C'est sans aucune prétention que nous vous proposons ces quelques informations pour découvrir, lire et comprendre les blasons que nous publions. Ils sont en rapport avec la ville de Chalabre suite à un mariage ou à un apanage.
Les premiers blasons se développent en Europe au début du XIIème siècle.
Ils répondent au besoin d'identification des combattants, le perfectionnement des armures les rendant méconnaissables sur les champs de bataille.
De plus ce signe de reconnaissance constitue une garantie dans la perspective de tirer une rançon des chevaliers capturés et leur assure ainsi la vie sauve.
Dans les tournois et les joutes, les hérauts, appelés aussi officiers d'armes,
annoncent le chevalier en énonçant son blason c'est à dire en décrivant l'ensemble des éléments représentés sur le bouclier.
Un vocabulaire particulier se fait jour, répondant à un code précis: l'Héraldique, la science des hérauts est née.
Progressivement, ces éléments sont repris sur tout l'équipement du seigneur (cotte d'arme, bannière, habillage des chevaux...) et s'enrichissent de représentations nouvelles plus complexes;
les armoiries apparaissent.
Rapidement elles deviennent les emblèmes propres à une famille ou à une collectivité.
Une erreur courante consiste à associer les armoiries à l'aristocratie alors qu'au Moyen-âge leur usage était répandu dans différentes catégories, sociales ou autres:
bourgeois, ecclésiastiques, femmes, corps de métiers d'artisan, villes...
Par exemple, les marchands de Paris choisissent en 1210 la nef sur l'eau (bateau).
L'année suivante, 1211, le roi Philippe II dit Auguste, adopte le premier blason royal connu, un écu d'azur semé de fleurs de lys d'or.
A partir du XIIIème siècle les vitraux des églises et de nombreux objets de la vie courante sont ornés de blasons.
Pendant longtemps, les armoiries ont résisté à toute tentative de règlementation hors l'interdiction d'usurper celles d'un autre.
Seul l'aîné de la famille avait le droit de porter celles du père.
C'est le bouclier où sont représentées les armes (ensemble des éléments constituant le blason). Il a souvent la forme de l'écu ancien mais il peut être de diverses formes, par exemple ovale pour les ecclésiastiques ou en losange chez les dames.
Un vocabulaire particulier désigne les couleurs:
Pour des raisons de visibilité on ne superpose pas, normalement, 2 couleurs, 2 métaux, 2 fourrures.
A l'origine le fond de l'écusson ne comportait qu'une seule couleur
mais rapidement la nécessité de le diviser en plusieurs parties est apparue de façon à afficher les familles réunies par un mariage ou les différentes terres conquises par un seigneur.
La première partition connue est celle des Castille et Leon en 1270.
Il y a maintes façons de diviser le champ, par une simple séparation ou par une figure géométrique appelée pièce, en voici quelques exemples:
Pour faciliter leur description, les quartiers sont numérotés et se lisent de haut en bas et de dextre ( droite ) en senestre ( gauche ), par rapport à celui qui porte l'écu. Chaque partie porte un nom:
D'une très grande variété, animaux, fleurs, armes, édifices, astres...elles ont valeur de symbole. Donnons quelques exemples chez les animaux:
C'est le lion qui figure le plus sur les armoiries; il représente la force et l'autorité.
Le premier à apparaître en 1164 est celui de Philippe, duc des Flandres.
L'animal peut être dessiné "rampant" (c’est à dire dressé avec les pattes antérieures en avant et les postérieures au sol),
ou "passant" (marchant de profil avec la tête de face. Ce lion "passant" est d'ailleurs appelé léopard).
L'aigle, pour les mêmes valeurs symboliques, est l'oiseau le plus représenté.
Loup, sanglier, cerf, faucon, cygne, coq, bar, sont aussi couramment utilisés. Les animaux domestiques comme le boeuf ou le chien désignent plutôt les roturiers. Les animaux mythologiques sont plus rarement choisis: dragon, licorne, griffon...
Comme les hérauts annonçant l'entrée en lice des chevaliers lors des tournois au son des trompes (appelées "blasen" en allemand, c'est de là que viendrait le terme "blason»), nous vous proposons maintenant de blasonner.
Le plus ancien; grand seigneur du Languedoc, vicomte de Carcassonne.
Aurait cédé le château de Puivert et les terres en 1154 à Bernard de Congost.
Il blasonnait:
" 3 bandes en fasce d'or à 6 hermines "
Lieutenant de Simon de Montfort, investi de la baronnie du Kercorb en 1210. Il est le descendant de Baudoin des Flandres, d'où le lion rampant.
