Entête Si Chalabre m'était conté

Le déclin

L’année 59 commençait par le remplacement en avril des acacias squelettiques de l’avenue Auguste Cathala, devant la poste. La municipalité de l’après-guerre avait voulu rendre cette route agréable, afin d’aller vaquer au boulot avec une protection solaire. Ces acacias végèteront longtemps. Ainsi, cette nouvelle municipalité décida d’en replanter, oubliant que dessous ce n’est que de la caillasse, pas favorable pour la culture.
Le 24 avril 1959, le conseil décide d’allouer 2.000 francs aux sinistrés de Madagascar.
Le dimanche 26 avril 1959, les retraités de la légion étrangère de Toulouse organisent, avec le consentement de la mairie, la 1ercommémoration pour le 96ème anniversaire de la bataille de Camerone. Elle perdurera le dimanche de la fête de l’ascension jusque l’année 2008, où la municipalité n’organisera plus ce genre de manifestation.
C’est le jeudi 14 mai 1959 que le maire désigna comme nouvel appariteur Gérard Roncalli, en remplacement de Jean Cabanié qui fit valoir ses droits à la retraite. Gérard restera comme étant une personne faisant très bien son travail, conciliant comme garde, et le seul à avoir su parler avec intonation dans le micro.
Les grandes vacances sont là. Le samedi 4 juillet, monsieur Labadie, secrétaire de mairie, est autorisé à participer aux débats du conseil municipal. Jusque-là, un secrétaire de séance était désigné.
Le mercredi 26 août 1959, on installe une sirène pour les pompiers, au-dessus de la caserne chez Castres Saint Martin, qui loue le local à la commune pour 18.000 francs par an.
La rentrée scolaire de la mi-septembre fut normale, mais avec un bémol. Il manquait 20 élèves dans les effectifs. Sont-ils aux vendanges, pas encore terminées. Que nenni, ils étaient dans l’ancienne école des filles pour le 1er G.O.D, (groupe d’observation dispersé) sous la responsabilité de Melle Escande, une toute jeune remplaçante. Une classe de 5ème seulement fut ouverte. Le futur collège était né. Cette réalisation est due à Jean Tisseyre, le conseiller général qui avait travaillé en amont avec madame Pons, le nouveau maire Augustin Maugard, et surtout le directeur de l’école des garçons, monsieur Hygounet, et également la directrice de l’école des filles Melle Gabarre.
Le 2 décembre 1959, à 21 heures 13 minutes, le barrage de Malpasset rompt. Il s’agit de trombes d’eau. Une vague de 16 mètres de haut se rue dans la vallée, emportant tout sur son passage. Une partie de la ville de Fréjus fut noyée, et inondée. Le sinistre fit 423 victimes seulement, pourrait-on dire, à la vue des dégâts.
Le jeudi 10 décembre 1959, le conseil se réunit quant à la discussion de la taxe sur les chiens, mise en place en 1920 justement pour financer la remise en été de la place publique, et la halle. Il fut décidé ce jour-là de supprimer ces revenus municipaux, existant depuis 39 ans.
A la même séance, le conseil attribua aux sinistrés de Fréjus la somme de 50.000 francs.
Le 1er janvier 1960, la ligne de Bergada-Fougax-Toulouse est arrêtée. Le conseil demandera sa remise en service, mais en vain.
Une petite histoire au sujet de cette ligne ! Pendant l’occupation en 1943, le bus fut arrêté par Pierrot Fournié à la Picharote. Il monta dans l’autocar et se dirigea vers René Salinas, et lui demanda de descendre, car, au café de la paix, sur la terrasse, devant un verre, l’attendaient 2 miliciens (nos chers Hervé et Aimé), afin de l’appréhender et le conduire au S.T.O. dont il s’était soustrait. Le bus arriva devant le café de la paix. Nos 2 collaborateurs laissèrent descendre les clients, dont notre Pierrot, et montèrent dans le véhicule pour attraper le réfractaire. Cependant, Pierrot partit sur la droite avec une valise, celle de René, qu’il déposa chez le propriétaire. René avait longé la voie, et par la rue du pont de l’Hers retrouva sa famille qui habitait au « château des Allemands ». Les miliciens, pas très fut fut, auraient dû voir que Pierrot ne partait pas dans la bonne direction. Mais, fallait-il avoir un cerveau.

