Entête Si Chalabre m'était conté

le Château de Chalabre

Le château de Chalabre (côté Nord)

Les premières traces du château

Des chartes du 6 et 7° siècles mentionnèrent le château sous le nom d’Exalabra.
« Castellum quod dicidur Keicorb cum omnibus suis castellamis ».
Le Castellum était la forteresse du chef lieu. Chalabre passa, contre toute logique, militaire devant la citadelle de Balaguier, qui, à partir de là, n’eut qu’un rôle dérisoire. En effet, l’implantation de cette dernière, en ce lieu n’est pas dans une bonne stratégie militaire.
Charles 1°, le grand Charlemagne, empereur à la barbe fleurie, se déplaça en personne pour mettre la « rouste » aux Sarrasins. Il serait passé dans le fief et aurait ordonné la création de l’abbaye de Camon et celle des pénitents blancs à Chalabre.
Il confirma que : Exalabra devait servir de place forte, pour venir en aide aux deux lieux ecclésiastiques.
En 1152, Trencavel charge Congost de prendre Villefort, Puivert, Nébias, St. Jean de Paracol, tandis que Chalabre, Mirepoix, Limbrassac, Léran, Queille (St. Quentin la Tour), Camon, Fanjeaux, Lavelanet, Bélesta, et Dun passèrent d’un comté à l’autre.
Après une autre attaque de Toulouse, Trencavel partagea en 1158 le Kercorb, Balaguier, et le château du Kercorb à Isern de Fanjeaux, et quant à Chalabre à Bernard de Saint Benoît.
Sainte Colombe à Puy.
Villefort et Puivert sont confirmés à Congost.
Il signa en 1158 un accord avec Raymond Bérenger IV, qui lui promit protection contre la maison de Toulouse. En tant que témoin de l’acte, le seigneur de Roquetaillade, Dalmatrius de Patrataiada le signa.
Chalabre est bâtie au point de jonction de trois Rivières : l’Hers, le Blau, le Chalabreil. Le site, sur lequel repose cette commune, est environné de montagnes, dont les cimes étaient autrefois couvertes de forêts.
Les terres placées aux environs de Chalabre portaient, dans des temps reculés le nom de Kercorb. D’où, on a fait dériver quelques fois par celui de Chercorb, qui finit par être des fois adopté.
Vers le milieu du XIIe siècle, le pays du Kercorb embrassait quatorze bourgades, parmi lesquels figuraient Chalabre, Montjardin, Villefort, Sainte-Colombe, la Calmette, Pendel, Ourjac, Sonnac (Somnagum) Montbel, et quelques autres hameaux.
Le pays du Kercorb a-t-il emprunté son nom à une demeure féodale ? Dom JosephVaissète dans ces savantes recherches sur le Languedoc, incline à le penser. Quelque imposante que soit l'opinion d’un historien aussi éminent, on ne saurait néanmoins l'admettre qu'avec une certaine réserve. En voici le motif : s'il a existé un village appelé Kercorb, rien ne nous dit que au lieu où il a été édifié ; aucune commune, sûreté ou en ruine ne rappelle une pareille dénomination.
Dans la charte de 1167 (histoire du Languedoc, t4, page 519), on trouve l'énumération des bourgades qui servaient informer le pays du Kercorb, et parmi ces petits groupes d'habitations aucun ne porte ce dernier nom. Il est probable qu'on aurait eu le soin de ne pas les laisser dans l'oubli s'ils avaient existé.
Des chartes des XIème et XIIème siècles y font mention. Il est vrai d'un château du Kercorb. Elles en parlent toutes en ces termes : « Castellum quod dicidur Keicorb, cum omnibus suas castellanias ».
Par ce mot Castellum, faut-il entendre, dans ce cas, une demeure féodale isolée, complètement distincte des autres habitations, relevant du même seigneur ? Rien n'autorise à le penser. D’ailleurs, en admettant qu'il en fut ainsi, il faudrait trouver quelque part la place occupée par ce château. Or, aucun nom de lieu ne révèle son existence. On a bien cru que c'était Chalabre qu’il fallait le chercher. Mais, c'est à tort qu'on a adopté une pareille croyance. Car, ce qui le prouve, c'est que la commune de Chalabre portait pendant le cours du XIIe siècle le nom qui sert aujourd'hui à le désigner. De plus, dans deux chartes d'une époque rapprochée (celles de 1125 et de 1153), on trouve mention à la fois du château du Kercorb et de celui de Chalabre (histoire du Languedoc t4, p392-470). Si ces deux constructions féodales étaient sur pied à la même époque, il n'y avait pas d’identité entre elles. Et, la dernière n'a rien dû avoir de commun avec la première.
