Entête Si Chalabre m'était conté

DÉPARTEMENT de l’AUDE

Petit livret écrit en 1882 par Adolphe Joanne aux éditions Hachette et Cie, imprimerie A ; Lahure rue de Fleurus 9, à, Paris.


I. Nom, Formation, Situation, Limites, Superficie.

II. Physionomie générale

Confinant à la Méditerranée, voisin de la chaîne des Pyrénées, entrecoupé par de nombreux chaînons montagneux qui se croisent dans tous les sens, le département de l'Aude présente une grande variété de sites. La vallée de l'Aude, notamment, abonde en paysages pittoresques, tantôt grandioses et sauvages, tantôt d'un aspect riant. De vastes forêts couvrent les pentes des montagnes qui bordent son bassin, jusqu'à son débouché dans une large plaine féconde, au-dessous de Carcassonne et de Trèbes. Là, règne un climat tempéré qui se rapproche, en général, de celui de Toulouse et du bassin de la Garonne. Plus bas, du côté de Narbonne et de Sigean, le ciel plus pur, l'air plus sec, les soleils brûlants, les coups de vent du mistral rappellent déjà la Provence. Très fertile en prairies et en vignobles, cette dernière partie est la moins pittoresque du département.

La grande chaîne pyrénéenne ne touche pas le département de l'Aude qui s'en détache à l'ouest de Montlouis, atteint le territoire de l'Aude aux Pics de l'Ours (2.545 mètres) et de Madres (2.471 mètres), point culminant du département, sur la ligne qui sépare les vallées de l'Aude et de la Tet. Au Pic de Madres, qui forme le nœud du système, les montagnes de l'Aude se divisent en deux chaînes principales : l'une se dirige vers l'est, pour finir à la mer et sépare l'Aude des Pyrénées-Orientales, l'autre remonte vers le nord-ouest et sépare l'Aude de l'Ariège et de la Haute-Garonne. L'orographie du département est complétée au nord, par la grande ligne de la Montagne Noire, qui sépare l'Aude de la Haute-Garonne et du Tarn. Ces deux chaînes de montagnes envoient dans le département de l'Aude un grand nombre de ramifications.

La chaîne de l'est suit d'abord la direction du nord jusqu'au col de Saint-Louis, puis tourne vers l'est jusqu'à la mer. Son aspect change avec sa direction, jusqu'au col de Saint-Louis, les sommets sont généralement couverts de forêts de hêtres et de sapins, tandis que de vertes prairies forment le fond des vallées ; du col à la mer, la chaîne ne présente qu'une série de pics déchiquetés ou de mamelons arrondis, absolument dénudés, avec cette triste couleur grisâtre propre aux montagnes calcaires.



La limite du département de l'Aude est formée, à l'est, par la mer. La longueur de la côte est de 47 kilomètres environ ; sa courbure est assez accentuée. En dehors de quelques collines peu élevées, comme la chaîne de la Clape et le promontoire de Leucate, cette côte est sablonneuse et plate, le mistral empêchant les dunes de se former. Elle est fréquemment entrecoupé par des graus ou canaux naturels qui servent de passage aux eaux de nombreux étangs situés dans l'intérieur des terres, et qui permettent aussi à la mer de venir renouveler les eaux mortes de ces étangs d'où s'exhaleraient des miasmes paludéens.

Les phénomènes géologiques ont profondément modifié cette partie du littoral. Les montagnes de la Clape étaient, il y a quelques siècles, une île séparée du continent par un bras de mer assez large, du reste la mer occupait l'espace où s’étend aujourd'hui la plaine de Narbonne, de Coursan et Salles-d'Aude.

Enfin Narbonne, aujourd'hui dans l'intérieur des terres, était encore, en 1520, un des premiers ports de mer de la Méditerranée ; l'Aude débouchait dans la mer à Fleury. C'est cette rivière qui, par ses atterrissements, a formé la plaine fertile qui existe aujourd'hui et qui, au sud de Narbonne a séparé, par une langue de terre, les étangs de Bages et de Gruissan, autrefois englobés dans la mer. Avant 1320 l’Aude passait sous les murs de Narbonne mais, à cette époque, la rivière brisa le grand barrage établi à Sallèles-d’Aude pour dévier sa direction et se fraya un chemin direct vers la mer.


