Entête Si Chalabre m'était conté

De bondissement en rebondissement

1905 à 1919

L’année 1905 est là. C’est l’hiver avec sa rigueur et son manteau blanc. Le froid s’installe. Pourtant, l’année s’annonçait comme chaude. Il fallait voter pour le conseil municipal. Pour le premier de l’an, chacun y allait de ses vœux, la prospérité, le bonheur, l’argent, et tout ce qui est bien pour tout un chacun.
La période festive terminée, la trêve fut rompue.
Le dimanche 29 janvier, malgré le froid deux personnes discutent sur le cours de la treille, (Colbert). Le premier était le docteur Laffitte, maire de la ville, et l’autre était monsieur Anduze. D’autres individus déambulaient en distribuant des papiers, sous forme de tracts, avec à leur tête le pharmacien de la place Rascol (adjoint au maire). Le préparateur en officine, « chef des culs blancs », crut bon d’apostropher le toubib, qui discutait avec un autre « cul rouge ».
Le ton était monté très haut, pour en arriver presque à la gifle.
Le mercredi 1er février, un tract circule avec des mots gras qui volent dans les airs.
« Un bouledogue, qui se dit de la suite du docteur Laffitte, a cru devoir mêler ses aboiements à la conversation que j’entretenais avec monsieur le maire de Chalabre.
Le public Chalabrois aurait gagné à ce qu’il fût tenu en laisse. Je dis le public Chalabrois, car cet animal apocalyptique est aussi dangereux pour les siens que pour ses adversaires. Dans sa rage impuissante, il ne respecte personne : famille, amis, tout lui est bon pour y déverser sa bave.
Sans remonter aux temps des Romains, je suis documenté sur ce représentant de la gente canine. Sa lâcheté égale son insolence. Ce Rodin de laboratoire, cette personnification de l’ordure n’a pas osé signer les petites saletés qu’il a fait distribuer dimanche dernier.
Si ses amis veulent continuer à servir de cible à ce personnage, libre à eux. Quant à moi qui ne veux polémiquer qu’avec des gens propres, je lui déclare que s’il aboie de trop près, je le châtierai comme il conviendra ».
Signé : Emmanuel Anduze

Le dimanche 5 février 1905, le marchand de pilules était avec son équipe dans les rues pour distribuer un autre trac, la réponse au précédent.
Chalabre le 5 février 1905
« Le sieur Emmanuel Anduze nous adresse un factum ordurier, œuvre d’un ignoble voyou.
Pris à partie, à deux reprises différentes, par cet individu, nous avons cru devoir lui répondre.
La riposte n’a pas été de son goût.
Par des injures et des grossièretés, il essaye de nous intimider et de nous salir.
Libre à lui de remuer la fange et la boue ; qu’il continue à barboter dans l’ordure, ce milieu lui convient. Nous ne le suivront pas dans cette voie et ne lui ferons plus l’honneur d’une réponse. Je me permets cependant de le prévenir, que, si jamais, il lui prend envie de mettre ses menaces à exécution, je lui servirai un remède de ma préparation, qui le guérira pour longtemps de sa fantaisie de châtier les gens.
Il parait qu’il est documenté sur mon compte. Par qui peut-il l’être, lui, nouveau venu dans Chalabre ? Par des misérables, qui me connaissent bien depuis près de trente ans, et qui n’ont jamais osé formuler eux-mêmes le moindre reproche à mon égard.
Ces tristes personnages s’abritent derrière un paravent, pour cacher leur lâcheté et mettre leur responsabilité à couvert. Leurs polissonneries ne sauraient nous atteindre.
Ces mouchards, capables de toutes les infamies, n’inspirent que du mépris et du dégoût ».
Signé Henri Rascol.

