Entête Si Chalabre m'était conté

Adrien le bienfaiteur

L’aîné des Fournié

Année 1915

L’an s’annonce mal pour la famille. Le petit dernier des garçons, Armand, celui qui était né le 27 décembre 1910 à Pomy (11), est décédé le 20 janvier 1915 au château de la Bezole.
Les espoirs de la famille sont anéantis. Le troisième garçon a quitté ce bas-monde, lui qui était né le lendemain du noël. Tout le monde était persuadé que les dieux seraient avec lui.
Il n’en fut rien !
L’été était là. Le conseil de révision de Limoux examina l’aîné de la famille.
Adrien François était né le 27 septembre 1897 à Caussou (09).
Ils étaient domiciliés au château de la Bezole.
Profession, chapelier.
Taille, 1 mètre 64 centimètres.
Cheveux châtains, yeux également châtains.
Front bombé et nez aquilin (nez d’aigle).
Le visage bombé.
Degré d’instruction N°2. (Pas idiot, sait tout juste lire, mais pas écrire)
Inscrit sous le N°54 dans le canton de Limoux
Déclaré bon pour le service armé

Année 1916

Le fils du « carbounier » Adrien quitte la Bezole. Cette fois, c’est lui qui va « au charbon », malgré le piston. Il était de la demeure de Dujardin-Beaumezt, le secrétaire d’état qui était en accord avec Clemenceau et son gouvernement pour la répression au moment de la révolte des vignerons en 1907.
Comme tous les conscrits incorporés de la région du Languedoc, ils sont envoyés en première ligne en guise de punition. Le tigre a sorti les griffes !
Tel Arnaud Amaury, le prélat de la croisade des Albigeois, celui là-même qui a dit : « tuez-les tous, dieu reconnaîtra les siens », Clémenceau pense que tous les sudistes, plus particulièrement les vignerons, feraient (y compris mon grand père chapelier) de la bonne chair à canon.
Dans la période où nous étions dans les Ardennes, Adrien et Bernardine y sont venus avec toute la famille, y compris les Nuévo.
Nous sommes allés à Verdun, à l’ossuaire de Douaumont, à la tranchée des baïonnettes, où il m’a raconté l’histoire de sa fausse mort.
La plaque d’identification est perdue dans la reprise du fort de Douaumont. Aussitôt, est faite la déclaration de sa mort, et l’annonce rapide à la famille, qui entre temps avait fait le deuil.
Dans l’ossuaire, c’est lui qui nous à montrer sa pierre tombale, me demandant de le pincer, pour voir si il était bien vivant.
Le 10 janvier, Adrien est incorporé au 76° régiment d’infanterie, qui est en repos dans la Commun, du Claon, à plus de 900 kilomètres de la maison, située dans la région de Vauquois, environ 30 Km a l’ouest de Verdun, sous le matricule n° 10571.

Portrait d'Adrien en uniforme

L’historique du régiment :

Les compagnies font 6 jours de première ligne, 6 jours de réserve à l’ouvrage (fortification), 15 au confluent, 6 jours de repos à la Chèvrerie ou au Claon, puis une nouvelle période de 6 jours de première ligne, 6 jours de repos aux Islettes ou à Futeau, soit très souvent trente jours sans apercevoir une maison, ni un habitant civil.
Le 13 janvier, se produit une affaire de petits postes dans le secteur du « Cap »0. Se produit une affaire assez sérieuse. En effet, profitant d’une relève, les Allemands attaquent brusquement le poste et s’en emparent. La 10ème compagnie réussit à la reprendre. Cette affaire nous coûte 65 blessés et 4 tués.
Le 14 avril, sans raison apparente, l’ennemi nous envoie une pluie de « minen » (mines) qui dure 14 heures. Toutes les tranchées sont bouleversées. Le ravin des Courtes-Chausses est rempli de fumée pendant deux jours.
Entre temps, en février, s’était déclenchée la fameuse offensive boche sur Verdun. Nuit et jour, pendant des semaines, nous entendons le grondement des canons de la bataille gigantesque. Elle ne s’étend pas jusqu’au secteur du régiment, mais qui est à son extrême limite ouest, c’est-à-dire Avocourt, qui n’est qu’à 15 kilomètres de nous. L’ennemi, devant nos lignes, devient plus nerveux. Les bombardements s’en ressentent.
Le 8 mai, le régiment doit effectuer un redressement de ligne. Cette opération comporte l’éclatement de deux mines, le nettoyage des abris et des tranchées par liquides enflammés.
Les pionniers du régiment, les sapeurs du génie et la 10ème compagnie, renforcée d’un peloton de la 8ème compagnie, doivent procéder à l’opération, le tout commandé par le sous-lieutenant Desserin qui s’est porté volontaire.
A 18 heures, les mines sautent et l’artillerie bombarde pendant 3 minutes. Les lance-flammes se mettent en action. La troupe s’élance. La position est prise.
Immédiatement, des travailleurs du génie et les pionniers travaillent à restaurer les tranchées ennemies écroulées.
A 2 heures du matin, l’ennemi contre-attaque violemment et reprend une partie du terrain qu’il avait perdu.
A 2 h 30, nous contre-attaquons à notre tour et nous rétablissons la situation.
A 4 heures, l’ennemi à nouveau nous bouscule, suite à une offensive.
L’affaire est manquée, malgré des pertes assez élevées.
Le 20 mai, le lieutenant-colonel Viala, chef de corps, est évacué malade et remplacé quelques jours plus tard par le lieutenant-colonel Subsol.
Les jours passent et les assauts sont continus. Cette fois, ce sont les nôtres qui avancent et parfois, c’est l’ennemi.
Le 5 juillet 1916, c’est la catastrophe, la Bérézina.
Adrien est mort, il est tombé au combat en héros.
Pleurez braves gens, pleurez !


ossuaire

Photo Joël Brochet

Les derniers jours de juillet sont marqués par un événement important, hormis la mort, posthume d’Adrien. On parle de quitter l’Argonne.
Nous serions relevés pour aller attaquer on ne sait où encore : à Verdun, dans la Somme, en Belgique, nul fantassin ne sait.
Le 30 juillet au matin, des officiers du 407ème R.I. arrivent en reconnaissance. Le 31 au matin, la relève est là.
Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, les derniers éléments du régiment quittent ce secteur, dont nous connaissons si bien les bons et les mauvais coins.
L’offensive de grande envergure est déclenchée. La division doit y participer. Mais, elle a besoin de se familiariser avec les nouveaux procédés de combat (l’emploi du fusil-mitrailleur en particulier, les formations d’attaques nouvelles, mais aussi le lance-flamme, et plus terrible encore le char d’assaut).
Le 3 août, le régiment se met en marche par voie de terre sur le camp de Mailly, à 120 Kilomètres au sud de Reims. Il y arrive le 10. Aussitôt, l’instruction est reprise.
Cependant, à la Bezole,
La famille Fournié voit arriver deux gendarmes de Limoux.
Ils ont fières allures sur leurs chevaux et sont éreintés par la chaleur.
La missive qu’ils portent n’est pas de bon augure. S’ils sont venus jusque là, c’est pour annoncer officiellement la mort au combat de leur aîné d’Adrien.
En contre partie pour avoir fait le chemin, le père Jules leur donne un verre de vin, (de ce vin de la colère, objet d’affrontement quelques années au préalable (en 1907), avec comme résultat la mort en première ligne d’au moins un enfant de chaque village méridional).
Clémenceau avait demandé que les soldats incorporés venant du midi soient en 1ère ligne.
La mère Ambroisine, qui l’année passée avait perdue un garçon, accusera le coup.
Elle et son époux mettront la religion en cause. La croix est bannie de la maison.
Le 1er septembre, c’est le départ de Mailly. L’arrivée est le 3 à Blargies-Belleville (à 250 kilomètres), à l’ouest de Beauvais dans l’Oise.
Du 3 au 6, il y a les marches journalières en direction de Thennes à 80 kilomètres, dans la Somme où nous cantonnons quatre jours.
Le 11, le régiment est relevé en camions-autos et débarque dans la région de Bray sur- Somme, (soit 28 kilomètres près de Maricourt, entre Amiens et Péronne).
Le 12 septembre, nous cantonnons à Bray-sur-Somme et le 15 à Suzanne.
Le 20 septembre, la division doit relever, dans le secteur du ravin des Aiguilles, une unité fortement éprouvée.
Tant bien que mal, la relève se termine au petit jour. Pas de tranchées mais des trous d’obus.
Une attaque doit avoir lieu le 23 septembre à 6 heures du matin. Dès le 22 à midi, l’artillerie accentue ses rafales et les obus sifflent sans répit.
Les 2ème et 3ème bataillons ont pour mission d’occuper la lisière sud du bois de Saint-Pierre-Waast et des tranchées en direction de l’épine de Malassise.
Le 23 septembre, toute l’artillerie divisionnaire est en action.
A 6 heures, avec un ensemble parfait, les grenadiers, suivis des autres vagues, s’élancent à l’attaque et, en un clin d’œil, l’objectif assigné est atteint.
Le régiment a gagné 1.200 mètres, juste récompense d’une des plus rudes journées de la guerre.
Les journées qui suivirent ne furent pas moins pénibles, ni moins meurtrières.
Le 25 septembre, le régiment participe à une attaque générale sur le front ennemi, épine de
Malassise, bois de Saint-Pierre-Waast.
L’attaque est déclenchée à 12 h 45. Le mouvement est presque immédiatement arrêté par les mitrailleuses ennemies, qui nous prennent de flanc.
Les 1er et 3ème bataillons subissent des pertes très élevées pendant l’action.
A la nuit, nous constituons une réserve dans la tranchée de départ.
Le 26 septembre, l’attaque est déclenchée à nouveau, mais sans plus de succès.
La 11ème compagnie s’établit à cheval, c'est-à-dire dessus, sur le chemin dans une ligne nord-sud, entre Bouchavesnes et le bois de Saint-Pierre-Waast.
Le 27 septembre, après une lutte acharnée de pétards et de grenades excessivement violente, l’objectif tombe aux mains de la 2ème compagnie.
L’ennemi ne tente aucune action en dehors de tirs de barrage incessant.
Dans la nuit du 28 au 29, le régiment est relevé par le 91ème R.I. et va cantonner à Etinehem, en passant par Maurepas, Curlu, Suzanne et Bray-sur-Somme.

