujourd’hui). Il y avait là le jardin des moines pénitents. Le tour de cette même halle était l’abbatiale, montée sur trois colonnes, un joyau d’architecture.

La Halle

La chapelle de ces pénitents était dans la maison dite « Tichadou et Bérenguer ».
Suite à un procès tronqué, notre seigneur et son aîné firent couvrir la halle pour se donner bonne conscience, et ne pas être jugé par dieu !

Les draps

Chalabre avait une bonne réputation industrielle. Les draps étaient d’une grande qualité, bien meilleure que ceux venus d’orient.
Limoux et Quillan cardaient pour Chalabre.
Les socs de charrues du sieur Amouroux étaient eux aussi très compétitifs. Ils se vendaient loin jusqu'à Agen.
Ce qui n’empêcha pas une partie des habitants d’avoir faim, et l’autre d’être nanti.
Le nouveau siècle prévoyait de tout changer, un partage plus équitable, devant réduire la misère. Encore fallait il que le roi Louis le XIV réduisit son train de vie. Ce qu’il ne fit pas. Il mourut en 1715, laissant une dette énorme.

L’affaire Dubois

En 1720, une autre affaire arriva sur le devant de la scène.
Jean Bardon, tisserand, (rappelez vous de ce nom), avec son collègue consul, Jean Roques, perruquier, tous deux de la ville, surprirent, le sieur Dubois, receveur en la chambre, en train de faire de la fausse mesure.
De Bernage, conseiller du roi en la province du Languedoc à Montpellier, (il déplaça la capitale du Languedoc, passant de Toulouze, avec un z, à Montpellier), fut saisi de l’affaire.
Il fit un courrier aux consuls et à François IV de Bruyères, leur demandant dans la missive, de calmer les esprits. Il reconnut que le sieur Dubois était un faussaire, et demanda de fermer les yeux.
Le comte François IV, qui se faisait appeler marquis, alors qu’il ne l’était pas, convoqua les deux consuls et dit : « de ne rien faire moyennant quoi le sieur Dubois donnerai de l’argent aux pauvres ». Ce texte authentique que vous pouvez voir aux archives, HH4, prouva que l’accusation fut vraie. Pourquoi aux pauvres, alors que c‘était tout le monde qui était arnaqué !
Pantalonnade, le sieur Dubois ne tint pas ses promesses. Elles ne furent jamais honorées. Les pauvres ne touchèrent pas un sol, encore moins une livre. La contre partie fut qu’il récidiva à maintes reprises. Un jour de marché, il fut prouvé avec les mesures en cuivre du comte que le personnage faisait toujours de la fausse mesure.
Le greffier Rieutort fut saisi de l’affaire. Il invita le belligérant à s’expliquer !
Dubois reconnu ses torts. Pour prouver sa bonne foi, dans une logique des plus implacables, il renvoya la servante.
Entre nous, la chômeuse n’avait rien à y voir. C’était déjà le chantage du patronat sur l’employé et l’ouvrier.
Bardon le tisserand, sur ces entre faits se désista : « dans l’intérêt de la veuve et de l’orphelin ». Il fit même un certificat, déclarant que les mesures furent bonnes !
Dubois se retourna contre Jean Roques. Il exposa la fausseté de l’acte, et invoqua l’émotion populaire due à son arrestation.
Il était un peu parano notre contrôleur. Les gens avaient effectivement fait une farandole, mais de joie !
Parano ou fou. Car après avoir avoué le délit, il envisagea et affirma, que si torts lui étaient donnés, il mettrait le feu à la chambre, (maison des consuls).
La comtesse, la dame des Alamans, Catherine Caillau de la Graulet, devant ce procès tronqué, limita les poursuites. Elle demanda à son syndic de participer à l’affaire, lequel convoqua les contrôleurs royaux et ceux de la gabelle de Narbonne.
Ils reconnurent que le sieur Dubois faisait de la fausse mesure.
La comtesse, sans la moindre hésitation se rallia au côté de son peuple, de Roques son perruquier, et contre le sieur Dubois et son homme François IV lesquels continuaient à minimiser les faits, affirmant même que l’affaire était de faible importance.
C’était un mensonge.
Bardon et Roques continuèrent à être des consuls modernes. Les réunions des plus houleuses, se terminaient souvent dans un grand pugilat.
Le sieur Dubois, faussaire jusqu’au bout, se retira de la ville pendant un certain temps pour ne pas payer la baille (amende), qu’il ne régla jamais du reste !
De Bernage en bon diplomate, voulut avoir le dernier mot. En novembre 1721, il nomma Antoine Lassalle, Marc Antoine Batailler, Pierre Nègre et Pierre Palmade, comme étant les consuls modernes.
Dubois profita de la confusion pour revenir à Chalabre.
Le peuple de Chalabre ne voulait pas des nommés, et avait tout mis en place pour leur mener la vie dure. L’accès à la chambre ne leur était pas facilité, ils étaient bousculés, les réunions étaient très bruyantes et inaudibles.
2 mois plus tard, à la demande des habitants, les anciens consuls reprirent le pouvoir.
Encore un pied de nez aux ordres royaux !
L’histoire n’en finit pas là.
Bardon, comme Toursier et Roques, reprirent le contrôle de la ville, malgré les ordres des représentants du roi de Bernage et François IV de Bruyères.
Le fabriquant de perruques, Roques, abusa ou usa de son pouvoir de consul. Il ordonna à Dubois de monter la garde au château et dans la ville.
Le faussaire, ancien contrôleur, s’était plaint à François IV, qui en avait référé à monseigneur de Bernage, qui à son tour fit un courrier à la ville et aux consuls, le 16 avril 1722.
Il dit : « que à l’occasion de l’affaire, le consul Roques lui a commandé de monter la garde comme soldat, et qu’il doit en être exempté, en qualité de receveur, que son travail pourrait en souffrir ».
Roques répondit que le sieur Dubois était receveur, mais qu’il ne l’était plus, donc il devait être traité comme tout habitant de la ville.
A coup sûr, l’évêque de Montpellier avait oublié que les élections consulaires, dans un brouhaha, avaient nommé :