Les élections devaient avoir lieu en fin d’année, et déjà les tracts fusaient. Il n’était pas rare de voir pratiquement tous les jours un match de boxe.
Mais pour se rafraîchir les idées, comme les bains étaient fermés, il fallait trouver une autre solution. La municipalité proposa le 3 mai 1905, pour toutes les personnes qui en feraient la demande, la distribution de l’eau chez elle. La ville était déjà bien pourvue de ce coté là.
Le tarif était le suivant :

Il s’agit d’une eau de source pure et limpide, la même que nous buvons aujourd’hui avec le chlore en moins. De plus, le prix n’était pas le même !
Début juillet, une autre passion anime le village. Quelques nantis, au volant de leur auto, font de la chasse à l’homme. Ce fut le cas de Rascol qui, à maintes reprises, fut agressé par la bagnole.
C’était Anduze ou Amiel qui faisait mumuse. Le conseil considère que les accidents graves sont souvent occasionnés par les vitesses exagérées des automobiles, voitures et bicyclettes. Ce qui constitue un danger permanent pour la population, en particulier les vieillards et les enfants. Aussi, le 12 août 1905, le conseil arrête que : la vitesse maximum autorisée sera de 6 kilomètres à l’heure !
Le 21 juillet 1924, elle passe à 10 km/h.
Le 18 juin 1929, elle est de 15 km/h.
Et, depuis 1971, elle est toujours en vigueur : 45 km/h.

L’élection municipale :

Le dimanche 8 octobre1905, c’était le 1er tour de scrutin. Comme il y avait plusieurs listes, il y eut 10 conseillers en ballottages, ce qui déplu à certains, s’en prenant à l’opposition. Une partie de gifle s’en suivie avec l’urne qui passa par la fenêtre, et les bulletins aussi.
Tout était à refaire.
Le dimanche suivant, le 15 octobre, pour l’ouverture du bureau, comme c’était la saison des châtaignes, elles commencèrent à être distribuées. La bagarre éclata, violente. L’urne toute neuve fut brisée et « resquitta » en petits morceaux. Les vitres furent brisées. L’hôtel de ville fut transformé en ring. Dans les rues, on assistait à un énorme pugilat. Les gendarmes ne pouvaient rien faire par leur nombre nettement inférieur, et les chevaux moins stupides que l’homo sapiens refusèrent l’affrontement.
Le sous préfet André Bouffard en réfère au chef du département, le préfet, François Joseph Bonaventure Ramonet.
Le dimanche suivant, le 22 octobre, à l’ouverture du bureau de vote, surprise ! La troupe et le renfort de gendarmerie, arrivés la veille, étaient en place, avec comme ordre de ne jamais quitter des yeux cette fameuse urne. Le soir, pour le dépouillement, avec les partis en présence, l’urne fut amenée à la préfecture, pour y être dépouillée.
Le préfet donna les résultats. Furent élus : Laffitte Osmin, Tournié Jean Jacques, Rascol Henri, Garrouste Dominique, Fabre Prosper, Debosque Aloye, Combes Raymond, Ballé Jean Batiste, Jean Edmond, Raynaud Henry, Magna Antoine, Villeneuve Jean, Escande Antoine, Loutre Gérard, Bruneau Lazare, Bézard Elavio décédé.
Le préfet ne veut toujours pas entériner le résultat, tant que le maire et l’adjoint ne furent pas nommés. Il organise le premier conseil municipal dans les locaux Carcassonnais. A l’aube, à 6 heures du matin, avec les croissants, Rascol fut le maire et Combes Raymond l’adjoint.
Le maire sortant Laffitte n’avait pas pris de position pour le 1er magistrat. Il resta au conseil. Tournié, le conseiller d’arrondissement, (comme en 1895 et 1910, par manque de candidats) ancien maire lui aussi, avait été mis sur ce coup en ballottage. Il était à l’origine des bagarres. Le nouveau maire Rascol, qui prépare des décoctions, va avoir un autre ennemi. Amiel Jean va lui faire des niches et lui écrire des lettres et des poèmes en patois.
Rascol prit sa fonction le dimanche 5 novembre. Pendant longtemps, les comptes-rendus de conseil portèrent la mention : Elavio Bézard décédé. Il avait rejoint le cimetière quelques jours avant le 1er tour. La partie adverse demandait à Rascol de le sortir de la liste. Le pharmacien ne voulut rien savoir. « Il est sur la liste, il sera élu avec nous ». Ce qui fut fait !
C’était par lui qu’était arrivé les problèmes de l’eau, refusant l’expropriation et l’exploitation par la municipalité, faisant perdre l’élection au maire Tournié. Il fut, sans rancune, élu par les électeurs de Chalabre. Comme conseiller municipal, il ne fut pas loquace et surtout pas contestataire.
Mais, grâce à lui et à l’opiniâtreté de Rascol, nous sommes la seule ville en France à avoir élu un mort.

