Entête Si Chalabre m'était conté

Danjou - La bataille de cameron (suite)

ÉPISODE DE LA GUERRE DU MEXIQUE

Texte paru en 1878, dans la revue des deux mondes

Parler de l'expédition du Mexique aujourd'hui, c'est la condamner. L'or et le sang de la France furent gaspillés en pure perte.
Nos arsenaux furent vidés jusqu'à l'épuisement.
Il y eut la retraite précipitée de nos troupes au premier signe du mécontentement des États-Unis, la mort tragique de Maximilien d'Autriche notre protégé, et la ruine de tant de braves gens qui sur la foi des discours officiels avaient cru à la solidité des valeurs mexicaines.
Ce fut les conséquences trop tôt vérifiées d'une folle entreprise, qui nous laissait affaiblis désormais en face de notre véritable ennemi, jusqu'à la défection de l'homme qui s'y était acquis richesses et honneurs.
Tout cela, pour nous, résume une des plus douloureuses pages de notre histoire.
Il ne faudrait pas pourtant dépasser la mesure, et, par un sentiment exagéré, payer d'ingratitude ceux qui, tous les premiers, victimes des faux calculs d'une politique d'aventure, allèrent par-delà les mers soutenir l'honneur du nom français.
Partis au nombre de quelques milliers, chargés de conquérir et d'occuper à eux seuls la surface d'un pays cinq fois plus grand que le nôtre, ayant à lutter tous ensemble contre les surprises d'un climat meurtrier et les embûches des guérilleros, nos soldats furent au Mexique ce qu'ils avaient été en Afrique, en Crimée, et en Italie, inaccessibles à la crainte, aux fatigues et aux privations.
Lorsque l’on feuillette les bulletins militaires, on ne trouve pas un jour dans cette longue campagne de quatre ans, qui n'ait été témoin d'un ou plusieurs combats, souvent heureux, mais parfois contraires, car livrés d'ordinaire à la suite de marches écrasantes ou contre des forces dix fois supérieures.
Il y eut là, sur cette terre lointaine, des prodiges, inouïs de valeur, de constance, et de dévouement à la patrie et au drapeau.
Un souffle d'héroïsme semblait avoir passé dans tous les rangs.
Et, un tel fait d'armes à peine connu, comme la prise du Borrego ou la défense de Camaron, aussi glorieux que Mazagran, et non moins beau que les Thermopyles, (du grec qui veut dire : porte chaude), mériterait de devenir légendaire dans notre jeune armée.
L'armée française venait de lever le siège de Puebla, et s'était repliée sur Orizaba, serrée de près par les troupes victorieuses.
Cette ville est dominée par le Cerro del Borrego, autrement dit la montagne de l'Agneau, haute de 400 mètres environ et si abrupte, qu'on n'avait pas crue d'abord nécessaire de l'occuper.
Dans la soirée du 13 juin seulement, une des deux compagnies du 99ème de ligne, placées en avant-garde de ce côté, reçut l'ordre de s'en emparer au plus tôt.
Mais, déjà un corps de 3 000 ennemis, tournant par les bois, avait gravi la position et s'y était retranché avec quelques pièces d'artillerie.
A minuit, le capitaine Détrie commence l'escalade.
Les ténèbres étaient si épaisses qu'on ne distinguait rien à deux pas.
Les hommes, sac au dos et dans le plus grand silence, grimpaient à la file, en s'aidant des pieds et des mains, le long de ce mur à pic, qui, même en plein jour, avait paru inaccessible.
Enfin, après des efforts surhumains, ils touchaient au premier palier du Cerro, quand une décharge imprévue, partie des broussailles, leur révéla la présence de l'ennemi.
Détrie fît mettre sac à terre et entraîne sa petite troupe à la baïonnette.
En même temps, pour tromper l'ennemi sur ses véritables forces, il ordonne à ses deux clairons de sonner sans relâche.
Lui-même, enflant sa voix, il feint d'avoir à commander tout un corps d'armée imaginaire.
Il appelle les officiers par leurs noms, les bataillons par leurs numéros, et les lances en masse à l'assaut.
Les Mexicains reculent en désordre.
On les poursuit. Mais, à mesure qu'on avance, ils se reforment et réapparaissent plus nombreux.
Pendant plus d'une heure, on lutte ainsi pied à pied.
Mais, il est à craindre que l'ennemi, s'apercevant enfin de notre petit nombre, ne parvienne à nous encercler.
Détrie arrête ses hommes, les embusque et leur recommande de rester en place sans tirer.
Le bruit du combat a, sans aucun doute, attiré l'attention des nôtres, demeurés dans le bas.
Et, l'on peut compter sur un prompt secours.
En effet, vers trois heures et demie du matin, arrive l'autre compagnie commandée par le capitaine Leclère.
Et, toutes les deux réunies reprennent l'offensive.
En vain, les mexicains reviennent deux fois à la charge, et font pleuvoir sur les assaillants un feu terrible.
Délogés de toutes les crêtes et attaqués au corps à corps, ils lâchent pied et se dispersent.
Saisi de panique à son tour, le gros de leurs troupes, qui campait dans la plaine, s'empresse de lever le siège.
140 soldats français avaient mis en fuite une armée. Cette surprise coûta aux vaincus 300 tués ou blessés, dont un grand nombre d'officiers supérieurs, 200 prisonniers, trois obusiers de montagne, trois fanions et un drapeau.
Nos pertes ne dépassaient pas 6 morts et 28 blessés.
Le capitaine Détrie, qui, par sa vigueur et sa présence d'esprit, avait décidé du succès, fut, en récompense promu chef de bataillon.
Nommé capitaine tout récemment, il portait encore sur sa tunique, en montant au Borrego, les simples galons de lieutenant.
A Camaron, le dénouement ne fut pas aussi heureux pour notre armée.
Mais, il est des échecs qu'on ne donnerait pas pour des victoires !
J'ai eu l'honneur de connaître un des rares survivants de cette affaire.
Quarante-cinq ans environ, la taille plutôt petite que moyenne, le teint bistré, les yeux petits et vifs, les traits ouverts, énergique dans les gestes, cette allure un peu brusque que garde toujours l'ancien militaire sous l'habit bourgeois, tel est au physique le capitaine Maine, aujourd'hui en retraite.
Sa joue est marquée d'une balle, qu'il reçut en Crimée et qui lui fait comme une large fossette.
À la rosette d'officier, ornant sa boutonnière, sans peine, on reconnaît qu'il a dû passer par de rudes épreuves.
Souvent prié de nous raconter l'épisode de Camaron, il s'y refusait toujours, non par fausse modestie sans doute.
Mais, ce souvenir, disait-il, si honorable qu'il fût, ne laissait pas de lui être pénible.
Un soir pourtant, comme nous le pressions, il dut céder à nos instances, et c'est son récit, religieusement écouté, que j'ai essayé de reproduire.

Synthèse de présentation des combats de Jean Louis Lande.

Uniformes de la légion

I.

