Entête Si Chalabre m'était conté

Les « culs rouges » sont au pouvoir

1920 à 1949

Il fut décidé, au conseil du 1 juillet 1920, de vendre ce que l’on appelait l’ancien presbytère. Cette propriété fut donnée le 6 avril 1806 par Jean François Boyer, pour y faire la maison du curé. Clavel, maire de cette période, en avait fait une gendarmerie. Puis, la ville autorisa les prêtres de l’école libre jouxtant la bâtisse d’y séjourner.
Cette maison, cadastrée dans la section A 460 et 461, fut mise à prix 12 000 francs. Elle fut vendue pour 12 200 francs à la famille Garros Joseph (conseiller municipal). En 2ème vente, ce fut un jardin section A 447 pour 1 200 francs. Le tout est fait pour renflouer l’hospice.
Dans la même séance, on a supprimé l’octroi, trop onéreux pour les familles nombreuses, et qui ne rapportait plus grand-chose à la ville. C’était surtout le préposé qui oubliait régulièrement de restituer la somme. La mairie s’en plaignait, et lui fit aussi un procès. Le peuple naïf, pensant que c’était grâce à lui que ce service fut aboli (ce qui est vrai puisqu’il en était l’acteur), le mit comme conseiller.

La Halle

La halle avait été démolie en 1913. Depuis, rien ! Elle était toujours absente à cause de la guerre, qui n’avait pas permis de faire une adjudication, ce qui n’empêchait pas de rembourser l’emprunt contracté auprès du conseil général.
Le conseil décida le 9 octobre 1920 sa restauration, et demanda à l’architecte Belin de présenter un plan et le devis, qui furent approuvés pour la somme de 50 932 francs et 78 centimes. (Nous somme loin des 16 000 francs de l’avant guerre).
Pour faire rentrer de l’argent dans les caisses, pour augmenter les recettes municipales, il fut décidé le 20 novembre une taxe sur les chiens.
20 francs pour 1 chien d’agrément.
10 francs pour 1 chien de chasse.
5 francs pour 1 chien de garde.
De nos jours, la chasse est considérée comme un sport. Mais, cela reste un agrément.
Le 18 septembre 1920, à Chalabre, une société ou association voit le jour sous le nom de « l’avenir ». L’objet de cette association est de créer à Chalabre un centre de distractions saines, utiles et agréables, et de constituer, pour atteindre ce but, des groupes de football, de gymnastique, de tir, de lecture, de musique et de chant.
Le siège de l’association est à Chalabre dans une salle de la mairie.
Le bureau est ainsi constitué :

Le Président :
Espardellier Amédée rentier
Le Vice-président :
Boyer Antoine rentier
Le Trésorier :
Cazeneuve Jean minotier.
Le Secrétaire :
Delmas Pierre instituteur
Le Secrétaire adjoint :
Pons Antoine instituteur adjoint.

La parution dans le journal officiel sera effectuée le 4 décembre 1920. Le préfet a entériné l’association le 20 octobre 1920 ».
Archives départementales, 4 MD 408/293
Cette association sportive ou culturelle de Chalabre est la seconde dans l’ordre des plus anciennes, dont les dossiers soient conservés aux archives départementales. Nous trouvons ici le foot-rugby, car jusqu’alors Chalabre ne voulait pas de ce sport trop viril.

