Entête Si Chalabre m'était conté

Adrien l’ami d’Auguste

Retour d’Adrien en 1919

Début mai, Adrien, avec une partie de son barda, prend le train de la liberté à Valenciennes.
Arrivé à Paris, gare du nord, il doit se rendre gare d’Austerlitz, chose pas facile pour un paysan, qui ne s’est pratiquement ni lire ni écrire.
La victoire aidant, les Parisiens autrefois étaient plus serviables et n’ont pas hésité à renseigner les libérateurs, voire les accompagner. Il a fallu 3 jours à mon grand-père pour arriver à la gare de Limoux. Il a d’après ses dires trouvés une bonne âme pour l’amener à la Bezole en charrette.
Arrivé au château de la Bezole, il n’y a plus de Fournié.
Pour Dujardin Beaumetz, il le savait mort avant de partir à la guerre, et qu’il n’avait pas de postérité, mais il restait de la famille.
Un voisin le reconnaît et lui explique que, depuis sa mort ? (Là il ne comprend pas trop), la famille est partie et habite maintenant Chalabre.

Fini la tranchée

Adrien dans les tranchées

Arrivé à Chalabre sur le pont neuf, il demande à un passant, toujours en uniforme et avec son barda, si la personne connaît et sait où habitent les Fournié. (Oui), ils sont dans la rue des boulangers, lui dit-on.
Adrien descend la côte et voit sa mère Ambroisine, qui en l’apercevant croit voir un mirage et « tombe dans les pommes ».
Après avoir réanimé sa mère, l’infirmier, qu’il est devenu, reçoit et donne des explications.
Il savait qu’il avait été porté disparu ou mort. Mais, il ne pensait pas que la famille en fut avertie, surtout aussi rapidement.
La famille trouva qu’il avait fière allure, et affûté.
Le 1er août 1919, il prit le train à Chalabre pour Pamiers, où il se rendit au 59ème régiment d’infanterie pour rendre son paquetage.
Le 2 août, il est démobilisé et rentre à Chalabre par le même chemin.
Adrien ne perd pas une occasion de rendre service, et fait pendant longtemps des soins et piqûres, jusque dans les années 60, ayant après la seconde guerre donnée le virus à sa sœur Berthe.
Les habitants de la ville, y compris les gens de couleurs politiques différentes, l’ont toujours aimé et apprécié.
De nos jours, on m’en parle encore, 35 ans après sa mort.

Pierre Rigaud et Hortense

Pierre Rigaud et Hortense


Il rencontre une personne du sexe opposée, Bernardine.
Elle est la fille de Pierre Rigaud, dit « l’enflât », et de Hortense Bouteville, dite « Augustine ».
Son beau-père Pierre Rigaud est à l’origine de la création du parti socialiste.
Il fondera avec son beau-frère Henri Théron et 2 camarades, le parti communiste.

mariage d'Adrien

Le mariage a eu lieu à Chalabre le 9 septembre 1920.
Puis, la famille Fournié, Jules et Ambroisine déménagent à Lignairolle, à la ferme rouge où la mère pas remise du chagrin de la perte de ces garçons ne survivra pas longtemps.


Pierre

De cette union, naîtra en 21 Pierre dit : « Pierrot »,


Josette

en 27 Josette épouse Nuévo


le couple

Le couple ouvrira, à la demande de Bernardine, le 12 mai 1930, une épicerie, dans la rue d’emplumet.
La grand-mère y était dans son élément.
Il parait qu’elle alourdissait la balance avec des pièces trouées.
Filou la « Bernade », surnom donné par Adrien à sa femme, elle était bien en chair.
Adrien était selon les dires un très grand chasseur.


classe

La seconde guerre mondiale arrive vite.
La famille Fournié de couleur rouge, ce qui n’était pas bien vu en cette période, va non pas se camoufler, mais participer clandestinement au maquis.

papier du conseil national de la résistance papier du conseil national de la résistance

Vous constatez comme moi que le couple, malgré l’interdit, a milité et s’est révolté.
Adrien était sergent chef, et Bernardine agent de liaison.
Le conflit va se passer temps bien que mal.
Les habitants de Chalabre n’osent pas dénoncer le bienfaiteur.
Il a soigné un membre de chaque famille, de n’importe qu’elle couleur.