Nous faisions partis des renforts de toutes armes, envoyés à la suite du général Forey, après l'échec de Puebla. Le régiment étranger, qui avait fait si souvent parler de lui en Algérie, allait trouver au Mexique de nouvelles occasions de se distinguer.
Sitôt débarqués, nous avions été dirigés sur l’intérieur. Notre 3ème bataillon s'était arrêté à la Soledad, à huit lieues environ de Veracruz. Les deux autres, avec le colonel Jeanningros, avaient continué jusqu'à la chaîne du Chiquihuite, en bas duquel ils s'étaient établis, tenant ainsi la route, qui de Veracruz mène à Cordova.
Le Chiquihuite est pour ainsi dire le premier gradin qui sépare les Terres Chaudes des Terres Tempérées. Vous connaissez déjà par la carte l'aspect particulier du territoire mexicain. On l'a comparé fort exactement à une assiette renversée qu'on recouvrirait d'une soucoupe, également renversée. Les deux rebords de l'assiette et de la soucoupe figureraient, l'un sur la zone des Terres Chaudes, qui comprend tout le littoral et qui s'enfonce d'une vingtaine de lieues dans l'intérieur du pays, et l’autre la zone intermédiaire, dite des Terres Tempérées. L’espace plane, situé au sommet, formerait la troisième zone, celle des Terres Froides ou hauts plateaux, ainsi que la plupart des noms de lieux au Mexique. Chiquihuite a un sens précis et signifie en langue indienne une hotte ou mannequin, comme en portent nos chiffonniers. Par sa forme, en effet, la montagne rappelle assez bien un de ces paniers retournés.
Quoi qu'il en soit, dès notre arrivée, le colonel s'était empressé d'établir, à certaine hauteur, sur les premières pentes de la chaîne, un poste d'observation. De là, on dominait une partie de la plaine et principalement Paso del Macho, le pas du mulet, où s'étendaient nos avancées. Une longue-vue, mise à la disposition des soldats du poste, leur permettait de fouiller au loin la campagne, alors infestée par les bandes mexicaines, et de signaler sans retard tout mouvement suspect.
Un mois s'était déjà écoulé sans grave incident, et j'étais précisément de garde sur la montagne avec deux escouades de ma compagnie, commandées par un sergent. Quand, le 29 avril, vers onze heures du soir, l'ordre nous vint de rallier aussitôt nos camarades, qui campaient dans le bas.
Dès que nous les eûmes rejoints, on prit le café. Et, vers une heure du matin, la compagnie se mit en marche.
Au même instant, un immense convoi militaire, concentré à la Soledad, s'apprêtait à quitter ce point à destination de Puebla, dont le second siège avait commencé depuis plus de deux mois. Nous étions chargés d'aller à son encontre pour éclaircir le terrain devant lui, entre le Chiquihuite et la Soledad.
Une belle compagnie que la nôtre, la 3ème du 1er, comme on dit à l'armée, et qui passait pour une des plus solides de la légion! Il y avait là de toutes nationalités, comme il est assez d'habitude. Dans le régiment, il y avait des Polonais, des Allemands, des Belges, des Italiens, des Espagnols, des gens du nord, et des gens du midi. Mais, les Français étaient encore majoritaires. Comment ! Ces hommes, si différents d'origine, de mœurs, et de langage, se trouvaient-ils à partager les mêmes périls à tant de lieues du pays natal. Par quel besoin poussé, par quelle soif d'aventures, par quelle série d'épreuves et de déceptions ? Nous ne nous le demandions même pas ! Mais, la vie en commun et le voisinage du danger avaient assoupli les caractères, effacé les distances. Et, l'on eût cherché vainement, entre des éléments aussi disparates, une entente et une cohésion plus que parfaites. Avec cela, tous étaient des braves, et d’anciens soldats, disciplinés et patients, sincèrement dévoués à leurs chefs et à leur drapeau.
Nous comptions dans nos rangs, au départ ,62 hommes de troupe, les sous-officiers y compris, plus trois officiers: le capitaine Danjou, adjudant-major, le sous-lieutenant Vilain et le sous-lieutenant Maudet, porte-drapeau, qui, bien qu’étranger à la compagnie, avait obtenu de faire partie de la reconnaissance. Notre lieutenant, malade, resta couché au camp du Chiquihuite. Nous portions la tenue d'été, une petite veste bleue, un pantalon de toile, et pour nous garantir du soleil l'énorme sombrero du pays en paille de latanier (palmier d’Amérique), dur et fort, qui nous avait été fourni par les magasins militaires. Nos armes, comme celles des autres troupes du corps expéditionnaire, étaient la carabine Minié à balle forcée, alors dans tout son prestige, et le sabre-baïonnette. Deux mulets nous accompagnaient, portant les provisions de bouche.
Au bout d'une heure de marche environ, nous atteignîmes Paso del Macho, sur le bord d'un grand ravin sinueux, au fond duquel coule un torrent. Ce poste était occupé par une compagnie de grenadiers sous les ordres du capitaine Saussier. Une vieille tour en ruines dominait le ravin, qui pouvait servir tout à la fois de lieu d'observation et de refuge. Nous n'y demeurâmes qu'un instant. Les officiers échangèrent quelques mots, puis se serrèrent la main. Et, après avoir franchi le torrent sur une étroite passerelle, d'un pas relevé, nous continuâmes notre chemin.
Nous suivions sur deux rangs serrés le milieu de la route. Il faisait encore pleine nuit ! Et, le terrain, fort accidenté dans cette partie, était couvert de bois et de hautes broussailles, et pouvait cacher quelques embuscades. A certains endroits, des deux côtés de la voie, s'étendaient de larges éclaircies faites dans l'épaisseur du fourré par la hache, ou dû à un incendie lors du passage d’un convoi. Quant à la route elle-même, elle n’était jamais réparée, et elle était défoncée par les pluies torrentielles de l'hiver. À cause du défilé incessant des voitures et des caissons, elle était presque impraticable. Et, il nous fallait cet instinct de vigilance, que donne l'habitude de la marche dans les pays vierges, pour ne pas rouler tout à coup dans des trous ou des ornières, profondes comme des précipices.
Au point du jour, nous approchions du village de Camaron, en espagnol écrevisse. Il tire ce nom bizarre d'un petit ruisseau qui coule à quelques centaines de mètres, et qui, parait-il, abonde en crustacés d'une grosseur et d'une saveur sans pareilles.
Comme presque tous les villages aux alentours, celui-ci était complètement ruiné par la guerre. D'ailleurs, il ne faudrait pas se méprendre sur l'importance du dégât ! Un méchant toit de chaume fort bas qui descend presque jusqu'à terre, soutenu tant bien que mal par deux ou trois pieux mal dégrossis ou quelques branches d'arbres, parfois une poignée de boue pour boucher les trous, voilà ce qui constitue l'habitation d'un indien. Et, si elle risque de s'écrouler dès qu'on a le dos tourné, du moins n'en coûte-t-il pas beaucoup pour la rebâtir. Les maisons vraiment dignes de ce nom et solidement construites sont toujours la grande exception.
Camaron n'en comptait qu'une alors. C’était, sur le côté droit de la route, un vaste bâtiment carré, mesurant à peu près 50 mètres en tous sens et construit dans le goût de toutes les haciendas ou fermes du pays. La façade, tournée vers le nord et bordant la route, était élevée d'un étage, crépie et blanchie à la chaux, avec le toit garni de tuiles rouges. Le reste se composait d'un simple mur très épais, fait de pierres et de torchis, et d'une hauteur moyenne de trois mètres. Deux larges portes, s'ouvrant à la partie ouest, donnaient accès dans la cour intérieure, nommée corral. C’est là que, chaque soir, en temps ordinaire, on remise les chariots et les mules, par crainte des voleurs, toujours très nombreux et très entreprenants dans ces parages, comme dans tout le Mexique.
Nous entrâmes. La maison était vide, et n’avait pas de meubles. Seules quelques vieilles nattes pourries et des débris de cuir gisaient à terre, laissés là par les muletiers de passage. En face et de l'autre côté de la route, il y avait encore deux ou trois pauvres constructions à demi-écroulées et désertes elles-aussi.
Au sortir du village, le gros de la compagnie se partagea en deux sections, l’une à droite, et l’autre à gauche, pour battre les bois. Le capitaine, avec une escouade en tirailleurs et les deux mulets, continua de suivre la route. Rendez-vous était donné pour tout le monde à Palo-Verde, au taillis vert, un lieu où les convois s'arrêtent d'ordinaire à cause d'une fontaine qui est proche et qui fournit une eau excellente.
De fait, après une assez longue marche en sous-bois, comme nous n'avions trouvé nulle part trace de l'ennemi, nous nous rabattions sur Palo-Verde. A cet endroit, le terrain, qui s'élève légèrement est entièrement dégarni dans un rayon de plusieurs centaines de mètres. Mais, la forêt reprend bientôt plus verte et plus touffue que jamais.
Nous marchions déjà depuis plus de six heures. Il faisait grand jour. Et, le soleil, dardant de tous ses feux, nous promettait une chaude journée. On fit une halte. Des guetteurs sont placés autour de la clairière, en prévision d'une surprise. Les mulets sont déchargés, et le caporal Magnin part pour la fontaine avec une escouade. Un grand hangar en planches, couvert de chaume, était bâti sous un bouquet d'arbres, à l'abri du soleil. Tandis qu'une partie des hommes coupait du bois, d’autres préparaient le café et certains s'étendaient pour dormir.
Une heure ne s'était pas écoulée, l’eau bouillait dans les gamelles et l'on y mettait le café, quand, du côté de Camaron et sur la route même que nous venions de quitter, deux ou trois sentinelles nous signalèrent quelque chose d'anormal.
La poussière montait vers le ciel en gros tourbillons. A cette distance et sous les rayons aveuglants du soleil, il n'était pas facile d'en distinguer davantage. Pourtant, nous n'avions rencontré personne en chemin. Et, si quelque mouvement de troupes avait dû se produire sur nos arrières, on nous aurait avertis. Tout cela ne nous présageait rien de bon.
Le capitaine avait pris sa lorgnette.
-Aux armes ! L'ennemi !
- s'écria-t-il tout à coup.
Et, en effet, avec la lorgnette, on les apercevait fort bien. C'étaient des cavaliers, coiffés du chapeau national aux larges bords. Ils avaient, selon la coutume, déposé leur veste sur le devant de la selle, et allaient ainsi en bras de chemise.