la mitrailleurs

Les mitrailleuses

Pour sa brillante conduite, la 2ème compagnie est citée à l’Ordre de l’Armée avec le motif suivant :
« Pendant les journées des 25, 26 et 27 septembre, sous un violent feu de mitrailleuses qui la prenait de front et de flanc, elle s’est accrochée à l’ennemi avec une héroïque ténacité et le plus complet esprit de sacrifice. Ayant perdu son commandant de compagnie, le lieutenant Sialleri, avec le reste, (soit 60% de son effectif), le sous lieutenant Boyer a progressé pied à pied sous le commandement des officiers survivants (les sous-lieutenants Quinot et Clauzard), luttant à la grenade toute la nuit du 26 au 27 et finissant le 27 au matin par bondir dans la tranchée allemande dont elle s’est emparée, massacrant tous les défenseurs qui résistaient encore et faisant plusieurs dizaines de prisonniers, déterminant ainsi une progression de 1.200 mètres.
A Etinehem, nous recevons des renforts et c’est à peu près complètement reconstitué que, le 9 octobre, le régiment se déplace pour se rendre au ravin des Aiguilles, où il reçoit l’ordre de se porter vers la côte 1852. La mission est le barrage en cas de repli des premières lignes.
Le 76ème avait pour mission de tenir uniquement les positions et de harceler l’ennemi pour l’obliger à maintenir des forces importantes tout en lui infligeant le plus de pertes possible.
Mais cette tactique ne pouvait s’effectuer sans essuyer nous-mêmes des pertes inévitables.
Après douze jours de ligne, dans une boue dont on ne peut se faire une idée, le régiment comptait 500 pertes.
Il est alors relevé et vient cantonner à Villers-Bretonneux, à 15 Km, à l’est d’Amiens.
Le régiment monte une troisième fois le 1er novembre pour garder les lignes douze jours


Le départ pour le 122ème,

Adrien, comme d’autres soldats, laisse ses copains.
Il est muté au 122ème R.I. sous le matricule 13860.
Le 4 novembre, il est incorporé au 122ème, qui est dans le secteur de Vauquois en Argonne, à une distance d’environ 260 km, (un air de déjà vu, puisqu’il a démarré les hostilités dans le secteur).
Le régiment occupe depuis le 6 septembre et ce jusqu’au 18 décembre le sous-secteur de la Chalade (Argonne), et du 20 décembre 1916 au 29 janvier 1917 celui de Vauquois.

Année 1917

Dans ces secteurs, [secteurs du Mort-Homme et d’Avocourt (22 février- 12 mars 1917) et (16 mars-13 avril 1917)], les mines et les bombes font rages.
Les hommes souffrent surtout de la pluie, de la neige et de la boue.
Du 30 janvier au 22 février, le régiment cantonne dans les baraquements du camp Augereau, près de Verdun, par une température sibérienne (25 degrés au-dessous de zéro).
La belle humeur se maintient malgré le froid, les intempéries.
Tous les soirs, de 16 à 17 heures, la musique donne ses concerts en plein air !
Le 20 janvier 1917, le régiment était entré dans la région de Verdun qu’il ne devrait quitter que le 1er septembre.
Pendant ces sept mois, il occupa sur la rive gauche de la Meuse des secteurs redoutables aux noms fameux : Avocourt, la Cote 304, le Mort-Homme.
Certes, les Allemands avaient renoncé depuis la fin 1916 à s’emparer de Verdun.
Mais leur action restait toujours active et menaçante et il n’y eut pas de journée où le 122ème ne fut alerté.
Comme toujours, le régiment fut superbe d’entrain.
Il déjoua tous les plans d’attaque de l’ennemi et ne perdit pas un pouce du « sol sacré de Verdun » confié à son honneur militaire.
Cette longue période se termina en apothéose par la prise retentissante du Mort-Homme où la 31ème division, sous le commandement de son chef, le général Martin, écrivit une des pages les plus glorieuses de la guerre.
Du 22 février au 12 mars, le régiment occupe le secteur du Mort-Homme, à la gauche de la division. Le sommet appartient aux Allemands qui, peu à peu, par d’audacieuses opérations de détail, ont avancé leurs lignes.
Notre première tranchée est sur la pente sud du mamelon.
À notre gauche, il y a la Cote 304, occupée elle-aussi par l’ennemi qui nous surplombe. Nous sommes à portée de fusil.
De partout, nous sommes dominés.
Le 11 mars, en faisant une reconnaissance, le lieutenant-colonel Gracy, commandant le régiment, est blessé.
Le 12 mars, le régiment est relevé et mis à la disposition de la 132ème division.
Dès le 9, le 2ème bataillon (le commandant Sougnac) a occupé le quartier des Rieux (Avocourt).
Il y est relevé le 17 par le 1er bataillon (le commandant Achard) et se rend à Blercourt.
Le 3ème bataillon (le commandant Bonnafont) est au camp des Pommiers-Sud.
Le colonel et l’état-major du régiment se rendent le 17 au poste de commandement Verrières.
Donc, le 18 au matin, ni le chef de corps, ni le 3ème bataillon ne connaissent encore le secteur.
Or, le 18, dans la journée, les Allemands attaquent la corne est au bois d’Avocourt, occupée par le 166ème régiment d’infanterie.
Ils s’en emparent, ainsi que d’une partie de la première ligne du quartier Gauthier situé à la droite du secteur.
A 21 heures, le général Herr, commandant le 16ème corps d’armée, fait appeler le lieutenant-colonel au téléphone, le met au courant de la situation et lui donne l’ordre de contre-attaquer le 19 au petit jour avec ses 2ème et 3ème bataillons.
Les bataillons se portent sur la ligne de départ dans une nuit noire, traversant un terrain inconnu arrosé par l’artillerie ennemie et empoisonné par les gaz.
Le lieutenant-colonel n’arrive qu’à 1 heure au poste de commandement du colonel du 166ème.
Le 2ème bataillon, qui a eu plus de 15 kilomètres à parcourir, ne parvient sur sa base de départ qu’au petit jour.
Aucune reconnaissance, même de nuit, ne peut être effectuée, faute de temps.
Les renseignements sur la situation fournie par le 166ème, qui n’occupe le secteur que depuis quelques jours, sont forcément imprécis.
C’est sur la carte qu’il a fallu bâtir à la hâte le plan d’engagement.
La préparation d’artillerie a lieu de 5 h. 45 mn à 6 h. 15 mn, qui harcèle l’ennemi.
A 6 heures et 15 minutes, les 2ème et 3ème bataillons se lancent à l’attaque.
Le bataillon de droite (le commandant Sougnac), arrêté par nos propres réseaux qui font défense devant les nouvelles tranchées Allemandes, ne peut progresser. Le bataillon Bonnafont, malgré les tirs de barrage et les feux de mitrailleuse, se déploie comme à la manœuvre.
L’ennemi est refoulé à coups de fusil et de grenades.
Les compagnies se relient à la compagnie du 166ème qui, entourée par les Allemands, résistait désespérément à tous les assauts. Faisant face à droite, elles reprennent la plus grande partie de la lisière sud du bois d’Avocourt.
200 à 500 mètres de tranchées sont reconquises en profondeur.
La maîtrise du ravin de Béthincourt, dont la possession donne à l’occupant toute la clef de notre système de défense, nous est rendue. Dans la progression, nous délivrons deux soldats du 166ème faits prisonniers la veille, une dizaine de mitrailleurs avec leurs pièces et des canons de 58 avec leurs servants.
A la suite de ce brillant fait d’armes, les 9ème et 11ème compagnies et le 1er peloton de la 3ème compagnie de mitrailleuses sont cités à l’ordre n°233 du 16ème corps d’armée du 11 avril 1917, dans les termes suivants :
« Dans la nuit du 18 au 19 mars et dans la journée du 19 mars 1917, ont brillamment contre-attaqué les positions allemandes, sous les ordres du chef de bataillon Bonnafont, et ont repris sous un feu violent d’artillerie et de mitrailleuses une partie du terrain occupé par l’ennemi. »
Les jours suivants, les compagnies s’organisent dans un terrain détrempé.
L’état des tranchées est tel que la circulation même avec les grandes bottes y est impossible. L’eau vient jusqu’à mi-corps.
Les hommes sont obligés de construire des sortes de radeaux, où ils se relaient pour prendre le service de garde. Aucun abri n’est praticable.
Cette situation durera jusqu’au 13 avril, la date de la relève. Pendant cette dure période, les opérations d’artillerie et d’infanterie se succéderont sans interruption.
Le 20, un coup de main devant le 3ème bataillon est repoussé.
Le 23, c’est le tour du 2ème bataillon de faire avorter une tentative allemande devant nos lignes.
Le 24, ce même bataillon avance sa ligne de 50 mètres, en refoulant à la grenade les postes avancés de l’ennemi.
Le 28, une action importante est montée. Il s’agit de s’emparer de toute la lisière sud du bois d’Avocourt jusqu’au saillant sud-est et de s’y installer.
L’opération, menée par les 2ème et 3ème bataillons, appuyés par des compagnies de tirailleurs du 116ème et du 80ème régiment d’infanterie, est vivement menée.
Non seulement l’objectif est atteint. Mais, sous le feu de l’ennemi, à quelques mètres de sa tranchée, en dépit de violents corps à corps, nous construisons, en une nuit, une tranchée solide qui nous assure définitivement la possession de la lisière sud du bois d’Avocourt.
Le 4 avril, nos postes d’écoute surprennent un projet d’attaque sur le front du bataillon de gauche (le chef de bataillon Achard).
Des dispositions de défense et de contre-attaque sont prises par le chef de bataillon et en même temps un violent tir de contre-préparation est demandé à notre artillerie.
Les Allemands surpris ne peuvent déboucher de leur tranchée de départ.
Le 8 avril, une nouvelle opération sur le saillant Gauthier est montée par le corps d’armée. Elle sera effectuée par le 166ème, sous la direction du lieutenant-colonel, commandant le 122ème.