Faut-il admettre que par le mot Castellum on entendait :
quelquefois, dans la basse latinité, non un manoir flanqué de tours, mais une terre seigneuriale comprenant plusieurs bourgades asservies au même maître et appelées châtellenie pendant le cours du Moyen Âge ?
ou bien, un sens se rapportant à l'analogie des noms.
Faut-il, avec M. de Juillac, chercher le château de Kercorb à Corbières (notice sur les deux baronnies du Kercorbez, Puivert et Chalabre, 1859, page neuf), ou bien encore, avec M. de Claussade, peut-on espérer de le trouver à Belcaire de Sault (mémoire de l'Académie des sciences de Toulouse, 1863, p. 307).
Je n'ai jamais à examiner ici de pareilles questions. Il me suffit d'avoir établi que le château de Chalabre n'a jamais porté le nom de Kercorb.
Ce dernier mot, appliqué à un groupe de villages disséminés sur la rive droite de l'Hers, ne semble-t-il pas témoigner qu'il existait autrefois sur ce point une vieille peuplade ?
Tout conduit à pencher vers cette idée : le mot Kercorb, d'après les linguistes, à l'origine celtique et peut-être même ibérienne (Ker-Kor) qui annoncerait, en s'en tenant aux données étymologiques, que le pays ainsi désigné était hérissé de rochers.
D'un autre côté, il est des géographes de l'ancienne Rome qui plaçait dans le midi de la Gaule, au pied des monts pyrénéens, une petite tribu celtique, dont le nom avait beaucoup d'analogie avec celui de Kercor, on appelait Kercorate.
Tout cela ne dit-il pas que la vieille peuplade, qu'on ne savait où trouver sur le revers septentrional des Pyrénées, n'était autre que celle qui habitait autrefois les environs de Chalabre ?
A la vérité, Pline le naturaliste, en parlant de cette vieille tribu celtique, la désigne par les mots Bercorates (histoire naturelle, livre quatre, l'Aquitaine). Mais, il est probable qu'il se glissait quelques altérations dans l'orthographe de ce mot, et que les copistes de manuscrits, trompé par l'analogie de forme qui existe entre le B et le K majuscules, on écrit la première lettre à la place de la seconde. Ce qui conduirait à le présumer, c'est que les manuscrits de Pline ne rapportent pas tous le mot Bercorates de la même manière, et qu’on lit Bercorates dans l'édition de Pline par Delechamp, et Brecorcates dans celle du P. Hardouin. (Danville, notice de l'ancienne Gaule, 1760, p. 152). Ne sait-on pas aussi que les noms de peuplades peu connues ont été altérés de diverses manières par les copistes d'autrefois ? Pour en avoir la preuve, il suffirait de rappeler de quelle manière la terre de Kercorb a été désigné à diverses époques : on l'appelait Cairocurbense en 1002 ; Chercorb, en 1034 ; Keircorb, en 1095 ; Cheralb, en 1111 ; Chercubes, en 1117 ; Chercorbes, en 1119 ; Cheircorb, en 1125 ; Chercorbes, en 1152 ; Chercorb, en 1154 ; Cheirecorb, en 1167 ; Quercor, en 1201 ; Chercorbes, en 1227 et 1247. (Vaissète, histoire de Languedoc, Doat, documents historiques).
Or, s'il s’est glissé une erreur manifeste dans l'orthographe du mot Bercorates, on peut bien admettre qu'il s’y en est glissé une seconde qui est passée inaperçue, par la raison que la tribu des Kercorates n'a jamais eu une existence bien remarquable, et que les géographes grecs ou latins en entendait rarement parler.

