Entête Si Chalabre m'était conté

La 1ère république

La 1ère république une et indivisible

1793 à 1815

Elle démarra sous de bons hospices.
17 mars 1793, an 2 de la république une et indivisible, (en réalité nous étions toujours en l’an 1 qui allait de septembre à septembre, le greffier ou secrétaire se trompera régulièrement), le citoyen Bruyères (marquis) se plaignait de ce que cette municipalité bannit et arrêta tous les hommes qui avaient contractés un prêt aux Lévis de Mirepoix, ci-devant Marquis. Il ajouta que les citoyens Paul Bruyères, son frère capitaine de vaisseaux, Jean Bruyères, son fils et Draguilar son beau fils, de même que sa fille Félicitée ne pouvaient être considérés comme des émigrés. Ils n’avaient pas été réputés comme tel par le département, mais aussi parce que Louis Henry Bruyères et Alexandre Bruyères firent donation lors de son contrat de mariage le 13 juin 1784 de sa maison au Barri neuf qu’il usa, et qu’il offrit de régler de gré à gré avec le citoyen procureur général relative aux droits légitimes qu’il devait à Jean Bruyères, aîné, son frère qui lui était compté dans les émigrés.
Pour comprendre la magouille, si magouille il y a, voyons la composition de la famille :
L’aîné François Jean Marquis était chez les émigrés, nommé ci-dessus. Simplement Jean, son fils était Jean Louis Félicité et se trouvait quant à lui en Angleterre, et la fille était Jeanne Elisabeth Fortunée, la copine du grand révolutionnaire.
Louis Henri évêque de Saint Pons en parallèle restaurait le château.
Jacques Paul vice amiral
Alexandre Joseph Alexis évêque de Saint Omer
Gabriel (seulement) capitaine.
Jean Aymeric officier.
Jean Batiste officier.
Jeanne la fille était mariée à Draguilar ou Aguilard.
En conclusion, cela ne pouvait être que François Jean le marquis, qui en plus essaya de noyer le poisson, comme à l’accoutumée.
Bardon répond : « qu’il croyait que les frères et enfants du citoyen Bruyères étaient émigrés, attendu qu’ils ont disparu depuis longtemps ». Il avait raison le sieur Bardon, mise à part l’évêque de Saint Pons (qui nous avait piqué ou emprunté des cloches) qui déambulait dans les rues, provoquant les uns ou les autres, ses frères, sœurs, neveux ou nièces avaient disparu de la circulation.
Le maire en la personne du citoyen Bézard dit : « François Jean de Bruyères marquis de Chalabre doit s’acquitter de 3 années, soit : 6 000 livres, promesse qu’il a fait le 16 mai 1790 ».
6 000 livres était une somme énorme pour l’époque, dont l’équivalent de nos jours correspondrait environ à 70 000 Euros.
Le 29 mars 1793 an 2 (toujours an 1), le citoyen Pomiers, brigadier du corps de la maréchaussée fut avisé que la solde serait dorénavant payée par l’administration du département. Ils étaient passés garde national.
Le 23 avril 1793, le conseil était réuni au grand complet. Le maire Bézard dit : « l’heure est grave citoyens, j’ai convoqué les 5 compagnons qui compose la garde nationale (gendarmes) car nous sommes menacés d’une invasion prochaine par les Espagnols fanatiques et que leur service pourrait être plus utile dans un pays montagneux dont ils connaissent plus particulièrement les localités ».
On forme 1 compagnie franche, composée de citoyens non mariés et se tenant à la disposition des autorités (déjà les premiers pistonnés).
Il y eut 5 compagnies, avec à leur tête un capitaine qui sont : Capelle, Tisseyre, Rougé, Anduze (ex maire) Poulhairies et les hommes célibataires de 18 à 50 ans, qui devaient être toujours en possession d’une arme.
Les citoyens Bénet et Escolier, armuriers, avaient dû vérifier les armes. Escolier avait eu en charge les 36 fusils de la commune. Il les avait rendus à la mairie et propose d’en fournir 42 autres, des siens, vu que tout citoyen doit avoir une arme.
Le lendemain, le district de Limoux fait réquisition et ordonne d’organiser une garde.
1er mai 1793 an 2 (toujours an 1), dans le cadre de la chasse aux ci-devant, le maire Nicolas Bézard avait fait saisir les biens de Jeanne Laporte, épouse d’Adrien Calvet. Les enfants furent remis à l’oncle, qui lui avait fait preuve de bon zèle révolutionnaire. Le tonton s’appelait Louis Calvet, (il était déjà là le bougre).
Le 17 may 1793 an 2 (toujours an 1 mais en mai), le district de Quillan demande des renforts, « tant la difficulté à tenir face à ces espagnols fanatiques qui se trouvent dans les montagnes et qui arrivent de cette nation, ne peuvent être défendus que par des gens du pays qui connaissent les localités »
Effectivement, ils ne peuvent arriver que de cette nation !
Le 27 mai 1793, l’administration du district de Limoux demanda, ordonna à ce que toutes les cloches furent descendues et transportées à Toulouse, au frais de la commune pour y être fondues et transformées en canon.
Bézard ayant réfléchi proposa : les 2 cloches de la chapelle des capucins, les 2 de l’hôpital et celle du ci-devant château propriété du Marquis de Bruyères, à qui il sera fait une lettre. Les dites cloches seront amenées à Limoux au directoire qui a fait la demande.
Bardon proposa les autres cloches, le maire répondit : que la vie de la ville dépend de ces cloches qui donnent l’alarme.
Le grand révolutionnaire, Bézard, maire et membre du directoire, était un peu timoré, non seulement sur les cloches, mais aussi quant il parle du Marquis et de la particule de. Il avait oublié que les titres de noblesse furent abolis.
Le 29 may 1793 an 2 (toujours an 1 et en mai), le citoyen Jean Brafies fut nommé garde forestier, pour veiller, surveiller les propriétés et les bois du Marquis de Bruyères, pour l’instant chez les émigrés.
Le roi de la ville était décrié, planqué chez les émigrés, mais protégé.
Le 20 juin 1793 an 1 (enfin il a compris le secrétaire), il fallait prévoir une aide aux familles qui ont un, voir même plusieurs, volontaires à la frontière.