Alerte au gaz

Alerte aux gaz

Le 13 avril, tout le régiment est réuni au camp des Clairs-Chênes, près de Rampont.
Les pertes sont de 15 tués, dont 2 officiers (le capitaine Bonnaire et le sous-lieutenant Fournier).
51 blessés dont 2 officiers.
71 malades dont 2 officiers.
Soit un total de 137 hommes.
Le régiment prendra la côte 304 du 9 mai au 9 juin 1917, puis attaque et prend le Mort-Homme.
Du 20 août au 1er septembre, les plans et comptes rendu, ainsi qu’une reproduction, sont déposés dans la salle d’honneur du régiment à Rodez.


Départ pour le 127ème

Encore une fois Adrien est muté, il va renforcer le 127ème, qui est cantonné à Baslieux-les-Fîmes à 150 kilomètres. Il y est incorporé le 27 avril.
Ce village se situe à l’ouest de Reims.
Puis, ils séjournent à Sammeron, distant de 100 kilomètres en Seine et Marne, jusqu’au 8 mai.
Le 9, ils prennent le départ pour le camp de Mailly, où ils resteront jusqu’au 12 juin.
C’est un retour en arrière de100 kilomètres.
Au Camp de Mailly, le régiment développe son instruction par des exercices et des manœuvres que l’on utilise. De ce fait, on perfectionne les enseignements acquis pendant les attaques et les combats.
Le général Lacapelle, qui a pris le commandement du 1er Corps d’Armée après les opérations d’avril, passe une revue magnifique des valeureuses troupes, dont on put voir avec émotion pour la première fois les douze drapeaux claquant fièrement au vent leur soie déchirée.
On quitte bientôt, sans regret, la région pour s’éloigner des soldats russes, dont le mauvais contact, comme que les mauvais vents qui soufflent alors, n’a d’action sur les belles troupes du 1er Corps d’Armée qui cantonnent dans ce camp.
Le 13 juin, le régiment d’infanterie gagne par étapes la région de la Brie, faisant une halte à Cerneux-Monglas en Seine et Marne, où il prend un repos jusqu’au 3 juillet.
Ces forces vont être nécessaires pour de nouvelles opérations et de nouveaux combats.
De concert avec l’armée britannique, l’armée française va exécuter une offensive en Belgique.
Elle a besoin de troupes aguerries et valeureuses, et fait donc appel au 1er Corps d’Armée, originaire de la région des Flandres.
Nous constatons que, depuis fin avril, le 127ème n’a rien exécuté comme fait de guerre, mis à part des centaines de kilomètres de marche à pied, rien de bien héroïque. Adrien, dont nous connaissons les idées politiques, faisait parti des hommes qui ne supportaient pas les soldats russes, vaniteux et voleurs. Quand ces soldats impériaux rentreront chez eux, ils auront changés de régimes, révolution aidant.
Comme le 1er Corps d’Armée originaire des Flandres, il n’y en a pas beaucoup de soldats de cette région du midi, oui !
Le 4 juillet, embarqué à la Ferté-Gaucher toujours dans la région Parisienne, il est transporté en chemin de fer à Bergues dans le Nord (59) « bienvenue chez les Cht’is » soit environ 340 kilomètres et cantonne ensuite à 10 kilomètres à Rexpoëde.
Le 10 juillet, il relève les Belges dans le secteur de la Maison du Passeur et occupe ce secteur jusqu’au 17 juillet.
Du 18 au 28, le régiment stationne en Belgique à Oostyleteren. Puis, enlevé en autos, il est débarqué en France à Warhem (30 Km), où il séjourne jusqu’au 31 juillet.
Faisant mouvement par étapes, le 127ème Régiment d’Infanterie relève le 5 août le 33ème Régiment d’infanterie, dans le secteur de Bixschoote, à droite de la 162ème division d’infanterie. Puis, en liaison avec la 2ème division d’infanterie, il se prépare à continuer la progression de la 51ème division d’infanterie.
La ville de Bixschoote ou Bilkschote en français est à 10 kilomètres à l’est d’Oostyleteren, et à plus de 10 kilomètres au nord d’Ypres.
Le lendemain de l’assomption, le 16 août 1917, à 4 heures 45, avant le lever du jour, le 2ème bataillon (commandant Baras) occupe les premières lignes à hauteur du village de Bixschoote, et monte à l’assaut.
La première compagnie (lieutenant Lévèque) est chargée d’assurer à droite la liaison avec la 2ème division d’infanterie (qui elle-même appuie l’attaque anglaise du village de Langemark à 4 Km).
L’ennemi réagit aussitôt avec son artillerie.
A travers un terrain marécageux où l’homme s’enfonce jusqu’aux genoux, la progression est pénible. La direction est difficile, car dans l’obscurité il faut contourner des mares d’eau et franchir des canaux de drainage. Les troupes d’attaque gagnent néanmoins leurs objectifs.
A gauche, les groupes de tête de la 7ème compagnie (lieutenant Maréchal) pénètrent sous un violent barrage d’artillerie, dans l’ouvrage bétonné appelé « ferme du Cimetière ».
La section ennemie qui l’occupe tente de résister. Le lieutenant Bonnardot est grièvement blessé.
Après une lutte courte mais très violente, la ferme est prise. 1 officier, 12 hommes et 1 mitrailleuse tombent entre nos mains.
A droite, la lutte est plus sévère. Un ouvrage bétonné, ancienne batterie casematée, est solidement tenu par l’ennemi, couvert par un barrage d’artillerie et les feux de flanc des mitrailleuses.
La compagnie du capitaine Carette occupe rapidement la partie Ouest de l’ouvrage. Mais, l’ennemi résiste de l’autre côté. Pendant une demi-heure, la lutte se prolonge à vingt mètres de distance. Enfin le dernier abri est emporté par le sous-lieutenant Dumont.
Une quinzaine d’hommes et 1 mitrailleuse sont pris.
Les premiers objectifs sont atteints à gauche. La 7ème compagnie continue sa progression à travers le grand cimetière ennemi et atteint ses objectifs définitifs.
A droite, la 6ème compagnie (Carette) doit s’arrêter dans sa progression, parce que la division de droite n’a pu avancer.
A 15 heures, la 6ème compagnie reprend son mouvement appuyé à sa droite par un peloton de la 1re compagnie.
Dans un élan, la 2ème ligne ennemie est enlevée.
Tout ce qui n’est pas tué est pris. 30 prisonniers et 3 mitrailleuses sont pris.
C’est pendant ce mouvement que le soldat de 1re classe, Van Kemmel, de la 1re compagnie, mérita la Légion d’Honneur avec la citation :
« Jeune soldat d’une bravoure et d’une intrépidité exceptionnelles. Le 16 Août 1917, étant avec une section en réserve qui ne prenait pas part à l’assaut, il a demandé à partir avec la première vague, arrivé le premier sur la position adverse, s’est précipité sur une mitrailleuse en action qu’il a enlevée après avoir mis les servantes hors de combat.
Deux blessures, déjà une médaille pour un fait de guerre absolument semblable lors de l’attaque du plateau de Vauclerc, le 16 avril 1917. »
La progression est ensuite continuée par des éléments de la 5ème compagnie jusqu’au ruisseau de Saint-Jansbeck, à 1500 mètres de nos lignes de départ.
Le 2ème bataillon s’installe alors sur les positions conquises et organise le terrain sous un bombardement incessant.
Cette brillante opération vaut au régiment sa deuxième citation à l’armée :
« Très bon régiment qui s’est brillamment comporté à Verdun, sur la Somme et dans l’Aisne. Vient, sous le commandement du lieutenant colonel Pravaz, de donner la mesure de sa ténacité et de son esprit offensif, au cours des opérations dans les Flandres, s’emparant, malgré la résistance de l’ennemi dans des organisations bétonnés, d’une zone de terrain profonde de 1.500 mètres, sur une longueur de même importance. »
L’attaque du 16 août continue jusqu’au 30 août par une série d’opérations de détail. Elle s’est faite sur un front de 15 kilomètres, au nord de la route d’Ypres à Menin.
Sur ce front, entre Drie, Grachten et Saint-Julien, elle permet la rupture de tout un système de tranchées et de points d’appui et aboutit à la prise de Langemarck.
Le 19 août, le régiment, est enlevé en autos, et ramené dans la région de Warhem, où il y stationne jusqu’au 2 octobre, les unités étant à tour de rôle employées aux travaux de deuxième ligne.