III. Cours d'eau.

IV. Climat

Le département de l’Aude appartient à la fois au climat girondin et au climat méditerranéen. La haute vallée du Fresquel et de l’Hers appartiennent au climat girondin ; le printemps y est humide, l’hiver pluvieux ou froid, et en été les orages y sont assez fréquents. La partie du département comprise entre Carcassonne et la mer appartient au climat méditerranéen ; c’est par excellence le pays de la vigne. Le nombre moyen des jours de pluie est de 59,6 et celui des nuits de 57,2 ; la quantité moyenne de pluie tombée par année est de 587 millimètres. Cette abondance d’eau, malgré la rareté des jours de pluie suffisent pour faire déborder torrents et rivières. La grêle exerce aussi de fréquents ravages dans les basses Corbières et dans la partie de la vallée de l’Aude comprise entre Limoux et Carcassonne.

La température varie suivant l’altitude des lieux ; cependant elle est généralement tempérée: le thermomètre descend rarement en hiver, à Carcassonne, au-dessous de -3°; à Castelnaudary et à Limoux, au-dessous de -4° ; dans la Montagne Noire et les Corbières au-dessous de -7°. Il gèle rarement dans la plaine de Narbonne. En été, la température monte quelquefois à + 35° ; elle atteint souvent + 30°. La moyenne de l'été est de + 22° dans la vallée de l'Aude, et celle de l'hiver de + 6°.

Les vents soufflent parfois avec violence ; les deux plus fréquents sont le Cers et le Marin. Le Cers, bien connu des anciens sous le nom de Circius, souffle de l'ouest et se fait sur tout sentir dans la région des étangs et sur la côte; il a renversé le train de Narbonne à Perpignan. C'est ce même vent que l'on désigne en Provence sous le nom de Mistral et dans les Pyrénées-Orientales sous le nom de «Tramontana ». Le Marin, qui souffle de la Méditerranée, se fait surtout sentir dans les environs du col de Naurouse, quoique sa violence soit moins grande que celle du Cers, il n'en exerce pas moins des ravages considérables. Le nombre de jours où souffle le Cers est le double du nombre de jours où souffle le Marin.

V. Curiosités naturelles.

Outre ses beaux rochers, ses défilés, ses gorges, ses étangs et ses plages, le département de l'Aude abonde en paysages, en sites pittoresques tels que le vallon verdoyant des Pichoulières, près de Cascastel, où des jardins étagés forment comme un gigantesque escalier de verdure, entouré d'escarpements à pic, et d'une grandeur sauvage comme la région où se dresse le Pic de Bugarach, espèce de donjon anguleux, haut de 1231 mètres, reposant de tous côtés sur des escarpements à pic.

Le département est riche en cavernes à ossements provenant d'animaux antédiluviens. Il existe de ces cavernes, à la Crouzade, à Limousis, à Fourne, à Villanière, à Sallèles Cabardès, à Padern et à Bize.

A Bize, on a trouvé, mêlés à des ossements d'animaux, des instruments en silex ; de petits objets en os, en corne ou en ivoire, des poteries grossières. A Padern, ces objets ont été recueillis en plus grand nombre ; les poteries, les armes en silex, tels que couteaux, haches, crochets, lances étaient confondus avec des débris de squelettes humains et d'animaux.

L'Aude possède en outre de belles grottes dont les plus remarquables sont celles d'Escouloubre, de Rivel, d’Espezel, de Fourtou, etc.
Des gouffres appelés Eillals, près de Narbonne ; de nombreux pertuis ou entonnoirs où s'engouffrent les eaux des pluies, dans la Montagne Noire, aux environs de Tressanel, de Cabrespine, sur le plateau de Belcaire, etc. de belles cascades dont les plus hautes sont celles de Fourtou, qui ont 100 mètres de hauteur, des gorges superbes et autres curiosités naturelles énumérées en détail dans le Dictionnaire des communes.