Fidèle à ses convictions

Ce que mise à part le maire Tournié avait fait en 1894, le maire Amiel va donner un nouveau nom à des rues.
Tournier avait nommée, en 1894, la route de Quillan rue Jean Jacques Rousseau. De nos jours, elle porte le nom de rue du Capitaine Danjou.
Dans la réunion du conseil municipal, qui eut lieu le 10 mars 1921, il est arrêté que :
La rue du barri saint reprend le nom de rue des couteliers, et le cul de sac celui de rue de la mouche.
La rue des tisserands reprit, elle aussi, son nom.
La place du marché devient la place de la République.
La rue Sainte Anne et son prolongement la rue Saint François prirent le nom de Jean Jaurès.
La rue Saint Ursule et son prolongement la rue Saint Antoine s’approprièrent le nom de Camille Pelletan.
Le nom de Francisco Ferrer est affecté à la rue Notre-Dame.
Le nom d’Emile Zola s’établit à la place de la rue du Presbytère.
La place de la République a toujours conservée le nom de place du marché, sauf de nos jours. Elle fut nommée en hommage à un résistant, habitant autour de la halle, tué pendant la seconde guerre mondiale, Espérance Folchet. La rue du presbytère ne s’est jamais appelée comme cela. En effet, elle se nommait rue de la grande poste. Que dire des deux rues qui mènent à l’abattoir, alors que ledit abattoir est fermé depuis 1967. Le cinéma ferma lui aussi, mais en 1970. L’année d’après, la place de l’abattoir devint la place Charles Amouroux.
Cela ne veut pas dire que, pour aller à la place, il faille passer par l’abattoir, quoique !
La commune donna le 16 mai 1921, pour la modique somme de 75 francs par semestre, l’autorisation à Garros Joseph, conseiller municipal, le droit de faire pacager ses bêtes au communal, Barry neuf et l’abattoir. Le communal voyait plusieurs fois par semaine la foire et le marché. Les animaux n’étaient pas toujours les bienvenues. Quant aux parcs devant l’abattoir, c’était déjà faire preuve de cynisme pour ces bêtes, dont le dernier chemin était celui-là.
La fée électricité n’a jamais bien fonctionné. La concession et la fourniture du courant avait été donné en fermage à Rivemale, qui n’était pas meilleur non plus. Mais, cette concession arrivait à expiration. Il fut adopté de ne pas lui renouveler le contrat, et de prendre contact avec la compagnie Pyrénéenne de l’énergie électrique, située au 9 rue Lafforgue à Toulouse. Le 14 novembre, un accord fut signé entre les deux partis. Le service était pire que l’ancien. Il leur faudra 3 bonnes années pour commencer à faire des progrès et amélioration.
Voilà 12 ans que la ville espérait ce service, service interrompu, sûrement dû à la guerre. Mais, le 16 janvier 1922, et ce malgré la neige, la ligne de bus Espéraza–Bélesta passe dans la ville.
L’adjoint Salvat Henri proposa, le 29 septembre 1922, de dresser des bains douches, d’une autre nature que ceux fermés le 23 plus tôt.
L’architecte Vassas fut chargé du dossier, et ainsi de fournir un plan et un devis.
La mairie achèterait l’immeuble de la veuve Picateau et celui de Clottes, situés dans la rue des boulangers. Le coût total de l’opération est de 98.360 francs. Les recettes de la ville, en cette année de 1922, étaient de 90.819 francs.
C’est le 24 novembre 1922 que le conseil demanda à Jean Magrou, sculpteur à Paris, de fournir le monument pour 26.000 francs.
Il faut prévoir en plus : l’emballage, le transport, la gravure, le terrassement et la pose, soit un coût total de 44.360 francs.
Le 19 janvier 1923, le conseil proposa que la subvention des 1.000 francs, qui avaient été prévus pour l’association « l’avenir », comme elle n’a pas faite preuve de vitalité, soit allouée à « l’union sportive chalabroise ».
Le football-rugby n’existait plus. Les deux jeux se sont séparés, et chacun créa sa fédération.
Les élections du 29 juin 1924 ont donné les résultats suivants : Arnou Eugène, Rivière Joseph, Vié Frederic, Bauzou Paul, Salvat Henri, Garros Prosper, Bonnet Isidore, François Elie, Rigaud Pierre, Fitaire Emile, Jean François, Courdil Lucien, Mourareau Jean, Vidal Emile, Long Charles, Audouy Pierre.