Été 1959

Minimes finalistes poule B

Au 1er rang, accroupis de gauche à droite : Claude Alabert, Pédro Garcia, Michel Alègre.
Au 2ème rang, debout de gauche à droite : Pierre Fournié, Serge Fournié, Fredy Marty, Joseph Garcia, Gérard Jean, Issert, Yves Cazas.


Nous avons terminés la saison dans de bonnes places. Comment cette aventure a commencé ? Quelques années avant, venait d’arriver à Chalabre Yves Cazas, dit « le père ». Son fils aîné Henry avait pris pour épouse une fille du village. Sûrement en retraite ou sans emploi, la famille avait changé de contrée et aménagé dans le Kercorb. Nous jouions à la glissade avec des cartons dans le champ, à côté du cimetière. Mes parents nous surveillaient du coin de l’œil, lorsqu’un autre couple, madame et monsieur Casas, passèrent. Et, l’homme fit une réflexion du style, quel dommage pour ses enfants, alors que si une personne me donnait un coup de main, nous pourrions les prendre en charge. Mon père se retourna et accepta le défit. C’est comme cela que des jeunes purent faire et préparer le concours du jeune footballeur.
L’été fut pour moi une excitation. Je savais que mes parents avaient envisagé de quitter la commune pour aller trouver du travail dans les Ardennes.
Ma sœur et moi étions les déclencheurs. Pour les études et l’emploi à Chalabre, mise à part l’usine, il n’y avait pas d’autres issues. Je voulais devenir électricien et devait partir interne à Castelnaudary. De plus, monsieur Hygounet, pour des raisons politiques, ne voulait pas à la rentrée me présenter au certificat d’étude. Cela avait été déjà dur de faire admettre ma sœur pour la fin d’étude. Mais, en revanche, comme moi, elle a obtenue le diplôme.
En septembre 1960, nous partons dans les Ardennes et plus exactement à Nouzonville. Mon père va travailler dans une forge, et moi en classe avec un instit sévère, mais juste, et qui avait de surcroît de jolies filles.
A Chalabre, le G.O.D. à la rentrée s’agrandit d’une classe de 6ème.
Courant octobre 1960, Chalabre est sous les eaux inondé.
Le conseil autorisa, le 9 novembre 1960, l’installation d’un réémetteur privé de télévision, au Calvaire. Il pouvait se le permettre ! Le bâtiment et la terre ne lui appartiennent pas. Il y avait juste un tube avec une antenne râteau, qui y était encore jusqu’au milieu des années 80.
Tescou proposa le 5 avril 1961 le premier panneau stop à Chalabre, à la hauteur du pont du Blau, rue du pont de l’Hers, souvent caché par le volet, et surveillé par la gendarmerie qui a permis de gonfler le quota de procès. Par contre, la rue du pont de l’Hers est, de nos jours, fréquentée par les camions, voir les semis remorques. Début avril à 23 heures, une semi espagnole a manœuvré pendant 3 heures. Le conducteur, qui commençait à « péter les plombs », se demandait s’il allait en sortir. Il faudrait l’interdire au plus de 10 mètres.
Le 9 juin 1961, j’ai passé avec succès mon certificat d’étude primaire à Nouzonville (08).
Le jeudi 6 juillet 1961, le conseil décida de remplacer la mule, qui tirait le tombereau à ordure ou le corbillard, et avait droit à la retraite. L’option véhicule mobile fut adoptée. La brave bête avait la coutume de faire des arrêts devant les cafés, ou chez les personnes bienveillantes qui offraient une rasade au palefrenier.
Afin de permettre d’établir son programme quinquennal d’équipement sportif, le directeur départemental de la jeunesse et sport approuva, le lundi 17 juillet 1961, le choix du stade et de son équipement. Il demanda à la commune de l’acheter ou d’exproprier De Mauléon.
Le Jeudi 12 octobre 1961, les ouvriers des établissements Canat-Hutchinson sont en grève. Le conflit durera plus de trois semaines. Le secrétaire du comité d’entreprise du syndicat Force Ouvrière fut menacé de licenciement. Il s’était disputé, chamaillé avec un collègue. Ils en étaient venus aux mains. Voilà un fait récurrent ! En effet, cela s’était déjà produit en 1955, alors que cela n’était encore que Canat, au moment de la création du syndicat CGT. Il y eut le 16 août 1955 à 21 heures une réunion à la salle de la mairie. Elle avait pour but de préparer la réunion du 23 août.
Pierre Nuévo, qui avait des responsabilités dans l’usine, s’engagea avec sa femme Josette dans le syndicalisme. Tous les deux venaient de prendre cause pour une camarade de travail, malmenée par la direction.
Le syndicat progressait sensiblement et avait 40 adhérents.
Les responsables délégués furent désignés en la personne de Jean Calvet et Pierre Nuévo.
L’hiver allait être chaud !
Ce nouveau syndicat ne plaisait pas à la direction, pas plus qu’à l’autre syndicat majoritaire FO qui n’admettait pas la concurrence, d’autant plus que nos cégétistes furent élus comme délégués à la sécurité sociale.
La CGT affichait des revendications. La principale était la fin des cadences infernales et demandait aussi une augmentation.
Le 30 novembre 1955, le délégué monsieur Nuévo demanda à maintes reprises une entrevue à la direction pour lui transmettre, comme la loi le prévoit, le cahier des revendications. Monsieur Canat fait savoir à notre syndicaliste que monsieur Tudo lui donnera un rendez-vous pour le lendemain. Il alla, de ce pas, afficher sur le tableau prévu à cet effet les revendications et retourna au travail.

