Entête Si Chalabre m'était conté
Portrait de Victor HUGO

Quatre-vingt treize ou la dame de Chalabre

Comme il me plait souvent de dire que Malou nous racontait qu’un petit écrivain (Victor Hugo) parlait de Chalabre dans un de ses romans, « Quatre-vingt-treize » (imprimerie J. Claye Paris A. Quantin et Cie rue Saint Benoît). L’intrigue se passe en 1793, pendant la révolution. En 1873, Hugo se rend à nouveau à Guernesey, où il a écrit le roman.
Le texte proposé est à la page 143 dans le chapitre « Magna testantur voce per umbras »
“jours de mai 1793, un des bataillons parisiens amenés en Bretagne par Santerre fouillait le redoutable bois de la Saudraie en Astillé. On n’était pas plus de trois cents, car le bataillon était décimé par cette rude guerre. C’était l’époque où, après l’Argonne, Jemmapes et Valmy, du premier bataillon de Paris, qui était de six cents volontaires, il restait vingt-sept hommes, du deuxième trente-trois, et du troisième cinquante-sept. Temps des luttes épiques.
Les bataillons envoyés de Paris en Vendée comptaient neuf cent douze hommes. Chaque bataillon avait trois pièces de canon. Ils avaient été rapidement mis sur pied. Le 25 avril, Gohier étant ministre de la justice et Bouchotte étant ministre de la guerre, la section du Bon Conseil avait proposé d’envoyer des bataillons de volontaires en Vendée ; le membre de la commune Lubin avait fait le rapport ; le 1ᵉʳ mai, Santerre était prêt à faire partir douze mille soldats, trente pièces de campagne et un bataillon de canonniers. Ces bataillons, faits si vite, furent si bien faits, qu’ils servent aujourd’hui de modèles ; c’est d’après leur mode de composition qu’on forme les compagnies de ligne ; ils ont changé l’ancienne proportion entre le nombre des soldats et le nombre des sous-officiers.
Marat poursuivit :
― Je sais ce que vous dites, Robespierre, comme je sais ce qui se passait à la tour du Temple quand on y engraissait Louis XVI, si bien que, seulement dans le mois de septembre, le loup, la louve et les louveteaux ont mangé quatre-vingt-six paniers de pêches. Pendant ce temps-là le peuple est affamé. Je sais cela, comme je sais que Roland a été caché dans un logis donnant sur une arrière-cour, rue de la Harpe ; comme je sais que six cents des piques du 14 juillet avaient été fabriquées par Faure, serrurier du duc d’Orléans ; comme je sais ce qu’on fait chez la Saint-Hilaire, maîtresse de Sillery ; les jours de bal, c’est le vieux Sillery qui frotte lui-même, avec de la craie, les parquets du salon jaune de la rue Neuve-des-Mathurins ; Buzot et Kersaint y dînaient. Saladin y a dîné le 27, et avec qui, Robespierre ?
Avec votre ami Lasource.
― Verbiage, murmura Robespierre. Lasource n’est pas mon ami.
Et il ajouta, pensif :
― En attendant il y a à Londres dix-huit fabriques de faux assignats.
Marat continua d’une voix tranquille, mais avec un léger tremblement, qui était effrayant :
― Vous êtes la faction des importants. Oui, je sais tout, malgré ce que Saint-Just appelle le silence d’état...
Marat souligna ce mot par l’accent, regarda Robespierre, et poursuivit :
― Je sais ce qu’on dit à votre table les jours où Lebas invite David à venir manger la cuisine faite par sa promise, Élisabeth Duplay, votre future belle-sœur, Robespierre. Je suis l’œil énorme du peuple, et, du fond de ma cave, je regarde. Oui, je vois, oui, j’entends, oui, je sais. Les petites choses vous suffisent. Vous vous admirez. Robespierre se fait contempler par sa madame de Chalabre, la fille de ce marquis de Chalabre (1) qui fit le whist (2) avec Louis XV le soir de l’exécution de Damiens (3). Oui, on porte haut la tête. Saint-Just habite une cravate. Legendre est correct ; lévite neuve et gilet blanc, et un jabot, pour faire oublier son tablier. Robespierre s’imagine que l’histoire voudra savoir qu’il avait une redingote olive à la Constituante et un habit bleu-ciel à la Convention. Il a son portrait sur tous les murs de sa chambre.
Robespierre interrompit d’une voix plus calme encore que celle de Marat.
― Et vous, Marat, vous avez le vôtre dans tous les égouts“.

