Entête Si Chalabre m'était conté

Avant la révolution

La terre franche

1734 à 1789

Chalabre, avec son esprit de cabale, donna le tournis aux autorités. Elle rouscaillait, contestait, se battait pour un rien, toujours à l’opposé des choses, des lois, à contre courant de l’histoire, ce qui lui donnait un certain charme.
Louis François Armand Duplessis Duc de Richelieu, maréchal de France et membre de l’académie Française en 1720, mort en 1788 à l’âge de 92 ans, signa une ordonnance du roi le 30 janvier 1734, faisant de Chalabre la 147° ville franche.
Le budget se décomposait comme suit :

Le 1° consul 80 livres
Le 2° consul 70 livres
Le 3° consul 50 livres
Le 4° consul 50 livres
Total 250 livres
Au greffier consulaire 60 livres
L’aumônier en pain 50 livres
Le gage des horloges 30 livres
Le nettoiement des puits 5 livres
Le loyer de presbytère 40 livres
Ecole des filles 24 livres
Imprévus 200 livres
Total 659 livres
Le dessus venait se greffer les charges fixes.
Les gages des 2 régents 250 livres
Le loyer du grenier à foin de la maréchaussée 35 livres
L’honoraire du prédicateur de l’avent et carême 66 livres
Total 351 livres
Pour un total global de 1010 livres

Les consuls furent indemnisés officiellement. Ils sont non imposables pour service rendu.
La signature de Richelieu est sur l’original aux archives.
Il valait mieux être curé ou régent que palefrenier, mais surtout pas nettoyer les puits.
C’était ce qui s’appelle donner sa chemise à des pauvres gens heureux.
Nous fûmes en terre franche. Ce qui eut pour effet d’être autonome financièrement.
Le roi le vrai, notre Louis XV°, était copain comme cochon avec Jean Aymeric II°.
Les de Bruyères avaient une maison, depuis des siècles, à Paris. Elle était située dans le XVII° arrondissement, rue de Chalabre. C’était à l’origine une rue normale. Avec la venue du chemin de fer, elle s’était fait raccourcir pour devenir une impasse.
Nos souverains se rencontraient, jouaient aux cartes. Le whist était à la mode, une sorte de belote, deux contre deux.
Les de Bruyères partaient souvent en vacances. Faire 800 km dans une diligence avec 8 mômes et un confort rudimentaire, tout cela pour aller faire le whist à Paname ! a contrario des Lévis qui restaient dans leur demeure.
Le roi Louis avait un travail fou : jouer aux cartes, aller à la chasse, courir la muse, signer les lois et les arrêts.
Je vous en livre quelques uns, dont les affiches sont aux archives !
Il avait interdit en 1718 l’exposition, la revente, la refonte de l’or et de l’argent, comme si le peuple avait les poches pleines de lingots d’or.
En 1720, cela nous éclaira sur le précédent arrêt, le royaume fit banque route, due où grâce à l’écossais Law.
Il avait ordonné au Languedoc de s’acquitter des taxes sur les marchands, hôtes, négociants, aubergistes.
Inutile de faire un dessin, c’était tout simplement l’évêque de Bernage qui avait volontairement oublié de faire suivre l’argent à Versailles.
Ce qui fit que le Languedoc paya deux fois.
C’était coutumier dans certaines provinces de payer trois fois.
Le gousset était vidé.
Jean Aymeric aurait été bien inspiré de dire au souverain que c’était l’autre escroc de Montpellier qui lui raflait sa solde. Mais, le roi savait cela et n’en avait cure.
Il créa la rente viagère sous forme de tontine.