Comme nous l’apprîmes plus tard, depuis plusieurs jours déjà, il y avait une colonne de libéraux, forte de près de 2000 hommes, autant de cavaliers que de fantassins, commandée par le colonel Milan. Cette troupe était campée sur les bords de la Joya, à environ deux lieues de notre ligne de communication, guettant le passage du convoi. Une chose les avait surtout attirés, avec l'annonce de trois millions en or monnayés et enfermés dans les fourgons, et que ce trésor se dirigeait sur Puebla pour payer la solde des troupes assiégeantes. Grâce à leur parfaite connaissance des lieux et à l'habileté vraiment merveilleuse qu'ils déploient pour couvrir leurs marches, au camp de Chiquihuite, on ne soupçonnait même pas la présence d'une pareille force sur ce secteur. Par contre, toute la campagne était remplie de leurs éclaireurs. Aussi, la compagnie n'avait pas encore quitté Paso del Macho, que déjà notre marche était signalée et 600 cavaliers montaient en selle pour nous suivre. Ils nous accompagnèrent toute la nuit, à certaine distance et à notre insu. Ils avaient compté nos hommes, et les savait peu nombreux. Craignant eux-mêmes que leur position n'eût été découverte, les Mexicains avaient prévu de nous enlever pour ne pas manquer le convoi.
Au premier cri d'alarme, on donne un coup de pied dans les gamelles. On rappelle en grande hâte l'escouade de la fontaine. On recharge les bêtes. En moins de cinq minutes, nous étions tous sous les ordres en armes. Pendant ce temps, les Mexicains avaient disparu. Évidemment, une embuscade se préparait sur nos arrières. Le mieux était, en ce cas, de revenir sur nos pas et de chercher à voir de plus près l'ennemi auquel nous avions affaire.
Nous quittons Palo-Verde en colonne, précédés d'une escouade en tirailleurs. Mais, alors, au lieu de suivre la route, sur l'ordre du capitaine, la compagnie prend par la droite et s'engage dans les sous-bois. Nous y trouvions ce double avantage de dissimuler nos mouvements, et de pouvoir à l'occasion repousser plus facilement les attaques de la cavalerie libérale.
Le bois s'étendait à l'infini dans la direction de la Joya. Au-dessus des buissons, des touffes de hautes herbes montaient. Ils étaient reliés les uns aux autres, par de longues lianes tombant en guirlandes, avec les magnolias, les lataniers, les caoutchoucs, les acajous, et tous les arbustes rares. Il s’agissait de toutes les essences précieuses de cette nature privilégiée. Parfois, le fourré devenait si épais qu'il fallait s'y ouvrir un chemin avec le tranchant du sabre baïonnette. Çà et là couraient d'étroits sentiers, connus des seuls indigènes.
Nous marchions depuis plus d'une heure sans avoir même aperçu l'ennemi. Sorti l'un des premiers de l'école de Saint-Cyr, jeune encore, estimé des chefs, et adoré des soldats, le capitaine Danjou était ce qu'on appelle un officier d'avenir. Grièvement blessé en Crimée et resté manchot du bras gauche, il s'était fait faire une main articulée dont il se servait avec beaucoup d'adresse, y compris pour monter à cheval. Autant que son courage, ce qui le distinguait surtout c'était cette sûreté, cette promptitude du coup d'œil qu'on ne trouvait jamais en défaut. Ce jour-là, il portait sur lui une carte du pays, très complète, dressée à la main par les officiers de l'état-major français, et qu'il consultait souvent. A quelque distance, en face de nous, coulait la rivière, profondément encaissée entre ses deux collines aux bords à pic et gardée sans doute par un ennemi nombreux. S’engager davantage pouvait paraître dangereux. Il nous fit faire une volte-face, et nous diriger de nouveau vers Camaron.
Au moment-même où nous débouchions sur la route, à 300 mètres environ du pâté de maisons, un coup de feu partit d’une fenêtre, et vint blesser l'un de nos camarades à la hanche.
La compagnie s'élance au pas de course, à l'entrée du village. Elle se dédouble, tourne par les deux côtés simultanément, et se retrouve à l'autre bout sans que rien de nouveau ait confirmé la présence de l'ennemi. Nous nous arrêtons, l'arme au pied, tandis qu'une escouade fouille soigneusement les maisons. En même temps, comme il fait très chaud et que la soif commence à nous tourmenter, des hommes avec leurs bidons descendent vers un petit ravin, situé à quelques pas sur la droite et où l'on trouve quelquefois de l'eau dans les creux du rocher. Par malheur la saison des chaleurs était déjà arrivée, et nous dûmes rester sur notre soif. Dans le village, on eut beau chercher, l'adroit tireur ne s'y trouvait plus. Sans doute quelque sentinelle ennemie qui avait fui à notre approche.
Nous reprîmes alors la route du Chiquihuite. Nous allions encore une fois nous partager en deux sections, une sur chaque flanc, le capitaine avec les mulets et une escouade au centre, plus une escouade d'arrière-garde à 100 mètres de distance.
A peine avions-nous fait quelques pas, que nous aperçûmes tout à coup, sur un monticule à droite et en arrière de nous, les cavaliers mexicains massés, sabre au poing et qui s'apprêtaient à charger. Ils avaient remis leurs vestes de cuir sur leurs épaules et nous les reconnûmes très bien. Le coup de feu de la sentinelle les avait alertés. A cette vue, le capitaine Danjou, ralliant les deux sections et l'escouade d'arrière-garde, nous fait former le carré pour mieux soutenir la charge. Au milieu, nous avions mis les mulets. Mais, les deux maudites bêtes, pressées de tous côtés et regrettant leur ancienne liberté, sautaient, ruaient, et nous menaient un train d'enfer. Force nous fut de leur ouvrir les rangs. Et, ils partirent au triple galop dans la campagne, où ils n'allaient pas tarder à être capturés.
Les ennemis avaient sur nous l'avantage du lieu, car le terrain, plat et dégarni aux abords de la route, favorisait les évolutions de leur cavalerie. Au petit pas, ils descendirent le coteau, se séparèrent en deux colonnes afin de nous envelopper, et, parvenus à 60 mètres, fondirent sur nous avec de grands cris.
Le capitaine avait dit de ne pas tirer. Aussi, nous les laissions venir sans broncher, le doigt sur la détente. Un instant encore, et leur masse, comme une avalanche, nous passait sur le corps. Mais, au commandement de feu, une épouvantable décharge, renversant montures et cavaliers, met le désordre dans leurs rangs et les arrête tout net. Nous continuions le tir à volonté. 1ls reculèrent.
Sans perdre de temps, le capitaine nous fait franchir un petit fossé, garni d'une haie de cactus épineux, formant une clôture qui bordait la route sur la gauche et remontait jusqu'à Camaron. Outre que cet obstacle devait arrêter l'élan de la seconde charge, nous espérions atteindre les bois, dont on apercevait la lisière à 400 ou 500 mètres de là, et sous leur couvert regagner Paso del Macho sans encombre.
Le tout était d’y arriver !
Par malheur, une partie des Mexicains nous avait déjà contournés par le nord-est de l'hacienda. Les autres avaient essayé de franchir la haie de cactus. Mais, leurs chevaux pour la plupart s'étaient dérobés. Une seconde fois, nous nous formâmes en carré et comme les assaillants étaient moins nombreux, comme ils ne chargeaient plus avec le même ensemble, nous soutînmes cette attaque encore plus résolument que la précédente. Ils reculèrent de nouveau.
Cependant notre situation devenait critique.
Rejoindre les bois ?
Il n'y fallait plus y songer. L’hacienda, au contraire, était peu éloignée. Avec du sang-froid, et de la chance aussi, nous pouvions nous y réfugier et tenir derrière les murs, jusqu'à l'arrivée probable d'un secours.
Le parti du capitaine fut bientôt pris. Sur son ordre, nous mettons la baïonnette au canon. Puis, à notre tour, tête basse, nous fonçons sur les cavaliers groupés devant nous. Mais, ils ne nous attendent pas et détalent comme des lièvres. Si le Mexicain fait preuve souvent en face des balles d'un courage incontestable et même un peu fanfaron, il semble que tout engagement à l'arme blanche soit beaucoup moins de son goût.
Du même élan, nous franchissons la distance qui nous sépare de la ferme, et nous pénétrons dans le corral. Puis, chacun s'occupe d'organiser la défense. L'ennemi était invisible, terrifié de notre impétuosité toute française. Il s'était réfugié de l'autre côté du bâtiment. À défaut de portes depuis longtemps absentes, nous barricadons tant bien que mal les deux entrées avec des madriers, des planches et tout ce qui nous tombe sous la main.
Nous avions songé d'abord à occuper la maison tout entière, mais nous n'en eûmes pas le temps. D’ailleurs, nous n'étions pas assez nombreux. Déjà, l'ennemi était revenu en avant et avait envahi les deux premières chambres du rez-de-chaussée, par où l'on communiquait avec l'étage supérieur. Une seule restait libre, située à l'angle nord-ouest et ouvrant à la fois sur le dehors et sur la cour. Nous nous hâtâmes d'en prendre possession.
Dans l'intérieur du corral et à gauche de la seconde entrée, s'élevaient deux hangars en planches, adossés à la muraille. Le premier était complètement fermé et à peu près intact, et l'autre, celui du coin, tout ouvert, à peine abrité d'un toit branlant et soutenu par deux ou trois bouts de bois portant sur un petit mur de briques crues à hauteur d'appui. En face, à l'angle correspondant, un hangar semblable avait existé autrefois. Mais, la charpente avait disparu, et il ne restait plus que le soutènement de briques, à demi ruiné. Au même endroit, s'ouvrait dans le mur d'enceinte une brèche déjà ancienne, assez large pour laisser passer un homme à cheval. Par les soins du capitaine Danjou, une escouade fut placée à chacune des deux entrées. Deux autres occupèrent la chambre, avec mission de surveiller les ouvertures du bâtiment qui donnaient sur la route. Une autre fut chargée de garder la brèche. Un moment, on voulut créneler le mur qui faisait face aux portes d'entrée. Mais, il était si épais, si bien construit de paille, de sable et de cailloux qu'on n'y put percer que deux trous. À grand peine, personne n'y demeura. Enfin le sergent Morzicki, un Polonais, fut envoyé sur les toits avec quelques hommes pour observer les mouvements de l'ennemi. Le reste de la compagnie prit place en réserve entre les deux portes, ayant l'œil à la fois sur les quatre coins de la cour et prêt à se porter partout où le danger deviendrait trop pressant.
Ces dispositions prises nous attendîmes fièrement l'attaque. Il pouvait être à ce moment-là neuf heures et demie.