L’écrivain Victor Hugo, nomme la dame de Chalabre comme la fille du marquis de Chalabre. Le marquis de Chalabre à cette époque est : François Jean de Bruyères Chalabre. Il a une fille ainé Jeanne Elisabeth Fortunée et un fil Jean Louis Félicité (1765). Le château revient au garçon qui prendra le titre de marquis, la fille aura le titre de comtesse et « montera » à Paris.
(1) La dame de Chalabre était : Jeanne Elisabeth Fortunée de Bruyères Chalabre, née le samedi 29 août 1761, fille ainée de François Jean, Marquis de Chalabre. Elle fréquentait le grand tribun Robespierre, et avec qui selon la rumeur avait une aventure extra-conjugale. La famille De Bruyères avait une maison à Paris dans le 17ème rue de Chalabre, devenu une impasse. Dans les archives du château à Chalabre, il y avait des lettres, comme des laisser passer ou des invitations, c’est selon. La fille du marquis avait une réputation sulfureuse, traitée de débauchée.
Elle prendra en charge l’éducation de son neveu, Jean Marthe, qui aurait du hériter de la forteresse, c’est sa demi sœur Nathalie qui profitera de largesse de son père. Le garçon était un festoyeur aux meurs libertine, il mourra d’une maladie vénérienne et honteuse, déclaré mort du choléra. La famille de Bruyères avait depuis des générations une maison à Paris, dans la 17ème arrondissement actuel en haut de l’avenue de Clichy, la rue pris le nom de rue de Chalabre.
Madame de Chalabre est connue pour avoir été une admiratrice « frénétique » de Maximilien de Robespierre qu’elle rencontra probablement en 1790. Jusqu’à la mort du révolutionnaire, Madame de Chalabre inonde Robespierre de lettres et de missives grandiloquentes dans lesquelles elle clame son soutien, son amour de la liberté et de l’égalité. Au lendemain du 9 thermidor, elle fut arrêtée et mise en prison. Elle était considérée comme une robespierriste active et dangereuse. À en croire certains témoignages, elle aurait joué auprès de Robespierre, pendant les mois de la Terreur un rôle assez équivoque d’indicatrice et de « dénonciatrice-patriote ».
La seconde version de la dame de Chalabre
Jeanne Marguerite Roger de Chalabre, née le 23 décembre 1753 à Paris (36 ans en 1789).
Le magnifique château d’Ussé, à Rigny (Indre-et-Loire), où a séjourné la famille Roger de Chalabre, de 1785 à 1789, inspire Charles Perrault, l'auteur de La Belle au Bois dormant.
Madame de Chalabre devient admiratrice de Robespierre et lui écrit des lettres passionnées, que l’on retrouvera chez elle après la chute de Maximilien. La première date du 26 février 1791 : elle est signée tout simplement Chalabre. Jeanne choisit de s’installer quelques mois plus tard à proximité de son idole, dans l'ancien couvent des Dames de la Conception, à côté de la maison Duplay, rue du Faubourg Saint-Honoré, où loge Robespierre depuis le 17 juillet 1791. La plupart des biographes de Robespierre doutent qu’elle ait été la maîtresse de l’Incorruptible, mais « la Chalabre » joue peu à peu auprès de lui un rôle redoutable de conseillère et de confidente. « Le regard sinistre d'une Chalabre équivalait quelquefois à un arrêt de mort »16.
On ignore, pour le moment, où se situait la maison occupée par madame de Chalabre à Groslay (Val-d’Oise). La seule indication donnée par Monnel est la suivante : « La campagne de madame Chalabre, placée dans un site charmant, au-dessous de Montmorency, n'était pas assez éloignée de Paris pour que je pusse me refuser au plaisir d'y aller à pied ».
En conclusion dans la généalogie du château de Chalabre, il n’y a pas de Roger de Chalabre, alors que Jeanne est bien la fille du Marquis cité par Hugo, ce même Marquis qui fréquentais le roi, et les archives du château nous donne raison, sur la provenance de Chalabre.
(2) Le whist est un jeu de cartes à levées, sans contrat, d'origine anglaise.
Le whist original se joue à quatre joueurs, en deux équipes croisées de deux joueurs, avec un jeu de 52 cartes, dont l'ordre décroissant dans chaque couleur est : as, roi, dame, valet, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2.
La distribution des cartes et le jeu de la carte se font dans le sens horaire, contraire à la tradition française.
Le donneur distribue 13 cartes à chacun, une par une, retournant la dernière, qui lui appartient. La couleur de cette carte retournée est celle de l'atout pour ce coup. Pour la première levée du coup, le premier à jouer est le joueur placé à gauche du donneur, et pour les levées suivantes, c'est celui qui a fait la dernière levée.
Le jeu de la carte est simple, consistant à fournir obligatoirement de la couleur demandée, et dans le cas où un joueur n'en a pas en main, il peut jouer la carte qu'il veut sans être obligé de couper. On n'est jamais obligé de monter en jouant une carte plus forte en quelque couleur que ce soit, y compris en atout.
Celui des quatre joueurs qui a joué le plus fort atout ou, à défaut d'atout, celui qui a joué la plus forte carte de la couleur demandée, fait la levée. Les levées sont conservées pliées devant un seul des deux joueurs de chaque équipe. Les plis ainsi constitués sont placés les uns sur les autres à demi croisés, afin que chacun puisse aisément les compter.