Lance-torpille

Lance torpille

Le 6 octobre, après avoir stationné quatre jour au Camp de Roobrugge, le régiment vient à Quaëdypre, où il séjourne jusqu’au 22 octobre.
Dès son arrivée, le 6, un bataillon est passé en revue à Bergues par le commandant en chef, le Général Pétain, qui remet la croix de guerre au drapeau du régiment.
Adrien a donc rencontré le général Pétain, qu’il a dû comme tous les soldats vénérer en 18, mais haïr 22 ans plus tard.
Le 27 octobre, la 162ème division d’infanterie étant mise à la disposition du 36ème corps pour relever la 1ère division d’infanterie, le 127ème régiment d’infanterie embarque en camions pour se rendre dans la région nord de Woesten, où il relève dans le secteur de la ferme Mondovi Papegoed le 233ème régiment d’infanterie.
Sous un bombardement violent d’obus de tous calibres et dans un terrain marécageux couvert d’entonnoirs profonds mais plein d’eau, le régiment organise le secteur qui borde la forêt d’Honthulst.
La première ligne est constituée par des trous d’obus, dont l’homme occupe la partie supérieure sous une tôle ou une toile de tente, car ses pieds sont dans l’eau, et il reste là tout le jour accroupi, tout déplacement n’étant possible que la nuit dans ce terrain parfaitement plat. Il a seulement la consolation de savoir que l’ennemi d’en face n’est pas mieux logé.
Les quelques abris bétonnés, où s’agglutinent les troupes de soutien, sont soumis à un bombardement continuel.
Malgré tout, les corvées vont et viennent sur les caillebotis, insouciantes des obus moins dangereux dans le sol mou, et l’organisation continue.
Après ce séjour particulièrement pénible, le 127ème régiment d’infanterie est ramené en auto dans la région de Quaëdypre, d’où il part pour gagner par voie ferrée les 58 kilomètres pour atteindre Lilliers, dans la Somme, puis par voie de terre la région parisienne Montmorency-Groslay situé à 230 kilomètres.
Logique militaire : tous les déplacements petits (entre 20, 30 ou 50 kilomètres) se font en véhicule, camion auto ou train, et les longues distances comme dessus 230 kilomètres à pieds. En stratégie, on appelle cela mettre les hommes aux repos.
Comme fête de l’avant et cadeau de noël, le commandant la 162ème division d’infanterie, le général Messimy, remet au 127ème régiment d’infanterie la fourragère aux couleurs de la croix de guerre.


L'obusier

L’obusier

Année 1918

Embarqué le 7 janvier à la de Louvres, le régiment est emmené par voie ferrée dans la région de Coincy-Brécy, (à 130 kilomètres et 10 au dessus de Château Thierry).
Il continue son mouvement à pieds pour aller occuper à 20 kilomètres le camp de Dravegny, où il stationne jusqu’au 25 janvier.
Le 1er bataillon est passé en revu ce même jour à Chéry-Chartreuve, distant de 4 kilomètres, par le général commandant en chef, le général Pétain, qui remet la fourragère au drapeau du régiment.
Les 26, 27, 28, 29 janvier, se mettent en mouvement différentes unités du régiment pour se rendre à 25 kilomètres plus au sud, dans la région de Roucy-Ventelay, puis relever à 8 kilomètres au nord le 204ème régiment d’infanterie dans le secteur de la Ville au bois.
Le régiment occupe ce secteur jusqu’au 22 mars 1918.
Pendant cette occupation, il est soumis à plusieurs coups de main ennemis. Notamment le 18 mars, tous sont repoussés.
De notre côté, une incursion est menée le 20 mars par la 11ème compagnie qui pénètre jusqu’à la Casemate, l’est du Bois de la Casemate, qui détruit 5 abris et réduit au silence une mitrailleuse sous béton.
La belle conduite de la 11ème compagnie (lieutenant Dupont) vaut à cette unité une citation à l’ordre de la division d’infanterie.
Ce secteur est rendu très pénible par l’attente d’une offensive que l’on sent menaçante et imminente. La dure tâche de la division, ainsi placée au nord de l’Aisne, est une mission de sacrifice à laquelle, volonté et énergie tendues, elle ne faillira pas.
Le colonel Pravaz est remplacé à la tête du régiment par le lieutenant colonel Arth.
Cependant Adrien le bienfaiteur de Chalabre est le 19 mars blessé au genou.
Il en souffrira avec le temps, et surtout le jour de vent marin.
Du 23 au 24 mars, le régiment relevé par le 110ème régiment d’infanterie et va cantonner dans la région de Glennes (15 Km).
L’offensive attendue s’est déclenchée mais plus à l’ouest, le 26 mars. Après deux jours, non de repos, mais de reconnaissance des secondes lignes au sud de l’Aisne, le régiment est enlevé en camions et transporté dans la région de Vic sur Aisne (20 Km).
L’état major quant à lui est cantonné à Vassens, à 10 Km au nord.
Le 27, il est transporté par le même moyen à Plessis-Brion, où il arrive à 19 heures 30 et stationne.
Réembarqué à 3 heures du matin le 28 mars, il est transporté à Ressons sur Matz, d’où il gagne Lataule (3 Km) par voie de terre pour y cantonner.
Le 30 mars, à 3 heures (du matin bien sur), le régiment d’infanterie est alerté.
La situation est critique.
Ordre général n° 104, du 28 mars 1918 :
Le général Pétain dit dans son ordre du jour :
« L’ennemi se rue sur nous dans un suprême effort. Il veut nous séparer des Anglais pour s’ouvrir la route de Paris. Coûte que coûte, il faut l’arrêter. Cramponnez-vous au terrain !
Tenez ferme ! Les camarades arrivent ! C’est la bataille ! Soldat de la Marne, de l’Yser et de Verdun, je fais appel à vous, il s’agit du sort de la France ».
Le général Messimy dit dans son ordre du jour de la division, toujours le 28 mars 1918, (ordre n°85, de la 162ème division d’infanterie).
« L’ennemi prononce avec des forces importantes une forte attaque sur Montdidier pour tenter de couper les 3ème et 1er Armée Française. Il est même aux abords de Mondidier.
L’heure est venue pour tous de faire plus que son devoir ».
A Maignelay, le 30 mars, rassemblant les officiers du régiment, il leur dit entre autre :
« Il ne s’agit plus de s’emparer de la tranchée des Cornichons ou du bois des Casemates, il s’agit de savoir si la France sera rayée ou non des rangs des Nations libres ».
Aussi quelle énergie anime le cœur de tous, avec quelle volonté de tenir, de résister, d’arrêter l’ennemi, part on à la bataille!
Le régiment se porte par voie de terre à Plainville, à 20Km à l’ouest. Le 2ème bataillon, mis à la disposition de l’infanterie divisionnaire 56, cantonne le soir à Broyes dont il assure la défense.
Le 31 mars, le 2ème bataillon relève les unités du 106ème régiment d’infanterie au centre de la Belle Assise.
Il est remplacé à Broyes par le 1er bataillon. La 10ème compagnie qui s’est portée à le Gardenois assure la liaison avec le régiment de droite.
Le 1er avril à la nuit tombante, l’alignement du front au nord-est de la ferme Belle Assise est obtenu par le 2ème bataillon, qui est en liaison à gauche avec le 54ème régiment d’infanterie et à droite avec le 327ème.
Les patrouilles chargées de trouver le contact jalonnent la ligne ennemie sur la route entre Belle Assise et Fontaine sous Montdidier aux abords de ce village et du château.
Le 127ème occupe le secteur jusqu’au 27 avril, quelques rencontre de patrouilles, quelques rectifications de lignes et enfin un appui de l’attaque exécutée à sa gauche par le 3ème Zouaves sur le château de Fontaine sous Montdidier, le 18 avril au matin.
Cet appui fourni par la 3ème compagnie avait permis aux éléments du 3ème Zouaves d’atteindre et d’occuper leur objectif.
Une contre-attaque ennemie menée par un bataillon au moins oblige la première ligne à reprendre ses emplacements de départ et prive le régiment de trois officiers (dont un décédé au poste de secours), et de vingt hommes (dont 3 tués).
Pendant toute la durée de l’occupation, l’action des deux artilleries a été d’une activité incessante.
L’effet de cette artillerie se fait sentir sur les arrières et dans les villages qui sont terriblement bombardés.
Les premières lignes, constituées d’abords de trous d’obus, sont invisibles et pourtant bien tenues par les groupes divers, alternés, mélangés de grenadiers et de fusils-mitrailleurs.
Petit à petit, les trous deviennent des petites tranchées, toujours dissimulées.
Un réseau se constitue et se renforce.
L’ennemi d’abord arrêté et stabilisé ne peut plus le franchir.
L’effort que nous avons fourni a porté ses fruits.
Par son ordre du jour du 4 mai 1918, le général Duport, commandant le 6ème corps d’armée, remercie la 162ème division d’infanterie de son concours.
Lettre du général de division Duport, commandant le 6ème corps d’armée, à monsieur le général Messimy, commandant la 162ème division.
« La 162ème division d’infanterie va quitter la zone de combat, où elle est entrée il y a plus d’un mois. Je tiens à lui exprimer ma satisfaction pour les services qu’elle a rendus en toutes circonstances.
Venue d’un secteur difficile sans avoir pu prendre du repos, elle a, dès son arrivée, fait sentir de la façon la plus efficace son action au cours d’une violente attaque allemande. Les opérations offensives qu’elle a conduites lui ont permis de gagner du terrain, et après s’être consolidée sur ses positions d’arrêter les efforts de l’ennemi. Elle a ensuite réalisé avec activité et méthode une organisation solide du secteur qui lui était confié et dont elle a assuré la garde pendant cinq semaines sous de violents bombardements. Ces résultats font honneur à la 162ème division d’infanterie et à son chef qui l’a conduite avec autant d’autorité que d’énergie.
Signé Duport
Cette lettre était portée à la connaissance de tous les militaires de la division d’infanterie par l’ordre de la 162ème division d’infanterie, N° 93, dont un exemplaire fut remis à chaque officier jusqu’au simple soldat.
162ème D.I. : Le 4mai 1918 Ordre Général N°93
« Le général commandant le 6ème corps d’armée m’adresse la terre ci-dessus.
Je reporte ses éloges sur chacun des braves gens ayant combattu sous mes ordres pendant ce dur mois d’avril au cours duquel l’armée Française a arrêté le Boche qui déjà se croyait victorieux. Chacun de vous, officier, sous-officier, caporal ou soldat, conservera pour ses enfants et ses petits enfants la preuve écrite qu’il a pris part à la grande bataille de 1918. L’échec final de l’offensive allemande est pour une part l’œuvre de chacun de vous si modeste qu’il soit. Une fois de plus, vous avez montré votre fermeté, votre endurance et votre esprit de stoïque sacrifice.
Vous avez contribué à donner au monde une preuve nouvelle que, si cruelles que soient les pertes, si douloureuses que soient ses plaies, la France est invincible.
Je suis fier, mes camarades, de commander à des troupes d’élite, telles que les régiments de la 162ème division ».
Signé Messimy
Quel effort encore plus grand reste à faire !
Relevé le 28 avril par le 16ème régiment d’infanterie U.S., le 127ème est ramené dans la région de Plainville, puis à Brinvilliers la Motte où il séjourne jusqu’au 27 mai.
L’ennemi décide le 24 mai 1918, une fois de plus, d’en finir par une ruée colossale.
Il franchira l’Aisne, atteindra la Marne, attaquera sur l’Oise et cherchera à atteindre Paris.
L’heure était solennelle. De nouveau, on fait appel à la division, au régiment qui le 28 mai fait mouvement par voie de terre à Cressonsacq, où il est embarqué en camions et autos et transporté dans la région de Berny, Horse, Roche, Fontenoy, à 10 Km, à l’ouest de Soisson.