À 18 heures 30, à la sortie de travail, l’affiche n’y était plus. Elle avait été déchirée.
Le jeudi 1er décembre 1955, à 7 heures du matin, avant de prendre son travail, monsieur Nuévo recolle l’affiche.
À 11 heures 30, monsieur Nuévo fut convoqué au bureau par monsieur Canat, qui lui signifia que, compte tenu qu’il avait recollé l’affiche, il était licencié sur le champ pour faute grave.
La sirène de midi a sonné. C’est l’heure du déjeuner.
À 13 heures 30, tout le monde reprit le travail, monsieur Nuévo aussi. Son chef de service parlait avec lui quand messieurs Canat et Tudo arrivèrent.
Monsieur Tudo demanda les raisons de sa présence. La réponse de monsieur Nuévo fut simple : « lorsqu’on licencie un salarié, il y a certaines obligations à remplir dans le cadre de la législation sociale. En attendant que cela soit fait, j’ai repris mon travail ».
Monsieur Canat déclara à monsieur Nuévo que : « s’il ne voulait pas partir, il allait le sortir ».
Monsieur Nuévo lui dit être à sa disposition.
Monsieur Canat bondit sur monsieur Nuévo et le frappa violemment avec l’aide de monsieur Tudo qui le ceintura par derrière. Les ouvriers, témoins de la scène, réussirent à les séparer. Et, certains proposèrent à monsieur Nuévo de le conduire à l’infirmerie. Il refusa et alla voir le médecin en ville, afin de se rendre à la gendarmerie pour y déposer une plainte.
Plainte qui ne donnera rien, les témoins, ayants subis des pressions patronales, se dégonflèrent pour conserver l’emploi.
Cependant, les gendarmes, accompagnés comme au bon temps de la collaboration par le délégué FO monsieur Berrail, expulsèrent par la force Jean Calvet, lui aussi licencié.
Le lendemain, vendredi 2 décembre, les membres de syndicat FO sabrent le champagne. Devant l’usine, un tract était distribué, qui dit ceci :