Salvat

Salvat fut nommé maire, et Jean l’adjoint. Dix jours sont passés. Et, dans l’euphorie de la victoire de l’élection, auréolé de son nouveau titre, l’adjoint proposa le 9 juillet 1924 la gratuité des mariages tous les jours, sauf le dimanche de 8 heures du matin à 21 heures 30.
En dehors de ces heures et de ces jours, le service était payant.
Une cérémonie peut durer une demi-heure. Cela aurait fait la possibilité de réaliser 8500 unions par an. Las Vegas n’avait qu’à bien se tenir.
Il arrive le 10 novembre une demande de subvention, émanant du comité Jean Jaurès. Le but se trouve être de commémorer la translation des cendres du grand tribun socialiste au Panthéon, le 23 novembre prochain.
La commune versa 50 francs.
Il y eut le 3 mai 1925 de nouvelles élections, qui donnèrent un résultat quasi identique : Rolland Joseph, Salvat Henri (maire sortant), Garros Prosper, Bauzou Paul, Rigaud Pierre, François Elie, Huillet Jean, Rivière Etienne, Bonnet Isidore, Vidal Jean Baptiste, Arnou Eugène, Courdil Lucien, Fitaire Emile, Vié Frédéric, Jean François, Vidal Emile.
Rolland fut le maire et Salvat l’adjoint.
Le 15 mai 1925, le projet des bains douches était terminé. Le montant du devis s’élevait à 98.360 francs. Le conseil donna un avis favorable pour commencer les travaux.
La veille de la fête du 14 juillet, le conseil décida de construire un lavoir sur la place de l’abattoir. Il est prévu pour 6 laveuses seulement en hiver, et le coût des travaux était de 11.464 francs.
Le conseil donna son avis favorable, le 10 avril 1926, pour autoriser l’installation d’une pompe à essence. Mais, elle ne devait pas débordée sur la route.
A la même séance, le maire lut la proposition, faite par le directeur de cabinet du préfet Jean Dupré. Il proposa l’achat d’un appareil cinématographique, d’une valeur de 3.450 francs, qu’il nous cédait à 1.000 francs. Le conseil donna son accord.
Le projecteur du type Aubert C, arrivera à Chalabre. Il était électrique, et muet, faisait 35 millimètres. L’éclairage était à lampe, et le rembobinage se faisait à la main. Ce fut l’association « l’avenir », avec le président Espardellier et les deux instituteurs Delmas et Pons, qui firent les projections dans une salle, où il y a le parking Mitterrand.

projecteur
projecteur en l'état actuel

Le même appareil, mais de nos jours.


Le 29 juillet 1926, l’inspection médicale scolaire est prise en charge par la ville.
Dans la chaleur de l’été 27, un problème survient. L’horloge, qui régule la vie sociale et annonce l’heure, et sonne aussi la demi, était en panne.
Le conseil décida, le 17 novembre 1927, de remettre en état l’horloge de Sainte Anne, qui, depuis notre dame de la consolation, ne donnait plus signe de vie.
Les élus demandèrent à Victor Nègre de Montolieu, le spécialiste d’horloges publiques, d’assurer la remise en état.
Notre horloge est une Cretin-Lange. Ce monsieur était fabriquant à Morbier dans le Jura à quelques kilomètres de la Suisse. Elle est en forme de siège, pour entraîner les câbles servants aux poids. Elle est remontée tous les 30 jours du type horizontal.
Le montant du devis était de 8.240 francs, avec le transport, le démontage et la pose. La facture s’est élevée à 9.240 francs.