L'hôpital de campagne

Hôpital de campagne

Le lendemain, l’ennemi harcèle les nouveaux arrivants.
Ce 29 mai 1918, Adrien est blessé par balle au pied.
La plaie n’est pas des plus graves. Elle est saignante et douloureuse dans la marche.
Pas le temps de se lamenter sur son sort, le 30 mai au petit jour, le régiment monte en ligne et il est mis à la disposition de la 151ème division d’infanterie.
Le 3ème bataillon occupe le front compris entre le chemin de Tartiers à Bieuxy et celui de la Croix à l’Arbre à la côte 151,2.
Le 2ème bataillon est installé sur la chaussée Brunehaut.
Le 1er bataillon en réserve d’infanterie divisionnaire occupe les Croupes au nord de Laval.
A 14 heures 20 suivant les ordres de l’infanterie divisionnaire 151, le 127ème régiment d’infanterie se reporte sur la ligne de Tartiers, Cuisy en Almont, Laval, Osly, Courtil.
Pendant le mouvement, le nouvel ordre reçu par le 2ème bataillon se porte à la hauteur de Tancourt. Mais, sous la poussée ennemie, le bataillon doit se retirer jusqu’à Vaurexis.
A 23 heures, la situation est la suivante : occupation du nord au sud ; 3ème, 2ème, 1er bataillons de la lisière nord de Tartiers à la Croix de l’Arbre, Villers la Fosse, Vaurexis, Laval, et Courtil.
Dans la nuit du 30 au 31 mai, le 127ème régiment d’infanterie relève sur ses emplacements la 151ème division d’infanterie.
Appuyé du détachement Ricourt (5ème cuirassiers), il occupe le front indiqué, à 23 heures.
Le 31 mai à une heure, le 3ème bataillon se replie jusqu’à la côte 140.
Il est mis à la disposition de la 2èmeD.C.P.
Pendant toute la matinée, la pression continue de l’ennemi, appuyé d’artillerie d’accompagnement, oblige nos éléments à se retirer. Aussi, à 11 heures et par ordre, le régiment passe sur la rive sud de l’Aisne sur une passerelle établie à Fontenoy.
Rassemblé d’abord dans les bois au nord de la voie ferrée, le régiment occupe ensuite la ferme le Pressoir, Montaigu et la route de Maladrerie le Port.
L’Ordre est donné au régiment de dépasser l’Aisne par le Pont de le Port et de se porter vers Fontenoy.
L’occupation ennemie empêche la réalisation de cet ordre et, au contraire, sa pression s’accentuant notre ligne est reportée jusqu’à la lisière ouest de le Port.
Le lieutenant colonel Arth quitte le commandement du régiment qui est assuré par le commandant Chevojon.
Tout mouvement de repli cesse dès le 1er juin.
Des ordres impératifs ont été donnés par le général Pétain, commandant en chef.
Le général Duchene, commandant l’armée, a dit dans son ordre du jour (N° 3155) « C’est le sort de Paris qui se joue ».
Et le général, commandant la division d’infanterie, en notifiant cet ordre, ajoute : « Tout chef dont la troupe recule est déshonoré ».
Dans le secteur de Gontrecourt, le 1er juin, le régiment organise sa ligne d’arrêt de la tranchée de Maison Blanche à l’Aisne. Cette ligne est tenue par les 1er et 3ème bataillons. Le 2ème bataillon se tient à la disposition de la 72ème division d’infanterie, attaquant les 4 et 5 juin pour rectifier la ligne de la division de Fosse en Haut.
Le 3 juin, le lieutenant colonel Clerc prend le commandement du régiment.
Pendant toute la période du 1er au 6 juin, l’ennemi cherche à entamer notre front.
En aucun point il n’y réussit et ses vagues d’assaut viennent chaque fois se briser devant nous. Notre ligne reste intacte et fixe définitivement la pointe la plus avancée du saillant, qui va délimiter les deux grands champs de bataille : l’Oise à l’ouest, l’Ourcq et la marne au sud.
Le village de Le Port est pris le 6 juin à 22 heures par le 1er bataillon du capitaine Engel et de la 5ème compagnie. Ils occupaient la lisière ouest et ils s’établissent dans ce village.
Ils sont soumis à un violent bombardement, qui leur cause des pertes sévères (10 tués et 35 blessés). Mais, le gain est maintenu.
Le soldat Jouan de la 5ème compagnie capture 35 prisonniers et reçoit la médaille militaire.
Le 11 juin, le 2ème bataillon passe en réserve de la 19ème division d’infanterie et stationne à Vic sur Aisne. Il reprend le 13 en 1ere ligne à l’ouest de Vingré et rentre à la disposition de la 162ème division d’infanterie.
Le 18 juin en 2ème ligne sur les ouvrages d’Aurillac et Moulins (lieu dit) jusqu’au 23 juin, les trois bataillons occupent défensivement le secteur nord du village de Le Port.
Après une préparation d’artillerie de 5 minutes, les 9ème et 11ème compagnies soutenues par la 3ème compagnie enlèvent le 24 juin à 7 heures du matin l’ouvrage de Djelfa et font 180 prisonniers.
Cette brillante opération locale, qui surpris complètement l’ennemi attaqué trois heures après le lever du jour, fut lestement enlevée et valut au 3ème bataillon du commandant Rouhier une citation à l’ordre de la 162ème division.
Les compagnies assaillantes tiennent le secteur jusqu’au 27 juin, date à laquelle le 3ème bataillon passe en réserve de corps d’armée et va stationner aux Creutes de Montois.
L’occupation du secteur nord de Le Port continue avec les 1er et 2ème bataillons jusqu’au 2 juillet et avec les 3 bataillons jusqu’au 17 juillet.
Le lieutenant colonel Rapp prend le 10 juillet le commandement du régiment.
Mais voici que le 15 juillet, l’ennemi reprend la poursuite de ses vastes projets.
Il franchit la Marne et menace notre ligne générale entre Reims et Château Thierry.
Le danger est plus grave que jamais.
Notre haut commandement décide d’attaquer par surprise le 18 juillet au matin.
Les camarades du sud de l’Aisne vont connaître l’ivresse de la guerre en rase campagne.
De très beau progrès et des prises magnifiques leur sont dévolus.
À la 162ème division d’infanterie revient le rôle plus obscur, mais essentiel, d’enlever les organisations lentement fortifiées de la côte 140 et du village de Fontenoy.
Les deux journées des 18 et 19 juillet suffirent pour réduire avec les seuls moyens de la division, des positions que, naguère, une artillerie puissante aurait seule pu maîtrisée.
A 5 heures 20 du matin bien précise, le 18 juillet, les 10ème, 9ème, 1re, et 2ème compagnies, appuyées à gauche par la 7ème compagnie assurant la liaison, attaquent et enlèvent la côte 140 au nord de Fontenoy, reprenant ainsi la totalité des anciennes positions françaises.
120 prisonniers sont ramenés dans nos lignes.
Les précautions les plus rigoureuses avaient été prises pour que l’attaque eût lieu dans le plus grand secret et les prisonniers ont confirmé en effet que la surprise avait été totale.
Le secteur ainsi rétabli est occupé par le 127ème régiment jusqu’au 8 août.
Pendant cette occupation, de nombreuses patrouilles et reconnaissances sont envoyées.
La 6ème compagnie, qui est en patrouille de reconnaissance le 26 juillet, ramène un prisonnier.
Les patrouilles du 30 juillet et 2 août sont infructueuses, pas de prisonniers.
Une petite opération lestement menée le 3 août à 2 heures 35 du matin par la 7ème compagnie, sur le plateau de la côte 140, permet de ramener 4 prisonniers.
Les prisonniers permettent par l’interrogatoire de connaître le nombre et la position ennemie.
Les 9 et 10 août, le 43ème régiment d’infanterie relève le 127ème qui va cantonner dans la région de la Vallée Haute Fontaine.
Il y reste le 11 août, et fait mouvement le 12 pour aller occuper les Creutes de Saint Brandy, jusqu’au 18 août.
Le 19 août, le régiment relève les 327ème et 43ème régiments d’infanterie sur les positions conquises par ceux-ci.