Garou avait refusé la charge, ne voulant pas partager le pouvoir avec Bardon qu’il traita de tous les noms, de lèche c.. !
Comme de bien entendu, une bagarre s’ensuivit entre Bardon contre Roques et Garou.
Ce fut à la suite de cette incartade que de Bernage nomma les autres.
Le 8 juin 1722, le procès Dubois fut rendu à Toulouze. Le verdict fut nul. Le sieur Dubois se pourvut en cassation pour obtenir des dommages et intérêts.
La ville fut divisée. Les disputes et les bagarres ce propagèrent dans la rue.
Le 1° novembre 1722, les élections consulaires donnèrent le même résultat, à la différence que le sieur Garou en accepta la charge, ne voulant pas laisser son copain Roques seul.
Ils confirmèrent le 9 novembre, jurèrent sur la bible de notre seigneur Christ, la main levée.
Le problème fut que nos deux contestataires firent redescendre la main sur la joue de Bardon !
Ils avaient dû se consulter nos deux zigotos, car ils y ont été de paire. Le faux cul s’était retrouvé avec son séant sur le sol. Inutile de dire qu’il s’en était suivi une belle « castagne ».
Le 10 novembre, de Bernage, qui était déjà au courant, révoqua le 4° consul Roques, estimant qu’il était à l’origine du désordre. Il nomma Pierre Palmade pour son remplacement. Il envoya le sieur Peyre pour le représenter et prendre les bonnes décisions.
Le 1° décembre Peyre, qui était sur place, donna son verdict. Il cassa les élections.
Le 2° décembre eut lieu la première réunion des nouveaux élus. Ceux-ci protégés par la troupe et la maréchaussée, se rendirent dans la maison consulaire.
Antoine Lassalle 1° consul, Marc Antoine Batailler 2° consul, Pierre Nègre 3° consul, et Pierre Palmade 4° consul, sur un air de déjà vu ou entendu, furent assistés de Jacques Gautier le curé, et des sieurs Pierre Lacombe, Jean Nègre, Jean Trinchant, Antoine Lassalle père, Pierre Castre oncle, Etienne Toursier (ex 1° consuls) et François Péhairie, les 11 consuls politiques de la ville.
Tout cela fut visé et approuvé par Peyre et, par là même, par de Bernage qui était le conseiller d’état ordinaire, intendant de police, justice et finances en la province du Languedoc. Il n’avait rien de son prédécesseur, d’Aguesseau.
Castre et Péhairie, contrairement au curé, furent d’avis de donner connaissance au seigneur intendant (de Bruyères) et d’instruire la transaction, de manière à ce que le juge procureur jurisconsulte, et les officiers du comte n’aient pas à venir aux assemblées.
Les membres de la chambre analysèrent la proposition et donnèrent leur approbation.
En conclusion et en deux mots, le château ou son représentant ne fut pas tenu de venir aux réunions. Il lui serait fait un compte rendu. C’était le début de l’autonomie.
Dubois requitta Chalabre, laissant sa femme seule, face aux représailles.
Dès qu’il fut élu, le 1° décembre 1722, le sieur Palmade 4° consul, docteur de son métier, fit fermer pour cause d’hygiène, la boulangerie de Poularies Jossis.
Vu la profession de Palmade, il n’y avait rien à dire.
Seulement Jossis était la personne qui avait dénoncé le faussaire Dubois. Il se retrouva avec son commerce fermé, coïncidence troublante !
Les autres boulangers, en bons collègues, solidaires, avaient eux aussi subi les magouilles de Dubois.
Ils fermèrent leur boutique. Il n’y avait plus de pain à Chalabre, le pain étant la nourriture principale de cette époque.
Le marquis seigneur roi de la ville était intervint en personne le 2° jour.
A la fin du 3° jour, ses ordres n’eurent aucun effet.
Face au froid, à la faim, la dame des Alamans comtesse se décida à intervenir.
Au 4° jour, grâce à l’intervention de celle aimée par les habitants, qu’elle protégeait et défendait. La comtesse réussit là où son homme avait échoué, tout le monde reprit le travail, même Jossis qui put rouvrir son atelier.
Un autre pied de nez au 4° consul et François IV, orchestré par la première dame de la ville.
Les habitants demandèrent le retour de Roques, celui qui les défendait si bien.
Jossis Poularies n’avait pas gagné son procès au mois de juin contre Dubois à Toulouze.
Ce fut nos trois vedettes du moment. Les plus en vues.
De Bernage, vexé, demanda au roi de le confirmer.
Le 30 janvier 1723, de Bernage se plaignit auprès des consuls que la dame Dubois avait reçu des insultes. Il demanda la protection de la dame.
Comme il en avait « raz le bol » de cette affaire, l’intendant du Languedoc demanda au roi de le confirmer dans ces dires et fonctions.
C’est ce que fit Louis le XV° :
« Louis par la grâce de dieu Roy de France et de Navarre au premier des huissiers et nos consuls ou sergent sur le requis et l’avis de notre très cher oncle le duc d’Orléans, régent, demandons et commandons par les présentes signées de notre main que l’arrêt ci attaché donné à notre conseil d’état. Nous y estant pour les causes et contenus signifié à tous qu’il appartient dira à ce que personne n’en ignore et fasse pour son entière exécution tout acte et exploit nécessaire, sans autre permission car tel est notre plaisir.
Donné à Versailles le douzième jour de janvier de l’an de grâce 1723 et notre règne le huitième
».
La confirmation parvint par de Bernage qui la porta en personne, le 23 mars 1723, et demanda à la ville la somme de 175 livres.
Raymond Sales, consul politique, s’éleva contre la somme et dit : « il n’est pas normal que la veuve et l’orphelin en souffrent, le demandeur doit s’en acquitter ».
Si la formule était des plus usuelles, à savoir demander au conseiller du roi de régler sa dette, ou de lui faire comprendre qu’il pouvait se la mettre quelque part, elle n’en était pas moins culotté. C’était un contestataire ou tout simplement un homme juste et honnête !
De Bernage repartit avec la somme.