pierre tombale de Rascol

Le fait aurait pu se reproduire, lors des élections municipales de 2008. Le maire dans un mouvement de bonté m’avait déclaré décédé dans la liste de révision des inscrits. Une manière comme une autre de faire taire un opposant. A contrario, je ne fus pas élu !
Le 20 novembre, les inventaires des biens du clergé s'achèvent.
La loi de la séparation de l’église et de l’état fut proclamée le 9 décembre 1905.
La loi met fin à la notion de culte reconnu, et fait de l’église des associations de droit privé.
Article 1 : la République assure la liberté de conscience.
Elle garantit le libre exercice des cultes.
Article 2 : la République ne salarie, ni ne subventionne aucun culte.
Notre député Dujardin-Beaumetz vota cette loi.
La municipalité décida d’agrandir et de moderniser les écoles des filles et des garçons, lors du conseil municipal du 23 octobre 1906.
La loi de séparation des Églises et de l'État entra en vigueur le 11 décembre 1906. L'auditeur de la nonciature du Vatican à Paris, considéré comme un "agent secret du Saint Siège", fut expulsé. La loi prévoyait que les biens pourraient être attribués aux catholiques, qui se seraient constitués en association. Le clergé y était totalement opposé sur le principe.
Le 2 janvier 1907, une loi prévoyait que les édifices de cultes, non réclamés par défaut d'associations, ou liés par un contrat entre les autorités laïques et religieuses, seraient repris par l'État et les communes. Le pape Pie X condamna cette loi. En revanche, le 30 janvier, l'épiscopat déclara accepter cette loi, mais demanda en contrepartie des garanties pour la permanence et la "sécurité morale" du service religieux. Le 28 mars, une loi assimilant les réunions cultuelles aux réunions publiques fut adoptée, ce qui régla le conflit entre l'Église et l'État, en garantissant la liberté du culte.
Le 1er avril 1907, les vignerons, aux cours des meetings, dénoncèrent la mévente du vin. En juin, le mouvement des vignerons prit une tournure insurrectionnelle. Il y eut 500 000 manifestants à Montpellier. Des bagarres éclatèrent le lendemain à Narbonne. Deux leaders apparaissent, Marcelin Albert et le maire socialiste de Narbonne, le docteur Ernest Ferroul, qui démissionna le 10 juin, déclenchant une grève municipale suivie par des centaines de communes de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales. Clémenceau craignît une paralysie administrative. Le 17 juin, le gouvernement engagea des poursuites contre les dirigeants. Le docteur Ferroul fut arrêté, après avoir fait arborer le drapeau noir sur la mairie. Le 20 juin, 6 manifestants furent tués. La préfecture de Perpignan et la sous-préfecture de Narbonne furent à leur tour incendiées. Le 21, à Béziers, les militaires du 17ème, composé de natifs de la région, refusèrent de tirer sur les manifestants. Ils furent envoyés à Gafsa en Tunisie. Le 29 juin, la loi interdisant la chaptalisation fut votée. La chaptalisation consiste à ajouter du sucre au moment de la fermentation, ce qui a pour effet d’augmenter le degré alcoolique et permet d'ajouter de l'eau, qui serait à l'origine de la surproduction. L'agitation se calma peu à peu et des non-lieux furent décidés pour les dirigeants.
Notre député Dujardin-Beaumetz prit cause pour le gouvernement. Cette position ne lui sera jamais pardonnée. Clémenceau ordonnera que tous les soldats du sud soient envoyés en première ligne, pendant le conflit de la première guerre mondiale.
Sous la pression du député, sous secrétaire d’état à la culture, le conseil municipal demanda aux monuments historiques, le 6 juin 1907, de classer le clocher de l’église Saint Pierre.
Par arrêt du 13 juillet 1907, le clocher de l’église Saint Pierre fut classé monument historique par le ministre du commerce et de l’industrie Gaston Doumergue. Le ministre de l’éducation publique et des beaux-arts était Aristide Briand, avec Dujardin-Beaumetz comme sous-secrétaire d’état.
Le 10 avril 1908, le texte de la loi sur la dévolution (la confiscation) des biens du clergé fut voté, les églises devenant la propriété des communes.