Attaque et prise de Tartiers :

Le 20 août, la 162ème division d’infanterie a reçu pour mission d’attaquer dans la direction générale de Tartiers-Chavigny.
Le 127ème est chargé de l’attaque du nord.
Le dispositif pris avant le jour :
les 3ème et 1er bataillons devant opérer sur un front étroit avec mission de déborder Tartiers par le nord et de marcher sur Vaugerins.
le 2ème bataillon marchant sur la Croix à l’Arbre.
la liaison de ce dernier avec le 3ème bataillon au stand des Vaugerins.
L’Ensemble du dispositif de départ :
3 bataillons accolés en première ligne au nord du boyau prolongé du lieu dit l’Egoïsme.

Départ à 7 heures 10

A 7 heures 20, le 1er bataillon du commandant Engel enlève la tranchée de Salsbourg.
La progression continue jusqu’à celle de Maurace.
Le mouvement est ralenti par le feu des mitrailleuses de Tartiers et de la croupe sud de la côte 43. 22.
A 10 heures, le changement de direction est pour la face à l’est.
A 10 heures 35, le mouvement est repris appuyé par les tanks du 20ème bataillon de chasseurs à pied, en liaison à gauche avec le bataillon.
Le 2ème objectif, la côte 5030-6030, est atteint à 14 heures.
A 17 heures, un essai de progression ne peut aboutir.
L’ennemi contre attaque sans succès jusqu’à 21 heures.
Au cours de la nuit, le 2ème bataillon du 43ème régiment d’infanterie relève le 1er bataillon du 127ème en première ligne, ce dernier venant se placer derrière lui, (en renfort).
Le 3ème bataillon du commandant Rouhier progresse rapidement en direction de Tartiers, qui tombe à 9 heures 30 après un combat de rues opiniâtre.
La progression du bataillon continue ensuite jusqu’au stand des Vaugerins, où un chef de bataillon allemand avec son état major et deux compagnies sont faits prisonniers par une section de la compagnie du Capitaine Dupont de la façon suivante :
La 11ème compagnie était arrêtée par une mitrailleuse dans un boyau peu profond.
Le soldat Hibert en rampant a pu s’approcher jusqu’à portée de grenade de cette mitrailleuse, dont il chasse les soldats et les poursuit jusqu’à une creute à l’entrée de laquelle il jette ses grenades, ce qui en fit sortir 1, puis 2, puis 3, puis 150 allemands qui, un à un devant lui seul défilent les bras levés.
Ils sont recueillis par le sergent Arnould, les soldats Leplat et Cheron venus alors à son aide.
Le soldat Hibert est déjà titulaire de la médaille militaire, pour un précédent fait d’arme.
Il était arrivé le premier devant sa section sur un objectif assigné. Il avait donc bien gagné la Croix de la Légion d’Honneurs, qu’il reçut pour cette magnifique prise.
Le commandant Baras du 2ème bataillon progresse par le ravin sud de Tartiers.
La 6ème compagnie du lieutenant Haudebert contourne le village de Tartiers par le sud.
La 5ème compagnie (capitaine Flamant) et la 7ème compagnie (capitaine Maréchal) progressent à droite en liaison avec le 1er bataillon du 365ème régiment d’infanterie (lieutenant colonel Heurtel) qui s’avance sur la crête sud.
Ils s’emparent des bois au sud est de Tartiers, y faisant de nombreux prisonniers.
À 9 heures 30, ils sont maîtres de la crête entre Vaugerins et Cuisy en Almont dont le 365ème s’est emparé.
Des centaines de prisonniers, un canon, des minenwerfer (mines) et de nombreuses mitrailleuses sont tombés entre nos mains.
Un temps d’arrêt est marqué sur le plateau pour attendre la conquête complète de Tartiers et de Vaugerins.
À 10 heures 30, la progression reprend.
Mais, elle ne peut être poursuivie, le bataillon ayant son flanc droit découvert.
La 5ème compagnie mitraillée au flanc perd tous ses officiers.
Trois contre-attaques au cours de la soirée, dont une forte de 2 compagnies à 20 heures 30, ne donnent aucun profit à l’ennemi.
La ligne atteinte en fin de soirée passe approximativement par Maison Bleue aux côtes 6020 et 6030.
L’appréciation du commandant sur la conduite du 127ème, en cette journée, se résume dans la citation ci-après à l’ordre de l’armée.

3ème citation du régiment

« Régiment d’élite aux annales déjà lourdes de succès. Au cours des opérations récentes, a conquis de nouveaux lauriers en menant sous la claire et vigoureuse impulsion de son chef, le lieutenant colonel Rapp, des actions offensives particulièrement heureuses ; a pris 2 villages, ramassé 4 canons et s’est emparé de plus de 2.360 prisonniers dont au moins 40 officiers appartenant à quatre divisions ennemies différentes ».

Détail des prisonniers faits par le 127ème régiment d’infanterie :

régiment officiers soldats
16ème régiment d’infanterie allemande 84
53ème régiment d’infanterie allemande 13
193ème régiment d’infanterie allemande 4 257
211ème, 212ème, 243ème Saxons 41 1482
14ème, 397ème, 355ème Bavarois 28
17ème, 24ème, 28ème, 32ème, 37ème, 107ème artillerie 8 52
1er bataillon chasseurs 25
Divers non dénombrés par régiment 16 396
medecins 2
AU TOTAL
statut nombres
soldats 2296
officiers 69
sous-officiers 41
médecins 2
hommes 2408

Le 21 août, le régiment est relevé par le 42ème régiment d’infanterie.
Les 1er et 3ème bataillons passent en réserve d’infanterie divisionnaire, le 2ème bataillon en réserve de division d’infanterie.
A 17 heures, le 3ème bataillon doit appuyer, en la suivant, l’attaque de la 127ème division d’infanterie. Celle-ci est arrêtée dès son débouché. Le mouvement ne peut être exécuté.
Le 22 août, les 1er et 3ème bataillons passent en réserve de division d’infanterie.
Le 2ème bataillon tient la partie sud de la 2ème ligne.
Le 23 août, les 1er et 3ème bataillons doivent continuer une progression menée par boyaux par les 327ème et 43ème régiments d’infanterie. Fixée, dès son débouché, par les feux de mitrailleuses, l’attaque ne peut aboutir et les bataillons reprennent au cours de la nuit leurs anciennes positions.