mécanisme de l'horloge

Une nouvelle élection, le 5 mai 1928, donna le résultat suivant : Garros Prosper, Jean François, Vidal Jean Baptiste, Amat Camille, Fitaire Emile, Huillet François, Courdil Lucien, Galaup Albert, Bonnet Isidore, Huillet Jean, Vié Frédéric, Calvet Antoine, Bauzou Paul, Pousse Urbain Arnou Eugène, Salvat Henri.
Est nommé maire Jean François, et l’adjoint est Garros Prosper.
La réunion du conseil municipal du 4 juin 1928 avait pour but de mettre en place la réglementation des bains douches, le tarif, et de présenter le nouveau gérant, monsieur Rigaud Paul. L’établissement devait ouvrir dans les 8 jours.
Pendant l’année de 1928, Léon Druhot, journaliste, retrouva Georges Méliès vendant de la confiserie et des jouets à la gare Montparnasse. Cela fit la une de tous les journaux. Le département de l’Aude, d’où était originaire la famille, fit parler de lui. Le préfet Eugène Olivier Bougouin (1926-1936) en fut tout ému. Il effaça la dette du projecteur. Le maire Jean dut le remercier, malgré qu’entre la commune de Chalabre et le représentant de la République, ce n’était pas l’amour fou. Les conflits étaient récurrents, jusqu’à la démission.
Le nouvel adjoint Garros demanda, le 28 octobre 1929, à la compagnie des chemins de fer du midi, le rétablissement du passage à niveau N° 12. (Saint Martin).
Le préfet avait autorisé les processions. Mais, il faisait le reproche inverse au maire de Chalabre. Explication : le préfet autorise, et donc le maire aussi.
Le préfet réprimande et menace le maire d’avoir autorisé les processions.
Le maire Jean interdit les processions, le préfet le menace et le réprimande.
Le maire donne sa démission avec d’autres élus en octobre 1931.
À l’élection, à Chalabre, le 14 novembre 1931, furent élus : Jean François (maire sortant),Garros Prosper, Vidal Jean Baptiste, Amat Camille, Fitaire Emile, Huillet François, Courdil Lucien, Galaup Albert, Bonnet Isidore, Huillet Jean, Salvat Henri, Vié Frédéric, Calvet Antoine, Bauzou Paul, Pousse Urbain, Arnou Eugène.
Fitaire fut le maire. Il restera jusqu’à son décès en 1941. L’adjoint était Vidal Jean Baptiste.
Monsieur Noy revendit, cette année-là, son usine de chaussures à Antoine Canat.
La commune de Rivel proposa à Chalabre d’exploiter une source. Le conseil chalabrois, réuni le 30 septembre 1932, demanda à 1 géologue et à 1 chimiste de faire une analyse, et une enquête sur l’eau de la fontaine du Font Burgens à la Calmette de Rivel.
Le 1er octobre 1933, un an plus tard, les personnes de l’art avaient donné leurs avis entre-temps. Et, ce jour-là, un syndicat des communes de Chalabre et Rivel vit le jour pour exploiter l’adduction d’eau potable.
Le coup est vache ! 3 bovillons de Garros Prosper (conseiller municipal) de Saint-Martin ont été tués au passage à niveau N° 12 par le train, qui venait de Bram et se dirigeait vers Lavelanet.
La compagnie des chemins de fer du midi met en cause et porte plainte contre Grauby Alexandre le domestique, qui est assigné à comparaître en justice.
La compagnie demande la réparation de la locomotive, et des dommages et intérêts.
Le conseil et Garros vinrent heureusement au secours de Grauby, grâce à la mise en garde officielle pour ce passage défectueux. La justice donnera les torts à la compagnie des chemins de fer du midi, indemnisant la perte des bovillons à Garros.
Nous atteignons une période trouble. Les archives n’existent plus, réquisitionnées. Il faut savoir que les conseils avaient été dissous à Chalabre, comme dans certaines villes. L’ancien conseil continuait à fonctionner.
Parlons simplement du camp d’internement à Rivel à 4 kilomètres de Chalabre au lieu-dit « la scierie de la Prade », et non « le moulin de l’évêque », appellation récente. La scierie était la propriété de Guy Pierre, vivant à Toulouse. Officiellement, il prendra le nom de centre de séjour surveillé, situé à 200 mètres de la gare de Rivel-Montbel sur la ligne Bram-Lavelanet, sous la surveillance du lieutenant François Paul Bonnet. Le gouvernement français avait ordonné aux préfets du sud de prévoir une arrivée massive de réfugié. Le début des travaux commencèrent par l’entreprise Horte, (Jean Horte était maire de Rivel), en octobre 1939, et furent finis fin 1940. Le camp est clôturé de plaques de ciment, surmontées de barbelés. Une fois terminé, ce lieu accueillit des « indésirables », nom donné aux 253 syndicalistes et communistes qui furent transférés, le 28 janvier 1941, à Saint Sulpice dans le Tarn, où ils sont reçus par un capitaine directeur, qui verra passer 4600 personnes. Ils le quitteront en mars 41 pour l’Afrique du Nord. Il y eut parmi eux monsieur Roger Garaudy. Qui était ce monsieur !
Pupille de la nation, protestant, membre du parti communiste, agrégé de philosophie, nommé professeur en 1936 à Albi, 50 ans après Jean Jaurès, il a écrit près de 70 ouvrages. Il se trouva arrêté le 14 septembre 1941, enfermé à Rivel, puis Saint Sulpice, avant d’être déporté en Afrique du Nord au camp de Bossuet pour y être libéré en février 43. Puis, rédacteur en chef à Radio France à Alger, il travaillera dans l’hebdomadaire communiste Liberté. Il rentrera en France. Il sera député du Tarn de 1945 à 1951, et député de la Seine de 1956 à 1958. Il fut nommé vice-président de l’Assemblée nationale en 1956, titulaire de nombreuses décorations.
Le régime de Rivel était 150 grammes de pain par jour. Les prisonniers, qui jouissaient d’une semi-liberté, en profitaient pour mendier des légumes.
Le camp fut libre et vidé de tous occupants début 41. En 1942, c’est la chasse aux juifs. Ils vont être plus de 250 à y être internés. On y trouve :
Des allemands qui ont fui le régime, sans pour cela être juif.
Des juifs allemands persécutés.
Des étrangers de toutes nationalités, enfermés pour des raisons de sécurité.
Des juifs français arrêtés en 42.
Ils seront aussi internés dans l’usine Salvat, annexe du camp pour fournir de la main d’œuvre à l’usine Canat, qui a besoin de bras.
Une liste de 37 hommes figure sur le chantier des établissements Canat. Ils étaient commandés par 2 ingénieurs chimistes autrichiens, messieurs Paul Ehrenstein et David Rosenbaum. Dans cette liste, figure le docteur Willy Schlesinger, qui sauvera Camille Amat d’un accident cardiaque, et Otto Loewy, celui qui a caché une clé de boite à sardine, dans la descente du pont rouge.
Tous ces indésirables ou prestataires de Rivel et Salvat finiront à Auschwitz. Rares seront les rescapés, comme le docteur Willy.