"D’or au lion rampant de sable, armé et lampassé (griffes et langue) de gueules, la queue nouée et fourchue, passée en sautoir"
La devise: seule la foi suffit
Jean Ier fils de Pons de Bruyères épouse Eustachie, petite fille de Guy Ier Levis de Mirepoix, également lieutenant de Simon de Montfort.
Les Levis blasonnaient:
" D'or à 3 chevrons de sable "
Fils de Jean Ier et d'Eustachie, il se marie en 1310 avec Isabelle de Melun. Après le décès de Thomas elle fait adosser ses armoiries, les 7 besants d'or (le besant était la monnaie de Byzance) à celles de son mari, ce qui normalement ne se faisait pas. Ce blason est gravé et donc encore visible au château de Puivert.
Philippe Ier, fils des précédents, s'installe à Rivel et épouse vers 1349 Marguerite de Capendu qui blasonnait:
" D'azur à 2 bars adossés d'or, brochant sur un semis de croix recroisetées au pied fiché de même "
Jean II de Bruyères Rivel, petit fils du précédent, épouse en 1434 Béatrix de Mauléon qui prendra une part active dans le transfert du château de Rivel à Chalabre.
Les Mauléon blasonnaient:
" De gueules au lion rampant d'or armé et lampassé de sable "
La devise: mauvais lion mon lion (d'où le nom Mauléon)
Jean III de Bruyères Chalabre, petit fils de Jean II, épouse en 1489 Cécile de Voisin (Puivert) qui arborait:
" De gueules à 4 fusées d'or margées en fasce "
François II, petit fils de Jean III, épouse en 1539 Anne de Joyeuse (Puivert). Nous devons à cette dernière l'église de la ville. Elle blasonnait:
" Palé d'or et d'azur au chef de gueules chargé de 3 hydres à 7 têtes d'or "
Jean Pierre se marie en 1631 malgré un interdit dû à la peste avec Gabrielle de Levis de Léran dont les armes sont:
" Ecartelé au 1 et 4 des Levis d'or à 3 chevrons de sable, 2 et 3 de Foix d'or à 3 pals de gueules"
Jean Aymeric Ier, fils des précédents, épouse en 1661 Anne Raymond Lasborde qui blasonnait:
" D'or à 3 globes de gueules au chef d'azur chargé d'un croissant d'or accosté de 2 étoiles de même"
Jean Aymeric II, petit fils du précédent et fils de François IV, épouse en 1724 Marie Saint Etienne de Caraman, baronne de La Pomarède (ce qui lui permet de prétendre au titre de marquis):
" 3 bandes de gueules à 3 bandes en fasce d'argent "
dit le chevalier de Beaumont
Frère du précédent. Il blasonnait:
" De gueules à la fasce d'argent chargée de 3 fleurs de lys d'azur "
En 1725 Jean-Pierre de Jossis achète la propriété de Falgas à François IV de Bruyères (voir tome VII).
Claire, sa fille aînée, héritière du domaine se marie avec Bernard Bézard. Les descendants ajouteront à leur nom celui de Falgas.
" De gueules à 2 chevrons d'or au chef d'azur chargé d'une étoile d'or "
En 1732 création de l'hôtel de la ville.
Les consuls prennent pour blason les clefs d'or en sautoir (celles de Saint Pierre mais renversées) avec la couronne de marquis et le laurier d’or symbole de richesse.
" D'azur aux clefs d'or en sautoir accostées de 2 branches de laurier d'or "
La devise: première cité du Kercorb
François Jean, fils de Jean Aymeric II, épouse Elisabeth de Bon. Elle blasonnait:
" D'or à 2 taureaux de gueules "
Nathalie, petite fille de François Jean et dernière de la lignée des de Bruyères à Chalabre, épouse en 1817 Mathieu Antoine de Mauléon. Il arborait:
" De sinople à un pal bretessé d'argent "
C'est encore actuellement le blason de Nébias.
Elisabeth de Mauléon, fille des précédents, épouse Gabriel de Roux. Il blasonnait:
" D'or à 7 hermines "
La devise: la mort plutôt que la honte
On peut remarquer qu'il est très semblable à celui de Trencavel. C'est actuellement encore le blason de Puivert.
Considérées comme élément de représentation aristocratique, les armoiries n'ont pourtant pas sombré dans les méandres de la révolution française.
Abolies par l'assemblée constituante en 1790 avec les titres de noblesse, Napoléon 1er les rétablit par un décret de 1808.
Signe du temps, de nos jours, les armoiries, héritage du patrimoine historique, référence au temps passé, laissent de plus en plus la place aux logos,
symboles d'une modernité tournée vers un univers économique.
Même si le passage de l'Héraldique au marketing semble inéluctable, n'oublions pas, de temps en temps, d'emprunter le chemin inverse.
Travail effectué en collaboration avec monsieur P. Rault