Le 24 juin 1793 an 1, l’assemblée générale des députés du département de l’Aude invita la ville de Chalabre à prendre des mesures contre Anduze, ancien maire qui ne s’était pas rendu à la chambre des députés
Le maire Bézard demanda prudence et sagesse, car son prédécesseur était parti défendre la patrie en danger, en qualité de capitaine nommé par le maire, à la tête d’une compagnie.
Le lendemain, le 25 juin, Bézard convoqua Anduze. Il lui reprocha son absence de la chambre des députés.
Anduze rentra dans une colère noire. Il accusa le maire et certains membres du conseil d’indifférence et insouciance envers la patrie.
Le maire le fit mettre en prison pour insultes.
Le peuple de Chalabre avait appris la nouvelle. Il se révolta. S’en suivirent de grosses bagarres dans les rues, formant encore deux clans.
Le 21 juillet 1793 an 2 (toujours an 1), presque 1 mois de prison, Anduze fut libéré sous la surveillance des autorités municipales. Ses amis avaient fait une pétition contre la même autorité qui le lâcha et le surveilla. Ces mêmes amis avaient fait une réquisition auprès du directoire, qui fit pression sur les autorités chalabroises.
Une erreur qui risqua d’être fatale au maire.
Le 28 juillet 1793, Nicolas Baby, jeune vendeur de vin, fut surpris par les gendarmes d’avoir fournis de ce breuvage à Nadal et à la veuve Galaup aubergistes. Le maire lui faisant le reproche de faire du commerce, au lieu d’aller aux moissons, il fut « jeté » en prison. Il en sortira le 30 libre de toute accusation, le juge estimant que chaque citoyen devait être à son poste de travail.
Le juge n’était autre que Nicolas Bézard maire de Chalabre qui ce même jour avait « limogé » Boyer Antoine, la personne qui s’était proposé et occupé de faire l’éducation. Le premier magistrat avait trouvé que l’école n’était pas assez révolutionnaire, à son goût.
Les habitants de Chalabre firent une réquisition (pétition) contre le maire.
Le 30 juillet 1793, suite de la réquisition du peuple de Chalabre, le directoire de Limoux était à Chalabre dans la maison commune.
Le maire fut convoqué par le directoire.
Les doléances et les plaintes ayant affluées contre le maire, le juge et les membres du directoire estimant qu’il outrepassait ses droits le révoquent, libérant par la même occasion le sieur Anduze ancien maire, qui n’avait pas été à la chambre des députés pour aller défendre le pays.
Le notaire Jean Batiste Clavel fut nommé maire en remplacement.
Le procès verbal se termina par « liberté égalité guerre au tiran ».
Le 9 août 1793 an 2 (toujours en l’an 1), le citoyen Bruyères avait envoyé une pétition de la réquisition qui lui était faite sur les moulins, et du pillage qui lui était fait. Il reconnu qu’il y avait vérité et observa seulement que le moulin, qui avait été construit depuis le décès de Aymeric Bruyères, père de François, (François IV) avant 1700, commun à un moulin à scie,une troisième meule au moulin dit du millet et de 2 moulins à foulon.
Le conseil fit cette observation à l’administration supérieure, afin que ces objets puissent être rajoutés à l’état de consistance des biens fournis par le citoyen François Jean Bruyères. La commune dépourvue de subsistance par la morosité des citoyens a dépiqué leur blé sous la menace.
Le 10 août 1793, le citoyen Campan mandaté par le sieur Bruyères demande le remboursement de 2 000 livres, qu’il avait prêté à l’hôpital suivant la loi du 4 août 1782, signifiant que la créance serait rendue à la personne qui en ferait la demande.
Le conseil décide de ne pas céder à la provocation. Il répond simplement que cette demande devait être formulée au citoyen, avec qui il avait passé le bail.
Pauvre de Bruyères, de remuer le bâton, cela se retourne contre lui. S’il n’avait rien dit, je suis sûr que la révolution ne lui aurait rien pris. Mais, il était bien renseigner le bougre et répondait du jour au lendemain. Il était donc planqué dans le coin, peut-être au calvaire avec l’Hermite que personne ne connaissait.
Le 13 août 1793, le citoyen Lasalle fut convoqué. Il vendait du savon trop cher. Le conseil lui demanda de baisser les prix.
Le savon était indispensable, et rentrait dans la fabrique des draps.
Ce jour, le maire Clavel lit une dépêche du district de Limoux à la réquisition de l’agent national des salpêtres, qui demandait à la commune de récupérer les cendres et les lessives, pour en faire du salpêtre rentrant dans la composition de la poudre.
Le salpêtre mélangé à du soufre et du charbon de bois = poudre à canon.
Caramélisé avec du sucre, mélangé à du bicarbonate de soude, il constitue un puissant fumigène.
A Chalabre, sur le cours de la treille, (Colbert) un citoyen, un drôle de citoyen, fabriquait à partir du salpêtre de la poudre. Voilà pourquoi l’agent du salpêtre était étonné de ne rien voir venir. La résultante fut que dans cette période la maison du terroriste explosa ainsi que celles de chaque côté trois habitations hors usages. C’était la maison habitée aujourd’hui par la famille Officier, d’où était faite la poudre. Avaient été en parties détruites les maisons de Martinez et Salvat.
Le 21 août 1793, le citoyen Lasalle fut à nouveau convoqué. Il vendait son savon toujours trop cher.
Le savon blanc revenait à 150 livres et 7 deniers le quintal (50 kg).
Il le vendait 153 livres le Kg.
Il proposa en ces temps difficiles de donner une partie du bénéfice à la commune qui devait fixer le prix de la vente.
1livre (500g) pour 3 personnes à 25 sols et 6 deniers, soit 200 livres le quintal.
On pouvait être révolutionnaire et être intéressé.
Ce jour-là du 21 août, dans la chapelle des pénitents blancs, les citoyens de première classe furent réunis. Après avoir été comptés, recensés et harnachés d’un fusil, ils partirent à Limoux, se retrouvant du même coup incorporés dans l’armée des Pyrénées Orientales à Perpignan.
Le début d’une carrière pour certains, la mort pour d’autres.
Le 24 août 1793, ce fut Rougé et Pont qui furent condamnés pour avoir vendu de l’huile au maximum.