Citons enfin les sources salées de Sougraigne (800 mètres cubes par jour), au nombre de trois, qui doivent leur forte salure aux dépôts de sel gemme qu'elles traversent.

VI. Histoire

Avant la conquête du pays par les Romains, le territoire du département de l'Aude était occupé par une peuplade celtique, les Volques Tectosages, qui après en avoir chassé les populations primitives avaient fait de Toulouse leur capitale.

Les auteurs latins citent cette peuplade sous le nom de Volcoe, Volgoe, Bolgoe, et Cicéron les appelle Belgoe. Ce dernier nom semble indiquer une parenté étroite avec les Belges, qui occupaient, au nord de la Gaule, le territoire compris entre la Seine et le Rhin.

Après la défaite des Arvernes, dans la confédération desquels les Volques s’étaient rangés, leur pays devint une province romaine (120 ans avant Jésus Christ). En 118 une colonie romaine fut fondée à Narbonne, qui prit le nom de Narbo Martius, parce qu’elle était consacrée au dieu Mars. Cette partie de la Gaule était comprise dans la région qu’on appelait d’une manière générale la Province romaine. En l’an 27 avant Jésus-Christ, Narbonne devint la capitale de la province Narbonaise. Cette province avait pour limites: au sud, la Méditerranée et les Pyrénées; à l'ouest, la Gimone, affluent de la Garonne; au nord et au nord-ouest, le Tarn, les Cévennes et le Rhône; à l'est, une grande ligne allant de Genève à l'embouchure du Var. Narbonne devint alors une cité florissante, décorée de nombreux et magnifiques monuments. Narbonne était, en outre, le premier port de la Gaule méridionale, car elle était accessible par mer. Les Romains y exécutèrent de grands travaux, pour permettre à leurs bateaux d'aborder plus facilement. Cette prospérité dura jusqu'au quatrième siècle, époque à laquelle les invasions des barbares et les envahissements boueux de l'Aude ruinèrent le port de Narbonne.

En 407 après Jésus-Christ, eut lieu une première invasion des Vandales, des Alains et des Suèves. En 415, les Wisigoths s'emparèrent de Narbonne. Chassés en 416, ils revinrent en 419, et s'établirent définitivement dans une partie de la Narbonnaise. En 437, déjà maîtres de Carcassonne, ils s'emparèrent de nouveau de Narbonne et s'avancèrent vers le nord de la Gaule, mais Clovis les battit à Vouillé (507), et les refoula dans la Narbonnaise. L'année suivante (508), Clovis vint en personne mettre le siège devant Carcassonne, tandis que Gondebaud, roi des Bourguignons, son allié, s'emparait de Narbonne. Mais en 509, les Wisigoths rentraient dans ces deux villes. En 511, Narbonne devint la capitale du royaume des Wisigoths.

En 531, Childebert, fils de Clovis, pilla Narbonne et tua le roi Wisigoth Amalaric. En 587. Gontran, roi des Bourguignons, envoya une armée devant Carcassonne; mais ses soldats furent chassés. Il revint l'Année suivante et s'empara de la ville, qu'il abandonna ensuite. De 687 à 694, les Francs firent trois tentatives infructueuses sur la Narbonnaise.

De 715 à 718, on vit apparaître les premiers Sarrasins. En 720, leur chef, Zama, s'empara de Narbonne. Abd-er-Rhaman, ou Abderame, prit ensuite Bordeaux, dispersa l'armée du duc d'Aquitaine, ravagea le Périgord, la Saintonge, l'Angoumois et le Poitou ; mais Charles Martel l’arrêta à Poitiers (752), et sauva la Gaule d'une conquête musulmane. Refoulés vers le Midi, les Sarrasins dévastèrent la Provence (756), et s'emparèrent d'Avignon, qu'ils fortifièrent. Charles Martel accourut alors (755) ; il détruisit Avignon et alla mettre le siège devant Narbonne. Une armée de Sarrasins ayant débarqué près de Sigean, il la tailla en pièces à la bataille de la Berre ; mais il abandonna le siège de Narbonne et laissa les Sarrasins dans le pays. En 759, Pépin le Bref s'empara de Narbonne, et chassa les Sarrasins au delà des Pyrénées. Ceux-ci firent une nouvelle incursion en 795; ils ravagèrent les environs de Narbonne, battirent près de Lagrasse Guillaume au Court-Nez, duc d'Aquitaine, et rentrèrent en Espagne, avec un riche butin et de nombreux prisonniers.