Ce qui voulait dire : la tontine était le bien tout entier, alors que pour le viager il était possible de vendre ou céder par morceaux.
Edit du Roy : c’est comme cela que la loi circulait.
(Roy était toujours écrit avec un Y, alors que sindic avec un i. De nos jours c’est le contraire, le roi avec le i, et syndic avec le Y.)
En 1742 mourut François IV de bruyères Chalabre.
Malgré les vacheries qu’il fit, le peuple lui rendit hommage, l’église Saint Pierre fut pavoisé d’une bande noire en guise de deuil, (voir le tableau à la mairie).
Le 20 octobre 1750, ce fut la déclaration du Roy concernant les mendiants. S’ils sont trouvés armés de fusil, revolver, épée, sabre ou bâton, ou avec une fleur de lis, ou de la lettre V, ces derniers étaient condamnés à 5 ans de galère.
Les femmes et les invalides étaient amenés à l’hôpital pour y rester à perpétuité. Ils étaient fouettés une fois par jour dans la cour.
Voilà une loi équitable, 5 ans pour une lettre V ou avoir un fusil !
Les femmes, cela n’était guère mieux, la perpète et le fouet. Il ne leur manqua plus que le voile.
La maréchaussée de Chalabre abusera de cette loi.
La fabrication de l’amidon était réglementée. Les amidonniers pouvaient faire usage de blé, gâtés, défectueux ou germés, du moment qu’il était hors d’usage pour la fabrication du pain. Une dérogation était faite pour les amidonniers de la noblesse, bien sûr, dans la loi du 20 mai 1772.
Le peuple en haillon n’avait pas besoin d’amidon. Les vêtements tenaient tout seul.
Dans la même année, le 14 août, il réglementa la vente du poison, qui sera tenue sur des registres et plus du tout en vente libre.
Comme dirait Damien des fois que !
Damien fut celui qui frappa le Roy avec un canif. Il fut écartelé en place de grève, en 1757. Et, ce dont on est certain aujourd’hui est que Jean Aymeric était bien à Paris ce jour là. Il avait rendu visite au Roy avec qu’ils avaient fait un whist (dans 93 de Victor Hugo).
Cependant, à Chalabre, le 7 juillet 1751, le syndic avait arrêté et ordonné que les chevaux et ânes soient abattus, avant de contracter la morve qui sévissait à Saint Benoît et Limoux.
Les habitants proposèrent la quarantaine, le syndic refusa.
Le bras de fer fut engagé entre les habitants et le château. Certains propriétaires avaient suivi les ordres. Mais, la majorité, pour ne pas dire presque tous, n’avait pas voulu toucher au bétail, prétextant que le marquis et la maréchaussée devraient donner l’exemple.
Voilà une bonne résolution des plus révolutionnaires.
La maladie est passée, épargnant la ville, et par là-même le bétail.
La famille Amouroux avait eu dans leur sein (en 1755) un « miracle », un enfant était mourant. Les parents promirent que si le petit guérissait, ils feraient une offrande.
Voilà pourquoi nous avons une chapelle, notre dame de la consolation, à coté du bassin.
L’évêque de Saint Pons, Alexandre Joseph Alexis de Bruyères, avait depuis des années un plan du nouveau château. Vers 1770, dans une réunion familiale, il avait réussi à convaincre de restaurer le castel, il se proposa d’en faire les plans, et le suivi des travaux.
Ce n’était pas une petite réparation, mais une belle réfection.
Le roi de la ville François Jean, fils aîné de Jean Aymeric, frère de l’évêque, avait épousé Elisabeth de Béon, et prit le pouvoir.
Une fille et un garçon naquirent de cette union.
En 1771, Chalabre compta 2140 habitants.