Le directoire demanda le 29 août un inventaire et la réquisition des biens et mobiliers des « ci-devant égliziers » (un mot que je ne connaissais pas). Il fallait nommer un agent national (garde champêtre) de la commune. Le choix se porta sur Bézard Jossin, qui avait fait preuve de bon zèle. Le directoire lui donna la fonction.
Il était le frère de l’ancien maire Nicolas Bézard, et comme lui un pur et dur qui enferme en premier et discute en second.
Le 2 septembre 1793, Pierre Condomine du Cazal demanda un secours, « son fils était mort à Pézenas contre les esclaves espagnols ».
La demande fut rejetée.
Il protesta et dit ne rien avoir à manger.
Le maire dit : « qu’il devait être fier que son fils soit mort pour la patrie ».
Le garde nouvellement promu ne chercha pas à comprendre et le mit en prison. Là au moins, il sera logé et nourri !
Chalabre fut inondé. Le canal fut endommagé, et mis en péril le moulin à farine et les usines de draps, qui travaillaient pour l’armée.
Le 12 septembre 1793 an 2 (toujours an 1), un procès verbal qui arrivait de la maison commune : « Requiers tous les hommes valides qui peuvent porter une arme, il faut renforcer l’armée des Pyrénées Orientales afin d’exterminer les henvahisseurs » avec un H.
Le 13 octobre 1793, l’an second de la république, (on peut changer la formulation nous sommes toujours en l’an 1), les gendarmes et gardes nationaux, qui gagnaient 6 sous par jour, ont dû se rendre chez tous les exemptés de service, les invitants à se rendre au directoire de Limoux afin de vérifier ladite exemption. Si elle n’était pas justifiée, ils étaient immédiatement enrôlés dans l’armée des Pyrénées Orientales.
Le district demanda à la commune d’être moins généreuse dans ces exemptions, de faire un pointage précis et de donner 24 heures à tout habitant pour se faire recenser.
Le service militaire pour les hommes était devenu obligatoire lors de la proclamation de la république.
La république n’avait pas commencée aussi bien que cela !
Dans le sud, il y eut une insurrection des Espagnols, mais les autres frontières firent aussi l’objet de fait de guerre. De roux, le voisin était chargé avec le Comte d’Artois et le duc de Condé de monter une contre révolution. Le Roi Louis XVI avait le 22 avril 1792 avec la convention déclaré la guerre à François II, qui protégeait et hébergeait les émigrés sous l’influence du Roi de Prusse Frédéric Guillaume II. Robespierre avait été contre-pensant que cela servirait la royauté, ce qui pourtant eu l’effet contraire, mais favorisé des mesures d’exception qui constituèrent la terreur et ensuite l’Empire.
Le 13 juillet 1793, de mère languedocienne, le docteur aimé du peuple, celui qui avait fait des recherches sur le feu et l’électricité, Marat fut assassiné par une royaliste. D’autres disaient qu’elle était sa maîtresse. Il avait créé le journal « l’ami du peuple » dans lequel il avait écrit : « je suis l’oeuil du peuple, j’attaquerai les fripons, je démasquerai les hypocrites et dénoncerait les traites ».
Le 26 octobre 1793, le commissaire Camp Laumont, nommé par le district, était à Chalabre. Il y était pour faire la réquisition du fourrage, du grain et du cuivre. Il se rendit chez chaque citoyen afin de parvenir à un recrutement exact. Le citoyen commissaire ne cacha pas sa satisfaction des déclarations des propriétaires, et que certains citoyens lui ont fait remarquer que les bassinoires et lampes ne pouvaient êtres considérés comme objet de luxe, étant de nécessité absolue.
Il fut tellement satisfait qu’il fit un tour chez l’habitant avec la liste énumérée par celui-ci. Le commissaire demanda au citoyen de garder 1’objet de cuivre dans une main, et dans l’autre un objet qu’il estimait nécessaire. Tout le reste fut pesé et embarqué par les gendarmes dans une charrette, puis transporté à Limoux. Il fut donné en contrepartie un bon de réquisition.
Le même commissaire demanda que 1/5 du grain lui soient remis sur la base de 2096 personnes vivantes dans la ville, femme, enfants, vieillards, et le peu d’hommes qui restaient, puisqu’ils étaient partis à la guerre.
Ce même commissaire nomme Arnoulat comme adjoint, pour aller à Léran et Larôques dans les tanneries afin de choisir et réquisitionner du cuir, de l’apporter à Chalabre chez Gauzou, réquisitionné pour confectionner des bottes destinées à l’armée.
Le 2ème jour de la seconde décade du second moi (mois) de l’an second de la République Française une et indivisible, en clair le 2 brumaire de l’an 2, Camp Laumont, encore lui, avec son adjoint Jean Peiras furent nommés pour faire le transport des vivres à Collioure, accompagnés de Borrêt commissaire spécialement chargé de visiter les chevaux susceptibles de servir la cavalerie. Ils étaient à la recherche de chariots, de bêtes de somme et de mulets.
Sur 20 chevaux visités, 13 sont bons pour le service.
16 citoyens en 2 groupes furent réquisitionnés pour se rendre à Perpignan. Avec Peiras, le citoyen Laumont resta à la maison. Ils devaient arriver l’après demain au plus tard à 7 heures du soir, à l’intendance de l’armée des Pyrénées Orientales, où ils devaient remettre les chariots et les bêtes, avant d’être pris pour des traites et jugés comme tel.
Il ne resta plus à Chalabre comme homme les notables, les pistonnés et les vieux. Les moins de 16 sont à Collioure.
Le 4 brumaire, Jean Toursier fut nommé pour 200 livres régisseur du grain et des fourrages de l’armée des Pyrénées Orientales, d’après les bons témoignages de bon civisme et intelligence.
Ils auraient pu ajouter courageux, car prendre du grain et du fourrage à des femmes dont le mari était à la guerre il fallait l’être. Vous pouvez dire aussi que, n’ayant plus de bêtes, ces ingrédients ne servaient plus à rien.