Traduction des écrits de Pline

« A l'Aquitaine appartiennent les Ambilatres, les Anagnutes, les Pictons, les Santons, libres; les Bituriges, libres, surnommés Ubisques; les Aquitains qui ont donné leur nom a la province; les Sediboniates; puis les Convènes rassemblés dans une ville; les Bégères, les Tarbelliens, surnommés Quatuor Signani (à cause d'une garnison de quatre enseignes); les Cocosates, surnommés Sex Signani; les Vénames, les Onobrisates, les Bélendes, la chaîne des Pyrénées; au-dessous, les Monèses, les Osquidates des montagnes, les Sibyllates, les Campones, les Bercorcates, les Bipedimuens, les Sassuminiens, les Vellates, les Tornates, les Consoranniens, les Ausques, les Élusates, les Sottiates, les Osquidates de la plaine, les Succasses, les Tarusates, les Basabocates, les Vasséens, les Sénnates , les Cambolectres, les Agésinates joints aux Pictons, puis les Bituriges libres, appelés Cubes; les Lemovices, les Arvernes, libres; les Cabales; d'un autre côté, les Rutènes, qui sont limitrophes de la Gaule Narbonnaise ; les Cadurques, les Antobroges et les Pétrocores, séparés des Toulousains par le Tarn.
Mers qui baignent la côte : l'océan Septentrional jusqu'au Rhin, l'océan Britannique entre le Rhin et la Seine, l'océan Gaulois entre la Seine et les Pyrénées. Il y a plusieurs îles appartenant aux Vénètes et nommées Vénétiques, et, dans le golfe d'Aquitaine, l'île d'Uliarus ».
Les géographes des temps modernes, qui ont voulu rechercher la position des Kercorates, ont eu à lutter contre des difficultés inextricables. Ceux, qui se sont donnés la peine d'en faire une étude approfondie, se sont décidés à avouer leur impuissance. Valois plaçait les Kercorates dans ce bourg du département des Landes à Biscarrosse. Valckénaer croyait se rapprocher beaucoup plus de la vérité en cherchant une place dans le département de la Gironde à Bercouats. Danville a été moins affirmatif sur ce point et n'a essayé de ne rien préciser. M. Dumège est resté également dans le doute, et s'est borné à réfuter les conjonctures qui avaient été proposées avant lui.
M. Garrigou, après s'être livré à de laborieuses recherches sur l'histoire du pays de Foix, a été amené, par intelligente interprétation, a donné comme probable que les Kercorates habitaient les terres appelées, tantôt Chercorb et d'autrefois Kercor (études historiques sur les anciens pays de Foix, 1846, t.4, p.59).
Cet historien s’est appuyé sur l'analogie des noms de Kercorates et de Kercor. Il aurait pu aussi, se laissant guider par l'étymologie celtique de ces mêmes noms, faire observer que les terres de Kercor se trouver placées dans le voisinage des monts pyrénéens dont les cimes sont hérissées de rochers et dont les vallées étaient autrefois occupées par des lacs. Enfin, il aurait pu faire observer que les Kercorates ont été rangés par Pline à côté d'autres tribus celtiques dans le pays des Aquitains.
À ces considérations, qui ont une valeur incontestable, il faut ajouter que le mot Kercor n'a pas été attaché à une seule bourgade isolée et peu étendue, mais qu'il a été porté pendant longtemps par un groupe de plusieurs villages. Un pareil fait ne dit-il pas clairement que ce groupe d'habitations devait nécessairement représenter une ancienne peuplade que la succession des siècles a fini par effacer, en modifiant plusieurs fois les divisions territoriales sur les bords de l’Hers ?
Pour se ranger à l'opinion de M. Garrigou, il suffit d'admettre que le mot Kercorates, écrit primitivement dans les ouvrages de Pline, a été altéré par les copistes, ce qui n'a rien d'invraisemblable. Il faut aussi admettre que l'Aquitaine dans laquelle est été comprise la tribu des Kercorates, c'est un des risques sur la rive droite de l’Hers, lorsque Pline écrivait son histoire du monde. Or, rien ne s'oppose à une pareille croyance. Rappelons que l’Aquitaine arrivait après Foix, à Saint Paul de Jarrat, un obélisque confirme la limite.
Je viens de dire qu'elle est l'origine probable du mot Chercorb ou Kercor, appliqué à un ensemble de communes des signés autour de Chalabre. J’ai dit également que si ce mot a été emprunté à un château qu'il aurait le premier porté, ce n'est pas à Chalabre qu'il faut chercher cette demeure féodale.
Poursuivons maintenant le coût de nos études historiques sur cette dernière commune, en faisant connaître les vicissitudes qu'elle a subi sous la dénomination des comptes du voisinage.
Le pays du Kercor forma d'abord une dépendance du diocèse de Toulouse. On l'en détacha au neuvième siècle pour l'adjoindre au comité de Razès. Ce dernier pays eut, pendant quelques années, une existence indépendante. Mais, il ne tarde pas à passer entre les mains des comtes de Carcassonne.