Les commerces en 1908 :

Bouchers :
Gasc, Cassaigne, Amouroux, Désarnaud.
Boulangers :
Mèche, Pomiés, Joseph Laffont, Joffres, Benet, Picateau.
Bourreliers selliers :
Rizet, Estève.
Cafés :
Ferrand, Arnou, F. Ferrand, Peille, Cazeneuve, Arsens, Tichadou.
Chapeliers :
Debosque frères, Girard, Garrouste fils, Salva, Combes, Abrial.
Charron forgeron :
Amat.
Chaux ciments briques et tuiles :
Duhamel.
Coiffeurs :
Laffont, Authié, Sylvestre, Noy.
Cordiers :
Alzieu, Fournès.
Cordonniers :
Magna, Gaches, Vidal, Taillefer, Raspaud.
Docteurs médecins :
Laffitte, François, Mazet, Limouzy.
Droguistes :
Rascol, Lasserre.
Engrais :
Rascol.
Engrais de Saint Gobain :
P. Vidal.
Entrepreneurs :
Duhamel, François, Authié.
Epiciers :
Fourcassa, veuve Boubès, Bergeaud, veuve Loutre, Duhamel, veuve Bacabe, Bénet Maria, L. Epargne.
Ferblantiers lampistes plombiers :
Lasserre, Mir ;
Electricité :
le marquis de Mauléon.
Farine :
Cazeneuve.
Fruits et primeurs :
veuve Combes, Piron, Coste.
Horlogers bijoutiers :
Bosc, Vidal.
Hôtel restaurants :
veuve Courrent, Mèche.
Instruments agricoles :
Vidal, Lagrange.
Jardiniers :
Bousquet, Garros, Ferrier.
Journaux :
P. Vidal.
Laines :
Garroutes, Calmet.
Libraires papetiers :
Serrus, P. Vidal.
Maçons :
Terret Pierre, Authiè, Duhamel, François Pierre, Bez Pierre.
Maréchaux ferrant :
Jau, Vassal.
Menuisiers :
Cavaillès, Calmet, Aussenac, Guitard, Terret Paul.
Mercier :
Serrus.
Minotier :
J. Cazeneuve.
Modes et robes :
V. Sylvestre, Mir, Jammes, Boussioux, Laffont.
Nouveautés toilerie bonneterie :
Loubet, Tichadou.
Pâtissier confiseur :
veuve Boulbès François.
Pharmaciens :
Rascol Lasserre.