20 jours du 2 moi (mois) de l’an 2 de la République une et indivisible, (20 brumaire ou 11 novembre), c’était présenté le citoyen François Jean Bruyères de cette ville qui demanda l’exécution du décret du 17 juillet (je pense qu’il s’agissait du décret du 17 juillet 1772). Il lui fut répondu « que ce sont de vieux titres féodaux ». Il renonça à tous droits féodaux pour tout jamais, même aux honneurs précisément cités, à la dignité de la noblesse en bon citoyen. Voila le roi de la ville qui à 65 ans passés retourne sa veste, sans avoir au préalable allumer quelques mèches.
21 jours et 2 mois de l’an 2, l’administration du district demanda à la municipalité de faire arrêter tous les déserteurs, de les faire conduire dans leurs camps respectifs, de faire défense à tous citoyens de donner asile et aliments aux déserteurs.
Le commissaire Laumont en profita pour refaire une tournée chez l’habitant, afin de récupérer à l’improviste du cuivre et des métaux, qui furent envoyés à « Toulouze », les quelques cloches inutiles aussi, soit un pois de plus de 9 tonnes.
Le vieux linge fut récupéré pour faire des écharpes et pansements à nos bons frères d’armes, avec en plus 75 couvertures de laine. Une autre perquisition en produisit 6. Le bon citoyen François Jean Bruyères en avait donné à lui tout seul 8.
Le 23 frimaire de l’an 2 (15 décembre 1793), les citoyens Jean Clerc, François Bataillé, Anduze aîné, Joseph Manent, Paul Aragon, Anduze frères et Cazalens cadet avaient arrêté leur production de drap, servant à la fabrication des vêtements de l’armée. Ils invoquèrent comme motif qu’ils n’avaient plus de savon noir nécessaire à l’industrie.
Louis Rougé et François Philippe Lassale furent arrêtés, mis en prison par Jossin Bézard.
Nos deux savonniers durent leur salut après 24 heures de cachot aux fabricants de draps. Ils firent doléance auprès de monsieur le maire, prétextant que ce n’est pas en prison qu’ils pouvaient produire, et que c’était les soldats qui en souffraient.
Le 10 germinal de l’an 2 (31 mars 1794), est donné l’ordre d’arrestation des dantonistes : Danton, Delacroix, Camille Desmoulins et Philippeaux, à qui il leur était reproché par Robespierre et Saint Just leur défaitisme, de vouloir supprimer la terreur et de signer la paix avec l’ennemi, de tremper dans des affaires financières, de vouloir supprimer l’échafaud. Ils furent exécutés en avril.
Le 19 messidor de l’an 2, (8 juillet 1794), le représentant du peuple en séance à Tarascon arrête que fut nommé juge de paix du canton de Chalabre Joseph Lasalle et Louis Gaxieu greffier, avec comme accesseurs Raymond Sales cultivateur, Danjou père cultivateur, Pierre Benes jardinier, Jean François Cazalens marchand.
Plusieurs séances s’étaient tenues, proches des combats comme à Tarascon ou Pamiers.
Le 4 thermidor de l’an 2 (22 juillet 1794,) en séance à Pamiers, Bezard Nicolas ex maire fut responsable du comité de surveillance pour les communes de Léran, Camon et du district de Pamiers.
Jean Baptiste Clavel maire et officier municipal fut chargé du comité de surveillance de Chalabre, avec Gaudy père officier municipal.
Le 9 thermidor de l’an 2 (27 juillet 1794), fut l’arrestation de Robespierre, Couthon et Saint Just. Ils furent guillotinés le lendemain soir. La terreur perdit de son activité. Un accord avec les chouans vendéens remit le calme dans le pays.
À Chalabre, un Robespierre se planqua dans la maison Toustou, sur le cours Sully, à la droite de la communauté des communes. Il était l’un des derniers frères du grand tribun.
Le 30 fructidor de l’an 2 (17 septembre 1794), le conseil convoqua plus de 30 cultivateurs. Il leur avait été fait remarquer que la population manquait de grain de blé, d’où résulterait une disette. Les cultivateurs firent remarquer qu’ils n’avaient pas la main d’œuvre habituelle, puisque les hommes et leurs bras sont à la guerre, et que le commissaire a fait la réquisition.
Trois jours plus tard, le 20 septembre, il n’y avait plus de grain à moudre.
Le 2 frimaire de l’an 3 (22 novembre 1794), profitant du désarroi et de l’éclatement de la famille, Paul Jacques Bruyères (60 ans) vice amiral, qui servit brillamment sur mer sous les ordres de Bailli de Suffren et d’Estaing, demanda et obtint un laisser passer.
Pierre André Bailli de Suffren (1729-1788) a eu des succès aux Indes et contre les anglais.
Jean Batiste comte d’Estaing (1729-1794) a lutté aux Indes et en Amérique contre les anglais, mort sur l’échafaud à 65 ans. Notre vice-amiral chalabrois était l’adjoint du guillotiné. Quant on lui proposa le poste de son patron, devenir amiral et prendre le commandement de la flotte, il voulu se donner un temps de réflexion. De par la nostalgie du pays et la répulsion de servir la République, il brisa sa carrière et revint sur ses terres.
Le 5 frimaire de l’an 3 (25 novembre 1794), c’était juste l’entrée de l’hiver, il n’y avait plus de grain de blé et encore moins de farine en réserve.
Plus de pain.
Bézard Jossin fit preuve d’une grande initiative et civisme. Avec une charrette, il parcourut la région et trouva à Villefranche de Lauragais 25 quintaux (1250 kg) de fèves et 25 quintaux de vesces blanches. Mélangées à du froment, on pouvait fabriquer du pain, certes pas de grande qualité. Chalabre fut sauvé pour l’hiver.
Le 16 messidor de l’an 3 de la république une et indivisible (4 juillet1795), le notaire et maire de Chalabre Clavel fut révoqué. Il n’avait pas su faire face à la famine. Il restera notaire jusqu’en 1806.