De 781 à 817, Narbonne et Carcassonne furent unies au duché de Toulouse. En 845, le Languedoc fut partagé entre les fils de Louis le Débonnaire : Charles le Chauve eut le Narbonnais et Pépin d'Aquitaine le comté de Carcassonne. En 859, les Normands, qui avaient fait une première apparition vers 805, ravagèrent les côtes et pillèrent Narbonne ; ils revinrent encore en 892.

A l'époque où s'établit la féodalité, le département actuel de l'Aude fut subdivisé en une multitude de fiefs, parmi lesquels deux principaux : le comté de Carcassonne et de Rasez, et le comté de Narbonne. Les pays voisins furent administrés de la manière suivante : les comtes de Toulouse, dont la résidence était à Toulouse étaient ducs de Septimanie (Narbonne, Agde, Béziers, Maguelonne, Carcassonne, Elne et Lodève), marquis de Provence, suzerains de Béziers, de Foix et de Comminges du Gévaudan, de l’Agennois et du Velay. Les comtes de Barcelone et d’Aragon possédaient une partie de la Provence, le Roussillon et la Cerdagne; Montpellier reconnaissait leur suzeraineté. Les seigneurs de Narbonne et de Carcassonne, placés entre ces deux puissants voisins, reconnurent alternativement la suzeraineté de l'un ou de l'autre, selon leurs intérêts ; ils invoquaient le secours du roi d’Aragon, quand ils voulaient se dégager des comtes de Toulouse, et se servaient à leur tour de ces derniers, quand ils voulaient se dégager de l’Aragon. Les populations ne pouvaient que souffrir de tous ces caprices seigneuriaux, car c’est sur elles que retombait tout le poids de la guerre. En outre, un grand nombre de petits seigneurs locaux exerçaient le pillage et la dévastation pour leur propre compte, se retiraient ensuite dans leurs châteaux crénelés pour y jouir en paix du fruit de leurs rapines. La Trêve de Dieu n'apporta à tous ces maux qu'un soulagement insuffisant et de peu de durée.

Bientôt un malheur plus terrible vint fondre sur ce pays, nous voulons parler de l'hérésie des Albigeois et de la guerre qui eut pour but de la détruire. Cette secte admettait, comme le manichéisme, l'existence simultanée d'un Dieu bon et d'un Dieu mauvais, et attaquait la hiérarchie de l'Église. Le Midi de la France, où l'arianisme avait laissé de profondes racines, adopta avec faveur la nouvelle doctrine ; les seigneurs, la bourgeoisie et le peuple se montrèrent également disposés à l'accepter. Apparue en France dans le commencement du IXème siècle, elle fit bientôt de tels progrès qu'elle avait envahi presque tout le Midi au commencement du siècle suivant. L'Église fit en vain condamner cette hérésie dans les conciles de Toulouse (1118), de Lombers (1165) et d'Albi (1176) ; en vain elle établit l'Inquisition (1198) pour en arrêter les progrès, les adhérents ne faisaient qu'augmenter. Le pape Innocent III se décida alors à traiter les Albigeois comme des Sarrasins, à publier contre eux une croisade (1208). Il appela les Français du nord contre les Français du midi, et réunit à Lyon une forte armée sous les ordres de Simon de Montfort. La première ville assiégée fut Béziers (1209). Catholiques et hérétiques s'étaient réfugiés dans la ville, car l'armée croisée paraissait également redoutable aux uns et aux autres. Ayant refusé de se rendre, leur extermination fut décidée. La ville fut prise, pillée, incendiée, et tous les habitants passés au fil de l'épée, sans exception de religion.