L’offrande

Le 27 mars 1771, ce fut le scandale, le vrai scandale, l’impensable !
Des consuls de la ville de Chalabre allaient prendre la paix ou l’offrande dans le sanctuaire, au pied de l’autel, et ce depuis 1740.
Un fait qui durait depuis 30 ans, la famille seigneuriale avait sa propre chapelle et ne participait pas aux messes dans la ville. Elle était souvent absente.
Le peuple avait toute la nef pour lui. Nos consuls n’avaient rien à y faire.
Un dieu pour les riches, un dieu pour les pauvres.
Il faut dire que pauvre comme nos consuls, tout le monde aurait voulu l’être !
Ils étaient très riches, nettement plus que le roi de la ville.
Les messes n’étaient pas bâclées comme maintenant. Elles duraient 3 heures, assis, debout, à genoux, et vice versa.
Depuis 1766, l’église était déjà à l’ordre du jour, car la nuit les chaises disparaissaient. Elles étaient marquées et des propriétés privées sur un emplacement réservé.
La question était : faut-il les remplacer ?
Les bigotes arrivaient toutes avec la leur !
C’était comme au cinéma, marquées, réservées, et payantes.
Les consuls étaient en conflit avec le marquis, ou tout du moins l’évêque de Saint Pons qui était à l’origine de tous ces troubles et de l’enquête.
Izard premier consul dressa un mémoire, qui fut des plus intéressent, car les noms de tous les consuls y figurent, avec les ans et leurs mandats.
Mais, l’intérêt réside dans leurs réponses, très évasives. Ce fut le moins que l’on puisse dire.
Ils ne se souvenaient pas où ils avaient pris l’offrande.
Le gros mensonge, ils pouvaient aller se confesser !
Le seigneur roi de la ville, le saint homme avait pensé dans une grande subtilité que les paroissiens pouvaient rester debout.
L’église fut remaniée et une sainte table fut installée.
Le pénitent recevait à genoux devant la saint table l’eucharistie, le saint sacrement du corps et du sang de Jésus, sous les espèces du pain et du vin ; mangez c’est mon corps, buvez c’est mon sang.
Dans le cœur au côté de l’autel, les fauteuils sont réservés à la famille seigneuriale.
Etat de M.M. les consuls de Chalabre depuis 1740 jusqu’à 1767, actuellement vivants, desquels le sieur Izar premier consul de la dite ville a pris les 22 et 23 février 1771 les informations requises sur le fait du lieu ou endroit de l’église, où ils ont été prendre la paix ou faire l’offrande pendant les années de leur exercice et qui lui ont verbalement déclaré et certifié.