Le lendemain, furent réunis les officiers municipaux : Eugène Cambon teinturier, Jean Baptiste Clavel notaire, Paul Compans fabriquant, Jean Arnoulats fabriquant, Jean Paul Pont marchand épissier (épicier), l’agent national Raymond Sales cultivateur ; les notables : Poulharies Jean cultivateur, Raymond Durou maçon, Philippe Clerc tisserand, Méliès affineur de drap, Jean François Benet serrurier, Jean Baptiste Monier fabriquant, Anduze aîné fabriquant, François Sabatier cultivateur, Durrieu vétérinère (vétérinaire), Jean Loze cordonnier, Jean Méliès charpentier, Tisseyre cultivateur, le greffier Jean Benet écrivain. Tous ces hommes désignèrent Nicolas Bézard comme maire. Le directoire ne fut pas d’accord. Il avait déjà des fonctions de surveillance dans divers districts. Estimant qu’il ne pouvait en assumer la charge, ils nommèrent Pierre Castre fils ancien mousquetaire, dit « le bisquit », il fallait prononcer le biscuit, qui en période de famine peut rendre service.
Les marquillers et mages se retirèrent après avoir dit aux consuls : « qu’ils n’ont qu’à nommer qui ils voudront ».
Le maire Castres répondit : « nous sommes en république et que c’est un conseil élu par des citoyens de la ville et pas par des ci-devants ».
Les marquillers étaient les administrateurs de la paroisse ou église.
Les mages étaient des prêtres à l’étude des sciences.
Bézard Jossin dans une grande finesse les mit en prison pour une durée de 48 heures avec comme motif outrage à la nation.
Cette année là, ils étaient 86 garçons à passer le conseil de réquisition (plus tard de révision).
18 arrivèrent de Montjardin, 17 de Saint Benoît, 14 de Sonnac, 37 de Chalabre.
Le 15 germinal de l’an 4 de la république une et indivisible, liberté égalité (4 avril 1796), une liste de 90 déserteurs arriva à Chalabre, car ils étaient tous natifs de la ville. La liste est trop longue pour la transcrire ici. Il fallait comprendre que des suites d’une incartade, les soldats sont éparpillés. Parfois, manquant l’appel du soir, ils étaient classés comme déserteurs ou morts.
Ils faisaient leurs apparitions le lendemain, mais la famille recevait l’avis de recherche.
Le 8 vendémiaire de l’an 5 (30 septembre 1796), le directoire national arrêta que : tous les trois mois soit organisée une chasse en battue générale ou particulière contre les nuisibles, le loup, le renard, le blaireau et autres.
Signé le ministre des finances Ramel.
Il ne regardait sûrement pas la télé, notre tête pensante, car tout autour sur toutes les frontières c’était la chasse au gros nuisible.
Le 24 brumaire de l’an 5 (15 novembre 1796), le maire et tout le conseil donnèrent leur démission au directoire de Limoux, qui leur demandait de continuer de gérer la ville et d’aller à la guerre. L’ancien mousquetaire proposa au directoire de faire comme lui, aller défendre la patrie en danger.
Ce fut François Lasale, (1796-1799) qui remplaça Castres comme maire.
Un autre ministre de l’intérieur, jaloux du succès de son collège, demanda de chasser le hanneton. Il expliqua comment s’y prendre : « en secouant les branches, les faire ramasser par des enfants avec un balai, des râteaux, une pelle, les jeter ensuite dans le feu ou les écraser ».
Il avait oublié un détail ce cher ministre du temps libre de l’intérieur Benezech, le hanneton est un coléoptère. Grâce à 2 de ses 4 ailes, il vole.
Ce fut en 1797 que naquit en Angleterre Nathalie de Bruyères dernière du nom, malgré qu’à Paris chez la tata, son demi frère, Jean Marthe, faisait les 400 coups.
Les années passent et les difficultés pour les habitants du pays furent grandes.
Le 26 vendémiaire de l’an 8 (18 octobre 1799) de la république une et indivisible, est produite une liste de 14 déserteurs menacés dans un premier temps de 5 ans de prison et en second de passer devant le conseil de guerre. Ils se nomme : Abat Philippe, Cambon Antoine, Castres Pierre « le bisquit », Delmas Hilaire, Girard Michel, Guizard Michel, Labadie Benoît, Noy Dominique, Palot Jean baptiste, Pat Florian, Rolland Jean, Roudière Jean Pierre, Roulet Raymond et Rousset Etienne. Ils étaient recherchés depuis la veille pour fait de désertion, plus de la moitié étaient de l’ancien conseil municipal.
Le maire Lasale François fut déconcerté devant ce rôle ingrat d’annoncer à des familles de tels faits. En effet, il y avait une liste de 206 déserteurs, puis de 76, ponctuée régulièrement d’avis de recherche contre ces « lâches », qui à contrario faisaient preuve de courage, volonté et détermination à repousser l’ennemi chez lui.
Le premier magistrat donna sa démission le 18 octobre 1799, ou le 26 vendémiaire de l’an 8.
L’avocat Jean Baptiste Clavel, fil du notaire et ex. maire, prit la destinée de la ville de Chalabre. Il fut accompagné de : François Jean Bruyères (le marquis), Jean Poulhairies, Lazare Anduze père, Louis Joseph Lasale, Jean Pierre Bézard Falgas, Louis François Cazalens, Guillaume Castre Saint Martin, Jean Paul Aragnon.
Le 19 brumaire an VIII (10 novembre 1799), ce fut la fin du directoire par un coup d’état de Sieyès, du 2ème consul Ducos, du 3ème consul et Bonaparte 1er consul.
Sieyès était né à Fréjus (1748-1836). Il était abbé et l’un des instigateurs de la déclaration des droits de l’homme, membre de la convention. Il vota la mort de Louis XVI. Il devint directeur à la restauration de 1814. Il s’exila en Belgique.
Le 4 brumaire de l’an 9 de la république, (26 octobre 1800), il fut ordonné aux maires de faire ou de vérifier eux-mêmes les cheminées et les fours, de les faire fonctionner et de détruire ou faire démolir ce qu’ils jugeaient en mauvais état.
Bien des quartiers et maisons furent détruits par le feu et négligence.
Le 17 frimaire de l’an 9 (8 décembre 1800), le conseil à la demande de Clavel décida de vendre 3 cloches de l’église Notre Dame.
Le 5 prairial de l’an 9 (25 mai 1801), une lettre de Labeur curé fut signée par le maire.