Une loi en 1909 obligea les communes de prendre en charge les enterrements. Le 21 juillet 1909, le conseil municipal de Chalabre, devant un fait accompli, décida d’acheter pour 530 francs un corbillard à Toulouse. Ce corbillard restera en service jusqu’en juillet 1961, puis sera remplacé comme la mule par un véhicule automobile.
Cette année-là, un autre problème récurrent existe, l’électricité. Le lendemain de la toussaint, la fée électrique disparut. Chalabre était dans le noir. Cela dura 15 jours. Le conseil avec Rascol, le maire, demandèrent des explications au concessionnaire. Celui-ci prétexta la sécheresse, qui privait le canal et l’usine électrique de l’eau nécessaire pour l’alimentation des turbines.
De Mauléon, puisque c’est de lui qu’il s’agit, dit ne rien pouvoir faire, et que, peut-être, en augmentant la redevance, la production pouvait repartir. Le conseil lui demanda de respecter le cahier des charges, le priant de produire.
Le châtelain fermait la vanne au grand gravier, privant le canal de son eau. Il nous faisait l’arnaque régulièrement, privant la ville de lumière pendant 15 jours.
Les industriels rouspétaient. C’étaient eux les plus touchés.
En 1910, Dujardin-Beaumetz remettait son mandat de député en jeu. Pour la première fois, il dut faire campagne. Pendant 20 ans, il avait été élu sans souci, ni propagande. Cette fois, le contexte n’était pas le même. Il avait pris position contre les vignerons en 1907. Et, maintenant, c’était les chapeliers d’Espéraza qui étaient en grève. Il avait soutenu la répression du gouvernement. Les électeurs le sifflèrent et hurlèrent pendant ses discours. Les réunions se transformaient en grosses cacophonies.
A Chalabre, il fut obligé de quitter la halle sous les huées, pour terminer sa harangue au café de la paix, le siège des « culs rouges ».
Mais, c’était sans compter avec l’opposition, les « culs blancs », dont le siège était au café Cazeneuve (actuellement maison de la famille Montoro) à l’angle du cours Colbert et de la rue portail d’Avail. A leur tête, se trouvait le pharmacien Rascol maire de la commune. Leur clique (leur musique ou leur fanfare) était de sortie ce soir-là, faisant un « ramdam » pas possible, avec pour seul but que le député sous-secrétaire d’Etat ne puisse se faire entendre. L’objectif fut atteint. La musique faisait le tour du pâté de maison cours Colbert, rue de la Grand poste (aujourd’hui rue du presbytère).
Le lendemain, Amiel, le futur maire, adversaire du moment, donna des sous aux enfants pour acheter des pétards, à la condition d’en faire « péter » quelques-uns dans la pharmacie du maire. Celui-ci prendra, plus tard, un arrêté interdisant la propagation et l’utilisation desdits pétards. De temps en temps, le « marchand de pilules » « pesquait » un gamin et lui administrait une paire de « bouffes ». Le soir, en sortant de l’usine, le père passait à l’officine et rendait la monnaie de la pièce. Le pauvre maire ne savait où donner du poing. Chalabre était une sorte de boxing-club. La « clique » des « culs rouges » sortait régulièrement les soirs de réunion du conseil municipal. Elle remontait le cours d’Aguesseau, descendait le cours National (Joseph Raynaud), et faisait l’aubade à la mairie. Plus personne ne s’entendait parler. La séance devait être levée.
Le maire, par décision du conseil, autorisa alors « sa clique » à répéter deux fois par semaine, dans la rue Grand poste, devant la maison Laffite et derrière le Café de la Paix, siège de la gauche et de la famille Amiel, les gens de l’opposition.
Au fil des mois les « cliques » prirent l’habitude, toujours deux fois par semaine, de répéter. Cela se terminait par une sortie. La rencontre des adversaires donnait lieu sur le cours National à un énorme pugilat. Le gagnant ? L’équipe la moins « beurrée au noir ». Mais pas la démocratie.
Le sous-préfet Louis Auguste Julien Marie Piettre, nommé le 22 novembre 1910, s’inquiéta du climat malsain, qui régnait à Chalabre. Il en référa au préfet. 2 ans plus tard, Paul Jules Emile Second, nommé préfet le 1er décembre 1912, après avoir tenté de négocier, décida d’envoyer la force publique. Rien n’y fit. C’est la première guerre mondiale qui mit fin aux hostilités municipales.