Le docteur Schlesinger :

Quelques mots sur le « docteur Willy », comme on le nomme à Chalabre ! En 1938, en qualité de juif, et adhérent au parti ouvrier social-démocrate, il fut obligé de quitter sa patrie, pour ne pas être arrêté et conduit à Mauthausen. Il tenta de passer en Suisse. Il y réussit la seconde fois. Il passe la Haute Savoie, et par autobus rentre dans Lyon. Il y fait la connaissance de monsieur Paul, membre d’un comité d’assistance aux réfugiés autrichiens. Il travaille dans une usine au marché. Veilleur de nuit à la clinique Lumière, il gagne sa vie comme il peut. Puis, la guerre éclate en septembre 39. Il est enfermé dans des camps en Isère, Bretagne, et Nantes, Ce sera la défaite de Dunkerque, via Bordeaux, Toulouse, et Lagrasse. Monsieur Paul, en novembre 41, apprend que son ami Willy est à Lagrasse. Début 42, il est chargé des services du ravitaillement, grâce à un « laissez-passer » daté du 7 février 1942.
« Le travailleur étranger Schlesinger Guillaume est chargé de se rendre à……… (Blanc), pour les besoins du service du ravitaillement. Il est désigné, par le commissariat à la lutte contre le chômage Groupement3-groupe 318, pour remplir les fonctions de chef de détachement d’une équipe de 20 travailleurs étrangers au service de nos établissements ».
Signé Canat
Ils étaient un nombre, variant de 29 à 41 travailleurs étrangers à Chalabre et à Rivel. Le camp était au maximum, environ 250 personnes.
L’été 42, le gouvernement de Vichy lance la grande razzia. Le mécanisme de la déportation massive des juifs se mit en place, dans l’Aude. Les familles étaient assignées à résidence à Rennes les Bains, à Chalabre et Rivel. Malgré le secret, comme dans les autres camps, depuis le 1er août, la nouvelle circulait. Le 14 août 1942, monsieur Canat et monsieur Paul envoient un télégramme à monsieur Bouvery, chef du 318ème groupe de travailleurs étrangers de Lagrasse :
« Bouvery –groupe 318–Lagrasse
Prière venir d’urgence–remerciements–salutations.
Canat ».
Cet appel au secours ne sera malheureusement pas suivi d’effet.
C’est le 15 août que nos 37 prestataires de l’usine Salvat sont amenés à la gare de Chalabre. Enfermés dans un wagon à bétail, ils attendent le train venant de la gare de Rivel, portant avec lui les 250 juifs du camp.
Jusqu’à lors, les évasions furent rares. Mais, ce jour-là, quelques-uns profitèrent du transfert des wagons pour s’échapper. Les gardes n’avaient pas dans leur esprit qu’ils puissent s’évader, puisque très rarement cela avait été tenté, sauf 3 personnes qui avaient essayé.
On comprenait que ces gens ne parlaient pas la langue et ne savaient où aller.
Ce jour du départ, beaucoup de Chalabrois vinrent à la gare, leur portant du pain, de la viande, et des pâtisseries, les yeux rougis par les pleurs en leur souhaitant bonne chance. Les gardes et gendarmes montèrent eux aussi dans les wagons. Arrivés à Bram, ils furent triés.
Les autrichiens et allemands furent mis d’un coté, les autres romains, hongrois et autres dans un autre train, via Drancy, puis Auschwitz. La douche fut donnée pratiquement pour tous. Le docteur Schlesinger fut transféré à Hirscherg dans une usine de viscose. L’armée rouge les fera rapatrier dans le camp de Reichenbarch, puis dans la ville d’Essen, avec le célèbre Buchenwald. Le 13 avril 1945, les hommes du général Patton rentrent, et délivrent le camp.
Le docteur résidera et mourra libre dans la ville de Vienne, où il vit le jour.
Le camp de Rivel était vide, et le restera sous la surveillance du chef de gare de Rivel, monsieur Senseby. Seules les couvertures feront des voyages clandestins à Chalabre.
Le camp accueillera des prisonniers allemands, italiens, et des mongols, les renégats du Turkestan qui se sont illustrés à la destruction de Rimont.
Des habitants de Rivel et Chalabre, comme au temps de la révolution, pillèrent tout ce qui pouvait l’être. La scierie reprit son chemin.