En 1943, le 14 juillet, malgré l’interdiction, les jeunes de Chalabre vont déposer une gerbe au monument au mort, sous la surveillance du gendarme Sans, un des rare à ne pas collaborer.
Au premier rang : Amat, Fournié, Ferrier, Biard, Tisseyre, Jau, Calbo, Tanière, Caux.
Au deuxième rang : Roque, Lacroix, Laffont, Carbonne, Savate.
Nous retrouverons une partie de cette équipe, le 11 novembre, toujours en 1943, avec Josette, mais sans Pierrot.
C’est le jour où il prend pour épouse Irène Nicolas.

C’est l’affaire Cathala !

Tous les gens de la région la connaissent.
Mais, peu de gens savent que, le même jour, il y a eu l’affaire Fournié.
Voyons cette dernière.
Le 21 et 22 mai 1944, Paul Alcantara, chef des guérilléros, et André Riffaut, dit « Gabin », chef des FTP, sont dans l’épicerie Fournié au second étage. Ils sont arrivés le samedi 20 mai dans la nuit pour se faire soigner par le docteur Barada.
L’autre docteur refuse de venir en aide aux terroristes (maquisards) ou à un membre de la famille.
Barada est souvent accusé de faire les deux, partisan et collaborateur. Mais, il n’a pas hésité à respecter le serment d’Hippocrate.
Nos deux soldats de l’ombre ont de la fièvre et ont des difficultés à se mouvoir.
Le soir du 22 mai, le gendarme Sans vient à l’épicerie pour mettre en garde la famille d’une éventuelle attaque le lendemain.
Il faut évacuer les malades.
Dans la nuit, Jean Cabanier le garde champêtre, avec Irène, accompagnent nos malades au maquis du Roudier.
Mais, ils sont tellement las, qu’ils s’arrêtent à la ferme des Vinsous où habite la famille Cathala.

23 mai 1944

Depuis 5 heures, les troupes Allemandes attendent à l’entrée du village de Montjardin, où il y a la stèle, avec l’arrivée d’Allard le chef de la milice départementale, sur sa moto, le seul moyen de locomotion que nous lui connaissons.
Une section va à Chalabre
Vers 6 heures le commando, environ 300 hommes, rentre dans le village et fait une halte à l’école, où Allard, H. B. et le chef de la compagnie d’outre-Rhin rencontrent l’instituteur.
Cependant, à Chalabre, une section de 100 hommes se positionne à la croix de la mission, et installe des mitrailleuses qu’ils pointent vers l’épicerie de la famille Fournié dans la rue d’emplumet.
Bernardine les voit en ouvrant ces volets. En douce, elle file par la petite ruelle et monte vers le château où elle se planque et attend de voir leurs départs.
Vers midi, après l’arrivée des renforts de Montjardin, l’ennemi part.
De l’épicerie, il ne reste plus rien.
Dans la maison, tout a été pillé, y compris le linge et les meubles qui ont aussi disparus.
Bernardine va chez les Besacier, dans la rue des boulangers, où elle espère se faire oublier. C’est sans compter sur le propriétaire qui menace de les dénoncer.
C’est un pistolet de 7,65 mis devant la figure, avec la promesse que, s’il faisait de la délation, ce serait la dernière fois. Ce qui calma le « faux-cul » !
Irène la femme de Pierrot se camoufle chez Michel Rigaud, dit Toussaint.
Josette est dans la famille du Gers chez Marcelle et Louis.
Adrien et son fils Pierrot sont au maquis, ou dans la cabane de Jean Cabanier avec régulièrement une invitée, une belle couleuvre, qui dort dans la cabane avec eux.

A Montjardin, c’est le carnage !