La maréchaussée

Le 1° avril toujours en 1723, dans la maison consulaire de Chalabre, étaient présent

Etaient absents, Pierre Castres, Antoine Lassalle, Etienne Toursier.
Tous ces notables furent réunis afin de résoudre le problème de la maréchaussée.
La loi du 28 avril 1720 disait que les communautés, qui avaient créé un corps de maréchaussée devaient en régler la solde et le logement.
Jusque là, la ville de Chalabre avait réglé la facture. Les autres villes avaient oublié de mettre la main au portefeuille. L’assemblé avait pour but de résoudre ce problème.
Les gages et le logement devaient être répartis à l’assiette, (mot plus réel et nettement plus poétique que le compte prorata).
Le sieur Forgues brigadier et ses archers (nous sommes loin des cow boys) avaient fait un recours pour exiger le paiement des gages et celui du loyer.
Antoine Lassalle, premier consul, avait autorisé Etienne Toursier le greffier à faire l’avance.
Les consuls du Kercorb tombèrent sur un accord pour le règlement à l’assiette.
Les gendarmes devaient avoir leurs salaires. A vrai dire, ils n’en avaient jamais manqué.
C’était le loyer qui donnait plus de soucis avec les chevaux et la nourriture.
La ville de Chalabre fit l’avance encore pendant des années.
C’était la fin de la grève du procès verbal.
Le ventre plein, le gousset garni, nos représentants de l’ordre reprirent le service. Ils enfourchèrent leurs rossinantes, la fleur au mousqueton. Ils arrêtèrent 3 habitants du dit lieu de Chalabre, et sans ménagement les jetèrent en prison.
C’était les contestataires qui avaient osé braver les autorités de la ville et du conseiller du roi, en se donnant un titre, une fonction :
Pierre Soulat syndic vu le nombre d’habitant.
Jean Garros prétendu consul.
Jean Paul Gernies soit disant syndic.
Ils contestèrent les élections tumultueuses de novembre, et furent en désaccord avec la nomination des consuls par de Bernage.
Soulat, le soit disant syndic des principaux habitants contribuables de Chalabre, avait trouvé un moyen de suspendre les lettres d’appel. Il avait fait assigner de Bernage pour les élections tronquées. Il se justifiait en disant que, « de Bernage n’a nul droit sur la ville, qui prêtent être indépendante des états du Languedoc, et que la dite ville est en terre privilégiée, et qu’il n’a que de but d’arrêter les désordres, qui se sont aliénés depuis quelque temps ».
Voilà un garçon qui avec ses amis, étaient courageux. S’attaquer en cette période au sieur de Bernage, et au roi de la ville il fallait le faire !
Le lendemain de l’arrestation de nos 3 révolutionnaires, le 11 avril, la maréchaussée était sur les dents. Elle cherchait, le sieur Loubat et Baron fils dans la région, ceux-ci feront l’objet d’un avis de recherche dans toute la France.
Ils étaient à l’origine de la bagarre du 1° et du 9 novembre, concernant les élections consulaires. Ils avaient au préalable exercé leur talent de « castagneurs », en prenant pour putsching ball le sieur Dubois.
Ce dernier avait dû quitter la ville, car il était agressé tous les jours.
Loubat avait été vu au Puy. Il était presque sûr qu’il partait à Paris.
L’histoire ne dit pas s’il fut arrêté.
Notre seigneur roi de la ville, François IV de Bruyères, infiniment bon et rempli de mansuétude, envoya le 19 avril son huissier, Pierre Verdier, dans les trois familles des contestataires où les hommes étaient en prison. Il leur promit d’user de son influence pour les faire sortir du cachot, à condition de renoncer à leurs revendications.