De Béziers, les croisés marchèrent sur Carcassonne, où s'était retiré Raymond Roger, vicomte de Béziers. La Cité de Carcassonne était la plus forte place de sa seigneurie. L'investissement commença le 1er août 1209. Voyant l'impossibilité de s'emparer de vive force d'une position aussi importante, le légat du pape recourut à la ruse. Il fit dire à Raymond Roger que les croisés étaient disposés à lui accorder une capitulation honorable, et l'invita à venir en discuter les termes. Raymond, croyant pouvoir se fier à la parole du légat, descendit au camp des croisés. Aussitôt il fut fait prisonnier, et la garnison de la Cité se rendit à discrétion pour obtenir la rançon de Raymond (15 août 1209). Tous les habitants furent exilés, et l'infortuné Raymond, jeté dans un cachot par Simon de Montfort, ne tarda pas à mourir. Débarrassé de son rival, Simon de Montfort fut fait seigneur de Béziers, de Carcassonne et du Rasez. Narbonne s'était mise à l'abri des croisés en faisant sa soumission préalable.

Les années suivantes, Simon de Montfort s'empara de différentes places dans le pays de l'Aude ; les châteaux de Minerve, de Saissac, de Castelnaudary, de Laurac, de Termes, de Preixan, de Montréal, de Fanjeaux, et un grand nombre d'autres tombèrent entre ses mains, et, donnés par lui à des seigneurs croisés, lui assurèrent la possession du pays qu'il laissait derrière lui. En 1210, Lavaur fut ravagé. En 1212, Raymond VI, comte de Toulouse, fut défait à Castelnaudary. Simon de Montfort s'avança alors vers Toulouse, qui était devenue le principal boulevard des Albigeois. Raymond VI et son allié, Pierre II roi d'Aragon, ayant marché à sa rencontre, les battit à la bataille de Muret (1215) ; Pierre II resta parmi les morts. En 1215, le cardinal Robert de Courçon, légat du pape, donna à Simon de Montfort Toulouse (qui n'était pas encore prise) et tout le pays enlevé aux Albigeois.

Simon fit hommage à Philippe Auguste du duché de Narbonne du comté de Toulouse et des vicomtés de Béziers et de Carcassonne.

Cependant la guerre traînait trop en longueur ; le pape ordonna qu'on l'activât. Raymond VI et son fils, qui s'étaient réfugiés en Italie, reparurent dans leurs domaines, et tout le Midi se souleva en leur faveur (1226). Simon de Montfort poussa alors activement les travaux du siège de Toulouse, mais il fut tué par une pierre que lui lancèrent des femmes avec un pierrier (1218). Son fils et successeur, Amaury de Montfort, tenta en vain un nouvel effort contre Toulouse (1219) ; il fut repoussé. Le Midi l'abandonnait pour reconnaître Raymond VII, qui avait hérité de son père (1222) ; et Amaury fut obligé de conclure une trêve avec son adversaire (1224). Incapable de maintenir ses droits, il en fit pleine cession au roi de France, Louis VIII.

La croisade ayant été de nouveau prêchée contre Raymond VII, Louis VIII parcourut le Midi (1226), et entra à Narbonne et à Carcassonne. Raymond VII semblait perdu, mais la mort du roi le sauva. Le 12 avri11229, il conclut avec le sire de Beaujeu, régent de France pour le compte de Louis IX enfant, un traité par lequel il abandonnait à la France une grande partie de ses domaines. Carcassonne, le Rasez et Narbonne furent ainsi réunis à la couronne.