Les troupes Allemandes investissent « les Vinsous ».
Le couple et les 10 enfants dorment.
Le père Marius Cathala, entendant les chiens aboyer, se lève.
Par la fente du volet, il voit les soldats. Il donne l’alerte.
L’un des maquisards monte au grenier et se cache sous un tas de chiffons et vieux habits.
L’autre va dans la grange et se cache dans un creux sous le fourrage.
Lolo Mazon file par la fenêtre.
Les Allemands frappent à la porte. Marius va ouvrir.
« Vous avez un maquis ici ? » Aussitôt, ils fouillent la maison. La famille pense que les deux hommes vont être découverts. Il n’en est rien.
Le 3ème fils Julien âgé de 15 ans ouvre une fenêtre. Malgré l’injonction Allemande, il refusa de se retirer et de fermer les volets.
Le père cria : « Tampo qué té ban tira déssus », (ferme sinon ils te tireront dessus).
Les Allemands interrogent le père et la mère séparément. Mais, personne ne parle. Marius est frappé à coups de nerf de bœuf. N’obtenant rien, ils les contraignent à leur servir un déjeuner. Ils mangent toutes les provisions de la ferme : jambons, saucissons toutes les victuailles et boivent le vin entreposé à la cave. Le déjeuner terminé, ils cassent la vaisselle.
Le chef demande alors d’être conduit au « Roudié ». Il désigne Auguste l’aîné âgé alors de 19 ans, pour leur montrer le chemin.
Auguste ne prend pas le chemin le plus court. Puis, il fait un crochet en plein découvert, sifflant et chantant pour attirer l’attention. Il connaît bien les lieux.
Auguste est frappé et tombe à terre plusieurs fois en criant.
Les maquisards, alertés par les cris, abandonnent la ferme.
Les Allemands y pénètrent, les marmites sont encore fumantes.
Auguste subit les pires atrocités, mutilé et laissé pour mort dans la ferme où ils mettent le feu.
Vers 10 heures, la colonne est de retour aux Vinsous sans le garçon.
La mère demande où est son fils. Comme réponse, elle reçoit des coups de poing et des coups de pied. Dans la famille, ils ont encore l’espoir qu’Auguste, qui était malin, se soit sauvé.
Les bourreaux pillent la maison, volent et chargent le linge, les meubles, les vêtements et la barrique de vin dans les camions.
Vers 11 heures, ils sont partis terminer un autre pillage à Chalabre.
Ils repassent par l’école (le lendemain l’instit a disparu), puis à la mairie où ils annoncent au maire Boulbes qu’un meurtre a été commis dans une ferme.
Mais, les salopards ne disent pas par qui !
Le Roudier flambe.
Tout le monde espère qu’Auguste a pu s’en sortir vivant.
Dans l’après midi, le père, dont l’inquiétude gagne, va au Roudier. La ferme brûle toujours.
Les gendarmes, en fin d’après midi, dans les ruines encore fumantes, découvrent un corps mutilé et calciné.
Le docteur Barada prévenu par les gendarmes fera le constat.
Il demandera à Maurice Mazon de prendre une photo, comme preuve pour plus tard.
La dépouille est emmenée à la mairie.
Ce jeune homme de 19 ans a pris la place de son père. Il s’est sacrifié pour sauver ses amis et sa patrie. Il reste à tout jamais gravé dans nos mémoires et dans nos cœurs.
Le jour de ses obsèques, le 25 mai, les habitants de toute la région sont venus lui rendre un émouvant hommage.
Il manquait à l’appel les miliciens qui, par crainte de se faire lyncher par la foule, sont restés chez eux.
Les maquisards y étaient sûrement en anonyme.
Le soir, à la nuit tombée, une gerbe avec un ruban tricolore fut déposée. Puis, dans un murmure, le chant des partisans a retenti depuis le cimetière.

reste de corps

Ses amis reconnaissants l’on conduit au royaume des purs.
Il est devenu un héros malgré lui.
Les deux familles Cathala et Fournié resteront amies, liées par le malheur.
Adrien faisait le charbon de bois dans la contrée, et chassait souvent avec la famille.


Auguste CATHALA

Auguste CATHALA


Revenons à Adrien and Co.

ministère de la reconstruction de l'urbanisme force française de l'intérieur C.O.S.O.R.