L’huissier était à coup sur un homme courageux. Il alla voir les femmes, alors qu’il était passé devant la prison, pensant que c’était comme chez lui où dans la haute, les femmes commandaient et portaient le pantalon.
Pour certains consuls politiques, mais surtout les 4 consuls modernes, il leur était de plus en plus difficile de circuler dans les rues, sans qu’ils reçurent des injures, des « escupits ».
Pour les plus décriés ce fut l’arme absolue « le pichadou », à savoir le bon vase de nuit.
Dans les rues l’animation était permanente, entre les disputes, les représailles et les bagarres. Il ne faisait pas bon « escornifler ».
Les pandores chevaliers de l’ordre ne pouvaient plus circuler sur leurs canassons sans que la bête reçut en douce une pierre, ce qui avait pour effet de la faire cabrer et de désarçonner le brillant cavalier.
2 mois des plus chauds pour un printemps pluvieux.
Devant cette ville en effervescence, les consuls modernes, pour la tranquillité des habitants, décidèrent le 30 mai 1723, de retirer leur arrêt.
Nos trois durs à cuire furent libres comme l’air. Soulat, Garros, Gernies, retrouvèrent leur famille. Un calme précaire s’installa sur la ville. Chacun put sortir faire le tour de ville, aller se baigner à Baratte, faire la paille aux grillons et écouter chanter les cigales.
Mais comme ils n’avaient pas réglé le loyer, le propriétaire, le sieur Garros, (oncle du détenu) leur donna le congé. La maréchaussée se retrouva à la rue.
Représailles ou affaires ? Dieu seul le sait avec Garros !
Ils s’installèrent dans leur nouveau logement. Le 6 juillet de Bernage demanda aux consuls de Chalabre de faire l’avance, le diocèse rembourserait. Il en profita pour signaler que les autres villes n’avaient pas versé leur côte part à l’assiette.
Le 13 juillet, le conseiller du roi, de Bernage, fut en personne dans la ville pour organiser la réfection des églises, celle de la consolation et de Saint Pierre.
Il ordonna de réparer les ruines entières du « port d’en font », pour y enfermer la peau de 12 chevaux à égorger pour 12 années. Le prix à être employé.
Le port d’en font était le village gallo romain détruit en 1279 (champ Legrand).
Il rêvait le ritou en chef, (ritou, celui qui lit les rituels). L’évêque était venu pour « mater » le peuple qui lui donnait beaucoup de fil à retordre, mais il se mettait le doigt dans l’œil. Les chalabrois ne manquaient pas de travail. Il se produisait dans la ville 4000 pièces, alors que dans les autres il s’en produisait péniblement 3000 pièces. Comme déjà dit, Limoux et Quillan cardaient pour notre ville. A cette époque les gens disaient :
« Chalabre croumpario Quilha » Chalabre achèterait Quillan.
C’était vous dire la valeur du Kercorb. Les peaux des bourrins en guise de salaire, n’eurent pas le succès espéré du prélat qui repartit bien « remonté contre la ville ».
Les églises furent restaurées quelques années plus tard.
Le 5 août 1723, la dernière muraille des anciennes fortifications, qui allait de la tannerie au pont-levis, fut démolie pour devenir un chemin, (cours Sully).
Les élections des consuls se déroulaient souvent, le 1 novembre, le jour de la toussaint. Ce jour de fête avait été créé par le pape Grégoire IV, en 837. Il était interdit de travailler. Le pape avait aussi créé des chants portant son nom « chants grégoriens ».
En cette année de l’an de grâce de 1723, le 1 novembre, une réunion se tint pour le renouvellement des consuls. L’assemblée constata la présence du « sindic » qui représentait le roi de la ville. Cela voulait dire que le seigneur avait une doléance ou une demande, en général c’était des sous qu’il venait réclamer.