En 1240, un mouvement populaire éclata contre la domination française. Le vicomte Trencavel, fils de Raymond Roger, tenta de reconquérir ses domaines. Un grand nombre de villes et de châteaux se révoltèrent en sa faveur, les faubourgs de Carcassonne lui ouvrirent leurs portes, mais il ne put s'emparer de la Cité, qui bien munie de provisions de toute espèce, se défendit jusqu'à l'arrivée des secours que Louis IX envoya aux assiégés. Trencavel, obligé de se retirer, alla s'enfermer dans le château de Montréal, qu'il essaya vainement de défendre. Il dut bientôt capituler, et Carcassonne fut alors définitivement réunie à la couronne. Cette expédition malheureuse du dernier des Trencavel fut l'origine de la nouvelle ville de Carcassonne. Louis IX fit raser les restes des faubourgs, et, isolant complètement la Cité, entreprit de la rendre une des places les plus fortes de son temps. Quant aux bourgeois des faubourgs, il leur ordonna de s'établir sur l'autre rive de l'Aude. C'est là que commença (1247) la ville basse, aujourd'hui beaucoup plus importante que la ville haute. Pour empêcher l'hérésie albigeoise de s'implanter dans la nouvelle ville, un grand nombre de moines y accoururent et y fondèrent des couvents.

En 1305, les habitants de Carcassonne firent une tentative malheureuse pour s'emparer de la Cité et en chasser les Français. Carcassonne favorisée par Philippe le Bel (1310), ne tarda pas à devenir une ville commerçante. De nombreux juifs y accoururent, et on leur accorda un cimetière, une synagogue et des boucheries séparés. En 1355, la ville basse, mal fortifiée, fut en grande partie incendiée par le prince Noir. Elle se releva de ses ruines en 1329. C'est là que furent tenus, en 1358, les États de Languedoc, qui députèrent au roi Jean, captif à Londres, huit délégués avec mission de lui offrir « les corps, les biens et les familles de tous les habitants de la province pour sa délivrance. »

Les règnes de Charles VI et de Charles VII furent marqués par les nombreux ravages qu'exercèrent les grandes compagnies ou troupes de soldats pillards qui saccageaient les campagnes et les villes ouvertes. En 1483, Charles VIII réunit à la couronne plusieurs domaines jusque là indépendants : le Lauraguais, Olonzac, Azille, Leucate et le Minervois. En 1533, François 1er visita Castelnaudary, Carcassonne et Narbonne ; il y revint en 1542, pour aller faire le siège de Perpignan.

Les guerres de religion ensanglantèrent l'Aude. En 1560, les protestants de Carcassonne, qui étaient en petit nombre, renversèrent de son piédestal une statue de la Vierge, cette imprudence leur coûta la vie. La majorité de la population, qui était restée catholique, ne se contenta pas d'avoir égorgé, en un jour de colère, tous les calvinistes qu'elle avait rencontrés sur la voie publique. En 1562, les commissaires royaux avaient assigné aux protestants, comme lieu de réunion pour leur prêche, l'hôpital des pestiférés ; le 15 mars, comme ceux-ci revenaient du prêche, ils furent assaillis à coup d'arquebuses et presque tous massacrés. Plus tard, Carcassonne jura tous les articles de la Sainte ligue, et, de 1591 à 1596, elle resta complètement au pouvoir des Ligueurs.

L'année 1632 fut marquée par la révolte du maréchal de Montmorency, gouverneur du Languedoc, contre Louis XIII et Richelieu. Battu et fait prisonnier au combat du Fresquel, près de Castelnaudary, il fut conduit à Toulouse et condamné à avoir la tète tranchée. L'exécution eut lieu le 30 octobre 1632, malgré les plus puissantes intercessions.

En 1642, Cinq-Mars forma à Narbonne une conspiration contre le cardinal de Richelieu. Le complot éventé, Cinq-Mars et de Thou, confident de ses projets, furent condamné à mort et exécutés à Lyon le 12 septembre 1642.

Sous Louis XIV, Colbert favorisa la fabrication des draps fins de Carcassonne, qui firent dans tout le Levant une concurrence efficace aux draps de Hollande. La création du canal du Midi donna un grand essor au commerce de la contrée. Castelnaudary doit à ce canal son importance commerciale.