Monsieur Paul

Il est né à Vienne en Autriche le 14 août 1895, de confession catholique. Il fut baptisé sur les bords du Danube dans l’église dédié au vocable de Saint Charles. Il fit de sérieuses études, et obtint le diplôme d’ingénieur chimiste ès sciences.
Avant la guerre, il travaillait à l’institut physique de Berlin. Il était assistant d’Albert Einstein, puis à Budapest et à Lyon dans la firme Rhodiaceta (Rhône Poulenc). À l’ouverture des hostilités, il se met au service de la France, devenant un « travailleur étranger prestataire ». Il ne fut pas incorporé, par ordre du commandant du groupement des travailleurs étrangers d’Albi. Le colonel Pebay l’envoie à Chalabre dans l’usine Canat. Le contrat, édité le 1er mars 1941, l’engage pour 2 ans en qualité de chimiste, avec un appointement mensuel de 3 000 francs, et comme fonctions :
La production de produits nécessaires pour la production courante.
La recherche de nouveaux produits et l’amélioration des produits existants.
La surveillance de la production.
Monsieur Ehrenstein jouissait d’une liberté totale, pouvant se déplacer pour les affaires de l’usine dans certaines villes, précisées par le capitaine de la gendarmerie de Limoux, dans un sauf conduit du 6 mai 1940, c’est-à-dire dans toute l’Aude, dans toute l’Ariège, dans les villes de Toulouse, de Montpellier, de Marseille, dans l’Isère et la Vienne, au péage en Roussillon, à Décines, dans le Rhône, à Lyon, à Saint Fons, à Craponne, et de Caluire-et-Cuire.
Monsieur Paul, comme il était appelé à Chalabre, va essayer d’aider ses compatriotes en exil comme lui.
Au cour de ses voyages à Lyon, il avait rencontré le docteur Schlesinger, viennois comme lui.
Fin novembre 1941, il apprend que le docteur connu se trouve à Lagrasse. Il va le faire venir à Chalabre.
Au moment de la rafle en 1942, il avait été prévenu, et avait fait passer le message. Mais, lui, il partit sur les conseils de monsieur Canat, et échappa à la mort. Il resta dans les environs début 43. Il est convié au S.T.O. Il fit le sourd. C’était pourtant une belle promotion, la construction et l’élaboration des V1 et V2. Le chef de la police française René Bousquet vint à Chalabre en personne pour convaincre ou embarquer monsieur Paul, qui se montrera, les hostilités finies. Pendant prés de 2 ans, il fit le mort, tout en travaillant chez Canat.
Au préalable, quant il partait acheter des rouleaux de cuir, vers Lyon, le chauffeur du camion était François Huillet dit « Paillou ». En plus de la matière première, il ramenait un ou plusieurs clandestins dans les rouleaux de cuirs.
Il épousera Simone Benoît, qui travaillait à l’usine. Le paradoxe, c’est qu’elle avait un frère, qui faisait parti de la milice, « un juif qui épousa la sœur d’un milicien ».
Monsieur Paul, peu apprécié des Chalabrois, qui le lui rendait bien, sera très actif au sein du club de football.
Il finit ses jours dans la ville, dont les habitants ne surent jamais son autre vie avant la guerre.
L’année 43, les jeunes, sous le contrôle, et protégés par le gendarme Sans, déposèrent une gerbe au monument aux morts le 14 juillet et le 11 novembre.
L’année 44 va être salvatrice, avec des épisodes douloureux, comme l‘affaire Cathala, jumelé avec le pillage de l’épicerie Fournié pour avoir soigné et héberger un responsable des guérilleros. Ce même 23 mai, les allemands, de retour de l’opération à Montjardin et à Chalabre arrêtent à la Digne D’Aval l’autobus, qui fait le trajet Carcassonne-Lavelanet. Ils font descendre les voyageurs. Après un contrôle, ils en arrêtent 3 hommes de nationalité espagnole, dont un sera tué sur place. Dans le bus, il y avait une dame Fernande, qui serrait ce qu’elle pouvait. Dans son sac, en direction de Chalabre, elle portait des grenades. Plus tard, madame Papaïs avec son mari tiendra le café de la paix.