Voila l’administration !
La guerre n’est pas encore finie (8 mai 1945) que c’est déjà trop tard !
Le département a été libéré en septembre, jusque là pas question de faire une demande aux nazis. La personne, qui dit trop tard, était où pendant le conflit ? dans un bureau sûrement ! à collaborer, alors qu’Adrien et Bernardine étaient au combat.
Jusque dans les années 60, des courriers parviendront promettant une indemnisation, puis d’autre du même style où il est indiqué que c’est trop tard.
L’administration dans toute sa splendeur !
La mairie interdit toute distribution de bon de ravitaillement à toutes les familles qui ont un membre chez les terroristes (maquisards).
Seul, le boulanger Huillet (yoyo) fournira du pain à la famille.

Le conseil de libération

Le conseil de libération

De gauche à droite, au 1er rang : Subreville Georges, Huillet François, Guirraud Louis, Vidal Jean Baptiste, Fournié Adrien.
Au 2ème rang : Courdil Lucien, Huillet Jean, Basset Théophile, Mazon Maurice.

Ils ont, jusqu’aux prochaines élections, pris en charge la mairie de Chalabre.


Les élections du 17 mai 1945 ont données les résultats suivants :
Conquet Raymond, Pons Jeanne, Maugard Augustin, Roudière Aristide, Jammet Joseph, Raynaud Jean, Gabanou Maurice, Bonnet Isidore, Laffont Emile, Roudière Alphonse, Cammage Georges, Carbonne Alice, Charles René, Huillet François, Vidal Jean Baptiste, Jouret Joseph.
Vidal est maire et Cammage adjoint.

La vraie fausse carte d’identité La vraie fausse carte d’identité

La vraie fausse carte d’identité, les cachets avec dessus le visa du maire.

On distingue les clefs de Saint Pierre.
Ce cachet est faux.
La mairie n’a jamais mis les clefs dans le bon sens, prenant à chaque fois référence au Vatican.
Certaines villes comme Chalabre avaient un maire. Mais, cela était illégal. En effet, depuis 1940, les élus de toutes sortes ont été dissous.
Jusqu’en 1941, c’était Fitaire qui assumait la fonction. À son décès, Vidal en a pris la charge.
A noter que le lendemain du 23 mai 1944, le responsable cantonal de la milice Renoux est venu chez Bernardine pour s’excuser des exactions, et lui donne deux ballots de linge.
Il prétend être contre cette forme de violence, jure mais un peu tard qu’on ne l’y prendrait plus, (facile de dire cela après, mais cela est beaucoup mieux que les autres cons qui ont pavané et se sont enrichis).
Le couple travaillera à l’usine Canat, qui fabriquait des chaussures.
Ils achèteront après la guerre le paillé, au dessus de leur habitation.
Bernardine a toujours eu espoir de pouvoir refaire son magasin. Mais, la conjoncture et les sous ne s’y prêtent plus.

le couple

Le bienfaiteur a quitté ce bas-monde en 1972, laissant une trace indélébile dans le village.
Souvent, on m’appelle Pierrot, rarement Adrien. Mais, avec quel plaisir, je réplique que c’est mon deuxième prénom.
Bernardine partira rejoindre son homme en 1993.
Tout le monde vous dira dans la famille qu’elle était dure, sévère et acariâtre.
Il n’en est rien. J’ai passé avec ma famille des moments inoubliables à ses côtés.
Quelques mois avant son décès, elle était à la clinique.
Quand j’arrive, je vois oh ! Stupeur des blouses blanches qui entouraient le lit, ma première pensée est que c’est la fin.
Non, assise sur le lit, elle leur racontait les histoires de la guerre.
Nous avons, avec la famille, essayé d’adoucir ces vieux jours.
Nous y pensons toujours et regrettons que des intérêts personnels aient créé de la tension familiale et de la dispute.
J’ai profité de ma grand-mère. Ce fut 20 années de bonheur à son côté.
Voilà un fait que personne ne pourra m’enlever, ni me contester.
L’argent et les meubles, personne ne part avec, grand bien lui fasse.
Le grand regret est le capital immobilier, à la vue des sacrifices d’Adrien et de Bernardine pendant un quart de siècle, privant tout le reste de la famille d’un pied à terre dans la capitale du Kercorb. Moi j’y habite et j’y suis très bien.

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