Attaque de la chaussée Brunehaut

Le régiment relève en première ligne, le 24 août, les éléments des 43ème et 327ème régiment d’infanterie, le 1er bataillon au nord, le 2ème bataillon au sud, le 3ème en soutien.
A 10 heures, les 1er et 3ème bataillons se portent en avant, le 1er par le bled, le 3ème par le boyau.
L’attaque doit suivre la progression de la gauche de la 127ème division d’infanterie.
Le 1er bataillon atteint la chaussée Brunehaut qu’il occupe devant son front avec deux sections.
Le 3ème bataillon progresse de 1.500 mètres dans un boyau allant vers l’est, la 127ème division d’infanterie n’ayant pu se rendre maîtresse de la côte 168,8, les éléments Brunehaut dont l’occupation est maintenue sur un front de 500 mètres.
A 13 heures, des éléments du 2ème bataillon sont mis à la disposition de la 72ème division d’infanterie, (division sud), et participent à l’attaque des plateaux sud du ravin de Vauxrezis, ayant comme objectif la carrière souterraine de Chavigny.
L’attaque progresse péniblement, et en fin de journée nos éléments de droite sont à la chaussée Brunehaut, la 7ème compagnie un peu plus au nord à 200 mètres en retrait.
Les 1er et 3ème bataillons maintiennent le gain de la journée.
La journée du 25 août est marquée par des violentes contre-attaques de l’ennemi appuyées de tirs d’artillerie nourris. Il y a des feux de flanc de mitrailleuses de la côte 168,8 malgré Brunehaut que nous occupons.
Le régiment est relevé dans la nuit du 25 au 26 par le 325ème régiment d’infanterie de la 59ème division d’infanterie, et va cantonner le 26 août dans la région de Vic sur Aisne.
A 2 heures du matin, le 27 août, le régiment fait mouvement pour se rendre dans la région de Soucy, où il y cantonne pour un repos bien gagné jusqu’au 2 septembre.
L’état major, la compagnie hors rang et le 1er bataillon vont cantonner à Mortefontaine (6 kilomètres).
Les 2ème et 3ème bataillons restent sur place.
Le 4 septembre, le séjour dans les cantonnements consiste à de l’exercice.
Le 5 septembre le régiment, qui a la bougeotte, fait mouvement pour se rendre dans la région Pernant à 5 kilomètres à l’est de Vic sur Aisne. Il y cantonne le 6 septembre.
Le 7 septembre, se fait un autre mouvement pour aller dans la région de Villemontoire au sud de Soisson. Il y cantonne jusqu’au 12, soit 5 jours.
Le 13 donc, c’est le départ pour Serches, 15 kilomètres plus haut.
La journée du 14, c’est le mouvement des troupes.
Le 1ème bataillon, l’état major et la compagnie hors rang vont cantonner 5 kilomètres au nord, à Ciry-Salsogne. Puis, le 2ème, qui est mis à la disposition de l’infanterie divisionnaire, va terminer sa route à Celle sur Aisne. Quant au 3ème, il fait halte à Condé sur Aisne.

grenade

A la grenade

La bataille du Chemin des Dames commence.
C’est la poussée incessante, dure, âpre, sans répit qui continue contre un ennemi qui résiste avec acharnement, avec les meilleurs de ses troupes et ne lâche le terrain que morceau par morceau.
Le 16 septembre à 0 heures 50, le 2ème bataillon reçoit l’ordre de se reporter à l’ouest de Celle.
Il y est en place à 4 heures.
Le mouvement de l’état major et du 2er bataillon se fait vers 20 heures pour relever le 43ème régiment d’infanterie dans le secteur des Vervins.
Le 1er bataillon se rend à Celle et ses abords et s’y installe en réserve de division d’infanterie.
Le 3ème bataillon occupe les tranchées du ravin de Couvaille en soutien du régiment.
Le 17 septembre, à 6 heures du matin, dans le noir, le 2ème bataillon attaque dans la direction des lieux dit : la ferme du Hangard et du bois du Sourd. Elle devait être appuyée par 2 sections de tanks 0. Mais, ceux-ci ne peuvent gravir la pente du chemin du bois de la Souris.
A l’heure fixée, les 6ème et 7ème compagnies, en première vague, tentent de sortir. Mais, elles sont rejetées par un ennemi supérieur en nombre qui contre-attaque violemment.
A 18 heures 30, c’est une nouvelle tentative qui ne donne pas de meilleurs résultats.
Un essai de progression est tenté le 18 septembre, à 6 heures, par le 2ème bataillon à la grenade.
La 9ème compagnie, qui est en position sur la droite, ne peut progresser, l’ennemi l’ayant attaquée, de même que celle de gauche.
Les anciennes positions sont maintenues.
Le même jour, mais à 14 heures 30, un nouvel essai de progression est réalisé à la grenade, après une courte préparation et par la couverture de mortier Stokes une 100 de mètres. Est pris à l’ennemi un poste « boche » de 10 hommes, qui sont bousculés et ont réussi à s’enfuir, en laissant sur le terrain capotes et équipement. Ce léger gain est maintenu malgré les contre-attaques virulentes de l’ennemi.
En fin de journée, le 3ème bataillon et le 2ème bataillon échangent leurs positions.
Le 19 septembre à 12 heures, le 3ème bataillon continue à la grenade.
Le premier objectif du 2ème bataillon, les Vervins, est atteint à 12 heures 45.
18 prisonniers du 75ème régiment d’infanterie allemande, une mitrailleuse lourde, 6 mitrailleuses légères, des fusils et un tank sont pris.
Le bataillon atteint le Hangard ouis à 16 heures 30, à la carrière du Sourd.
Le 1er bataillon relève en soutien le 2ème bataillon qui va stationner à Celle sur Aisne.
Le 20 septembre, le 3ème bataillon, dont le flanc gauche est obligé, à la suite d’une contre-attaque ennemie, d’abandonner la carrière du Sourd, reste entre la carrière et les Vervins.
Le 2ème bataillon, qui occupe Celle dans la matinée, va s’installer dans les tranchées au-dessus de la Souris.
Le 21 septembre, le 3ème bataillon, relevé en première ligne par le 1er bataillon, va stationner à Condé sur Aisne. Le 2ème est placé en soutien. Malgré les bombardements, les patrouilles et les reconnaissances, il n’y aura aucun changement dans le secteur jusqu’au 27 septembre.
Mais, le 28, au matin, coup de théâtre ! l’ennemi a disparu.
Nos patrouilles s’aperçoivent qu’elles n’ont plus rien devant elles.
Avisées du repli de l’ennemi, les 2 compagnies du 2ème bataillon sont en avant-garde et sont suivies des 1er et 3ème bataillons.
La progression est prudente. En effet, 4 kilomètres sont faits dans la journée.
Quel plaisir de voir ces tranchées et abris abandonnés.
Adrien a trouvé, dans sa marche en avant, une baïonnette abandonnée, qu’il ramènera à la maison.


Baïonnette

52 cm de long avec l’étui, 708 grammes, l’étui 39 cm 180 grammes
La baïonnette seule mesure 50 cm, la lame 37 cm sur 3,5 cm et pèse 527 grammes.
Elle porte gravée : Weyersberg, Kirschaum et Cie Solingen. Le dernier nom représente la ville où est fabriquée la baïonnette, les deux autres noms sont les entrepreneurs.
Solingen est à 35 kilomètres au nord de Cologne et à 20 kilomètres à l’est de Düsseldorf.
A la nuit, la ligne suivante est atteinte et tenue par le 2ème bataillon : La Tranchée de Champagne entre 6.625 et 7.322.
Les éléments avancés atteignent le Chemin des Dames.
Les 2 compagnies du 1er et 3ème bataillon sont en position de rassemblement à hauteur du Pavillon, (P.C. du régiment).
Au cours de la nuit, les éléments restant du 1er bataillon se portent à la tranchée du plateau qu’ils occupent.
Pour la journée du 29 septembre 1918, les 5ème et 7ème compagnies ont atteint Filain.
Leurs éléments avancés sont près de l’Ailette, le reste du 2ème bataillon renforcé de la 2ème compagnie occupe le plateau de la Royère qu’il maintient.
Le 1er bataillon occupe la tranchée de Champagne.
Le 3ème bataillon est dans la tranchée du plateau.
Le P.C. du régiment s’établit sur la route de la Bascule.
Quant à la journée du 30 septembre, rien n’est à signaler.