Eudes, l'un des frères de Roger Ier, s'était décidé à céder à ce dernier le Razès, dont il avait hérité dans la succession paternelle, lorsque son fils viendra à décéder. Roger Ier fit à son tour un testament dans lequel il donnait à Raymond, son fils aîné un certain nombre de terres, parmi lesquels figuraient celles des Kercorates. Le testament de Roger Ier fut rédigé en 1032, et c'est là qu'on trouve mentionner pour la première fois le pays de Kercorb, hormis les textes de Pline.
Le partage fait en 1032 fut modifié plus tard. La terre des Kercorates, qui devait passer entre les mains du fils aîné du comte de Carcassonne, se trouva comprise dans la part qui revient à un de ses frères élevés sur le siège épiscopal de Gironde et connu sous le nom de Pierre. Une charte de 1034, dans laquelle Roger Ier, comte de Foix, fait hommage à cet évêque pour la terre du Kercorb, et ne laisse aucun doute à ce sujet.
Après la mort du comte de Foix, que je viens de nommer, son fils, n'ayant pas de descendants et voulant, d'ailleurs, faire un pèlerinage vers les lieux saints, se dessaisit du pays des Kercorates et le vendit à Bernard-Aton, vicomte de Béziers Il avait été excommunié par le pape avec comme accusation, « crime de simonie et de sodomie ». À cette époque, le pays qui avait été l'objet d'une pareille vente se trouvait compris dans les limites du diocèse de Mirepoix.
L'un des vicomtes de Béziers, à Raymond Trencavel, jugea à propos de démembrer la terre de Kercorb. Il céda, à titre de fief, le château de Chalabre, qui en faisait parti, à un bourgeois de Saint-Benoît appelé Roger. C'est alors pour la première fois en 1152 qu'on trouve mentionner le château de ce nom.
Quelques années plus tard en 1167, le même vicomte reprit la terre de Chalabre et la céda, à titre de fief, avec tout le Kercorb, à Miron de Tonneins. La charte de 1167 offre ici de l'intérêt, par la raison qu’elle nous apprend que le pays des Kercorates était composé de quatorze bourgades, parmi lesquels figuraient Chalabre, Montjardin, Villefort, la Calmette, Sainte-Colombe et quelques autres hameaux de moindre importance.
Au commencement du XIIIe siècle, on trouve la même terre entre les maisons de feudataires de Fanjeaux appelé Izard Bernard. Le vicomte de Béziers voulut alors la reprendre, et la donna à Roger Bernard, compte de Foix, l'un de ses parents.
Pendant le cours du XIIIe siècle, une guerre des plus acharnés s'alluma dans le midi de la France. Cet éclair avait pour objet de déposséder les grands seigneurs, qui avaient donné leur adhésion à l'hérésie albigeoise.
Puivert tomba après trois jours de siège. Bernard de Congost, en voyant les troupes arriver, fuit et se réfugia à Montségur où il y décéda.
Saint-Benoît (Auriag), Balaguier, Villefort, Rivel (Pendel) résistèrent une journée. Les châteaux furent détruits, mis à sac. Balaguier fut reconstruit plus tard par De Bruyères, contrairement aux autres qui furent anéantis de manière définitive.
Chalabre, comme Sainte-Colombe suivirent l’exemple de Narbonne. Ils ouvrèrent les portes sans la moindre résistance, sauvant la vie et la ville, et offrirent les clefs aux chefs croisés.
Simon de Montfort se plaça à la tête des croisés. Après la victoire, les demeures féodales du Razès devinrent désertes et formèrent un riche butin, dont on fit don aux hommes de guerre qui avaient aidé Simon de Montfort à affronter les périls, les combats. Jean de Voisins eut pour sa part la portion du Razès comprise entre Coufoulens et le château de Rennes. Louis de Moutrou prit possession des terres d’Escouloubre, avec les vastes forêts qui en formaient une riche dépendance. Guy de Lévis garda pour lui le diocèse de Mirepoix, s'étendant, à cette époque, depuis Lagarde et Léran jusqu'à Montségur et Bélesta. Le sire Pons de Bruyères le Chatel reçut dans ce partage le pays de Kercorb avec le château de Puyvert.
Pendant de longues années, la famille des Bruyères fit sa résidence dans ce dernier manoir. Thomas 1er l'un des membres de cette famille, petit fils de l’envahisseur, marié avec Isabelle de Melun, agrandit les moyens de défense de Puyvert, afin d'en faire une place forte. Deux enfants de Thomas 1er partagèrent sa succession en 1354. Philippe hérita de Rivel Chalabre et Saintes-Colombe. L’autre fils Thomas II hérita de Puyvert, Nébias et Montjardin.