La régente

La demande fut faite pour augmenter les gages de la régente de 50 livres.
Elle gagnait 150 livres par an pour éduquer les enfants de la famille de Bruyères.
L’assemblée fut d’accord, sauf Pierre Lacombe consul politique. Celui-ci argumenta qu’il était pour donner satisfaction, à la condition que les demandeurs en assurent la charge, il fut aussitôt suivi du juge Cazalens, et de Toursier le greffier. Les autres consuls firent une volte face et donnèrent raison à leurs collègues.
La question fut purement et simplement retirée, elle n’était plus à l’ordre du jour.
Encore une fois, l’autorité fut mise à genoux.
Les dernières élections avaient donné le résultat suivant : Bernard Bardon 1° consul, Raymond Sales 2° consul, Guillaume Bourguignon 3° consul, (le grand père avait été limogé 90 ans avent), Joseph Sabatier et le 4° consul.
Les consuls politiques furent : Jean Trinchant, Pierre Castres oncle, Jean Fourcade, Etienne Toursier, Jean Castres, Pierre Faure, Jean Bardon, Pierre Castres neveu, Antoine Lassalle père, François Combes, Jean Bigou.
Les consuls de droit furent le curé Jacques Joachin Gauthier, et le syndic du roi de la ville Jean François Sabatier. Remarquez que les amis de Bernage ont disparu ainsi que Lacombe et le marquis François IV, qui n’a pas apprécié la non augmentation de la régente.
Un mois passa, la fête de la nativité aussi, le froid reprit son droit.
François IV, le roi de la ville, se faisait appeler marquis, mais c’était son fils qui l’était officiellement.
Le 27 décembre, toujours en l’an de grâce 1723, lors de la réunion en la chambre, le syndic Sabatier Jean François refit une demande d’augmentation de la régente.
Elle gagnait 150 livres et proposait une augmentation de 50 livres, du déjà vu et entendu.
Coup de théâtre, Raymond Sales le 2° consul proposa que la ville prenne en charge, pas les 50 livres, mais la totalité du salaire :
Les 150 livres + les 50 livres soit un total de 200 livres par an.
Un ouvrier gagnait environ la moitié, moins de 100 livres par an.
Raymond Sales utilisa une formule qu’il connaissait bien, dont il usait avec brio.
« Dans l’intérêt de la veuve et de l’orphelin l’éducation sera faite à tous les enfants de la ville ». Le scoop : les autres consuls, à l’unanimité, donnèrent leur accord à cette proposition.
Mais le syndic, Jean François Sabatier, se rétracta et dit : « il vaut mieux garder l’argent pour payer la réparation du pont du chalabreil qui vient d’être effectuée par Azema, pour la somme de 46 livres et 7 sols ».
Le syndic était un faux jeton où je ne m’y connais pas.
Encore une fois les habitants firent plier le roi de la ville.
L’idée de l’école fit son chemin, et prit forme deux années plus tard. Ce fit de Chalabre une des toutes premières en France à créer l’école primaire libre gratuite.
Il fallait comme deux fois par ans réparer les ponts de l’Hers et du chalabreil. Le 9 juillet 1724, la décision fut prise. Pour 49 livres et 6 sols, ils seront restaurés.
Tout les 6 mois c’était la même chanson !
Il fallait réviser ces passerelles en bois, fixer avec des pointes en fer l’eau faisant rouiller ces dernières, le bois pourrissant.

Le beau mariage

LLe syndic proposa le 8 septembre 1724 de faire honneur à François IV et au comte Jean Aymeric II, le fils aîné, de retour des épousailles.
Les consuls donnèrent un accord de principe. Ils n’étaient pas contre.
Jean Aymeric II épousa Marie de Saint Etienne de Caraman baronne de la Pomarède.
Il avait été fait une haie d’honneur de cavalerie de la Pomarède à Chalabre.
La Pomarède était au dessus de Castelnaudary.
Les gardes à pied s’échelonnaient de l’entrée de la ville à celle du château, puis du chemin du pape au château, en passant par la passerelle, rue des boulangers, un petit tour de ville, les fortifications étant entièrement détruites.
Il s’en était suivi un grand feu de joie.
Pendant que les habitants faisaient la fête, le jeune comte remplissait le devoir conjugal.
De cette union naquit 7 garçons et une fille.
Le jeu de mot est des plus facile : le marquis de la pomarède n’avait pas que la pomme qui était raide.
Le coût total de la fête s’éleva à 100 livres, prélevées sous forme d’emprunt et taxes (comme a dû le penser le syndic, cela aurait permis de réparer deux fois les ponts.)
La seule consolation était que les habitants les avaient vu passer, comme la facture et le feu.
Marie avait amené comme dot, le domaine de la Pomarède et le titre officiel de marquis.
François Jean l’aîné devint le marquis de Chalabre.
Louis Henry fut nommé évêque de Saint Pons. Ce fut sous sa houlette que le château fut restauré.
Jacques Paul, comte de Bruyères, devint vice amiral.
Alexandre Joseph Alexis, devint évêque de Saint Omer.
Quant à Jean Aymeri et Jean Baptiste, tous deux officiers.
Jeanne épousa le voisin d’Alzeau. Ce nom ne vous dit peut être rien, mais la prise d’Alzau peut être.
La nouvelle épouse, Marie de Caraman, avait une tante qui était l’épouse d’un homme illustre, Paul de Riquet, (le canal du midi).
Quand Paul de Riquet élabora son projet, les bouts d’essais se passèrent à Alzau d’où il fit dans une canalisation, tout un circuit, qui donna la prise d’Alzau. Si vous allez la voir avec ses vestiges d’origine, vous remontez la source. A environ 100 mètres, légèrement sur la gauche, sous le pont vous trouverez des restes de l’expérience, comme des pierres gravées en forme de gouttières, et à d’autre lieux plus bas de tout petits canaux carrelés. C’était le travail de Riquet.
Alzau était sous la tutelle de Caraman, comme indiqué et gravé dans la pierre.
Revenons à notre ville.
Jean Aymeric II de bruyères fut le marquis de Chalabre. Le titre fut officiel.
Il fallait voir cette haie d’honneur, où les cavaliers, au fur et à mesure, formaient le cortège.
Il fut reçu avec faste et grandeur, par des hommes en armes et une musique qui attendaient les mariés et les parents. Le feu de joie embrasait le ciel (dommage que ce fut dans la journée). Mais il crépitait encore à la tombée de la nuit. Les invités et les propriétaires s’enfermèrent dans le castel pour continuer, en catimini la bombance.
La famille seigneuriale, pour payer la noce, vendit en 1725, le domaine du Falgas à Jossis et, celui de la Mouillère, à Chaubet.
Le seigneur roi de la ville et marquis de surcroît, pendant quelques lustres, nous « fouta » la paix. Il pouponnait et entre deux biberons vaquait à ses occupations.