Malgré cette campagne houleuse, notre député est réélu le 24 avril 1910, au premier tour de scrutin.
La municipalité avait prise, le 29 juin 1910, un abonnement annuel à la sacem pour 20 Fr.
Celui-ci décida, ce même jour, pour 400 francs de faire passer à Chalabre l’autobus de Mouline, qui faisait la ligne Espéraza-Balesta, et passait à Puivert.
L’an 1911, les vaches de Salles furent abattues. Elles avaient contractées la tuberculose.
Le bruit circulait depuis un moment, en plein hiver, malgré le froid, le vent, et entre deux chutes de neige. Voilà que le 15 février 1912, un aéroplane vint à Chalabre y faire un meeting. Brindejonc des Moulinais atterrit dans la plaine de Saint Antoine, jouxtant la voie ferrée et la nouvelle route de Sainte-Colombe. L’équipe de Rascol venait de frapper un grand coup médiatique.
L’an 1911, le sieur Lagrange vendit sa propriété. Il y avait, dans la grande maison, la caserne de gendarmerie. La baraque fut démolie, et un château prit la place de la caserne. Nos gendarmes gardaient leurs chevaux dans les écuries impériales.
La caserne fut transférée dans la maison Manau, où les Chalabrois ont connu les locataires, en la famille Mazon.
Nos gendarmes se plaignirent en 1913 des inondations, en bordure du blau. La crue était remontée par les latrines, un fait qui arrivait régulièrement.
Ce n’est qu’en 1920 qu’ils déménageront, mais pas encore de manière définitive.
Lors du conseil municipal de 21 mai 1912, le maire Rascol, prétextant des plaintes, fit voter l’interdiction d’utiliser des Pétards.
Ce n’était pas les gens qui se plaignaient, mais notre maire en personne, qui, depuis deux ans, subissait les assauts des jeunes gens avec leurs pétards.
Notre maire en contrepartie autorisa à jouer du clairon ou du tambour, tous les lundis à 20 heures, dans une rue choisie par lui, la rue de la grand poste, (la rue du presbytère) où vous vous doutez bien que l’opposition habitait, comme le clan Amiel et Anduze, ainsi que le café de la paix. Victime de son succès, il autorisa 3 jours par semaine.
Le café de la paix était le siège des « culs rouges »
Le café Caseneuve était celui des « culs blancs ».
Chaque équipe avait ses partisans et sa musique. Les uns épiaient les autres, et vice versa. Quand une équipe pointait le museau dehors, les autres en faisaient autant.
Les blancs partaient vers la mairie, et les rouges vers le bassin.
La rencontre s’effectuait régulièrement sur le cours national, laissant les instruments de musique au sol sans la moindre garde, à noter que les instruments n’ont jamais souffert d’exaction. On respectait le matériel. Mais, les bagarres étaient belles. Cela se comptait aux points de suture.
La toiture de la halle menaçait de tomber. Le conseil vota le 27 août 1912 pour sa démolition. La reconstruction fut estimée à 16.000 francs. Cependant, de Mauléon refit des siennes. La fée électricité avait disparue. Le conseil, réuni le 5 septembre 1912, lui donna généreusement 15 jours pour que tout rentre dans l’ordre.
Le préfet Paul Jules Emile Second ordonna au maire de faire arrêter tout ce tapage.
Le 18 février 1913, Raymond Poincaré prit la présidence de la république. Il avait été élu le 17 janvier 1913.
Le maire Rascol, pour abonder dans le sens du préfet, avait interdit, le 20 février 1913, toutes sortes de manifestations et attroupements, interdisant aussi les carnavals, les mascarades, et les musiques dans les rues et la place publique.
Pour la musique, dans les rues, c’étaient ses amis militants et sympathisants, qui jouaient avec son assentiment. Les carnavals étaient l’œuvre de l’opposition, et en particulier d’Amiel. Malgré l’arrêt, ils continuèrent. La grande guerre mit malencontreusement de l’ordre dans le village.
Le 17 mai 1913, est créé à Chalabre la société « le bataillon du Kercorb », dont le siège est cours Daguesseau, (actuellement place François Mitterrand), ayant pour but de développer les forces physiques et morales, par l’emploi rationnel du tir, de la gymnastique et des sports.
Les statuts de l’association sont transmis en double exemplaire, le 17 mai 1913, à monsieur le sous-préfet, qui fera circuler à monsieur le préfet le 27 mai 1913.
La parution dans le journal officiel sera effectuée le 24 juin 1913.