II

Jusque-là, on avait tiraillé de part et d'autre, voir échanger quelques coups de feu, mais sans que l'ennemi en prît l’occasion pour s’engager à fond. Au contraire, il semblait hésiter à commencer l'attaque, et nous n'étions pas loin de croire qu'il se retirerait. Nous fûmes vite détrompés.
Morzicki venait d'être aperçu, tandis qu'il s'avançait sur les toits, au-dessus des chambres occupées par l'ennemi. Un officier mexicain, son mouchoir blanc à la main, s'approcha lui-même jusqu'au pied du mur extérieur et, parlant en bon français, au nom du colonel Milan, nous somma de nous rendre: « Nous étions trop peu nombreux, disait-il : nous allions nous faire inutilement massacrer, mieux valait nous résigner à notre sort et déposer les armes, on nous promettait la vie sauve. »
Ce parlementaire était un tout jeune homme de vingt-deux ou vingt-trois ans. Il était le fils d'un Français, et portait le nom de Laisné. Il était établi depuis 1ongtemps capitaine du port à Veracruz. Il était passé par l'école militaire de Chapultepec, près de Mexico. J'ai eu l’occasion de le connaître plus tard et, comme tous mes camarades, je n'ai eu qu'à me louer de sa bienveillance et de son humanité. Pour le moment, il avait le grade de capitaine, et remplissait les fonctions d'officier d'ordonnance auprès du colonel Milan.
Morzicki était descendu pour nous apporter les propositions de l'ennemi. Le capitaine le chargea de répondre simplement que nous avions des cartouches, que nous ne nous rendrions pas.
Alors, le feu éclata partout à la fois, nous étions à peine un contre dix. Et, si l'attaque avait été dès lors vigoureusement conduite, je ne sais trop comment nous aurions pu y résister.
Heureusement, nous n'avions affaire qu'à des cavaliers, qui étaient forcés de mettre pied à terre, embarrassés par leurs larges pantalons de cheval, peu habitués d'ailleurs à ce genre de combat. Ils venaient, séparément ou par petits groupes, s'exposer à nos balles cylindriques qui ne les épargnaient pas ! Il faut dire que nous savions tirer.
Ils n'étaient pas les seuls à souffrir, car nous étions nous-mêmes fort imparfaitement abrités. Et, déjà plusieurs des nôtres étaient tombés, tués ou blessés. Dans la chambre surtout, la lutte était épouvantable. Les Mexicains essayaient de l'envahir du dehors. En même temps, ceux, qui occupaient les chambres voisines, s'étaient mis à percer des meurtrières dans les murs et les plafonds. Les défenseurs, ainsi pressés, commençaient à faiblir.
Calme, intrépide au milieu du tumulte, le capitaine Danjou semblait se multiplier. Je le reverrai toujours avec sa belle tête intelligente, où l'énergie se tempérait si bien par la douceur. Il allait d'un poste à l'autre, sans se soucier des balles qui se croisaient dans la cour, encourageant les hommes par son exemple, nous appelant par nos noms, et disant à chacun de ces nobles paroles qui réchauffent le cœur et rendent le sacrifice de la vie moins pénible et même agréable, au moment du danger. Avec de pareils chefs, rien n’est impossible.