« Sous le consulat du Philosophe, du Législateur, du Héros Bonaparte, seul Restaurateur de la République française triomphante de ses ennemis intérieurs et extérieurs, à la présence de cet ange Futelaire de la France, qu’il a su consoler et garantit tout à la fois des secousses et des maux divers des vicissitudes désastreuses de la Révolution, par un Gouvernement presque aussi sage et aussi doux que celui de la Providence, en ce mot, sous le Consulat de Bonaparte, de l’ami des hommes, de l’ami de dieu, de l’ami de l’autorité spirituelle du Pape Pie VII, je soussigné, âgé de soixante quatre ans, promets fidélité à la constitution de l’an huit fait, au secrétariat de la Mairie de la ville de Chalabre, en présence du Citoyen Clavel Maire du dit Chalabre, le 5 prairial an 9 de la République française ».
Signé Labeur et Clavel.
Les trois rivières de Chalabre débordent le 27 brumaire de l’an 10 (18 novembre 1801). Ce fut l’une des plus grandes inondations que la ville est connue. Le Chalabreil arrivait au cours d’Aguesseau. Le Blau quant à lui passait sur le cours Colbert. À la mécanique, il y avait 3 mètre d’eau, juste le temps de vider les caves, de nettoyer les rues, et de passer un coup de bonalo, l’été arriva. Le 5 messidor de l’an 10 (24 juin 1802) Chalabre fut à nouveau inondée, surtout le quartier du moulin, et du pont de l’Hers.
En 1802, ce fut le retour des émigrés de Jean Louis Félicité Bruyères Chalabre. Il était parti veuf en Angleterre au moment de la révolution. Il y trouva la veuve Fleurian, Catherine de Laval, qu’il consola à qui il fit une fille, Nathalie dernière du nom. De l’île anglaise, il ramena 5 cèdres, 3 qu’il planta dans le parc qui porte le même nom, (centre socio culturel), ancienne gendarmerie, et 2 autour de la tombe familiale au cimetière, que chacun peut encore admirer de nos jours.
Jean Louis et dame Laval établirent leur domicile à la Pomarède héritage de son grand père Jean Aymeric. Ce domaine avait été vendu pendant la révolution, racheté par Reverdy régisseur, et rendu à de Bruyères. Ce dernier fut affermé pour une somme dérisoire. Cette propriété passera en dote du mariage de Marie Félicité de Mauléon (fille de Nathalie de Bruyères) avec le comte d’Auberjon.
La Marquise, dame Laval, veuve Fleurian, partit en exil avec ses deux enfants du premier mariage, une fille qui deviendra la marquise de Rességuier, et un fils recommandé au nouvel empereur de Russie Alexandre 1er. Il se maria à Saint-Pétersbourg, où il réussi très bien à la cour. Une de ses filles devint la princesse Troubetskoï. Dame Laval de religion protestante se verra interdire le cimetière et sera inhumée dans le parc du château. Le tombeau, laissé complètement à l’abandon, a pratiquement disparu de nos jours.
Au château, pour ne plus avoir d’histoire avec le personnel, la famille de Bruyères fit construire une maison pour y loger les domestiques. Il y avait un passage pour accéder à la forteresse. De nos jours, elle tombe en décrépitude. Elle fait l’angle avec l’allée du château.
Toujours en 1802, Bonaparte se proclama consul à vie.
Le 20 prairial de l’an 11 (19 juin 1803), on vota pour renouveler la moitié des membres. Furent présents Jean Baptiste Clavel le maire, François Jean Bruyères, Jean Poulharies, Guillaume Castre.
Saint Martin, Lazare Anduze père, Nicolas Bézard, Jean Paul Aragnon, Jean Pierre Bézard Falgas, les autres invités furent absents.
Les sortants étaient par tirage au sort, Pierre Rieutort notaire, Nicolas Bézard juge de paix, Guillaume Castre Saint Martin, Lazare Anduze père et François Louis Cazalens.
Furent élus Pierre Anduze, Bataillé François, Cavaillé Vincent, Rivals Jean et François Louis Cazalens, tous des fabricants de draps, puis Cambon Etienne teinturier, Nicolas Gaudy négociant, Pas Gabriel fabricant de savon. Clavel resta maire.
Le 8 brumaire de l’an 12 de la république une et indivisible, liberté égalité, (1 novembre 1803,) le maire prit un arrêt contre les cris injurieux en l’encontre des prêtres.
100 livres d’amende et 1 an de prison.
200 livres d’amende et 2 ans de prison en cas de récidive.
A Chalabre, la population ne comprenait plus très bien, car lors du 6 fructidor de l’an 5 le directoire avait fait une mise engarde contre les prêtres et les émigrés qui s’élevaient contre la République. Il fallait les dénoncer et les faire arrêter. Cette affiche était toujours en vigueur, visible à l’hôtel de la ville.
Les chalabrois ignoraient que Napoléon Bonaparte avait signé un accord avec le pape Pie VII, qui sacra l’Empereur, et ce dernier le fit enfermer en 1809 avec le sieur de Roux.
Le 22 prairial de l’an 12 (11 juin 1804), le préfet, le baron Trouvé, mit en garde plusieurs fois la mairie, le maire, les employés et la police municipale.
Il avait reçu des plaintes du curé. Ce dernier, dans l’exercice de ses fonctions, qui venait de déposer dans la tombe un de ses fidèles, avait été assailli par la populasse qui l’injuria et l’accabla de menace.
Le pauvre ritou (celui qui préside le cérémonial religieux, le rite), méprisé par le peuple qu’il aime tant et plus, mais cela ne l’empêche pas de le traiter de populasse (bas peuple).
Le 13 prairial de l’an 13 (2 juin 1805), ce fut le branle-bas à Chalabre.
A l’aube, une fanfare et des artistes défilent dans les rues.
9 heures du matin, prise d’arme par la garde nationale.
10 heures du matin, les autorités locales partirent en cortège pour se rendre à la grande messe, avec aussi à leur tête le général de brigade des armés de sa majesté Déjean, qui était en convalescence, des suites à une blessure survenue au camp de Saint Omer.
Au retour, il fut effectué un tour de ville jusqu'à la mairie, où une salve de mousqueton fut tirée aux cris de « vive l’Empereur ».
3 heures de l’après midi, le même cortège se rendit à nouveau à l’église pour les vêpres.
10 heures du soir, un feu de joie clôtura les festivités.
Sa majesté l’Empereur venait d’accéder au trône d’Italie.