Composition du bureau :

Président :
Jean Amaury Hyacinthe de Mauléon Narbonne Nébias.
Propriétaire né à Chalabre le 5 mars 1890.
Vice président :
Henri Mèche commerçant.
Secrétaire :
Julien Cosma instituteur.
Trésorier :
Joseph Rouzeaud charpentier.
Membre conseiller :
Louis Garrouste industriel.
Laurent Cayrol commerçant.

Archives départementales de l’Aude 4 MD 289/319
L’association a eu comme activité principale la préparation militaire et le maniement des armes, avec des bâtons en guise de fusils. Pour cause de guerre, cette association n’a pas eu le loisir de s’exprimer. Elle périclite d’elle-même, du fait que les jeunes incorporés sont représentés par beaucoup de morts.
Le 31 juillet 1914, il s’agit de l’assassinat de Jean Jaurès.
Le 3 août, l’Allemagne déclare la guerre à la France et la Belgique.
Les hommes partirent la fleur au fusil. Un grand nombre ne reviendra pas.
Les 19 et 20 décembre 1917, Chalabre était inondé.
Un bilan fut fait avec une liste nominative des habitants, ayant subi des dégâts.
Les subventions affluèrent de partout :
10.000francs du ministre de l’intérieur, Jules Pams.
9.000 francs du ministre de l’agriculture Victor Boret.
4.000 francs du préfet, Paul Jules Emile Second.
500 francs du sénateur Maurice Sarraut
500 francs de l’indétrônable conseiller général, Bonnail. Il doit détenir le record de longévité, quoique Jean Tisseyre n’est pas mal non plus.
Une liste de nécessiteux fut dressée avec les estimations des pertes. Bizarrement, les noms et les montants alloués changent, suivant qui fait la liste. Certains perçurent 2 fois l’indemnité. La mairie n’était pas en reste grâce à Rascol, le préparateur pharmacie, qui portait lui-même chez l’habitant 200 grammes ou 500 grammes, voir aussi pour les plus aisés 1 kilogramme. C’était fortifiant de l’eau et du sucre !
A la demande des vétérans des armées de terre et de mer, la mairie ouvre un dossier et lance une souscription pour un monument commémoratif, dont le texte dit cela :
« Honneur aux morts ! La section des vétérans de Chalabre, après entente avec la municipalité, est certaine d’ailleurs de répondre aux vœux de la population, et a formé le projet d’élever par souscription un monument aux enfants de Chalabre, morts pour la France.
C’est pour tous une obligation morale des plus impérieuses de témoigner notre reconnaissance à ceux qui, par le sacrifice de leur vie, ont tant contribué à sauver le pays et à assurer la victoire.
Nous aurons à cœur de les glorifier et de perpétrer leur souvenir.
Nous aurons à cœur de remplacer leur tombe absente par un tombeau symbolique, où leur nom sera inscrit, et au pied duquel les parents affligés auront du moins la consolation d’apaiser leur douleur dans la piété et le recueillement.
Ce monument sera l’objet de notre vénération. Nous y viendrons souvent en pèlerinage, pour affirmer le culte de la patrie et honorer la mémoire de ceux qui sont morts pour elle.
Les vétérans de 1870 viendront y déposer la palme du souvenir et rendre hommage à leurs vaillants camarades, qui les ont si bien vengés.
Les jeunes gens viendront y puiser un exemple élevé, et fortifier leur résolution d’être toujours braves, toujours loyaux, et de défendre qui sont le devoir, l’Honneur, et la Patrie.
Nous avons la confiance absolue que la population de Chalabre s’associera à notre œuvre, et que tous, sans exception, apporteront leur obole, pour nous permettre d’élever à nos chers morts un monument digne de leur glorieux martyre.
Fait à Chalabre le 30 avril 1919 par le président Olive.
Les souscriptions seront reçues tous les jours (dimanche excepté) de 11 heures à midi :
Par le commandant Olive à son domicile.
Par monsieur Espardellier à la mairie.
Par monsieur Courrent à l’hôtel de France.
Les sommes versées seront centralisées par le trésorier monsieur Espardelier.