Autre procès

En 1725, sous la pression du voisin de Roux, marquis de Puivert, Rivel et Sainte Colombe, les deux premières villes contestèrent le fait, que Chalabre fusse le chef de la terre privilégiée.
Elles firent un procès a la dite ville. C’était reparti !
A Chalabre il y avait un autre enquiquineur à savoir le prêtre Gauthier Jacques Joachin, docteur en théologie, qui eut des plus grandes difficultés pour se faire héberger. Un coup chez l’un, un coup chez l’autre. Il était tellement exigeant et difficile à vivre que, l’habitant le prenait un jour chez lui et, le lendemain lui fermait la porte.
Le prêtre pour se venger fit changer les cloches des deux églises. Il prétexta qu’elles étaient fêlées (lui non).
En 7 ans, elles furent changées 5 fois, sauf les deux bourdons.
Ce qui nous fit une réserve de cloches, stockées dans le convent des Capucins.
Pour le rétablissement de sa majesté, le Roi Louis XV, il fut ordonné le 26 août 1726 un Te Deum. Personne à Chalabre ne le savait malade, mais une messe ne pouvait faire grand mal !
Ce roi devint un copain intime de notre nouveau marquis Jean Aymeric II.
Le seigneur de la ville demanda aux consuls de payer 175 livres de reliquats à Etienne Hugues, docteur en médecine à l’université de Montpellier.
Il était courant que le marquis fisse appel à ce docteur pour ausculter son épouse. Par pudeur elle ne pouvait faire voir la partie la plus charnue de son anatomie à un vilain de sa ville.
Il firent donc demande à Montpellier de leur envoyer un toubib. Un journée aller, une journée retour, fallait pas qu’il y est péril dans la demeure ! Heureusement, les couches se passèrent biens grâce au docteur et nos 200 livres par an.
Chez un cerf, la femme accouchait parfois dans les champs où au labeur.

L’hôtel de la ville

Voilà déjà 4 ans que l’on parlait de ce projet. En 1729, il prit le jour. La question était soit de rénover la chambre commune, soit de créer un nouvel hôtel de la ville, vu les réparations à faire sur l’actuel.
Le 17 juillet, la décision fut prise. La ville acheta les 2 maisons qui jouxtaient la chambre.
Les sieurs Zabel et Salles, architectes, furent chargés des plans, devis, et du suivi des travaux.
Les enchères pour la maison commune furent lancées.
Le 18 septembre ce fut l’ouverture des plis : le moins disant fut Jean Siguier de Fanjeaux, pour la somme de 53.000 livres.
Le forain (nom donné aux étrangers du village), travailla en collaboration avec Jacques Coste et Pierre Nègre, (le consul nommé par de Bernage). Ces deux derniers étaient de la ville.
Cela eut pour but d’éviter la contestation.
Les entrepreneurs vinrent de loin. Pour essayer de travailler dans le Kercorb pour le futur hôtel de ville, il en était venu de Couiza et Limoux.
Cela ne devait pas être facile pour eux. Tous les jours 2 heures de cheval minimum à l’aller, et idem pour le retour, par tous les temps, à travers champs, pendant deux ans.
Le marquis dans sa grande bonté, entre deux tétés, avec une logique qui n’appartint qu’à lui, ne s’opposa pas au projet. Mais en qualité d’intendant, il fut contre.
Un grand projet se décida en parallèle dans la chambre le 10 novembre 1730. Les élus devaient faire face aux fréquentes réparations des ponts de l’Hers et du chalabreil, ce dernier ayant les pilotis à changer. Cela entravait le commerce, qui fut régulièrement interrompu par les inondations et réparations interdisant l’accès provisoire de la ville.
De même pour le pont neuf, qui comme partout était souvent le plus vieux.
Le projet consistait à les faire en dur, en pierre, les rivières étant dans l’état de canalisation, dans le style et à la mode de cet homme de Béziers le dénommé Paul Riquet, qui réalisa le canal de Toulouse à Carcassonne.
Le chalabrois ne savait pas que le canal arrivait jusqu’à Cette (Sète).
Le syndic donna comme précision qu’il était apparenté avec la marquise.
Toujours entre deux biberons, notre bon marquis, à la vue des frais que cela allait occasionner était contre. Les inondation ne le touchaient pas, il avait les pieds au sec lui !