Le 19 thermidor de l’an 13 (7 août 1805), Antoine Subreville dénonça et fit un procès à de bruyères, pour avoir agrandi certaines parcelles de la place publique que le roi de la ville avait fait siennes et les avaient ravagées.
De Bruyères répondit : « il a échappé aux ravages de la révolution et que c’est en 1775-1776 que son aïeul fit construire la halle et le couvert, que la réclamation est tardive et que les autorités ont gardés le silence et ceux depuis 1789, accordant protection dans la teneur des temps les plus orageux de la révolution au dit sieur de Bruyères »
François Jean de Bruyères Chalabre était âgé de 80 ans en 1805. Quand il parle de cette date, ce n’est pas d’un aïeul, mais de son père. Il était lui présent et membre du conseil, alors que son fils vivait à la Pomarède. La halle avec les mesures fut couverte en 1775. Le citoyen de Bruyères arnaque facilement et verbalement dans ses doléances, parlant des anciens, alors qu’il s’agit de lui bien souvent. La parcelle que Subreville contestait était située dans le parc. Bien placée, elle était en bout de la terrasse, et descendait jusqu’en bas, incluant le tombeau de Dame Laval. Le marquis noyait le poisson !
Responsable mais pas coupable.
Le 29 frimaire de l’an XIV (20 décembre 1805), le maire Clavel arrêta qu’il était interdit de lancer des boules de neige.
Le chalabrois avait une passion, la boule de neige. Elle amusait les petits comme les grands. Seulement ces derniers, pour avoir une bonne visée, l’alourdissaient d’un caillou. Des gouttes de sang parlaient sur des visages. Cela n’était plus un jeu.
Napoléon, avait ratifié le projet de reprise du calendrier grégorien le 22 fructidor de l’an 13, soit le 9 septembre 1805, pour être rétabli définitivement le 1er janvier 1806.
Dommage, le secrétaire de la mairie maîtrisait bien le sujet maintenant. Ce ne fut pas le cas pendant des années. Les mois révolutionnaires était néanmoins de plus poétiques.
Le 28 janvier 1806, le préfet, en la personne du baron Trouvé, s’interrogeait. Comment Clavel le maire, victime d’une crise de goutte et étant alité, pouvait signer et prétendre assister aux délibérations et arrêt du conseil municipal.
Le 10 mai 1806, le sieur François Boyer légua à la commune de Chalabre une maison avec un jardin pour héberger le curé, avec l’espoir d’y faire un presbytère. Le maire Clavel y logea provisoirement les gendarmes, (6 ans), qui y firent une caserne. En 1833 ce bâtiment devint l’agrandissement de l’école publique de garçon qui était dans la maison voisine, et deviendra en 1883 celle des Frères de la Doctrine Chrétienne.
Le 15 août 1806, jaillit l’histoire des prunes d’Axat. Marc Sauter propriétaire de Feste Saint André fut pris avec son mulet dans la maison de Marianne Julien, pour avoir porté lesdites prunes par une porte dérobée, sans passer par l’octroi.
Marianne et Sauter écopèrent d’une amende. Le mulet, qui avait été réquisitionné, lui fut rendu pour le retour. Les prunes furent confisquées et données à l’hôpital, qui était devenu municipal depuis le 28 janvier 1794, racheté aux ci-devant prêtres.
Le 18 août 1806, Jeanne Baron épouse Lasale se plaignait que la cheminée du cordonnier Vincent Lajoux présentait un grand danger d’incendie, et surtout elle fumait. Il fut nommé des experts, qui confirmèrent le 29 août. La cheminée fut démolie.
Une question : que faisait allumée au mois d’août la cheminée ?
Le 16 novembre 1806, l’arrêt du maire annonça : « il est interdit de battre le chanvre, blé, orge, etc. dans les rues et places publiques, de jour comme de nuit ».
Rieutort avait déjà interdit le battage, mais le jour. Les habitants en bons citoyens battaient la nuit. Entre la poussière et le bruit, je ne vous explique pas.
Le 20 septembre 1808, Jean Louis Félicité déclara vouloir s’établir à Chalabre. Depuis son retour, il s’était établi à la Pomarède.
Depuis 1806 jusqu'à 1809, les élus furent : Clavel le maire, Gabriel Capelle adjoint, Jean Poulhairies, Pierre Anduze, François Bataillé, Bézard Falgas Jean Pierre, Nicolas Gaudy, Gabriel Pas, Louis Joseph Lasale, Etienne Cambon, Paul Aragnon et François Jean Bruyères.
Le 22 avril 1809, âgé de 85 ans, François Jean Bruyères donna sa démission du conseil municipal.
Le préfet, le Baron Claude Joseph Trouvé, nomma Jean Louis Félicité Bruyères, (47 ans) en remplacement de son père.
Le 23 avril 1810, Rouby Guillaume faisait une allergie au fusil « Charleville », fusil fabriqué dans ladite ville, en réalité à Mézières ». Ce garçon, né à Chalabre en 1788, fut incorporé au 5ème de ligne. Blessé, il fut admis à l’hôpital. Porté déserteur le 8 novembre 1810, il sortit de l’infirmerie pour être jugé le 1er mai 1812. Condamné dans un premier temps, puis absout le 8 juillet 1813, après un an passé dans les geôles, il reparti en ligne et fut prisonnier de guerre le 21 mars 1814. Il retrouva à Vincennes de Roux et le pape. Le marquis de Sainte Colombe fut libéré 2 mois après. Devenu directeur, il libéra le chalabrois, qui rentra au pays en 1815. Il fut reporté déserteur, et retrouva la prison dans la région, mais aussi de Roux Vincennes.
Rouby fut guillotiné à Toulouse en 1816.
Une année passa. Le 29 avril 1810, monsieur le maire Clavel demanda aux autorités, aux notables et à la population de se rendre en l’église Saint Pierre, où une messe devait être célébrée pour le mariage entre un militaire et une fille « pauvre et vertueuse » (texte authentique). En grande pompe, le maire fit un discours pour saluer l’heureux évènement.
Mais qui donc se mariait dans le Kercorb ?
Quel était cet enfant du pays ? pour inviter toute la population à partager ses épousailles.
Ce fut l’arnaque du moment, car le militaire n’était autre que Napoléon divorcé, qui excommunia le pape et le fait enfermer à Vincennes. Quant à la pauvre vertueuse, c’était l’archiduchesse Marie Louise d’Autriche.