Portrait dessiné du Capitaine Danjou

Vers onze heures, il venait de visiter le poste de la chambre, et lui-même avait reconnu qu'on n'y pourrait plus tenir longtemps. Quand, regagnant la réserve, il fut atteint d'une balle en pleine poitrine, il tomba en portant la main sur sa blessure. Quelques-uns de nous coururent pour le relever, mais le coup était mortel. Le sang coulait à flots de sa poitrine, et ruisselait sur le sol. Le sous-lieutenant Vilain lui mit une pierre sous la tête. Pendant cinq minutes encore, ses yeux hagards roulèrent dans leur orbite. Il eut deux ou trois soubresauts convulsifs. Puis, son corps se raidit, et il expira sans avoir repris connaissance.
Quelque temps avant de tomber, il nous avait fait promettre que nous nous défendrions tous jusqu'à la dernière extrémité ! Nous l'avions juré.
Sur ces entrefaites, la chambre était évacuée, Les Mexicains, à coups de crosse, étaient parvenus à enfoncer une porte intérieure, qui unissait cette pièce aux autres du rez-de-chaussée et d'où ils fusillaient nos hommes à bout portant. Ceux-ci furent contraints de se retirer. Mais, de quatorze qu'ils étaient au début, il n'en restait plus que cinq, qui allèrent renforcer les divers postes de la cour.
Le sous-lieutenant Vilain prit le commandement, qui, comme titulaire, lui revenait de droit. Petit, et fluet, les cheveux blonds frisés, presque un enfant, il sortait des sous-officiers, et n'avait que six mois de grade, un homme au grand cœur du reste, et qui ne reculait pas devant le danger.
La défense continua. Les Mexicains étaient maîtres de la maison tout entière. Mais, ils ne jouirent pas longtemps de leur avantage. Embusqués dans la cour, nous dirigions contre toutes les ouvertures un feu si vif et si précis qu'ils durent quitter la place à leur tour, le premier étage d'abord, puis le rez-de-chaussée, Dès lors ils n'y reparurent que par intervalles et en petit nombre. Mais, à peine une tête, un bras, ou un bout d'uniforme apparaissait-il dans l'encadrement d'une porte ou d'une fenêtre, qu'une balle bien dirigée châtiait cette imprudence.
Vers midi, on entendit au loin le son du clairon. Nous n'avions pas encore perdu tout espoir et nous avons pu croire un moment que des Français venaient à notre secours. Déjà même, frémissants de joie, nous nous apprêtions à sortir du corral pour courir au-devant de nos camarades. Soudain, battirent les tambours, ces petits tambours bas des mexicains, au roulement rauque et plat comme celui du tambour de basque, jouant une sorte de marche sautillante, toute différente de nos airs français et à laquelle nous ne pouvions plus nous méprendre.
C'était l'infanterie du colonel Milan, qui s'annonçait, laissée au matin dans le campement de la Joya. Avertie plus tard du combat engagé à Camaron, elle venait ajouter le poids de ses armes dans une lutte déjà trop inégale.
Morzicki nous avait rejoints et combattait avec nous dans la cour. Souple comme un jaguar et s'aidant pour grimper des moindres aspérités de la muraille, il alla reprendre sur les toits son poste périlleux d'observation. Il aperçut, massée en avant de l'hacienda, toute cette infanterie.
On n'y comptait pas moins de trois bataillons forts de 400 hommes en moyenne, et portant chacun le nom du district où ils étaient cantonnés : Veracruz, Cordova, Jalapa.
Comme il arrive toujours dans une armée improvisée, et c'était le cas pour les Mexicains, l'ensemble du costume et de l'équipement laissait beaucoup à désirer. Pourtant, sous ce désordre, on sentait percer une préoccupation méritoire de bonne tenue et de régularité. Les hommes du bataillon de Veracruz avaient tous, ou presque tous, le large pantalon et la veste de toile grise à liséré bleu, pour coiffure le grand chapeau de paille. Le bataillon de Cordova ne différait que par la couleur de la toile qui était bleue. Et, celui de Jalapa, le mieux habillé des trois, avait également le pantalon de toile grise, la veste bleue ouverte par devant, et au lieu du sombrero mexicain le képi, avec l'indispensable couvre-nuque tombant sur les épaules. Le plus grand nombre chaussaient des brodequins en cuir fauve lacés sur le cou-de-pied. Les autres avaient conservé leurs sandales ou guarachas, à semelles de cordes, assez semblables aux espadrilles espagnoles.
Les chefs étaient vêtus à peu près de même façon, sauf la qualité plus fine de l'étoffe. Ils portaient un pantalon à liséré bleu ou rouge, et une tunique de campagne à petites basques, ornée de boutons d'or sur le devant, avec l'attente sur chaque épaule. Tous les officiers supérieurs portaient la botte molle et le révolver à la ceinture.
Quant à la cavalerie, elle se composait surtout d'irréguliers, et de guérilleros. Dans l'appareil le plus ordinaire au cavalier mexicain et que tout le monde connaît, aux jambes, ils avaient des caleçons de peau collants, ouverts de bas en haut, s'évasant sur le pied, et garnis le long de la couture d'une triple rangée de boutons métalliques. Autour des reins, on apercevait la ceinture de laine rouge, le gilet et la veste de cuir agrémentés à profusion de soutaches et de broderies d'argent, et sur la tête le chapeau de feutre gris aux vastes ailes horizontales qu'entoure la toquilla, large galon d'argent ou d'or, puis des éperons démesurés, d'énormes étriers de bois, en forme de sabots carrés recouverts de métal, mais aussi la lourde selle à pommeau. Tout cela faisait un curieux contraste avec la taille de leurs chevaux, peu élevés pour la plupart, mais d'une vigueur remarquable et merveilleusement dressés.
Un escadron seul portait l'uniforme militaire, une tunique de drap bleu à petits pans, pantalon bleu terminé par le bas de cuir, buffleteries blanches, képi et couvre-nuque, c'étaient des dragons. Du reste, toutes ces troupes étaient supérieurement armées, avec des armes perfectionnées de provenance américaine, aux cavaliers le sabre, le revolver et le mousqueton. Bon nombre de guérilleros avaient aussi la lance, et aux fantassins la carabine rayée et le sabre-baïonnette. En vérité, il ne leur manquait plus que des canons !
Nous nous regardâmes sans mot dire. Dès ce moment, nous avions compris que tout était perdu et qu'il ne nous restait plus qu'à bien mourir. Pour comble de malheur, le vent ne portait pas dans la direction de Paso del Macho, d'où le capitaine Saussier et ses grenadiers, entendant la fusillade, n'auraient pas manqué d'accourir à notre aide.
Cependant, Morzicki avait été vu de nouveau, et pour la seconde fois le chef des Mexicains nous fit sommer de nous rendre. Le sergent était encore tout bouillant de la lutte, ivre de poudre et de colère. Il répondit en vrai soldat, par un mot peu parlementaire, mais qui du moins ne laissait plus de doute sur nos intentions. Puis, il se hâta de descendre et traduisit sa réponse au sous-lieutenant Vilain qui dit seulement: « Vous avez bien fait, nous ne nous rendrons pas. »
Au même instant, l'assaut commença. Le premier élan des Mexicains fut terrible. Ils se ruaient de tous côtés pour pénétrer dans la cour, criant, hurlant, vomissant contre nous des imprécations et des injures, avec cette abondance qui leur est propre en pareil cas et que facilite encore l'inépuisable richesse du vocabulaire espagnol : « Dehors les chiens de Français! A bas la canaille ! A bas la France! Mort à Napoléon !» Je ne puis tout répéter.
Pour nous, calmes, silencieux, chacun à notre poste, nous ajustions froidement, ne tirant qu'à coup sûr et quand nous tenions bien notre homme au bout du fusil, les plus avancés tombaient. Le flot des assaillants oscillait d'abord, puis reculait en frémissant, mais pour revenir à la charge aussitôt après. A peine avions-nous le temps de glisser une nouvelle cartouche au canon, ils étaient déjà sur nous. Leurs officiers surtout étaient magnifiques d'audace et de bravoure.
Rentrés en force dans le corps de logis, les uns s'occupaient d'ouvrir avec des pics et des pinces dans le mur du rez-de-chaussée une large brèche sur la cour. En même temps, d'autres s'étaient établis derrière la partie du mur d'enceinte qui faisait face aux grandes portes. De là, ils mettaient à profit les créneaux que nous avions percés nous-mêmes et que nous n'avions pas pu défendre, en perçant de nouveaux. Et, comme le niveau du sol extérieur était plus élevé que celui de la cour, ils dirigeaient sur nous un feu plongeant. De ce côté encore, ils parvinrent, quoique non sans peine, à ouvrir une brèche de près de 3 mètres.
Alors, nous avons changé nos dispositions. Le poste de réserve, dont je faisais partie et qui tenait le milieu entre les deux entrées, se trouvait pris à découvert. Nous rejoignons les défenseurs de la porte de droite qui n'était plus attaquée. Et, tous ensembles, nous fîmes retraite dans l'angle sud-ouest de la cour, sous le hangar ouvert, d'où nous avons continué à tirer.
Vers deux heures et demie, le sous-lieutenant Vilain revenait de visiter le poste de la brèche et traversait la cour en diagonales dans la direction des grandes portes, quand une balle partie du bâtiment l'atteignit en plein front. Il tomba comme foudroyé.
A ce moment-là, il faut bien le dire un sentiment d'horrible tristesse nous pénétra jusqu'au fond de l'âme. La chaleur y était accablante. Le soleil était à son zénith. Il tombait du plomb sur nos têtes. Un soleil dévorant, impitoyable comme on ne le trouve qu'aux tropiques, sous ses rayons qui tombent à pic, les murs de la cour paraissaient tous blancs et la réverbération nous brûlait les yeux. Quand nous ouvrions la bouche pour respirer, il nous semblait avaler du feu. L’air était pesant comme du plomb. Couraient ces tressaillements, et ces ondulations qu'on voit passer sur les plaines désertes dans les après-midi d'été, appelé mirages. La poussière, que soulevaient les balles perdues qui frappaient le sol de la cour, avait de la peine à quitter la terre et lentement montait en lourdes spirales, surchauffée tout à la fois par les rayons du soleil et la rapidité de notre tir. Le canon de nos fusils faisait dans nos mains l'impression du fer rouge. Si intense était l'ardeur de l'atmosphère dans ce réduit transformé en fournaise, que les corps des hommes tués s'y décomposaient à vue d'œil. En moins d'une heure, la chair des plaies se couvrait de teintes livides.
Pêle-mêle avec les morts, car il n'y avait aucun moyen de les secourir, les blessés gisaient à la place même où ils étaient touchés, tandis que l'on entendait au dehors ceux des Mexicains gémir et hurler de douleur, invoquant tour à tour la Vierge ou maudissant Dieu et les Saints. Les nôtres, dans un suprême effort, en dépit de leurs souffrances, restaient silencieux. Ils craignaient les pauvres garçons d'accuser ainsi nos pertes et de donner confiance à l’ennemi.
Nous n'avions rien mangé, ni bu depuis la veille. Les provisions s'en étaient allées avec les mulets. Nos bidons étaient à sec, car en arrivant à Palo-Verde, nous les avions vidés dans les gamelles qu'il avait fallu renverser ensuite. Et, grâce à notre retraite précipitée, nous n'avions pas eu le temps de les remplir de nouveau. Enfin, dans le ravin, nous n'avions pas trouvé de l’eau. Seul, au départ, l'ordonnance du capitaine portait en réserve dans sa musette une bouteille de vin que le Capitaine Danjou, lui-même, au moment d'organiser la résistance, avait distribuée entre les hommes. A peine y en avait-il quelques gouttes pour chacun, qu'il nous versa et que nous bûmes dans le creux de la main.
Aussi, la soif nous étreignait à la gorge et ajoutait encore aux horreurs de notre situation. Une écume blanche nous montait aux coins de la bouche, et s'y coagulait. Nos lèvres étaient sèches comme du cuir. Notre langue tuméfiée avait peine à se mouvoir. Un souffle haletant et continu nous secouait la poitrine. Nos tempes battaient à se rompre, et notre pauvre tête s'égarait. De telles souffrances étaient intolérables. Seuls peuvent me comprendre ceux qui ont vécu sous ce climat malsain, et qui connaissent par expérience le prix d'un verre, ou d’une goutte d'eau.
J'ai vu des blessés se traîner à plat ventre, et, pour apaiser la fièvre qui les dévorait, la tête en avant, lécher les mares de sang déjà caillé qui couvraient le sol. J'en ai vu d'autres, fous de douleur, se pencher sur leurs blessures et aspirer avidement le sang qui sortait à flots de leur corps déchiré. Plus folle que toutes les répugnances, ou que tous les dégoûts, la soif était là qui nous pressait. Et puis, on avait juré de faire notre devoir !
Nous avons-nous-mêmes bu notre urine.
A la vérité, ce n'était guère le temps de nous apitoyer sur nous-mêmes, ou sur les souffrances de nos camarades. Il fallait avoir l'œil tourné vers tous les points à la fois, à droite, à gauche, en avant, vers les fenêtres du bâtiment, vers les brèches de la cour, car partout on voyait briller les canons de fusil et de partout venait la mort. Les balles, plus drues que la grêle, s'abattaient sur le hangar, ricochaient contre les murs, et faisaient voler autour de nous les éclats de pierre et les débris de bois. Parfois, un de nous tombait. Alors, le voisin se baissait pour fouiller ses poches et prendre les cartouches qu'il avait laissées.
De l’espoir, il n'en restait plus. Personne, cependant, ne parlait de se rendre. Le porte-drapeau Maudet, un vaillant lui-aussi, avait remplacé Vilain, un fusil à la main. Il combattait avec nous sous le hangar, car déjà les progrès des ennemis ne permettaient plus de traverser la cour et de communiquer des ordres aux différents postes. Au fait, il n'en était pas besoin. La consigne était bien connue de tous, tenir jusqu'au bout, jusqu'à la mort.
Les Mexicains commençaient à se lasser. Mais alors, pour mieux vaincre notre résistance, ils imaginent de recourir à une manœuvre de guerre pas très forte en honneur. Ils entassent de la paille et du bois à la partie nord-est du bâtiment et y mettent le feu. L’incendie dévora d'abord un hangar extérieur, qui faisait face â Veracruz et qui de là gagna rapidement les toits.
Le vent soufflait du nord au sud, et rabattait sur nous une épaisse fumée noire qui ne tarda pas à envahir la cour. Nous en étions littéralement aveuglés. Et, cette odeur âcre de la paille brûlée, nous prenant à la gorge, rendait plus ardente encore l'horrible soif qui nous tordait les entrailles.
Enfin, au bout d'une heure et demie, l'incendie s'éteignit de lui- même, faute d'a1iments. Pourtant, cet incident nous avait été funeste. À la faveur de la fumée qui nous dérobait leurs mouvements, les Mexicains avaient pu s'avancer davantage et tirer sur nous plus précisément. Les postes de la brèche et de la porte de gauche avaient perdu la plus grande partie de leurs défenseurs.
Vers cinq heures, il y eut un moment de répit. Les assaillants se retiraient les uns après les autres, comme pour obéir à un ordre reçu. Et, nous pûmes reprendre haleine.
Tout bien compté, nous n'étions plus qu'une douzaine.
Au dehors, le colonel Milan avait réuni ses troupes autour de lui et les haranguait. Sa voix sonore arrivait jusqu'à nous, car tout autre bruit avait cessé. Et, à mesure qu'il parlait, sous le hangar, un ancien soldat de la compagnie, Bartholotto, d'origine espagnole, tué raide à côté de moi quelques instants plus tard, nous traduisait mot par mot son discours.
Dans ce langage chaud et coloré, qui fait le fond de l'éloquence espagnole, Milan exhortait ses hommes à en finir avec nous. Il leur disait que nous n'étions plus qu'une poignée, mourant de soif et de fatigue, qu'il fallait nous prendre vivants, et que s'ils nous laissaient échapper la honte serait pour eux ineffaçable. Il les adjurait au nom de la gloire et de l'indépendance du Mexique, et leur promettait bien haut la reconnaissance du gouvernement libéral. Quand il eut fini, une immense clameur s'éleva et nous apprit que l'ennemi était prêt pour un nouvel effort. Toutefois, avant d'attaquer, Milan nous fit adresser une troisième sommation, nous n'y répondîmes même pas.