1740 :
tous décédés.
1741 :
le sieur Pradies a déclaré le 22 avoir été toujours à l’offrande à l’entrée du chœur où :
  • Va tout le peuple, jamais à l’autel où va M. de Chalabre.
  • Le sieur Roussel idem le 23, avoir été toujours à l’entrée du chœur, jamais à l’autel.
1742 :
les mêmes idem.
1743 :
les mêmes idem.
1744 :
le sieur Roussel idem.
1745 :
le même idem.
1746 :
le même idem.
1747 :
le sieur Jean François Castres, idem, a déclaré n’avoir jamais été à l’autel, mais toujours à l’entrée du chœur où va le peuple, le 22 février.
Le sieur Roussel idem.
1748 :
le sieur Roussel idem.
1749 :
le sieur Jean François Castres idem.
Le sieur Roussel idem.
1750 :
le sieur Roussel idem.
1751 :
le sieur Jean François Castres idem.
Le sieur Roussel idem.
1752 :
le sieur Dejean, le 22 février à dit n’avoir souvenance du lieu où il allait prendre la paix ou faire l’offrande.
le sieur Joseph Clerc, le 22, a déclaré n’avoir jamais été à l’autel ou va M. de Chalabre, mais toujours à l’entrée du chœur où va le peuple.
1753 :
le sieur Jean François Castres idem.
Le sieur Dejean comme dessus.
Le sieur Joseph Clerc comme dessus.
1754 :
le sieur Dejean idem.
Le sieur Joseph Clerc idem.
1755 :
le sieur Jean François Castres idem.
Le sieur Joseph Clerc idem.
Le sieur Dejean idem.
1756 :
le sieur Puy le 22 a déclaré avoir été toujours à l’entrée du chœur où va le peuple, jamais à l’autel où va le seigneur.
Le sieur Cazalens le 23 a dit ne point s’en souvenir.
Le sieur Jean Brangé le 23 a dit avoir été à l’autel où va le seigneur, jamais à l’entrée du chœur où va le peuple.
1757 :
le sieur Jean François Castres comme cy devant à l’entrée du chœur.
Le sieur Puy comme cy devant à l’entrée du chœur.
Le sieur Cazalens comme cy devant à l’entrée du chœur.
Le sieur Jean Brangé, comme cy devant à l’autel.
1758 :
le sieur Bompieyre le 22 a dit pas s’en souvenir, et que s’il y a été il a été là où était du fond et sans doute à l’entrée du chœur.
Le sieur Palmade le 22 a dit avoir toujours été à l’entrée du chœur, où va le peuple, et jamais à l’autel où va le seigneur.
Le sieur Cambon le 23 toujours au chœur, jamais à l’autel où va le seigneur.
1759 :
le sieur Jean François Castres, comme dessus.
Le sieur Bompieyre, comme dessus.
Le sieur Palmade, comme dessus.
Le sieur Vincent Cambon comme dessus.
1760 :
le sieur Pardies comme devant en 1741 à l’entrée du chœur.
Le sieur Florian Sales.
Le sieur Claude Tisseyre, le 23, a dit avoir été toujours du chœur où va le peuple, jamais à l’autel où va le seigneur.
1961 :
le sieur Castres, comme dessus.
Le sieur Trinchant le 23 a dit avoir été toujours à l’entrée du chœur où va le peuple, jamais à l’autel où va le seigneur.
Le sieur Vivies le 23 a dit avoir été toujours à l’entrée du chœur où va le peuple, jamais à l’autel où va le seigneur.
Le sieur Jean Pierre Cambon le 23 a dit avoir été toujours à l’entrée du chœur où va le peuple, jamais à l’autel où va le seigneur.
1762 :
les mêmes, idem.
1763 :
le sieur Jean François Castres, comme dessus.
Le sieur Pineau à Bélesta.
Le sieur Pierre Maigna le 23 a dit avoir été toujours à l’entrée du chœur où va le peuple, jamais à l’autel où va le seigneur.
1764 :
le sieur Déjean comme cy devant en 1752.
Le sieur Rocher résidant à Camon.
Le sieur Maurice Vives.
1765 :
le sieur Jean François Castres.
Le sieur Izaac Castres, le 23 a dit avoir été toujours à l’entrée du chœur où va le peuple, jamais à l’autel où va le seigneur.
Le sieur Lasalle cadet, le 23 a dit avoir été toujours à l’entrée du chœur où va le peuple, jamais à l’autel où va le seigneur.
Le sieur Antoine Vives, le 23 a dit avoir été toujours à l’entrée du chœur où va le peuple, jamais à l’autel où va le seigneur.
1766 :
le sieur Moustelon D.M. le 23 a dit avoir été toujours à l’entrée du chœur où va le peuple, jamais à l’autel où va le seigneur.
Le sieur Balisat.
Le sieur Claude Vives : le 23 a dit ne point se souvenir du lieu où il a été à l’offrande.
1767 :
le sieur Darnaud le 23 a dit n’être point mémoratif du lieu où il a été à l’offrande.
Le sieur Palmade comme cy dessus à l’entrée de l’autel.
Le sieur Richard Subreville le 23 a dit n’être point nominatif du lieu, où il a été à l’offrande mais avoir été prendre le cierge et recevoir la communion à l’autel.
Le sieur Seguier le 23 a dit avoir été une fois seulement à l’offrande à l’autel où va le seigneur, et n’avoir été à l’entrée du chœur.

