Entête Si Chalabre m'était conté

Vèi fa les ans que tuèron Fluris

« Aujourd’hui fait l’an que l’on a tué Fleury »>

Fleuris : que l’on prononce Fluris
Pendant que Jean Aymeric de Bruyères Chalabre préparait le mariage de son fils en 1697, un contrôleur venait vingt-deux fois par an dans la ville pour vérifier les greniers à sel. Notre brave homme eut des difficultés pour son hébergement. Il trouva une solution des plus honorables. Il accepta une chambre, en attendant, chez une veuve non moins respectable, la veuve Thoinette Duranat. Son défunt époux était industriel dans une entreprise familiale de textile fabriquant de draps. C’était une famille aisée. Le frère Louis Duranat était consul de la ville et menait à bien la production artisanale. Le sieur Louis commençait à trouver la situation inconfortable et le dépannage provisoire d’une durée trop longue. Au bout de deux ans, la rumeur alla bon train, et fit croire que la veuve était joyeuse, surtout pendant les deux hivers très rigoureux.
Thoinette n’aurait pas mise que le « moine » (chaufferette) dans le lit !
Le 10 décembre 1696, Thoinette Duranat accoucha d’une fille, qu’elle baptisa ce même jour, Jeanne, de père inconnu. Furent présents et témoins Jacques Ricou, Jeanne Arnaud, Jacques Batailler et Antoine Rieutort.
L’acte fut signé par Denec prêtre et vicaire à Chalabre.

Extrait de courrier

La rumeur avait raison. Il n’y avait pas de fumer sans feu !
Trois jours passèrent. Dans la froideur de l’hiver, le bébé était bien emmitouflé dans son berceau. La maman, entre deux tétés, confia la surveillance de la gamine au locataire, le papa inconnu. Elle partit vaquer à ses occupations, lessives ou courses ?
Au retour, dans la chambre de la honte, la petite était morte. Léger roupillon, ou la gamine étouffée sous l’oreiller ???
Louis Duranat accusa le locataire du meurtre de sa nièce et réclama justice.
Acte de décès : « Jeanne, fille de Thoinette Daranat et d’un père inconnu, est morte le treizième de décembre, et a été ensevelie le quatorzième du même mois mille six cent quatre-vingt-seize, présents à cet enterrement les sieurs Jean Escudié et Jean Roudière, signé Denec le vicaire ».

Extrait de courrier

Le père, locataire avait promis de régulariser la situation, ce qu’il ne fit pas !
La justice était déjà longue à venir, encore plus quand le personnage accusé était un contrôleur royal.
Louis Duranat, lassé des sarcasmes et de la rumeur grandissante, prit une résolution.
Le 13 décembre 1697, un an jour pour jour, après l’assassinat de Jeanne, à la tombée de la nuit, vers les 17 heures, il tira un coup de mousqueton sur le contrôleur, qui fut mortellement touché, alors même qu’il regagnait sa chambre par la rue du presbytère.
Acte de décès : « le sieur Jacques Fleury de Montpellier, contrôleur au grenier à sel de Chalabre, est mort le treizième et a été enseveli le quinzième décembre mil six cent quatre-vingt-dix-sept dans le cimetière de cette paroisse avec les prières et cérémonies prescrites, présents à son enterrement les sieurs Jean Roussignol procureur juridictionnel de cette ville, Bernard Berniet et Jean Tisseyre, signé Denec prêtre et vicaire ».

Extrait de courrier

Jean Aymeri rendit une justice clémente en faveur de Duranat.
En donnant un verdict sévère, mais juste, il avait craint un soulèvement populaire. À Chalabre, la mort du contrôleur avait mis la ville en liesse, les habitants profitant des fêtes de l’avent pour enterrer le contrôleur dans la joie. Il faisait suite à des années de procès contre ces mêmes personnages.
Le criminel étant un notable, ils y virent un signe d’union de solidarité, qui confirma les dures dernières années.
Fleury ne pouvait régulariser, il était marié et père de famille à Coursan.
Le sieur Fleury rentra, malgré lui, dans la légende !
De nos jours, il est associé dans des histoires communes avec le château. Cependant, il n’en est rien, car le comte justement sur cette affaire avait fait preuve de mansuétude.
Dans différents récits, il était question de la Sainte-Luce le 13 décembre. Elle avait lieu et rentrait dans les fêtes de l’avent. À Chalabre, comme ailleurs, on préparait dans la joie la naissance de Jésus.
Le prétexte du meurtre de cette histoire resta flou, inexistant.
Fête ou pas, à 20 heures, la ville rentrait dans un noir total (le couvre-feu). Les vingt-cinq lampes à huile d’olive étaient éteintes.
Trois siècles plus tard, la tradition continue faisant de Chalabre la seule ville en Europe, possédant un charivari. Il faut le continuer, pour perpétrer la tradition.
La vie continua, les Duranat vendirent leur affaire, la maison à Rieutort, et quittèrent Chalabre.
Jean Aymeric maria son fils aîné François IV, en 1698, avec Catherine de Caillau de la Graulet, dame des Alamans.
Cette dame était intéressante, car attentive aux revendications, et prit partie, même contre son époux.
Les Chalabrois l’ont beaucoup aimée.
La fin d’un siècle difficile, la peste refit un passage, accompagnée de la famine.
Comme s’il n’y en eut pas assez, les inondations parachevèrent l’action dévastatrice, dans une boue grasse, un ouragan de misère.
Jacques FLEURY était né le 26 janvier 1649 à Montpellier dans la paroisse Saint Firmin, où il fut baptisé le 19 février.
L'assassinat de Jacques Fleury fit l'objet pendant des siècles de versions différentes.
La rumeur le dit chasseur, braconnier, en désaccord avec le château, et qu’il vivait en dehors du village. La légende dit aussi qu'il s'agirait d'un paysan très pauvre, voire même prêtre et confident particulier de la comtesse.
C’est, à l'occasion du procès Dubois en 1722, que l’on apprend qu’il avait fait des fausses mesures dans le grenier à sel, que fut dévoilé, grâce à certains détails, les malversations. Ainsi, l'assassinat y est expliqué. Mais, cela n’a aucun lien avec le château.

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