Camarades,
La direction de l’usine Canat vient de se livrer à une véritable provocation.
Elle vient de licencier deux responsables syndicaux, nos camarades Calvet et Nuévo, sous le seul prétexte d’avoir déposé les revendications du personnel.
Pour ce faire, elle a eu recours à la force. Nuévo a été frappé et Calvet a été expulsé par les gendarmes.
C’est une atteinte intolérable aux droits syndicaux.
C’est un gros coup porté à l’ensemble du personnel.
C’est le signal de la répression la plus féroce contre des ouvriers et ouvrières, qui refuseraient de se plier à la volonté inflexible du patronat de droit divin.
Cela ne peut plus durer ! Laisser faire sans réagir serait se condamner à subir les conditions de travail les plus inhumaines, l’exploitation la plus forcenée.
Ce serait la menace pour chacun d’entre nous de subir le même sort.

Camarades
Nous n’acceptons pas de marcher à la trique.
Nous ne courberons pas l’échine.
Nous exigeons la réintégration immédiate de Nuévo et Calvet.
Nous exigeons des conditions de travail décentes, et la fin des cadences infernales des salaires permettant de vivre.
Le samedi 3 décembre 1955, à la sortie des ouvriers de l’usine à midi, un meeting fut organisé devant l’établissement. À la demande du patron, les gendarmes furent mobilisés pour interdire la réunion, qui se déroula normalement.
400 personnes étaient présentes pour entendre, sur la tribune occasionnelle, depuis la plate-forme du camion de l’entreprise Volte.
Les orateurs Louis Saurel secrétaire général de l’union départementale, et surtout Félix Roquefort qui haranguait la foule demandent à la classe ouvrière de s’unir. La déléguée Irénée Lasserre de « chez Roudières » était présente et porte le soutien des ariégeois.
Monsieur Berrail, au nom du syndicat F.O., justifia et donna raison au patron dans un tract. Il en profita pour allumer deux commerçants Navarro et Joulia, qui lui répondront grassement par voie de presse, sauf par l’indépendant dont monsieur Berrail était le correspondant. Alors que pour le Midi Libre, c’était Pierre Fournié qui, comme la Dépêche, ne se privaient pas de faire passer les articles, y allant de leurs plus belles plumes.
Félix Roquefort, maire de Conques (1945-1982), conseiller général, et député, viendra à plusieurs reprises dans des réunions publiques sous la halle.
Les fêtes de fin d’années se passèrent dans un climat lourd. Mon cousin André fut privé par ses parents du goûter et du jouet, distribués par le comité d’entreprise, dans une cérémonie au « grenier », salle du café de la paix (propriété Canat).
Le lendemain du jour de l’an, le lundi 2 janvier 1956, malgré le froid, sous la halle, il y eut plus de 250 personnes pour venir écouter le secrétaire fédéral de l’Aude Lubin Ressier, qui avait été invité par les organisateurs, messieurs Jammet et Navarro. Calvet et Nuévo prirent en premier la parole. Puis, monsieur Ressier leva le ton et dit :
« Ce n’est pas avec de telles méthodes, comme nous avons vus chez Canat, en faisant intervenir les gendarmes et en jouant des poings que l’on intimidera la classe ouvrière.
Monsieur Canat, vous avez voulu frapper deux honnêtes travailleurs en leur enlevant le pain, mais à votre tour vous aussi, vous ne tarderez pas à sentir les méfaits de votre mauvaise action.
En premier chef, l’usine appartient à présent à Hutchinson et d’un : d’autres part en ce qui concerne vos plats valets, ceux qui ont apporté leur soutien à une mauvaise cause, leur tour viendra ou ils seront également jetés à la rue
».
Les chalabrois apprirent ce soir-là que Canat n’était plus majoritaire. Certains des valets, comme il avait été dit, furent licenciés.
Cependant, Canat licencia 47 personnes le vendredi 20 janvier. Quelques unes étaient âgées et firent valoir leurs droits à la retraite, comme Adrien et Bernardine Fournié, les beaux parents de Nuévo. Le beau frère Pierrot partit travailler chez Myrys.
Le 24 janvier, à 17 heures 30, il y eut une réunion publique à la mairie.
La crainte d’un licenciement, il y eut moins de fréquentation. Les réunions furent boudées.
Jean Calvet partit toujours comme coupeur à Quillan. Puis, il rentrera comme employé de cette mairie. Il sera titularisé longtemps plus tard par un maire de droite, monsieur Mulot.
Pierre Nuévo, surnommé petit Pierre par sa famille, fera le représentant en machine à tricoter. Puis, il partira avec sa famille dans la banlieue parisienne. Il finira directeur dans les machines agricoles.
Hormis le traumatisme du devenir, leur licenciement a été pour eux un bienfait, car ils n’ont pas végétés dans une usine dont l’avenir était déjà incertain.