Récapitulation.

1771 :
interrogés et priés de répondre sur le fait de l’offrande, ont dit Messieurs.
22 :
Pradier consul en 1741, 42, 43 et 1760, avoir été à l’offrande à l’entrée du chœur où va le peuple, et jamais à l’autel où va le seigneur.
23 :
Roussel consul en 1741, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51, idem à l’entrée du chœur, non à l’autel.
22 :
Jean François Castres, consul en 1747, 49, 51, 53, 55, 57, 59, 61, 63, 65, idem à l’entrée du chœur
& Dejean consul en 1752, 53, 54, 55, 64, n’être point mémoratif du lieu où il a été à l’offrande.
(Les sieurs Jean François Castres et Clerc, ses collègues ayant déclaré avoir été toujours à l’entrée du chœur où va le peuple, et non à l’autel où va le seigneur, il fait que le sieur Dejean à été à l’entrée du chœur avec le peuple et non à l’autel.
& Joseph Clerc consul en 1752, 53, 54, 55, avoir été toujours à l’entrée du chœur où va le peuple, et jamais à l’autel où va le seigneur.
& Puy, consul en 1756, 57, idem à l’entrée du chœur, non à l’autel.
23 :
Cazalens, consul en 1756, 57, n’être point mémoratif du fait où du lieu où il à été à l’offrande.
& :
Brangé, consul en 1756, 57, avoir été à l’offrande à l’autel où va le seigneur, et non à l’entrée du chœur où va le peuple, (Jean François Castres et Puy disent le contraire).
22 :
Bompieyre consul en 1758, 59, n’être pas bien mémoratif, et que s’il à été à l’offrande, il a été au lieu où était d’usage, et sans doute à l’entrée du chœur, ne s’étant jamais préoccupé de ces choses.
& :
Palmade consul en 1758, 59, 67, avoir été toujours à l’offrande à l’entrée du chœur où va le peuple et jamais à l’autel où va le seigneur, et avoir été en 1767 prendre des cierges et la communion à l’autel.
23 :
Vincent Cambon, idem à l’entrée du chœur non à l’autel, consul en 1758,59.
Florian Sales consul en 1760.
23 :
Claude Tisseyre consul en 1760, idem à l’entrée du chœur non à l’autel.
&
Trinchant consul en 1761, 62, idem à l’entrée du chœur non à l’autel.
&
Vivies consul en 1761, 62, idem à l’entrée du chœur, non à l’autel.
&
Jean-Pierre Cambon consul en 1761, 62, idem à l’entrée du chœur non à l’autel.
&
Pineau consul en 1763 réside à Bélesta.
&
Pierre Maigna consul en 1763, idem à l’entrée du chœur jamais à l’autel.
&
Rocher consul en 1764 réside à Camon.
Maurice Vives consul en 1764.
23 :
Isaac Castres consul en 1765, avoir été à l’entrée du chœur, non à l’autel.
&
Lassalle Cadet consul en 1765 idem à l’entrée du chœur, jamais à l’autel.
&
Sicre consul en 1765 idem à l’entrée du chœur jamais à l’autel.
&
Moustelon consul en 1766 n’être point mémoratif du lieu où il a été à l’offrande.
&
Batizat consul en 1766 idem, à l’entrée du chœur, jamais à l’autel.
&
Claude Vives consul en 1766, n’être point mémoratif du lieu où il a été à l’offrande.
&
Darnaud consul en 1767, idem, n’être point mémoratif du lieu où il a été à l’offrande, mais bien avoir été recevoir des cierges et la communion à l’autel, (le 22 a dit avoir été à l’autel).
&
Séguier consul en 1767, avoir été une fois à l’offrande, avoir été à l’autel où va le seigneur, et non à l’entrée où va le peuple, et avoir été à l’autel pour la communion des cierges.