III

L'assaut reprit plus terrible que jamais. L’ennemi se précipitait sur toutes les ouvertures à la fois. A la grande porte, le caporal Berg seul restait debout. Il fut entouré, saisi par les bras, par le cou, et enlevé. L’entrée était libre, et les Mexicains s'y jetèrent en foule.
Cependant, de notre coin, en prolongement du mur en longueur, tous ceux qui se montraient dans cette direction, devant nous, faisaient aussitôt demi-tour, en moins de dix minutes. Il y eut là plus de vingt cadavres, un monceau qui obstruaient le passage et arrêtaient l'élan des nouveaux venus.
Par malheur, vers le même temps, l'entrée de l'ancienne brèche était forcée. Quatre hommes s’y défendaient encore, Kuwasseg, Gorski, Pinzinger et Magnin. Mais, tandis qu'ils repoussent les assaillants du dehors, franchissant portes et fenêtres, les Mexicains par derrière envahissent la cour. Nos camarades sont contraints de faire face à cette attaque imprévue, qui les prend à revers. En vain, ils veulent résister à l'arme blanche, mais ils sont à leur tour désarmés et pris.
Sous le hangar, nous tenions toujours, la poitrine haletante, les doigts crispés, sans répit chargeant notre carabine, puis l'armant d'un geste inconscient et fébrile. Nous réservions toute notre attention pour viser. Chacun de nos coups faisait un trou dans leurs rangs. Mais, pour un de tué, dix se présentaient.
La porte naguère défendue par Berg, l'entrée ouverte dans le mur d'enceinte, les fenêtres et la porte de l'hacienda vomissaient à flots les assaillants. Et, se traînant sur les genoux, dissimulés derrière le petit mur du hangar détruit qui à cet endroit avançait dans la cour, d'autres adversaires nous arrivaient continuellement par l'ancienne brèche.
Il faisait grand jour encore. Dans le ciel d'un bleu cru, sans nuages, brillait le soleil aussi ardent, aussi implacable qu'en plein midi, et ses rayons à peine inclinés, comme s'acharnant après nous, fouillaient tous les coins de la cour. Plusieurs des blessés frappés d'insolation et en proie au délire, ne pouvaient plus retenir leurs plaintes et demandaient à boire d'une voix déchirante, les mains contractées, les yeux injectés et saillants. Les malheureux se tordaient dans les angoisses dernières de l'agonie, et de leur tête nue battaient lourdement le sol desséché.
Depuis le matin, je n'avais rien perdu, fût-ce un seul moment, de mon sang-froid, ni de ma présence d'esprit. Tout à coup, je pensais que j'allais mourir.
Souvent, j'avais entendu dire que, dans un péril extrême, l'homme revoit passer en un instant, par les yeux de l'esprit, tous les actes de sa vie entière. Pour ma part, et bien qu'ayant fait la guerre, je me suis trouvé parfois dans des circonstances assez difficiles, jamais je n'avais rien observé de semblable. Cette fois, il devait en être autrement. Ce fut, comme un de ces éclairs rapides, qui, par les chaudes nuits des tropiques, précurseurs de l'orage, déchirent subitement la nuit et, courant d'un pôle à l'autre, illuminent sur une étendue immense les montagnes et les plaines, les forêts, les villes et les hameaux. Pendant la durée de quelques secondes à peine, chaque détail du paysage apparaît distinct en son lieu. Puis, la nuit reprend tout. Ainsi, mon passé m'apparut soudain. Je revis mon beau et vert pays du Périgord, et Mussidan où j'étais né, si gentiment assis entre ses deux rivières tout embaumé de l'odeur des jardins, et les petits camarades avec qui je jouais enfant. Je me revis moi-même jeune soldat, engagé aux zouaves, bientôt partant pour la Crimée, blessé dans les tranchées, et étant un des premiers prenant part à l'assaut du Petit-Redan, et enfin décoré ! Je me revis plus tard en Afrique, entrer aux chasseurs à pied et faisant parler la poudre, avec les Arabes. Puis, en dernier lieu, rendant mes galons de sous-officier pour faire partie de la nouvelle expédition et visiter cette terre du Mexique où j'allais laisser mes os.
En effet, l’issue pour nous n'était plus douteuse, acculés dans notre coin comme des sangliers dans leur bauge, nous étions prêts pour le coup de grâce. De moment en moment, un de nous tombait, Bartholotto d'abord, puis Léonard.
Je me trouvais entre le sergent Morzicki, placé à ma gauche, et le sous-lieutenant Maudet à ma droite. Tout à coup, Morzicki reçut à la tempe une balle partie du coin de la brèche. Son corps s'inclina, et sa tête inerte vint s'appuyer sur mon épaule. Je me retournai et le vis face à face, la bouche et les yeux grands ouverts.
-Morzicki est mort, dis-je au lieutenant.
-Bah! fit celui-ci froidement, un de plus. Ce sera bientôt notre tour, et il continua de tirer.
Je saisis à bras le corps le cadavre de Morzicki. Je l'adossais à la muraille et retournais vivement ses poches pour voir s'il lui restait encore des cartouches. Il en avait deux, que je pris.
Nous n'étions plus que cinq: le sous-lieutenant Maudet, un Prussien nommé Wensel, Cattau, Constantin, tous les trois fusiliers, et moi. Pourtant, nous tenions toujours l'ennemi en respect. Mais, notre résistance tirait à sa fin. Les cartouches allaient en s'épuisant. Quelques coups encore, il ne nous en resta qu'une à chacun. Il était six heures environ, et nous combattions depuis le matin.
- Armez vos fusils, dit le lieutenant, vous ferez feu au commandement, puis nous chargerons à la baïonnette. Vous me suivrez.
Tout se passa comme il l'avait dit.
Les Mexicains avançaient. Ne nous voyant plus tirer, la cour en était pleine. Il y eut alors un grand silence autour de nous. Le moment était solennel, les blessés mêmes s'étaient tus. Dans notre réduit, nous ne bougions plus, nous attendions.
- En joue !
- Feu ! dit le lieutenant. Nous lâchâmes nos cinq coups de fusil, et, lui en tête, nous bondîmes en avant baïonnette au canon.
Une formidable décharge nous accueillit. L’air trembla sous cet ouragan de fer, et je crus que la terre allait s'entrouvrir.
A ce moment, le fusilier Cattau s'était jeté en avant de son officier, et l'avait pris dans ses bras pour lui faire un rempart de son corps. Il tomba frappé de dix-neuf balles.
En dépit de ce dévouement, le lieutenant fut également atteint de deux balles, l’une au flanc droit, l'autre lui fracassa la cuisse droite.
Wensel était tombé, lui-aussi. Le haut de l'épaule traversé, mais sans que l'os eût été touché, il se releva aussitôt.
Nous étions trois encore debout: Wensel, Constantin et moi.
Un moment interdit à la vue du lieutenant renversé, nous nous apprêtions cependant à sauter par-dessus son corps et à charger de nouveau. Mais, déjà, les Mexicains nous entouraient de toutes parts et la pointe de leurs baïonnettes effleurait nos poitrines.
C’en était fait de nous, quand un homme de haute taille aux traits distingués, qui se trouvait au premier rang parmi les assaillants, reconnaissable à son képi et à sa petite tunique galonnée pour un officier supérieur, leur ordonna de s'arrêter et d'un brusque mouvement de son sabre releva les baïonnettes qui nous menaçaient :
-Rendez-vous, nous dit-il.
-Nous nous rendrons, répondis-je, si vous nous laissez nos armes et notre fourniment (ensemble de l’équipement d’un soldat), et si vous vous engagez à faire relever et soigner notre lieutenant que voici là blessé.
L'officier consentit à tout. Puis, comme ces premiers mots, avaient été échangés en espagnol, Parlez-moi en français, me dit-il. Cela vaudra mieux, sans quoi ces hommes vont vous prendre pour un espagnol. Ils voudront vous massacrer, et peut-être ne pourrais-je pas me faire obéir.
On reconnaît bien là cette haine inexpiable que gardent les Mexicains, et avec eux tous les colons de l’Amérique espagnole, contre la mère patrie, juste retour de tant d'injustices et de cruautés commises pendant trois siècles dans ces belles contrées par les successeurs de Pizarro et de Fernand Cortès.
Cependant l'officier parlait à l'un de ses hommes, il se retourna et me dit:
-Venez avec moi
-Là-dessus, il m'offrit le bras, donna l'autre à Wensel blessé, et se dirigea vers la maison. Constantin nous suivait de près.
Je jetai les yeux sur notre officier (Maudet), que nous laissions par derrière.
-Soyez sans inquiétude, me dit-il, j'ai donné des ordres pour qu'on prenne soin de lui. On va venir le chercher sur un brancard. Vous-mêmes, comptez sur moi, il ne vous sera fait aucun mal.
Je luis dis : Pour dire vrai, je m'attendais à être fusillé, mais cela m'était indifférent.
-Non, non, reprit-il vivement, je suis là pour vous défendre.
Au moment même où, sortant du corps de logis, nous débouchions sur la route, toujours à son bras, un cavalier irrégulier fond sur nous avec de grands cris et lâche des deux mains sur Wensel et sur moi deux coups de lance, sans dire un mot. L’officier, qui nous escortait, prend son revolver dans sa ceinture, ajuste froidement et tire une balle dans la tête du misérable qui du cheval, roule de la selle sur la chaussée. Puis, nous continuons notre route sans nous occuper autrement de lui.
Le colonel Cambas avait été élevé en France et parlait notre langue admirablement. Militaire par occasion, comme beaucoup de ceux qui nous combattaient et que l’amour de la liberté avait armés contre nous, il appartenait, ainsi que Milan, à cette classe des licenciados, qui comprend à elle seule presque tous les hommes les plus instruits et les plus influents du pays. Excellentes gens, l'un et l'autre, et qui eussent fait honneur même à une autre armée, car pour leurs soldats, je ne crois pas les calomnier beaucoup en disant que les trois quarts n'étaient que des bandits.
Nous étions arrivés ainsi dans un petit pli de terrain, à quelque distance de l'hacienda, où se tenaient le colonel Milan et son état-major.
- C'est là tout ce qu'il en reste ? demanda-t-il en nous apercevant.
- On lui répondit que oui. Et, il ne put contenir sa surprise.
- Pero non son hombres, s'écria-t-il, son demonios, (Ce ne sont pas des hommes, ce sont des démons !) Puis, s'adressant à nous en français :
-Vous avez soif, messieurs, sans doute. J'ai déjà envoyé chercher de l'eau. Du reste, ne craignez rien, nous avons déjà plusieurs de vos camarades que vous allez bientôt revoir. Nous sommes des gens civilisés, quoi qu'on dise, et nous savons les égards qui se doivent à des prisonniers tels que vous.
On nous donna de l'eau et des tortillas, sorte de crêpes de maïs, dont le bas peuple au Mexique se sert comme du pain et sur lesquelles nous nous jetâmes avec avidité.
Au même moment, arrivait le lieutenant Maudet, couché sur un brancard et entouré d'une nombreuse escorte de cavaliers. D’autres blessés arrivaient après lui.
La nuit était tombée tout à coup, sous les tropiques. Le crépuscule n'existe point, non plus que l'aurore, et le jour s'éteint comme il naît, presque sans transition. En compagnie de nos vainqueurs, nous fîmes route vers leur campement de la Joya, où nous arrivâmes assez tard. Il y régnait une grande émotion, et les blessés encombraient tout. Là, malgré la parole du colonel Cambas, nos armes, qu'on nous avait laissées d'abord, nous furent enlevées. Il fallait s'y attendre. On nous réunit alors à nos camarades faits prisonniers avant nous. Épuisés par la fatigue et par la souffrance, noirs de poudre, de poussière et de sueur, les traits défaits, les yeux sanglants, nous n'avions plus figure humaine. Nos vêtements, nos chapeaux étaient criblés, percés à jour. Les miens, pour leur part, avaient reçu plus de quarante balles. Mais, par un bonheur inouï, durant cette longue lutte, je n'avais pas été touché.
Comment en étions-nous sortis sains et saufs ? Nous ne le comprenions pas nous-mêmes, et les Mexicains pas davantage. Seulement, le lendemain, je me tâtais les membres, doutant encore si c'était bien moi et si j'étais réellement en vie.