Autre procès

Autre procès
Les consuls de Chalabre attaquèrent en justice, le 27 juillet 1731, les baronnies de Rivel et Puivert, qui ne s’étaient pas acquittées de l’impôt depuis plus de 30 ans.
L’affaire des gages de la maréchaussée revint sur le devant de la scène.
Ils invoquèrent que ce n’était pas à Chalabre d’être le chef de la terre privilégié.
Puivert argumenta que c’était au château que le privilège avait été donné. Il prétexta son ancienneté et sa capable à résister à l’ennemi.
Rivel se contenta d’être d’accord avec le voisin, et argumenta que Chalabre ne payait, à lui seul qu’un tiers de l’impôt.
Sainte Colombe, où résidait le marquis de Roux, bien qu’à l’origine de se branle bas, ne se mêla pas de l’affaire.
Les consuls de Chalabre répliquèrent que :
« si c’est sur le château et sa qualité que la séance doit être réglé, Chalabre l’emporte, vu que le dit château est plus ancien, et qu’il a toujours été tenu de faire garde et guet, que la citadelle est plus moderne, et que le privilège a été accordé à Jean de Bruyères, pour fait de guerre, et non à ces terres.
Ils font valoir la lettre du roi Henry IV, qui demande des renforts, des secours aux consuls de Chalabre, pour toute la terre privilégié, sans faire mention de Rivel et Puivert.
Que le commerce est commode, et la ville y possède les archives.
Ces deux villages sont mauvais, les maisons dispersées en hameaux inhabitables, le commerce presque nul, et sans hôtellerie, ce qui n’est pas le cas de Chalabre, ou l’on y trouve tous commerce.
Le chef de la terre privilégiée est Chalabre
».
Nous apprenons par les archives FF5 que le fait c’était déjà produit en 1440 : La maman Béatrix avait conseillé son fils de faire de Chalabre, sa résidence principale vu que c’était le chef de la terre privilégiée.
Ce fut une des raisons de la décision de Roger Antoine pour faire de Chalabre la première cité du Kercorb. « la prima kercorbis civitas ».
Dans ce document, nous apprenons aussi qu’en dehors de la ville de Chalabre, il y a un quartier, « la tera blanca », que le sénéchal de Carcassonne, et le roi Charles Dauphin, (Charles VI) avaient surnommé Chalabre comme çà : Chalabre terre blanche.
Ce même roi avait été le premier à parler d’Occitanie et de Languedoc.
Le kercorb était coupé en deux : Puivert, Rivel, Sainte Colombe avec la famille de Roux puis l’autre partie avec les de Bruyères. Ils étaient en perpétuelle dispute, cependant les de Bruyères avaient le soutien des Lévis de Mirepoix, (Lagarde).
Dans ces mêmes archives, se trouve la transcription du roi Henry IV. Le vert galant avait une écriture compliquée, en latin mélangé avec du Français de Navarre.
C’est aussi grâce aux procès, laissant des traces et des écrits, que nous pouvons donner des explications et qui confirment les dires.
Puivert avait donné comme argument que le privilège avait été donné au château, que son ancienneté devait primer et qu’il était capable de résister à l’ennemi. Au moment de ce procès, en 1731, le propriétaire n’était autre que François II de Roux, son père ayant hérité du fief. Le privilège avait été donné à Jean de Bruyères, cela était incontestable. Le château était ancien c’était sur ! Pas moins que Chalabre qui datait de l’après an 800. Puivert, ne figura que 2 siècles plus tard. Il avait été mis en valeur par Congost, après 1152. Quant à résister à l’ennemi, cela avait dû faire sourire De Bruyères qui connaissait la vérité : 3 jours de siège et son ancêtre avait investi le lieu.
Rivel lui donna comme prétexte que Chalabre ne payait qu’un tiers d’impôt ; c’était normal car la ville possédait à elle seule 1 tiers d’habitants, le compte était fait au prorata, le total à l’assiette. Ce village aurait du être content, que d’autres payent à sa place.
Querelle de clocher !

Inauguration

A Chalabre la maison des consuls, fut nommée l’hôtel de la ville !
Les travaux terminés, en 1732, ce fut l’inauguration de la maison commune
Une plaque de pierre gravée, encastrée, dans le mur au secrétariat préfigura la scène. C’est de nos jours, la salle du conseil au rez-de-chaussée.