Cette année de 1810, le conseil était composé de : Clavel maire, Poulhairies adjoint, Vincent Cavaillé, Jean Paul Aragnon, Pierre Anduze, François Lasale, Jean Pierre Bézard Falgas, Anduze Pierre aîné, Jean Louis Félicité Bruyères Chalabre, Jean Jacques Vène, Etienne Cambon, Nicolas Gaudy, François Bataillé.
Le conseil municipal proposa à la famille Bruyères de lui racheter la halle pour la somme de 6 000 francs.
Les Bruyères refusèrent l’offre.
Le 1 janvier 1813, le préfet de l’Aude, en la personne du baron Trouvé, nomma comme maire Jean Louis Félicité Bruyères Chalabre, et comme adjoint le notaire, le maire sortant, Jean Baptiste Louis Xavier Clavel.
Le 25 janvier 1813, nos deux élus étaient à Carcassonne chez le préfet pour jurer obéissance aux constitutions de l’empire et fidélité à l’Empereur.
Monsieur de Bruyères Chalabre fit un discourt. Vous notez au passage qu’on retrouve un titre de noblesse avec le de.
Napoléon abdiqua le 6 avril 1814, et partit en voyage sur l’île d’Elbe.
Ce même mois, à Chalabre, les occupations sont autres, tel un cirque, le Duc de Dalmatie avec la troupe stationne dans la ville. Ils consommeront 8 400 kg de légumes, 1 450 kg de blé et 5 850 kg d’orge. Heureusement que les prochaines récoltes arrivent, ils nous avaient vidé les réserves.
La Dalmatie est une bande de terre de la Croatie, Bosnie Monténégro et Albanie.
En France, le roi Louis XVIII prit le pouvoir. Il amnistia les déserteurs, ce que Rouby Guillaume profita avec deux autres chalabrois, More Nicolas et Henri Bonnery.
Le 1 septembre 1814, le conseil municipal fut convoqué par monsieur le maire, rien de bien spécial, si ce n’est que le titre du premier magistrat qui changea : monsieur le comte Jean Louis Félicité de Bruyères Chalabre, membre de la légion d’honneur, chevalier de l’ordre royal, chevalier de l’ordre de Saint Louis.
La légion d’honneur fut instituée par Bonaparte en 1802, afin de récompenser les braves, militaires et civils.
Jean Louis Félicité n’a jamais fait la guerre puisque jusqu’en 1802 il était en Angleterre, et ensuite à la Pomarède d’où il revint en 1809.
Notre nouveau maire était souvent parti à Paris, « cirer les pompes au roi ».
Le 15janvier 1815, en l’absence du maire en voyage à Paris, l’adjoint Nicolas Clavel, (ex maire, mais du moment où il fut nommé adjoint, les comptes-rendus et arrêts furent signés Nicolas Jean Baptiste et souvent Nicolas, alors que pendant 13 ans c’était Jean Baptiste), fit jurer fidélité au roi à Bézard Falgas Jean Pierre, Gaudy Nicolas, Lasale François, Manent Joseph, Audouy François, Cavaillé Vincent, Vène Jean Jacques aîné, Anduze Pierre, Aragnon Jean Paul absent et Anduze Jean François qui lui refusa de prêter le serment.
Le 30 janvier 1815, en l’absence du maire, furent nommés jusqu’en 1833 membres permanents du conseil municipal : Castres Saint Marin Guillaume propriétaire, Lassalle Marc Antoine dit « le Turc » propriétaire, Lassale Joseph jeune négociant, Clavel Jean Baptiste avocat, Vène Jean aîné. En remplacement de la place vacante de maire, à l’insu de de Bruyères, Bézard Falgas prit le titre. Aragnon Jean Paul changea de domicile, s’installa à Villelongue, et fut remplacé par Lasale François ex maire. Jean Chaubet remplaça Anduze qui n’avait pas voulu jurer fidélité au roi.
Le 3 juin 1815, Clavel adjoint provisoire convoqua le conseil. Il y eut deux absents, quoique convoqués Castres Saint Martin et Manent. Les autres membres étaient présents. À l’ordre du jour, les prochaines élections et son organisation.
Personne ne parla d’un petit détail. Depuis mars, c’était le retour de Napoléon.
Le préfet fit ce jour du 3 juin une nouvelle nomination. Il mit à la tête de la ville Anduze Jean François, ancien maire qui ne voulut pas jurer fidélité au roi, Toursier Jacinthe et Clerc Jean comme adjoint. Tout ce monde était le 7 juin à Carcassonne à la préfecture, où ils jurèrent fidélité à l’Empereur et l’empire.
Ils partirent de la capitale audoise avec dans la poche le titre et la nomination.
Le 9 juin 1815, Clavel Nicolas Xavier, adjoint provisoire, convoque le conseil municipal au complet. Étaient présents à l’hôtel de ville Guillaume Castre Saint Martin et Joseph Manent. Les autre membres étaient absents, quoique convoqués.
Clavel dit : « je vous annonce que par un arrêt de 3 de ce mois, monsieur le préfet à ordonné que monsieur Anduze Jean François, Toursier Jacinthe et Clerc Jean de notre commune, le premier et nommé maire, le second 1er adjoint et le 3ème second adjoint, fussent de suite installés dans leurs fonctions en présence du conseil municipal ».
Ils prêtèrent le serment dont la teneur dit : Je jure obéissance aux constitutions de l’Empire et fidélité à l’Empereur.
Semble t-il que le quorum n’était pas atteint. Clavel malgré les apparences avait « les boules ». Bézard lui était déjà en querelle avec le clan Anduze. Cela renforça sa haine.
Mais ce fut les 100 jours et Waterloo. Le 18 juin, Louis XVIII fit son retour.
Anduze et son équipe ont tout juste eu le temps de passer un coup de Balai, voir faire les vitres.
Jean Louis Félicité de Bruyères Chalabre fut notre nouveau maire sur ordre du préfet.
La lignée des Bruyères :

Cliquez ici pour télécharger la généalogie des De Bruyères en pdf

Généalogie des De bruyères

Fin de page // Cliquez ici pour revenir vers la haut de la page