S’il n’est pas toujours facile de lire ou traduire ces pages, car les S se confondent avec les F, il est sûr par contre que nous avons affaire à une bande de « faux culs ». En effet, ne pas se souvenir, même vingt ans après, d’un interdit !!!
Ils l’auraient pratiqué une seule fois, je le concevrais. Mais, pendant 40 ans, la chose n’était pas commune, c’était de la provocation !
Seuls Séguier et Brangé avaient reconnu les faits. Pour ce dernier, Castre et Puy le lui contestent.
Aller chercher un cierge ou prendre la communion à l’autel était comme partout interdit au peuple.
Les places qui sont accolées de chaque côté étaient réservées au roi de la ville. Comme il avait sa propre chapelle, il ne participait à aucune cérémonie, les obsèques non plus puisqu’ils étaient enterrés dans le caveau de la forteresse.
Nous y trouvons des noms déjà vu comme Palmade le toubib de l’affaire Dubois, Dejean dont le fils aura son nom gravé sous l’arc de triomphe alors que pas une rue lui rend hommage, la nièce Angélique qui donnera un siècle plus tard la chapelle du Calvaire à l’hospice.
Des noms comme Florian Sales et Richard Subreville vont quant à eux se faire remarquer pendant la révolution.

Grève des boulangers

Les lendemains en 1772 ce furent les boulangers qui refirent des histoires.
La grève !
Chalabre était sans pain.
Ils furent condamnés à 50 livres d’amende, (un an de salaire d’un ouvrier), pour n’avoir pas fourni du pain, d’avoir renvoyé des habitants de ladite ville sans pain, et sous prétexte d’avoir fait vente de la dernière fournée à des étrangers de Montjardin et Saint-Benoît qu’ils avaient emportés chez eux.
Ce qui était contraire à l’ordre public.
La récidive, s’ils n’avaient pas de pains dans leurs boutiques ou dans le four, ou bien de la pâte dans la main, entraînerait l’interdiction et la fermeture de la boutique.
La condamnation fut affichée sur la place publique et dans toutes les boulangeries, signée par Rolland greffier représentant les consuls, par Louis Toursier le syndic et par les médecins Etienne Izard, Pierre Palmade et Jean Pierre Dumons.
Encore une fois, Pierre Palmade devait faire une fixation sur cette corporation. En effet, c’était lui qui avait été privé de pain sous prétexte de vente.
Avec la nouvelle loi, il ne fut pas mieux servi. Les boulangers avaient toujours de la pâte qu’ils faisaient cuire à certains notables sans ingrédients, comme le sel ou la levure. Palmade s’en plaignait. Mais, les boulangers étaient dans légalité totale, puisqu’ils le fournissaient.
Le commerce de la boulangerie ne fut libre que 2 siècles plus tard. Ces artisans pendant longtemps étaient solidaires entre eux.
Conscient de la force qu’ils représentaient à la moindre grève ou arrêt, ils affamaient le pays. Ils eurent grâce à cette puissance des causes gagnées.
Ce n’était pas le cas des bouchers, la viande était un luxe que peu de gens pouvaient s’offrir. C’était un métier qui ne faisait pas de bruit. Mais, ils magouillaient pas mal !
Ils tuaient les bêtes à même la rue ou sur place publique, dépecées sur le site et embarquées dans la boutique. Ils eurent beaucoup d’histoires avec les propriétaires des chiens, parce que le quadrupède avait chapardé un morceau et le maître de la bête ne voulait rien savoir. Si le contraire se produisait, la bête était chassée ou abattu par l’homme de l’art, et là c’était le dresseur qui rouspétait.
La maréchaussée était souvent absente de ces histoires.
Les « pandores avaient d’autres chats à fouetter » !
Avec la loi sur les mendiants du 20 octobre 1750, ils avaient du travail.
Les paysans ou habitants de la ville, qui allaient au bois en tenue négligée, étaient arrêtés. Ils allaient souvent vaquer à leur travail ou occupation sans leur laisser passer.
Malgré qu’ils fussent connus, mais la loi est la loi, ils furent enfermés dans la prison qui fut vite pleine.
Il avait fallut avoir recourt aux cellules du château !
François Jean seigneur et roi de la ville dans un mouvement de bonté, autorisa l’utilisation de ces locaux et prisons.

La grêle

Le 16 février 1773, Chalabre était en effervescence.
La grêle tombait de partout grosse comme le poing. Une belle bagarre comme on les aimait à Chalabre, une générale !
Elle avait commencé chez Vives négociant en vin et se terminait dans les rues.
Le rapport dit ceci :
« Les mains pleines de sang et de cheveux, les coups de poing tombaient comme grêle, les rues remplies de sang comme dix porcs que l’on égorge, la maréchaussée fut débordée ».
Analyse du problème : Les mains étaient pleines de sang, parce qu’elles étaient blessées ou c’étaient de l’adversaire. Les cheveux comme les indiens voulaient-ils les scalper. Les rues ensanglantées, c’était comme la maréchaussée monnaie courante.
Le 15 octobre 1773, l’assemblée générale des consuls fut mise en place pour étudier la demande du seigneur De Bruyères Chalabre, pour que ses armoiries fussent posées sur l’hôtel de la ville. La première demande remontait à 41 ans. Il avait été prévu et exécuter 2 planches peintes à l’huile aux frais de la ville.
Elles y resteront jusqu’en 1816.

Edit du Roi Louis XVI

Celui qui commençait à perdre la tête, notre bon Roi Louis XVI, arrêta le 12 décembre 1775 que :
Amnistie pour tous les déserteurs avant le 1er janvier 1776
Texte qui fut rendu public et affiché dans toutes les villes et villages du Royaume.
Il ordonna le même jour, mais non rendu public cette fois, d’arrêter tous ces déserteurs, de les enchaîner et de les occuper comme forçat à des travaux viles et dangereux, prévoyant la nourriture et habillement.
La « bouffe » : 2 livres de pain par jour, 2 fois par jour de la soupe à base de beurre ou de graisse, de l’eau et du sel, les fèves, pois ou autres légumes les dimanches et fêtes.
Le costume 3 pièces était composé d’une chemise, un gilet long, une culotte de grosse étoffe de laine brune, des bas de laine, des sabots de bois, un bonnet rond de ladite étoffe, une plaque de tissus blanc sur lequel était marqué le numéro, pour l’hiver un pardessus long de ladite étoffe de laine brune, une ceinture de cuir large de trois pouces, une chaîne de huit pieds, un boulet de canon de 16 livres.