Portrait dessiné du Colonel Milan

IV

Tel est ce glorieux fait d'armes, où 65 hommes de l'armée française, sans eau, sans vivres, sans abri, dans une cour ouverte, sous les ardeurs d'un soleil meurtrier, tinrent en échec pendant plus de dix heures près de 2000 ennemis.
Grâce à leur dévouement, le convoi fut sauvé. Lentement, il remontait dans la direction de Cordova et n’était plus qu'à deux lieues de Camaron, lorsqu'un Indien, qui, de loin, avait assisté aux opérations militaires de la journée, vint leur annoncer qu'un détachement français avait été encerclé dans l'hacienda que les Mexicains étaient en nombre et qu'ils leur barraient la route. Il était alors cinq heures environ et la 3ème compagnie était presque anéantie.
Outre les grosses pièces d'artillerie de siège, les fourgons du trésor, les prolonges et les voitures de l'intendance militaire, chargées de matériel et de munition, le convoi traînait à sa suite une foule de charrettes de commerce et près de 2000 mules portant les provisions des cantiniers civils. Cela faisait un défilé interminable que ralentissait encore le mauvais état de la route. Dans ces conditions, toute surprise devait être fatalement désastreuse. Le capitaine Cabossel, des voltigeurs, chargé de la conduite du convoi, n'avait avec lui que deux compagnies du régiment étranger et point de cavalerie. Il fit faire halte aussitôt et dépêcha un exprès à la Soledad pour réclamer de nouvelles instructions. Il reçut l'ordre de revenir sur ses pas.
À la même heure, le colonel Jeanningros, également prévenu par un Indien, faisait demander des renforts à Cordova. On lui expédia deux bataillons d'infanterie de marine. Il en laisse un au Chiquihuite pour conserver la position. Lui-même avec la légion étrangère et l'autre bataillon se portent en avant au milieu de la nuit et ramassent en passant les grenadiers du capitaine Saussier qui prennent l'avant-garde.
Au point du jour, la colonne était en vue de Camaron. Mais, déjà, l'annonce de son arrivée avait mis en fuite les Mexicains qui s’occupaient d'enterrer les morts. Et, Milan levait en toute hâte son camp de la Joya.
On rencontra, à cent mètres environ du village, évanoui au pied d'un buisson et grièvement blessé, le tambour de la vaillante compagnie. Il fut pris pour mort par les Mexicains, qui, la veille au soir, avaient visité le champ de bataille et l’avaient jeté parmi les cadavres de ses camarades. Le froid de la nuit l'avait réveillé. Il s'était dégagé peu à peu et s'était traîné droit devant lui jusqu'à ce que la douleur et l'épuisement l’obligea à s'arrêter.
Dans la cour de la ferme, le désordre était affreux et n'attestait que trop bien de l'acharnement de la lutte, partout d'énormes plaques de sang desséché, partout le sol piétiné, les murs défoncés ou éraflés par les balles, puis çà et là des fusils brisés, des baïonnettes et des sabres tordus, des sombreros, des képis, des effets d'équipement militaires, déchirés, en lambeaux et sur tout cela, du sang.
Parmi ces débris, on ramassa la main articulée du capitaine.
Cependant, les cadavres avaient été enlevés, on les découvrit plus tard séparés en deux tas distincts, ceux des Mexicains au nord, et de l'autre côté de la route ceux des Français dans un fossé au sud-ouest de l'hacienda. Une cinquantaine de Mexicains étaient déjà enterrés. Mais, il en restait encore plus de deux cents. Les Français avaient perdu vingt-deux hommes, tués dans l'action. Huit autres, il est vrai, moururent presque aussitôt des suites de leurs blessures. Et, parmi eux, le sous-lieutenant Maudet, qui, transporté à Huatesco, succomba le 8 mai. Les Mexicains s'honorèrent eux- mêmes, en rendant à ses dépouilles les honneurs militaires. Il y eut de plus dix-neuf soldats et sous-officiers blessés.
Chez les Mexicains comme chez nous, par une particularité curieuse, le nombre des morts fut plus considérable que celui des blessés. Du reste, on remarqua que, des deux côtés, presque tous les hommes avaient été frappés à la tête ou dans le haut du corps. Quant aux survivants prisonniers, ils suivirent d'abord la colonne mexicaine, parfois traités avec égard, souvent aussi malmenés, et injuriés. Mais, nous n'avons pas à décrire leur odyssée à travers les villages et les forêts vierges des Terres Chaudes, sans cesse forcés de fuir avec leurs gardiens devant l'approche des troupes françaises.
Pourtant, le bruit de leur héroïque défense s'était répandu dans le pays et avait excité chez tous, amis ou ennemis, une admiration unanime. Les autorités françaises s'occupèrent de leur faire rendre la liberté. Mais, dans le désordre incroyable où se débattait alors l'administration libérale, les négociations de cette sorte n'étaient pas aisées à conduire. Après trois longs mois d'attente et de souffrance, un premier convoi de 8 prisonniers, dont faisait partie le caporal Maine, fut échangé contre 200 soldats et un colonel mexicains que nous avions en notre pouvoir. Dans l'intervalle, bon nombre des blessés avaient encore succombé, quelques-uns, qui n'avaient pu quitter l'hôpital de Jalapa, rentrèrent plus tard.
Le retour des prisonniers fut un perpétuel triomphe, dans toutes les villes et les villages où ils passaient. La foule se portait à leur rencontre et les acclamait. Les Indiens surtout, dont l'esprit se frappe plus aisément, restaient saisis à leur vue d'une sorte d'étonnement superstitieux, et s'écriaient en joignant les mains : « Jésus-Maria, les voilà! »
Dès leur arrivée, au corps, le chef de bataillon Regnault, qui commandait alors par intérim le régiment étranger, au lieu et à la place du colonel Jeanningros, appelé à Veracruz, s'empressa de rédiger un rapport circonstancié du combat de Camaron, dont on ignorait encore les détails. Ce rapport, très émouvant et très bien fait, parvint par la voie hiérarchique jusqu'au général en chef Forey. A son tour, celui- ci voulut qu'il en fût donné lecture à toutes les troupes du corps expéditionnaire. Et, dans un ordre du jour daté de son quartier général de Mexico, le 31 août 1863, après avoir glorifié les braves qui avaient soutenu cette lutte de géant, comme il disait, il déclara qu'une si belle conduite avait mérité des récompenses extraordinaires. En vertu donc des pouvoirs qui lui sont conférés, Maine, sergent depuis son retour et déjà décoré, était promu au grade de sous-lieutenant à la première vacance dans le corps. Schaffner, Wensel, Fritz, Pinzinger, Brunswick recevaient la croix de la Légion d'honneur, et quatre autres la médaille militaire. Peu de temps après, le régiment étranger était rappelé en Europe. Les nominations, confirmées par décret impérial, parurent au Moniteur universel, le 9 août 1864.
Aujourd'hui, le chemin de fer de Veracruz à Mexico traverse Camaron et passe sur les fondations des deux anciennes maisons, en face de l'hacienda en partie détruite pour l'agrandissement du village. Non loin de là, à la place où dorment les héros, s'élève une stèle (de nos jours un monument), surmontée d'une colonne brisée qu'entoure en serpentant une guirlande de lauriers. Il s’agit d’un point d'inscription, où leur gloire y supplée. C’est le gouvernement mexicain qui fait les frais de l'entretien. Mais, depuis le jour mémorable, pendant toute la durée de l'occupation, chaque fois qu'un détachement français passait devant Camaron, les tambours battaient aux champs. Les soldats présentaient les armes et les officiers pieusement saluaient de l'épée.

Signé : L. Louis -LANDE.