ferme du Roudier en ruine

La ferme du Roudier, aujourd’hui, est restée intacte après le passage des allemands.
La mairie, quoiqu’illégitime, décide de ne plus donner des bons de ravitaillement aux familles qui ont un des leurs chez « les terroristes ». Il en découlera, le 19 juillet, une « descente des jeunes du maquis », qui se rendront à l’abattoir dans la nuit, afin de découper de la viande et la distribuer gratuitement à la population. C’est en repartant avec des boches accompagnés de la milice, que le camion se renversa juste avant le tunnel de Picaussel et fit 2 mors dont Espérance Folchet, et 8 blessés.
Le 27 juillet, les 300 boches recherchent toujours le maquis Faïta et FTP. Après une dénonce, ils sont à Courtauly, et tuent les fermiers. En revenant sur Chalabre, en haut du col de la flotte, ils tombent nez à nez avec un camion et 3 maquisards, qui, surpris, seront tués. Arrivés à Chalabre, sur les collines de la terre blanche, une silhouette se dessine. Ils mettront la mitrailleuse en fonction, et assassineront Pierre Fabre. Ils ramenèrent le corps à la famille avec des excuses, le confondant avec des « terroristes ». Il était mort à l’âge de 16 ans. Quand les troupes quittèrent Chalabre, ils partirent sur Foix avec 12 otages.
Au mois d’août, des suites de l’attaque allemande sur le maquis de Picaussel, à leur retour, la population avait su pour la destruction et la mise à feu de l’Escale. Craignant des représailles, les habitants de la ville s’étaient cachés ou avaient fuis.
Lors du mois de la libération, en premier l’Aude, avec un apport massif des maquis, ils avaient été titillés par celui de Jean Robert, et un grand chef « papa » (1 mètres 50), qui, en compagnie de 4 malabars, avait été à la Kommandantur pour leur signifier leur replis ou la reddition.
Le 24 août, la 9ème compagnie de la 2ème division blindée du Tchad entre dans Paris. Les deux sections Alias et Campos furent les premiers à faire la jonction avec les Parisiens, et sur une auto à chenille notre Victor Baro, alias Rico Juan.
C’est le 30 octobre qu’un conseil de libération se mit en place, sous la vigilance du premier magistrat Jean Baptiste Vidal, qui avait remplacé Fitaire, suite à son décès en 41.

le conseil de libération

Au 1er premier rang, de gauche à droite, se situent : Subreville Georges, Huillet François, Guiraud Louis, Vidal Jean Baptiste, Fournié Adrien.
Au 2ème rang, de gauche à droite, il s’agit de : Courdil Lucien, Huillet Jean, Basset Théophile, Mazon Maurice.
Leur devoir était de gouverner le village, en attendant les prochaines élections.
Cependant, à Carcassonne, c’était la grande lessive. Les collaborateurs et les miliciens étaient jugés. Certains passèrent entre les mailles. D’autres furent moins chanceux. Ce fut le cas du responsable de la milice locale, Renoux, qui fut condamné à mort et fusillé.
Les autres miliciens, comme Alard, ne furent guère inquiétés. À Chalabre, grâce aux primes de la dénonce, le milicien H. B. monta un garage avec concession automobile, lui, qui, selon les dires, n’était pas capable de planter un clou sans se foutre un « pet » sur les doigts.
D’autres maquisards et volontaires continuèrent la lutte pour anéantir l’ennemi. Ils furent de retour à l’armistice. Mais, avant, ils étaient passés, ou avaient libéré les camps de la mort, ce que la population avait vu construire, entendu les cris et les armes, et chose encore plus troublante des hommes, femmes et enfants qui y rentraient et jamais n’en sortaient.
Hitler se tua en mai 45, et le 8 se fut la reddition.
Tous les jeunes ne reviendront pas.