Plaque gravée

Avec la restauration de la mairie dans les années 1990, la plaque commémorative de l’année de 1732 a trouvé une place judicieuse où tout le monde peut l’admirer.
Il est gravé :
H. EC. BASILICA
PERFECTA FVIT
ABSOLVTA QVE
CONSVLIBVS
JOANNE BARDON
PHILIPO LASALE
JOANNE ROCQVES
F. VILLENEUVE
1732

Ce sont les quatre consuls modernes, Jean Bardon, Philippe Lassalle, Jean Roques, François Villeneuve. Le premier et le troisième Bardon et Roques se connaissaient depuis longtemps.
Ce furent nos protagonistes de l’affaire Dubois. Ils durent faire une trêve.
Le second Lassalle, suite à la plaque, perdra au fur et à mesure les deux S et les deux L
La basilica, en parfait latin, désigne une maison royale où l’on rendait la justice.
De cette période il reste l’escalier de pierre, la rampe en fer forgé, la voûte avec sa clef au portail d’entrée, la porte du cachot.
Les consuls prirent comme blason les clefs de Saint Pierre renversées en sautoir, accolées à deux branches de laurier d’or, surmontées d’une couronne de marquis.
Le laurier avait pour symbole la richesse de la ville.
Le marquis avait demandé avant l’élaboration du projet de la maison commune d’y apposer ses armoiries, malgré son opposition au projet.
La chose était logique, normale. Le lion à la queue nouée et fourchue, blason des bruyères, aurait du être placardé sur les murs.
Les consuls l’avaient vu autrement. Ils avaient pris la décision de mettre les clefs de Saint Pierre, comme à Rome, mais inversées, pour montrer au curé Gauthier et au marquis que Chalabre était, comme quelques villes du midi, autonome et libre.
Le marquis fit des procès à la ville, demandant de voir son blason, celui de Pons de Bruyères le Châtel avec pour devise « seule la foie suffit ».
Sous les branches de laurier, il était gravé « prima kercorbis civitas » première cité du Kercorb.


Blason de Chalabre en 1732

Le marquis, qui avait moins de tétines, mais un peu plus de couches à changer, aurait eu la satisfaction de voir quelques 40 ans plus tard, 2 belles planches peintes à l’huile avec son blason. Provisoirement, il se contenta de voir la couronne sur les lauriers.


Assassinat de Jossis

La seigneurie du Falgas avait été vendue par François IV de Bruyères en 1725, pour renflouer les caisses. Avec son fils Jean Aimeric, ils avaient voulu racheter leur ancien bien, avant la fin du droit de lésion. Le sieur Jossis n’était pas d’accord.
Son frère Pierre avocat au parlement fut assassiné le 08 / 02 / 1733. Un guet-apens fut orchestré par François IV et ses enfants.
Le procureur du Roy, en la sénéchaussée, Daoussene, rendit son verdit le 5 may 1733, visé par Ribes le 25 juin 1733.
A la requête de demoiselle Claire Castre, veuve du docteur Jossis, César Poulariés, Jacques Antoine et Etienne Cassalles, contre les nommés Lacombe dit la jeunelle soldat évadé des prisons, Louis Ahéma dit leucille fils charpentier de Chalabre, Louis fils Mart dit la coulasse et le nommé Roger dit Pierre d’alaigne domestique de monsieur le Marquis de Chalabre, les sieurs Beaumont et Montjardin, frères du marquis accusés et défaillants, et le sieur Marquis de Chalabre et Paul Vidal son garde- terres décrétés d’ajournement personnel.
Le sieur Beaumont était en réalité François, 3ème enfants de François IV.
Celui qui se faisait appelé Montjardin n’était autre que Jean Aymeric.
Le Marquis était François IV.
La sentence tomba : Les sieurs Beaumont et Montjardin auront la tête tranchée sur un échafaud qui sera dressé à la place publique.
Les autres furent livrés entre les mains de l’exécuteur de la haute justice, qui les conduisit devant la porte principale de l’Eglise paroissiale du dit lieu de Chalabre, étant en chemise tête et pieds nus et tenant haut une torche de cire jaune allumée à la main, du poids d’une livre.
lls devaient demander pardon à dieu au Roy, au seigneur du dit lieu (François IV de Bruyères leur commanditaire) et à la justice de leurs méfaits. Ensuite, ils auraient du être conduit sur la place publique, pour y être pendus et étranglés jusqu'à ce que mort naturelle arrive.
Condamner les dits sieurs de Beaumont et Montjardin frères, fils de monsieur le Marquis de Chalabre, les dits sieurs Roger dit la coulasse, Louis Ahéma dit Leucillé fils charpentier, Lacombe dit Jeunelle soldat dans le régiment de Bretagne, et le nommé Pierre Roger dit pierre d’Alaigne domestique défaillant de verser chacun mille livres envers la dite Claire de Jossis. Quatre cent livres chacun envers le dit César Poulairies.
Soixante livres envers chacun des dits Cassalles.
Trente livres chacun pour prier dieu pour le repos de l’âme du défunt.
La potence comme l’échafaud furent dressée sur la place. Mais, rien ne s’y passa. Les têtes ne sont jamais tombées. Les autres entre l’église de la ville et la place avaient réussi à fuir.
Les biens ne furent pas confisqués, la vie repris ces droits.
Les amendes ne furent jamais honorées.

Fin de page // Cliquez ici pour revenir vers la haut de la page