Petit Pierre :

Le père Pedro, de la famille Nuévo, était d’origine espagnole, de Navalmoral de la Mata, à environ 170 kilomètres à l’ouest de Madrid, qu’il avait quitté après la 1ère guerre mondiale pour s’installer en France. C’était une ville de 17 000 habitants dans La province de Caceres. Il épousera une parisienne, Andrée Blanche Hamon, qui tombera sous le charme du bel hidalgo. La famille s’installe à Aubervilliers, où ils y eurent 5 enfants : 2 garçons et 3 filles. L’aîné, c’est Pierre, appelé par ses proches « petit Pierre », un surnom qu’il conserve même après sa disparition. Il était né le 10 avril 1923, au 9 de la rue du pont blanc à Aubervilliers.
Le père, ajusteur de profession, inculque à ses enfants la dure loi du travail. Petit Pierre deviendra mouleur dans une fonderie d’Aubervilliers, alors qu’il n’a pas encore 15 ans. Le boulot pénible endurcit notre adolescent.
L’épouse de Pedro, Andrée Blanche, est devenue, par la loi de l’époque, espagnole. 2 ans plus tard, elle retrouvera la nationalité française.
Pedro laissera la famille, pour s’enrôler dans les brigades internationales. Il fuira l’Espagne, et se retrouvera interné dans le camp d’Argelès. Sa femme viendra le voir dans le camp, d’où il s’échappera quelques jours plus tard. Revenu dans la capitale, il ne veut pas rester inactif. Ainsi, il fréquente Alfonso et le groupe Manouchian, rendu célèbre pour l’affiche rouge. La femme, qui avait été seule avec les enfants, le persuada de ne pas s’impliquer, le sauvant d’une mort certaine.
A l’invasion de Paris, en 1940, notre jeune homme, bien remonté par son père qui voulait aller mettre une pâtée a Franco, réfléchit comment s’insurger, tout en distribuant des tracts. Avec la rafle de 42, il est persuadé qu’il faut s’engager dans la clandestinité, pour se soustraire au STO. Il part dans le sud de la France, à la frontière avec l’Espagne qu’il ne connaît pas, mais dont il parle sa langue.

Un guérillero de Paris

Pierre Nuévo

Pierre Nuévo le 1er à droite.

Voila notre FFI de la 5ème région militaire (Orléans) engagé dans le combat contre l’occupant ! Il sera démobilisé le 19 septembre 44. Il resta dans le sud du pays, avec les autres combattants. Il se retrouve à Chalabre à la ferme Saint Antoine pour attendre et décider de donner une suite au conflit : faut-il aller renverser le Caudillo, ce dictateur sanguinaire d’Espagne.
Plus de la moitié des hommes n’y sont pas favorables.
Cependant, Nuévo déambule dans les rues de Chalabre, cherchant travail et nourriture. Il rencontrera la fille du « carbounier », qui vient de rentrer de sa planque du Gers où elle avait été amenée avant l’affaire Cathala et Fournié.
C’est le coup de foudre ! Comment ne pas tomber d’amour face à ce bel parisien !
En mars 1945, il est obligé de « remonter » à Paris, où il sera définitivement démobilisé.
De retour à Chalabre en 1946, il épousera Josette en 1947.