Portrait de Robert-François DAMIENS

Robert-François DAMIENS

(3) Robert-François Damiens. En ce 5 janvier 1757, un carrosse attend le roi Louis XV dans le passage couvert qui va de la cour royale au parterre nord. Vers 18h00, le souverain descend son escalier intérieur et traverse la salle des gardes du corps. Il est accompagné du Dauphin, du capitaine des Gardes du roi, des Grand et Petit écuyers et du colonel des Gardes suisses. Il fait nuit. Au sortir de la pièce, éclairée par des torches, le roi est assailli par un individu qui le frappe violemment. Ayant conservé son chapeau, le forcené est maîtrisé, car il aurait dû se découvrir devant le roi.
Portant la main au côté droit, le roi pense qu’on lui a donné un coup de coude ou de poing, selon les sources. Mais sa main est ensanglantée. Le couteau a pénétré entre la 4e et 5e côte, causant une blessure longue, mais superficielle. On transporte Louis XV dans sa chambre. Il saigne abondamment. Choqué, il finit par s’évanouir. Revenu à lui, il croit qu’il va mourir. Il réclame un prêtre, confie le royaume au Dauphin et demande pardon à la reine des peines qu’il lui a infligées. Le coupable est un domestique originaire d'Arras. Robert-François Damiens a 42 ans et a servi plusieurs conseillers au Parlement, très critiques envers le roi et la marquise de Pompadour. Ces critiques régulières sont montées à la tête de Damiens, au caractère influençable et exalté. Arrêté, celui-ci est soumis au supplice. On veut savoir s’il a des complices. Il ne dit rien. Transporté à la Conciergerie, comme Ravaillac, son procès a lieu du 12 février au 26 mars, et il est exécuté deux jours plus tard. Son supplice, à l’instar de celui de Ravaillac, compte de nombreuses tortures, avant qu'il soit écartelé et brûlé. Damiens s’est rendu coupable du crime suprême : celui de « parricide commis sur la personne du roi » et donc de lèse-majesté.

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