Qui était Louis Philippe Maine

Portrait de Louis Philippe Maine

Louis Philippe Maine est un militaire français, né le 4 septembre 1830 à Mussidan (Dordogne), et mort en 1893 à Douzillac (Dordogne). C’est le fils de Joseph Ména, dit Maine d’origine andalouse, exerçant le métier de bottier, et de Thérèse Félix, d’origine française (son père est un ancien capitaine de l’Armée napoléonienne), mais née en Espagne, exerçant la profession d’hôtelière.
Sa biographie :
Le 21 décembre 1850, il s'engage pour deux ans au 1er régiment de zouaves à Alger. Déçu, il quitte le service pour se faire bottier, le métier que lui a appris son père. Très vite, il décide que, seul, le métier des armes peut lui donner l’aventure. Le 25 avril 1854, il se réengage au titre du 4e bataillon de chasseurs à pied, qui part à la guerre de Crimée. Blessé à la joue, il est fait chevalier de la Légion d'honneur, à l'issue de la prise de la tour Malakoff. En Italie, il est adjudant et décoré, après Magenta, de la médaille de la Valeur militaire italienne. Servant ensuite dans les rangs du 4e régiment de chasseurs à pied en Algérie, il rend ses galons et s'engage en 1863 comme simple soldat à la Légion étrangère. Son unité est désignée pour participer à la campagne du Mexique. Rescapé du combat de Camerone, il est nommé sous-officier, puis officier. Il participe ensuite à la campagne de 1870 comme capitaine des troupes coloniales au 3ème régiment d'infanterie de marine, lors de la bataille dite de la « Maison de la dernière cartouche » à Bazeilles. Prisonnier à Sedan le 2 septembre, il s’évade le 18, gagne Bruxelles et rejoint la France. À Rochefort, il intègre les Francs-tireurs, et organise une phalange de volontaires qu’il conduit au feu et gagne ainsi ses galons de lieutenant-colonel du 8ème régiment de garde mobile de Charente inférieure.
À la révision des grades, il ne conserve que ses galons de capitaine. Il est muté dans un bataillon de tirailleurs sénégalais jusqu’en mars 1873, puis revient au 3ème RIMA, avant d’être mis en non-activité pour infirmités temporaires le 30 novembre 1878.
Il fut héros de Sébastopol, de la Bataille de Camerone, et de la Bataille de Bazeilles.
Après avoir participé aux faits d'armes de la Légion étrangère et des troupes coloniales, il meurt dans son lit à Douzillac (Dordogne) le 27 juin 1893. Il existe, dans la mairie de ce petit village, une vitrine, où sont conservées quelques reliques à la gloire du capitaine.

Pierre Joseph Jeanningros

Pierre Joseph Jeanningros (Saint-Ferjeux, 1816-Paris, 1902) est un militaire français, qui est devenu général.
Sa biographie :
Le 20 novembre 1834, il devient soldat comme enfant de troupe, au 66e Régiment d'Infanterie de Ligne, l'unité de son père.
Le 6 juillet 1835, il est nommé caporal.
Le 14 décembre 1836, il devient fourrier.
Et, le 21 avril 1836, il est promu fourrier de grenadier.
Le 1er décembre 1836, il est muté comme sergent au régiment de zouaves.
Il est désigné :
Le 16 août 1837, sergent-major.
Le 21 juin 1840, sous-lieutenant.
Le 8 septembre 1841, il est affecté comme sous-lieutenant au 2e Régiment de Zouaves.
Il est promu :
Le 2 janvier 1842, lieutenant.
Le 10 juillet 1847, capitaine.
Le 14 mars 1852, il revient comme capitaine au 1er Régiment de Zouaves, et est nommé capitaine-adjudant major le 3 mai 1852.
Le 7 février 1854, il est chef de bataillon au 43e Régiment d'Infanterie de Ligne, et se trouve muté le 4 juillet 1855 au 1er Régiment de Voltigeurs de la Garde.
Le 2 octobre 1855, il est promu lieutenant-colonel au 82e Régiment d'Infanterie de Ligne, et passe colonel le 12 juillet 1859 au 43e Régiment d'Infanterie de Ligne.
Sur décision ministérielle, il est affecté comme colonel au Régiment étranger au Mexique, et devient commandant supérieur de la Veracruz et des Terres Chaudes du 14 juin 1863 au 26 février 1864. À partir du 20 juin 1865, il est investi au commandement de la subdivision de Monterrey, comprenant les États de Cacahuiel et de Léon.
Le 1er août 1865, il est nommé général de brigade, commandant de la 2e brigade de la 2e division et des mêmes États. Il conserve en outre le commandement du Régiment étranger, jusqu'au 31 mai 1866. Il est alors nommé commandant-supérieur des États de Querétaro et de la Sierra.
Il rentre en France avec l'armée d'occupation, et débarque à Saint-Nazaire le 28 mars 1867. Il est nommé par décision impériale du 30 mars 1867 au commandement de la 1re brigade de la 2e Division d'Infanterie de la Garde impériale, comprenant :
Les zouaves,
Le 1er Régiment de Grenadiers,
Et le régiment de gendarmerie.
Le 23 octobre 1870, il est fait prisonnier de guerre par suite de la capitulation de l'Armée de Metz, et est interné en Allemagne à Aix-la-Chapelle. Il rentre en France le 12 mars 1871, et il est en disponibilité.
Le 11 juin 1871, il est nommé au commandement de la subdivision d'Indre-et-Loire, à Tours.
Le 17 août 1871, il est nommé au commandement de la 2e brigade de la 1re division du 4e Corps de l'armée de Versailles, par décision ministérielle.
Par décret du 22 mai 1873, il est promu général de division, et placé dans la position de disponibilité à compter du 1er juin. Le 18 octobre 1873, il est nommé au commandement de la 13e Division d'Infanterie, faisant partie du 1er Corps d'Armée, commandé par le général duc d'Aumale.
Le 16 juin 1874, il devient inspecteur général du 13e arrondissement d'Infanterie, et ajoutera, progressivement à son commandement actif, celui des subdivisions des régions de Bourg, Belley, et Langres. Du 30 juin 1876 au 2 juillet 1877, il est inspecteur général du 13e arrondissement d'Infanterie.
Le 22 janvier 1878, il est nommé commandant de la 8e Division d'Infanterie, au 4e Corps d'Armée. Du 27 mai 1878 au 12 mai 1881, il est inspecteur général du 8e arrondissement d'infanterie. En octobre 1881, il réunira au commandement de sa division celui des subdivisions de Mayenne, de Laval, du Mans, d'Alençon et d'Argentan.
À compter du 21 novembre 1881, il est admis par décision présidentielle dans la section de réserve. Le 23 novembre, sur sa demande, il est admis à faire valoir ses droits à la pension de retraite. Il est officiellement retraité par décret du 17 janvier 1882 après 48 ans de service.
En 1883, il est nommé inspecteur général des bataillons scolaires. Ce mouvement patriotique regroupe des instituteurs et des anciens militaires, désireux d'inculquer des rudiments de culture physique et de discipline aux jeunes Français.
En 1889, il se retire à Servon (Seine-et-Marne).
Il cumule décorations, titres, et honneurs.
Six fois blessé au feu, il est titulaire de quatre citations.
En 1843, chevalier de la Légion d'honneur.
En 1856, officier de la Légion d'honneur.
En 1856, décoration de 4e classe de l'Ordre Ottoman de Medjidié.
En 1863, médaille de sa Majesté le Roi de Sardaigne (campagne de Crimée).
En 1863, commandeur de l'Ordre impérial de la Légion d'honneur.
En 1864, commandeur de l'Ordre impérial de Notre-Dame de Guadalupe.
En 1866, grand officier de l'Ordre impérial de Notre-Dame de Guadalupe.
Et, en 1877, grand officier de la Légion d'honneur.
Il était aussi titulaire des décorations suivantes :
La médaille de Crimée.
La médaille commémorative d'Italie.
La médaille commémorative du Mexique.
Et, la médaille de la valeur de Sardaigne.
Il est alors Commandeur de l'Ordre impérial de Notre-Dame de Guadalupe.
Il obtient la médaille du Roi de Sardaigne.
Il acquière la décoration de 4e classe de l'Ordre Ottoman de Medjidié.
En outre, depuis 1986, une rue de Servon (Seine-et-Marne) porte son nom.

carte du golfe du Mexique

Préambule de la bataille de la crevette

La série de circonstances, qui enchaînée, ont mené à bien les grands faits immortels de la bataille de la crevette.
Les légionnaires, avec cet esprit d’aventure et le désir d’être au premier rang dans les grands moments, ont permis d’écrire les plus belles pages de l’histoire militaire.
A Chiquihuite, le silence qui régnait était « mortel », ainsi que la sérénité de la vie du terrain où l’on pouvait entendre les chants d’oiseaux, mais harcelée par les piqûres des moustiques.
Le Colonel Jeanningros, commandant du régiment étranger au Mexique, faisait la sieste, quand il a été interrompu par un soldat accompagnant une femme mexicaine qui avait demandée à parler au chef.
Interrogée par le Colonel, celui-ci apprit par la fille, qu’elle faisait pacager les bêtes avec son père, (sergent dans la garde de Milan), lorsqu’un guérillero s’est entretenu avec le Colonel Milan, affirmant qu’un convoi transportait des munitions de la poudre et de l’argent.
Pendant le dîner, ce soir-là, Milan avec ses hommes parlent entre eux et décident d’attaquer le convoi à Palo-Verde, de détruire tout, et de ne laisser aucuns témoins.
Jeanningros demanda aux officiers de se réunir aussitôt sous la tente. Sachant qu’il y avait des espions, il était naturel que le Colonel Milan fût au courant de ce convoi, et du magot de 14 millions de pesos en argent et or.
Un messager fût envoyé à Soledad, pour les prévenir de ne sortir que si l’escorte est suffisante.
Le capitaine Danjou, assistant personnel du colonel, se dit préoccupé de la possibilité que cette fille tombe aux mains de l’ennemie, et propose qu’une compagnie de légionnaires la raccompagne pour la couvrir.
Cette compagnie, après avoir laissé la fille chez elle, poursuivrait la route en éclaireur, et ouvrirait le passage jusqu’au convoi.
Le capitaine Cazes, commandant la 3ème compagnie, est déjà en mission.
Le lieutenant Gans est quant à lui malade, incapable de commander la compagnie. Danjou demanda au colonel de lui confier cette mission. Jeanningros, embarrassé de se priver de son bras droit, accepta l’offre, en lui donnant le commandement.

Le capitaine Danjou donna l’ordre suivant le 29 avril 1863: la prise d’un café à 23 heures.
Réunion à minuit
Départ à 1 heure

carte de Cameron
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