Abri

Envoi de torpilles

Le 127ème régiment d’infanterie va stationner dans la région de Chassemy. Il est relevé dans la première partie par l’extension du 164ème régiment d’infanterie en première ligne et du 365ème d’infanterie en soutien.
C’est la fin des dures opérations du régiment qui, bien réduit par ces jours et ces nuits de combats sans arrêt, s’est vaillamment comporté en chassant l’ennemi du Chemin des Dames, d’où il a pu contempler la cathédrale de Laon, et en rejetant cet ennemi de l’autre côté de l’Ailette.
Le 1er octobre, le régiment fait mouvement par voie de terre pour se rendre à Cuiry Housse, lieu de repos de l’état major et du 3ème bataillon, à Lesges où est le 1er bataillon, le 2ème stationne à Cerseuil.
Le 2 octobre voit le mouvement des 1er et 2ème bataillons qui se rendent respectivement à Nampteuil sous Muret et Maast-et-Violaine où ils y cantonnent.
Le 3 octobre, le 1er bataillon se rend à Vierzy où il s’embarque en chemin de fer.
Le 2ème bataillon se rend à Maisons Neuves.
Le 3ème bataillon va à Chaudun.
C’est encore ruine et désolation. Les habitants, chassés par l’offensive allemande au sud de l’Aisne, reviennent peu à peu dans leurs villages à demi-détruits.
Le régiment d’infanterie va bientôt admirer des paysages plus luxuriants.
Le 127ème régiment d’infanterie est enlevé en chemin de fer le 4 octobre et est débarqué le lendemain dans la région de Saulxures dans les Vosges, un séjour agréable auquel, depuis de long mois, il n’est plus habitué.
Le stationnement au milieu de la montagne, au milieu des forêts et des verts pâturages ne subit aucun changement jusqu’au 10 octobre, date à laquelle il s’embarque en camions et autos pour être conduit au Collet, il y relève le même jour le 52ème régiment d’infanterie U.S.
Le 2ème bataillon se trouve dans le sous quartier Jourdan, le 1er dans le sous quartier Sulzern, le 3ème sur la seconde ligne de ces sous quartiers, et l’état major et la compagnie hors rang au camp le Moing.
Le régiment est une seconde fois en contact avec les Américains toujours camarades gais et cordiaux.
Du 10 octobre au 16 novembre dans le secteur de Munster.
La relève dans ce secteur n’a pas subi de changement depuis longtemps, elle s’effectue sans incident.
Ce coin de l’Alsace si pittoresque et d’une beauté naturelle est un secteur de repos pour les hommes, qui oublient vite les mauvaises journées passées.
Tout semble d’autant meilleur que la poursuite, qui se continue dans le nord, indique que la fin est proche.
Tout est cependant prévu pour de nouveaux combats.
Le 28 octobre, le 1er bataillon relève dans le quartier de Sulzern le 3ème bataillon qui va cantonner à Gérardmer. La ligne de soutien est tenue par la 2ème compagnie mitrailleuse.
Aucune modification n’est apportée au dispositif jusqu’au 7 novembre.
Le 8 novembre, le 3ème bataillon remonte en ligne dans le sous quartier sud (sous quartier Sattel).
Le dispositif du régiment se trouve être le suivant, du nord au sud :
1er, 2ème, 3ème bataillons en ligne,
La compagnie hors rang et l’état major au camp le Moing.


Fin de la guerre

Sans changement jusqu’au 11 novembre, à 11 heures, heure à laquelle les hostilités sont
Suspendues, des fusées jaunes s’élèvent par ordre sur toute la ligne.
Mais, cela n’est pas suffisant pour les poilus, qui font d’immenses feux de joies avec des sapins tout entiers et dansent autours.
Ces incendies, qui se continuent pendant la nuit, sont pour la première fois pleins de gaîté et aussi de chaleur, car jusqu’alors le feu était interdit pour ne pas donner la position à l’ennemi.
Le 17 novembre, le régiment fait mouvement pour se rendre à Colmar, où, ayant à sa tête le général Messimy commandant la 162ème division, il fait une entrée triomphale au milieu d’une population délirante.
Le 22 novembre, dans Colmar, le général de Castelnau, commandant le groupe des armées de l’est, passe les troupes en revues.
Ils y restent jusqu’au 27 novembre, appréciant l’amour et la fidélité des Alsaciens pour la France, l’hospitalité touchante et cordiale des habitants pour les premiers français entrés chez eux.
Le régiment se rend le 28 novembre à Turckheim.
A partir du 2 jusqu’au 9 décembre, il parcourt l’Alsace en longeant les pentes est des Vosges par Bergheim, Mittelbergheim, Krauterhersheim, Furdenheim.
Pendant ces marches et les séjours, il apprécie encore mieux la richesse des vignobles et des plaines de cette merveilleuse contrée. Assurément, les plus petites localités ont un charme si pénétrant, et les grandes villes sont effectivement actives, industrielles et artistiques avec leurs mouvements si étrangers à la culture germanique.
L’accueil des campagnes est aussi vif, enthousiaste et affectueux que celui des villes.
Partout, c’est l’Alsace, puis la Lorraine, respectueuses de leurs passés, fidèles à leurs traditions, mais aussi à la tradition française des frères opprimés par la tyrannie prussienne, mais qui ont gardé pieusement l’amour profond et vivace de la France, leur éternelle patrie.
Le 10 décembre, les Vosges sont traversées et le régiment pénètre en Lorraine en cantonnant à Lorquin, où il occupe une portion de la région au sud de Sarrebourg jusqu’au 8 janvier 1919.

Année 1919

L’expression de la fidélité et de l’amour des Lorrains pour la France se manifeste d’une façon sans doute moins exubérante, mais toute aussi vive et profonde que celles des Alsaciens.
Le pays est moins riche. Mais, l’hospitalité reste aussi cordiale. Ce séjour en lorraine rend plus intime encore l’amitié réciproque des Lorrains et des contingents des divers pays de la France qui forment le régiment.
Le 9 janvier 1919, le régiment est embarqué pour la direction de Mayence et débarque le 10 à Goddelau (190 kilomètres), pour relever le 233ème régiment d’infanterie aux avants postes de la tête de pont de Mayence et le 121ème régiment d’infanterie pour le service de triage et du rapatriement des prisonniers français revenant d’Allemagne, puis pour assurer la garde des démobilisés Rhénans au camp de Griesheim près de Darmstadt.
Ce séjour chez l’ennemi permet au régiment de voir de près l’habitant des campagnes, son ardeur et sa méthode de travail, son ordre, sa propreté, sa richesse et de toucher du doigt la multitude de ses enfants dont l’instruction se fait dans les nombreuses écoles qui, dans les villages, sont les bâtiments principaux.
C’est quant même un peuple vaincu !
Le régiment est envoyé 35 kilomètres plus haut à Wiesbaden, le 1er mars, et y reste jusqu’au 18 mars.
Il peut apprécier un autre point de vue d’une région différente, belle et pittoresque, et jouir des distractions nombreuses que lui offre cette ville avec des bains remarquables.
Nous sommes loin des tranchées.
Il peut en même temps montrer fièrement chaque jour, lors de la relève de la garde devant le palais impérial, aux allemands, qui regardent attentivement, son allure, son entrain et sa belle tenue qui fait de lui un grand combattant vainqueur.

Le 18 mars le grand retour

Le 127ème régiment s’embarque pour faire 470 kilomètres et arriver dans le nord de la mère patrie, la France.
Il débarque, avec comme un air de déjà vu 2 ans au préalable, à Bergues et va cantonner le 20 mars à Wormhourdt et environs.
Le lieutenant colonel Heurtel remplace au commandement du régiment le lieutenant colonel Rapp.
Les soldats ne comprennent pas, à l’un la bataille, à l’autre la gloire.
Le régiment s’embarque à Bergues le 31 mars pour arriver le 1er avril dans la ville de son ancienne garnison Valenciennes, soit 110 kilomètres.
Toute la population est venue au devant de son vieux et cher régiment, avec un drapeau terni, déchiré, mais oh combien glorieux. Il est reçu avec des acclamations qui vont au cœur de tous, du simple soldat à l’officier, eux qui ont chassé l’ennemi et se sont comportés et battus vaillamment.

Retour d’Adrien en 1919

Début mai, Adrien, avec une partie de son barda, prend le train de la liberté à Valenciennes.
Arrivé à Paris, gare du nord, il doit se rendre gare d’Austerlitz, chose pas facile pour un paysan, qui ne s’est pratiquement ni lire ni écrire.
La victoire aidant, les Parisiens autrefois étaient plus serviables et n’ont pas hésité à renseigner les libérateurs, voire les accompagner. Il a fallu 3 jours à mon grand-père pour arriver à la gare de Limoux. Il a d’après ses dires trouvés une bonne âme pour l’amener à la Bezole en charrette.
Arrivé au château de la Bezole, il n’y a plus de Fournié.
Pour Dujardin Beaumetz, il le savait mort avant de partir à la guerre, et qu’il n’avait pas de postérité, mais il restait de la famille.
Un voisin le reconnaît et lui explique que, depuis sa mort ? (Là il ne comprend pas trop), la famille est partie et habite maintenant Chalabre.

Fini la tranchée

Adrien dans les tranchées

Arrivé à Chalabre sur le pont neuf, il demande à un passant, toujours en uniforme et avec son barda, si la personne connaît et sait où habitent les Fournié. (Oui), ils sont dans la rue des boulangers, lui dit-on.
Adrien descend la côte et voit sa mère Ambroisine, qui en l’apercevant croit voir un mirage et « tombe dans les pommes ».
Après avoir réanimé sa mère, l’infirmier, qu’il est devenu, reçoit et donne des explications.
Il savait qu’il avait été porté disparu ou mort. Mais, il ne pensait pas que la famille en fut avertie, surtout aussi rapidement.
La famille trouva qu’il avait fière allure, et affûté.
Le 1er août 1919, il prit le train à Chalabre pour Pamiers, où il se rendit au 59ème régiment d’infanterie pour rendre son paquetage.
Le 2 août, il est démobilisé et rentre à Chalabre par le même chemin.
Adrien ne perd pas une occasion de rendre service, et fait pendant longtemps des soins et piqûres, jusque dans les années 60, ayant après la seconde guerre donnée le virus à sa sœur Berthe.
Les habitants de la ville, y compris les gens de couleurs politiques différentes, l’ont toujours aimé et apprécié.
De nos jours, on m’en parle encore, 35 ans après sa mort.

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