1 pouce = 2,54 cm 3 pouces = 7,5 cm
1 pied = 0,324 m 8 pieds = 2,6 m
1 livre = 0,453 kg 16 livres = 7,257 kg

De nos jours, en athlétisme, les lanceurs du poids et du marteau utilisent cette même mesure.
Les affiches de ses édits sont aux archives de la ville.
Le 1 mars 1776, les consuls firent une réunion dans la salle commune de l’hôtel de la ville. L’ordre du jour : comment répondre aux plaintes des habitants.
Les consuls et la maréchaussée étaient régulièrement sollicités pour recevoir des doléances. Les gens se plaignaient des cabarets qui étaient ouverts pendant la nuit à des heures indues, y donnaient à boire et à manger, et même à jouer et fournissaient les cartes, ou y permettaient le feu et y recevaient toutes sortes de gens tard dans la nuit jusqu’à 10 heures du soir.
Les consuls modernes et politiques arrêtèrent que tout doit être fermé à 9 heures du soir, sauf les jours de foires à 10 heures.
Le couvre feu intervenait à 20 heures
A Chalabre, il y avait 2 foires par semaine. L’arrêt ne fut jamais respecté.
En 1776, le germe de l’épizootie (maladie contagieuse) sévissait. Il fut donc ordonné de laver la laine, arrêt inutile car pour carder la laine il fallait la laver.
Le 21 avril 1778, suite à la décision de 1730, un appel d’offre fut lancé pour l’aménagement de la route de Limoux et la construction des ponts de pierre sur le Chalabreil et l’Hers.
Voila une résolution rapide (40 ans), le pont neuf avait été construit. Mais, il n’y avait rien après. L’allée de la poste n’existait pas. Pour aller à Limoux, il fallait prendre l’allée du château, et Mirepoix la passerelle en bout de la rue des boulangers.
Le Chalabrois faisait depuis le pont qui ne donnait nulle part des concours de crachat et pour les hommes de celui qui urinait le plus loin.
Le seigneur roi de la ville François Jean, comme son père 48 ans plutôt, est contre.
Le conseiller du Roi en la province du Languedoc Gabriel Marie de Talleyrand de Périgord, avait interdit le 21 décembre 1778 le port et la détention d’arme, même pour la chasse. Était-il devin ou prévoyait-il un soulèvement du peuple ?
Dans la maison commune à l’hôtel de la ville, le 17 septembre 1781, étaient réunis en assemblée :

Guillaume Bouichou, Etienne Izard, François Maziers, Richard Subreville, Claude Vivies, représentants des corporations, avaient décidé une augmentation du pain.
La livre de pain de 500gr se vendit 31 deniers

1 ouvrier gagne 20 sous par jour, soit 7300 sous par an.
Une famille composée de 2 parents et 2 enfants qui mangeaient chacun par jour 500 gr de pain dépensait 10,32 sous, soit par an 3766 sous.

Les taxes étaient de :
1 denier par habitant par an pour la couronne.
10 livres par habitant par an pour le seigneur.
5 livres par habitant par an pour la ville.

Toujours pour notre famille 60 livres et 4 deniers.
1 livre = 50 sous.
Pour notre famille, 3000 sous par an.
La famille dépensait 7000 sous par an pour son budget :
Juste pour les taxes malgré la terre privilégiée.
Pour le pain nourriture principale de cette période.
La famille donnée comme exemple est rare.
Il y avait souvent plus de 2 enfants, avec en plus les parents à charge.
La colère gronde, la contestation était des plus fortes.

Les trémulations de De Roux.

Notre voisin, le marquis de Puivert, de Rivel et de Sainte Colombe, aurait pu à lui tout seul couvrir un roman.
Il était fabriquant de drap à Chalabre.
De Roux était un officier de cavalerie. Pour ne pas être abîmé de la selle, il venait tous les jours à cheval par la route. Elle était pratiquement côte à côte avec la voie de chemin de fer. En 1782, notre marquis, comme beaucoup de soldats, décida d’aller porter main forte aux colons d’Amérique et de soutenir La Fayette dans la guerre d’indépendance contre l’Angleterre.
Il vendit sa vaisselle et emporta 20 000 livres. Il arriva en Bretagne, affréta un bateau avec l’équipage, et le 1 mars 1782 appareilla pour les Indes afin de se présenter à monseigneur De Bussy gouverneur de Pondichéry, qui devait lui fournir des hommes pour aller se battre.
L’Amérique le voilà !!!
La Fayette, il arrive !
Au large d’Ouessant (en Bretagne), le convoi maritime est attaqué par ceux qui allaient combattre l’Anglais. Tout fut raflé matelots et marchandises. Puis, amenés en Angleterre, les navires furent coulés.
Le Roi Louis XVI paya la rançon. Le colombin fut de retour, ruiné au pays au début de 1784.
Il épousa mademoiselle de Langeron le 23 mai 1784.
Notre cavalier aurait été bien inspiré de quitter sa monture, afin de s’entraîner sur l’ Hers.
Il n’a pas fini de nous étonner le bougre. Il y retournera, pas par nostalgie, mais par nécessité.