Des suites de la fin de la guerre, on votait, le 17 mai 1945, à Chalabre, pour désigner un nouveau conseil municipal. Furent élus : Conquet Raymond, Pons Jeanne, Maugard Augustin, Roudière Aristide, Jammet Joseph, Raynaud Jean, Gabanou Maurice, Bonnet Isidore, Laffont Emile, Roudière Alphonse, Cammage Georges, Carbonne Alice, Carles René, Huillet François, Vidal Jean Baptiste, et Jouret Joseph. Il me manque un conseiller.
Vidal reste le maire et Cammage l’adjoint. C’est aussi les premières femmes dans la politique.
Le 6 décembre 1946, le conseil se réunit. La discussion tourne autour de 2 pôles.
Le premier est à la demande de monsieur Tournois, cafetier à Chalabre, qui souhaite faire une passerelle entre le café et la salle de réunion qu’il vient d’acheter. Le conseil lui donne son accord.

la passerelle

Dans la même séance du 6 décembre, le chef de gare Charles René, qui était aussi conseiller municipal, comme monsieur Jammet, demandent à la mairie d’appuyer et de faire pression sur la mise en place d’un autorail sur la ligne Bram-Lavelanet. Il y eut, à maintes reprises, des lignes de voyageurs. Mais, c’était souvent des wagons voyageurs, qui étaient accrochés au train de marchandise. Les trajets étaient longs pendant les manœuvres.
Un nouveau vote intervient le 27 octobre 1947, pour mettre en place un nouveau conseil municipal. Furent élus cette fois-ci : Tescou François, Bouttellier Alexandre, Maugard Augustin, Rolland François, Conquet Raymond, Sans François, Courdil Fernand, Benoit René, Bonnet Isidore, Huillet François, Samitier Maurice, Pons Jeanne, Roudière Aristide, Franzone Charles, Quimezo Henri, Hillat Jeanne, et Benet.
Samitier fut le maire, Mme Pons le 1er adjoint, et M. Conquet le 2ème adjoint.
Les fêtes se sont passées difficilement entre le froid et le manque d’eau, dû à la pompe de relevage qui était trop faible. Elle fut changée par décision du conseil du 10 janvier 1948.
Les autobus Bergada inaugurent le 10 avril 1948 la ligne Bélesta-Toulouse. Elle passait à Chalabre, et arrivait à 9 heures. Le départ était planifié à 17 heures. Cette ligne existe toujours. Mais, elle part de Lavelanet, et arrive à 10 heures avec moins d’arrêt et des véhicules plus performants et confortables, avec la radio et la clim.
Le 18 mai 1948, la compagnie des chemins de fer re-ouvre la ligne aux voyageurs Bram-Lavelanet, qu’elle n’aurait jamais dû arrêtée. Malgré la ponctualité légendaire, ce service était trop long. Exemple, il fallait partir le matin pour arriver à Carcassonne vers midi et à Toulouse en début de l’après-midi.
Le 11 juin 1948, c’est l’inhumation de Martin Christophe, un enfant de Chalabre, mort pour la patrie le 26 mars 1945, loin de chez lui à Gerstheim en Alsace (entre Colmar et Strasbourg). Il aurait sauté sur une mine en allant poser le pantalon. Il était du 1er bataillon du 81ème régiment d’infanterie, dans le bataillon « Picaussel », commandé par Maury sous les ordres du général De Lattre.
Le 3 août 1948, ce fut un autre jeune mort pour la France, qui fut inhumé sur ses terres.
Le vendredi 29 septembre, le conseil au complet discute de la rénovation du théâtre municipal, et de la donation d’un terrain par Henri Théron qui permet l’agrandissement.

archives de la séance du 29 septembre 1948

La réfection engendra un emprunt de 5.000.000 francs (7.620 Euros).
Dans la même séance, la discussion tourna autour des sièges, en mauvais état ou hors usages et bien sûr pas aux normes. Un devis de la société Stella à La Bruguière se montait à 953.000 francs (1452 Euros). Un autre emprunt fut lancé.

la suite

Le jeudi 28 juillet 1949, nous apprenons par monsieur le Maire que la gestion et l’entretien des routes nationales et départementales sont prises en charges par les Ponts et Chaussées.

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