Depuis cette époque jusqu'à nos jours, nous n'avons pas à signaler d'événements importants pour l'histoire de l'Aude. Les invasions espagnoles pendant les guerres de la Révolution s'arrêtèrent au département voisin des Pyrénées-Orientales, et ne franchirent pas les Corbières.

VII. Population, Langue, Culte, Instruction publique.

La population de l'Aude s'élève, d'après le recensement de 1881, à 521.038 habitants (152.585 du sexe masculin, 147.680 du sexe féminin, recensement de 1876). A ce point de vue, c'est 55ème département. Le chiffre des habitants divisé par celui des hectares donne environ 48 habitants par 100 hectares ou kilomètre carré : c'est ce qu'on nomme la population spécifique. La France entière ayant 70 habitants par kilomètre carré, il en résulte que le département de l'Aude renferme, à surface égale, 22 habitants de moins que l'ensemble de notre pays.

Depuis 1800, date du premier recensement officiel accompli dans l'Aude, le département a gagné 95.910 habitants.

La langue parlée par les habitants des campagnes est le patois languedocien ; on y trouve quelques mots d'origine celtique et arabe, ainsi que quelques traces d'espagnol.

Presque tous les habitants de l'Aude sont catholiques. En 1872, le nombre des protestants ne dépassait pas une centaine ; et on n'y comptait que 20 israélites.

Le nombre des naissances a été, en 1.880, de 7.679 (plus 265 mort-nés) ; celui des décès, de 7.097; celui des mariages, de 2.255.

La vie moyenne est de 37 ans 7 mois.

Le lycée de Carcassonne a compté, en 1879, 592 élèves ; le collège communal de Castelnaudary, 158 élèves; les institutions secondaires libres, 837; les séminaires, 691 ; 728 écoles primaires, 41.000; 4 salles d'asile, 3314.

VIII. Agriculture

Sur les 651 524 hectares du département, on compte :
Terres labourables. 227 701 hectares.
Prairies naturelles et arrosables. 7 080 hectares
Bois et forêts. 50 417 hectares
Vignes 142 202 hectares
Pâturages et pacages. 26 084 hectares
Landes. 123 680 hectares
Superficies bâties, voies de transport, rivières, etc. 4 360 hectares

Le département a produit en outre, en 1878, 5.040 hectolitres de méteil ; 337 onces de graines de vers à soie, mises à l'éclosion, ont donné 9.436 kilogrammes de cocons. On y récolte, en outre: des navets estimés à Villemagne, etc. ; des fraises à Labecède Lauraguais, Alet ; du sumac ou redou, à Alet, Ginoles, etc. lequel est employé par la teinturerie et la mégisserie, ou expédié en Angleterre, et des chardons (surtout à Alaigne, Brézillac et Donazac), qui sont utilisés par les fabriques de draps.

IX. Industrie, Mines, Sources minérales.

X. Commerce, Chemins de fer, Routes.

Le département exporte :
des bois, des porcs, des oies, du miel, des vins, des fruits secs, des marbres, des pierres de taille, du plâtre, du soufre sublimé, du sel, des draps, des cuirs, des briques, des tuiles, de la poterie, des faïences, des farines, des futailles, du poisson, des chapeaux, de la glace, du vert-de-gris, du sumac, etc.

Il importe:
des denrées coloniales, des articles de librairie, d'épiceries, de modes, des nouveautés, de l'horlogerie, de la bijouterie, du sucre, des céréales, des peaux de mouton, du soufre brut, et environ 200.000 quintaux métriques de houille provenant des mines de Graissessac, Carmeaux, Alais, Aubin, et de l'Angleterre (500 quintaux.). Le département ne possède qu'un seul port, celui de la Nouvelle. Le mouvement de ce port, qui aurait pu rendre de grands services au commerce si la passe qui y conduit n'avait pas une tenue qui varie de 4 mètres 1 mètre 50, a été en 1877, de 313 navires (10.100 tonnes) à l'entrée, et de 55 navires (2.591 tonnes) à la sortie. Il est éclairé par deux phares.

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