mariage

Le couple va à Paris pour le travail. Mais, sans emploi au bout de 6 mois, Bernardine les somme de descendre. Ce qu’ils firent ! Il y avait plus de travail à Chalabre qu’à Paris.
De cette union, est né un garçon André, en mémoire à sa grand-mère paternelle.
Le couple vivra dans la maison des Fournié. Tout le monde travaillera à l’usine, puisque les parents attendent les dommages de guerre pour la destruction de l’épicerie le 23 mai 1944, somme qu’ils ne percevront jamais.
Le jeune couple se mettra seul dans la rue du pont de l’Hers, dans les anciennes usines Canat, avec qui ils auront maille à parti, le pot de terre contre le pot de fer.
Bataille idéologique inégale, en 1956, des suites du licenciement de Pierrot, puis de Josette, ils remontent dans la région de Paris, dans la ville Le Raincy plus exactement. Pierrot, avec son père, un oncle et son frère René, firent les tacherons dans la coulage de chape pour la pose de carrelages. Après divers travaux de galériens, il est embauché, dans une succursale d’exportation de machine agricole, comme homme à tout faire. Mais, en désaccord avec le chef d’atelier, il démissionne. Après 15 jours de chômage, son ex patronne le convoque, et lui offre la place du chef d’atelier. Ce monsieur avait la main crochue et détournait du matériel, d’où les désaccords avec Pierre Nuévo. Elle avait fait une enquête interne, pour arriver à cette conclusion. Il finira directeur, belle revanche de ce travailleur honnête. Josette travaillera comme piqueuse, jusqu’à la retraite dans une fabrique de sacs à main.
La famille Nuévo restera soudée et solidaire.
Pierre restera à mes yeux un homme toujours sympa et doux. Je suis sûr qu’il n’a jamais mis une gifle à son fils André, même s’il la méritait.
Il décéda en 1995, la pile ne fonctionnant plus.
Son frère René épousa la belle Jeannette. Le résultat nous engendra Daniel.
Une sœur Jeannette, après avoir épousé un ingénieur de la régie Renault, décéda jeune (31).
Andrée, une autre fille, restera célibataire. Elle a un caractère bien trempé.
Josiane la plus jeune est décédée depuis peu dans la région de Bordeaux.
Voila un aperçu de cette famille.

famille

1er rang de gauche à droite la mère Andrée Blanche, Josiane, le père Pédro
Debout de gauche à droite, Andrée, René, Jeannette, et Pierre dit « Petit Pierre »

Revenons au 12 octobre 1961, toujours chez Canat, le directeur Général demande par voie de presse une réunion extraordinaire du comité d’entreprise pour le mardi 17 octobre à 16 h 30.
Ordre du jour : demande de licenciement de monsieur Ginez Jésus, membre du comité d’entreprise et délégué syndical.
Motif : a enfreint l’article 20 du règlement intérieur de l’entreprise en se livrant à des actes de nature à troubler la bonne harmonie du personnel.
À savoir :
Le 6 octobre 1961 : a refusé d’exécuter un ordre d’un supérieur monsieur La Capprucia, à propos d’un mélange collé.
A proférer des paroles injurieuses à 14 heures à l’encontre de monsieur La Capprucia, à la suite d’une décision prise par ce dernier, concernant le contrôle technique de ce même mélange.
A proféré des injures et s’est livré à des voies de fait et à des actes de violence, ce même jour, à 15 heures environ, sur la personne d’un employé de l’établissement, aux lieu et temps de travail.
Avait déjà fait l’objet d’avertissement écrits et motivés concernant ses négligences et ses erreurs dans les travaux qui lui étaient confiés :
Avertissement écrit du 16 avril 1958
Avertissement écrit du 25 mars 1960
D’un blâme adressé par son chef de service à la date du 21 septembre 1961, lequel était motivé également pour négligence dans son travail.

À Chalabre le 12 octobre 1961

Le directeur Général.