Lettre de Névariateur Barthélémi.

La lettre : « lettre écrite à monseigneur le chancelier le 12 May 1786.
La communauté de Chalabre, a la veille de plaider avec son juge, ne vient et ne désire d’autre déçision que celle qu’elle espère que vous voudrez bien lui donner sur la contestation qui les divise.
Veuillez bien, Monseigneur, excuser la liberté que nous prenons. La confiance que nous avons en votre justice et en votre bonté nous enhardit à vous soumettre la question que voici :
Il y a siége de justice bonne ette à Chalabre ; le juge actuel non domicilié prétend, quand il vient ici, avoir le pas à l’offrande et cérémonies publiques sur les consuls en chaperon et en robe, quoi qu’il soit en habit de bourgeois. La communauté est d’un sentiment contraire, parcequ’elle est la seconde ville du Diocèse, qu’elle a un gouverneur et seigneur d’une des premières maisons du Royaume, et quatre consuls dont l’un Maire et l’autre Lieutenant de Maire qui n’ont eux-mêmes aucune préséance, ni distinction que quand ils sont en robes ; Chalabre renferme encore un couvent de Capucins, deux maison d’éducation l’une pour les garçons, l’autre pour les filles, et environ 2400 habitants parmis lesquels se trouvent des avocats en parlement, de gros fabricants de draps, et des bourgeois considérables.
D’après la vérité de cet exposé, et l’usage constamment observé par les juges qui avaient ici leur habitation de porter la robe dans toutes les cérémonies publiques, la communauté est dans l’idée que pour la décense, l’honneur et le respect dûs à notre religion, les juges non domiciliés sont également tenus à se parer de leurs robes, conjointement avec les consuls pour avoir le pas avant eux. Nous vous supplions, Monseigneur, de vouloir bien décider la question, votre jugement sera pour nous un arrêt sacré et irrévocable.
Nous avons l’honneur d’être avec le plus profond respect,
Monseigneur,
Vos très humbles
».
La décision arrivera quelque temps après. Le Monseigneur donna raison à la ville. Le juge étranger qui arrivait du Cazal Sainte Marie devait porter la robe, les consuls aussi.
Nous apprenons qu’il y avait un couvent des Capucins mal vus à Chalabre, des gros fabricants de draps, des bourges, des écoles, et les pénitents avaient pratiquement disparus.
La tension monte, la contestation aussi !
En 1788, une grande agitation régnait dans les campagnes.
Les paysans affamés pillaient les convois de blés et de denrées. Ils refusaient de payer les droits féodaux. Souvent à la tête d’une insurrection, ils pillaient et brûlaient des châteaux. Déjà beaucoup de nobles ont pris le chemin de l’exil.

L’église chrétienne :
en annonçant la bonne nouvelle, avait apporté une lueur d’espoir dans les ténèbres de la barbarie et sauvé ce qui pouvait l’être de la culture antique. Elle offrait un sentiment de sécurité par la menace de l’excommunication, (arme redoutable de ces siècles).
Elle matait la violence, trop souvent par la même violence. Elle redressait les mœurs, réagissait contre le fléau des guerres privées entre seigneurs, que malheureusement elle a cautionnées souvent. Elle a eu à assumer la responsabilité et la charge de l’enseignement, et la bienfaisance vis-à-vis des malades et malheureux.
La féodalité :
était une organisation politique sociale en une hiérarchie militaire, entre seigneurs, suzerain, vassal et le serf attaché à la glèbe. Le principe d’origine était le service des armes et certaines prestations appliquées à tous les degrés de l’échelle sociale.
Elle était née de la carence des enfants de Clovis, mise en place petit à petit et réglée par Charlemagne contre les bandes armées.
La chevalerie :
les nobles par définition devenaient tous chevaliers, (celui qui combattait à cheval). Avant l’investiture, il n’était qu’écuyer et ne devenait que chevalier qu’au cours d’une cérémonie solennelle, recevant les armes (l’épée et le blason), l’éperon doré, mais sans avoir au préalable juré fidélité à Dieu, à son Roi et à son Suzerain, promettant de défendre la veuve et l’orphelin.

Nous sommes en 1789.

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