Les vétérans des armées de terre et de mer :

Pour le Comité d’honneur :

Pour les Membres d’honneur :
Toutes les veuves, les pères et mères des enfants de Chalabre morts pour la France.
Les officiers en activité, ou démobilisés originaires de Chalabre, ou qui y ont domicile.
Les soldats mutilés et décorés de la médaille militaire et de la croix de guerre avec palmes, Louis Authié, Albin Bourrel, Philippe Barrière.

Pour le Comité actif :

Le Président :
le commandant Olive Antonin.
Le Vice-président :
le docteur Laffitte Osmin.
Le Trésorier secrétaire :
Espardellier Amédée.
Le Trésorier adjoint :
Courrent Joseph.
Le président de la société de secours mutuels de Chalabre,
Garrouste Dominique

Pour les Membres :
Les conseillers municipaux, les délégués du conseil municipal, les pères de militaires tombés au champ d’honneur, Villeneuve Jean, Barrière Jacques, Rouzaud Jean Baptiste.
Les pères de militaires tombés au champ d’honneur, Calmet Pierre, Duhamel Dominique, Fournié Louis.
Décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre avec palme, Fauré Joseph.
La liste des noms se trouve inscrite sur le socle du monument à la face Nord.

Liste des noms inscrits sur le socle du monument à la face Sud

Liste des noms inscrits sur le socle du monument à la face Sud


Face nord

Face nord


Le Monument aux morts :

Celui-ci est situé dans le square sur le chemin du cimetière.
La description consiste pour :
Le socle d’être mouluré à emmarchement de plan rectangulaire, supportant une statue en marbre.
Les plaques d’inscription qui reposent sur le socle sont en marbre.
Et la grille d’entourage est en fer forgé.
Les dimensions correspondent pour :
La hauteur à 4,20 mètres
La Largeur à 3,30 mètres
La Profondeur à 2,80 mètres.
L’iconographie représente une figure (une femme en pied, une allégorie)
La femme est drapée, représentant la France, déposant de la main droite une couronne de laurier sur une stèle, et tenant sur sa gauche un faisceau de licteur dont la hache est ornée d’une tête de bélier.
La signature est gravée sur la base de la statue, sur la face principale, Jean Magrou.
Au-dessous, en face principale, sur la plaque de marbre, une dédicace est gravée :
Chalabre à ses enfants victimes de la guerre 1914-1918, 1939-1945.
Il manque un parterre de fleurs entre l’emmarchement et la grille d’entourage, recouvert de dalles cimentées.
C’est une propriété publique, non protégée par les monuments historiques.
Magrou Jean Marie Joseph avait été préféré à Manau, car ce dernier au moment de la déclaration de la guerre 14-18, était parti se réfugier en Argentine. De retour à la fin du conflit, avant les derniers libérés, il bravait les soldats pas encore démobilisés. Les Chalabrois ne supportaient plus son insolence et lui demandèrent de partir, de quitter la ville.

statue

Le maire Rascol demanda, à la séance du 26 octobre 1919, à la direction des postes qu’elle effectua une distribution le dimanche matin. Depuis le 10 octobre, il y avait plus qu’une seule arrivée par jour à 8 heures du soir, ce qui faisait que celle du samedi était distribuée le lundi, chose inadmissible pour le commerce local. Le maire n’obtiendra pas gain de cause.
A la même séance, une somme de 300 francs fut allouée pour fêter le 1er anniversaire de la victoire du 11 novembre 1918, qui n’était pas encore jour férié.
Les élections du 30 novembre vont tout changer.
Les élus sont : Garros Joseph, Salvat Henri, Théron François, Amat Camille, Long Charles, Jean François, Raynaud Louis, Amiel Jean, Lagrange Donadieu, Arnou Eugène, Tourtrol Eugène, Audouy Pierre, Rivière Joseph, Vié Frédéric, Bauzou Paul, Claverie Alfred.
Le nouveau maire est Amiel Jean. Il nomme Salvat Henri adjoint

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