Le même soir, un tract circule, qui dit ceci :
Une fois encore la législation sociale est violée par la direction des établissements Canat.
À la suite de la publication parue dans la presse, à la demande de la direction des établissements Canat, concernant l’ordre du jour de la réunion extraordinaire du comité d’entreprise en date du mardi 17 octobre, les membres du comité portent à la connaissance de tous les travailleurs que cet ordre du jour émane exclusivement de la direction.
Il est pourtant précisé dans l’article 16 de l’ordonnance du 22 février 1945 instituant des comités d’entreprises, modifié par les lois des 16 mai 1946, 7 juillet 1947, 12 août 1950 et 9 janvier 1954 que :
« L’ordre du jour est arrêté par le chef d’entreprise et le secrétaire ».
De ce fait, les accusations portées contre la personne du secrétaire syndical (membre du comité d’entreprise) monsieur Ginez Jésus sont à sens unique et imposées par la direction, le secrétaire ayant été mis devant un fait accompli.
L’ensemble des membres du comité d’entreprise s’indignent devant de telles manœuvres, créées dans le seul but de diviser l’opinion ouvrière.
Nous attirons donc l’attention de tous les travailleurs et nous leurs demandons d’être solidaires dans l’action ouverte.

Les membres du comité.

La grève est enclenchée. Elle durera plus de 3 semaines.
Il demande la réintégration de Jésus Ginez, secrétaire et délégué syndical, une augmentation de salaires et la fin des cadences infernales. Un air de déjà vu, mise à part que les protagonistes étaient différents.
Le dimanche 15 octobre 1961, la Croix Rouge prépare des colis pour les soldats en Afrique du nord, que cette association avait reçue du monde gréviste, prêt à aider son prochain à la salle de la mairie. C’est les derniers envois pour les enfants du pays, éloignés de chez eux pour défendre une terre.
Les responsables FO, du département demandèrent à Pierre Nuévo, une lettre de soutien, qu’il fit sans rancune.
Le mardi 17 octobre, dans une usine désertée, la réunion eut lieu pour confirmer le licenciement de Ginez Jésus.
Le vendredi 20 octobre 1961, le conseil municipal décida de venir en aide aux ouvriers de chez Canat, qui sont en grève depuis 8 jours, avec un fond de 500.NF qui leur sera versé.
Mine de rien cela représentait 2 mois de salaire.

Augustin Maugard

Augustin Maugard


Le samedi 21 octobre, le Sous-préfet Jean Gallon s’opposa à ce versement.
Une petite réflexion, avec du recul, il y avait une taupe au conseil, puisque le rapport du conseil n’était pas encore tapé que le Sous-préfet était déjà au courant.
L’année 61 se termina sous un climat des plus désagréables. En début de janvier 1962, Mamet Joseph de l’Anglade acheta le vieux tombereau à ordures, celui qui était tiré par la mule, pour la somme de 100 NF.
A la réunion du 2 mars, il fut décidé de faire un emprunt de 50.000 NF pour construire l’hôtel des postes. Entre nous, cela fut une grosse bêtise, car cela va détruire cette belle allée.

Chalabre, avenue du pont neuf

Dans cette même séance municipale de 2 mars, Clément Salinas demanda, pour son lotissement, l’agrandissement du chemin de la cigalière.
La réponse lui arrive des ponts et chaussées, le 6 août de la même année, qui lui refuse la modification du chemin, et précisent de faire la sortie comme prévue dans le lot N°5 où elle est actuellement.
Le 19 mars, c’est le cessez-le-feu en Algérie.
Le samedi 5 mai 1962, le maire présente le projet de lotissement « Chalabre plaisance » par monsieur Serrat.
Radio Télévision Française expose le vendredi 12 octobre 1962 son projet d’implantation d’un réémetteur en haut de Roquefère. Le chemin et l’alimentation électrique seraient à la charge de la commune. Roger Raynaud, conseiller municipal qui habitait à la citée Canat et possédait le petit écran grâce à l’antenne au calvaire, proposa de faire une étude pour chiffrer le coût du transfert. La municipalité s’opposera à ce projet, prétextant l’aspect financier. Mais, au calvaire, il a fallu tout de même emmener l’électricité et faire un chemin.

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