La famille des Bruyères, qui dominait sur tout le pays de Kercorb, choisit le château de Puyvert pour y établir sa résidence. Ce qui nous prouve encore, c'est que Simon de Montfort, en promenant son armée triomphante dans le comté de Razès, s'arrêta devant Puyvert en 1210 pour en faire le siège, tandis qu'il ne paraît pas avoir songé à s'occuper de Chalabre. Il est vrai que la ville lui ouvre les portes sans résistance, lui donnant les clefs de la ville. À noter aussi que Puivert était symbolique avec son lac et ses cours d’amour, il n’était pas rare de voir Trencavel venir « au puyvert » se ressourcer, alors que Chalabre était un lieu de garnison et de recueillement religieux. De cette fête, on est en droit de conclure que le château de Puyvert offrait une certaine résistance pendant le cours du XIIIe siècle, tandis que celui de charme n'avait pas encore été construit.
Un acte de 1322 est le premier qui fait mention de ce dernier manoir, transaction entre Thomas de Bruyères et les habitants du village de Puyvert. Isabelle de Melun en prit possession en 1351, lorsque ces deux enfants eurent partagé la succession de leur père.

Le château devient seigneurial

En 1442, le château de Chalabre avait acquis une certaine importance. Un acte de cette époque va en donner la preuve :
« Charles, par la grâce de Dieu, roi des Français, au sénéchal de Carcassonne, à nos délégués pour le fait des subsides dans le diocèse de Mirepoix, d’Alet, et dans l'officialité de Limoux, salut : pour ceux qui regardent notre fidèle et bien-aimé Philippe de Voisins, chevalier, seigneur de Puyvert, et Béatrice de Mauléon, veuve de Jean de Bruyères, autrefois seigneurs de Chalabre, tutrice et gardienne des biens de ses enfants, Roger, Jean, Catherine et Marguerite de Bruyères, seigneur de Chalabre. Il nous a été représenté que les habitants des dites baronnies de Puyvert sont et ont été taillable à la volonté de leur seigneur, et que ces derniers sont dans l'habitude de prélever chaque année, surtout leurs vassaux, une redevance dont ils fixent eux-mêmes le chiffre. Il nous a été également représenté, que dans ces lieux il y a deux châteaux fortement défendu, voisin l'un de l'autre, à rapprocher de la juridiction du roi d'Aragon, notre cher et bien-aimé parents, et du comté de Foix. Ces châteaux, étant placé au milieu des forêts et dans un pays environné de danger ; pour ces motifs, les vassaux de cette terre ont été exempts de toute espèce de contribution, tant pour le fait de guerre que pour tout autre motif, et ils n'ont pas été tenus de payer la part des impôts avec les populations taillables du pays de l'alarme occitanique. Ils n'ont pas même été appelés à contribuer à la rançon destinée à libérer le feu le roi Jean, notre bien-aimé aïeul.
Et, feu le roi Charles, notre aïeul, a voulu et déclaré que les vassaux de ladite terre ne seraient pas compris parmi ceux qui paient une taille dans le pays de langue occitanique ».
Vers la fin du XIIIe siècle, un événement désastreux entraîne la ruine de Mirepoix. Les chroniques ariégeoises, qui font mention de cet événement, en rejettent la cause sur une crue phénoménale du Blau.
On rapporte que la plaine de Puivert, décorée aujourd'hui par de gracieux chalets, les camps, était autrefois couverte par un lac.
Pour dessécher cette pleine et en faire écouler les eaux, il fallut briser un rocher, qui leur servait de digue vers la partie la plus déclive. Lorsque ce barrage, que la nature avait créé, eut été travaillé (en 1255) par la main de l'homme, un jour de violant orages, et de grandes crues, les eaux du lac se précipitèrent comme un torrent sur les deux rives du Blau, et elles dévastèrent tout ce qui se trouve sur leur passage. Alors, la commune de Mirepoix périt au milieu des flots, comme Somnagum (Sonnac), et une partie de Chalabre. Mirepoix et Sonnac furent reconstruits de l’autre côté de l’Hers.
La petite ville de charme eût-elle à beaucoup souffrir de ce débordement ?
Peu de documents écrits viennent nous le confirmer. Mais, il est des faits qui semblent témoigner que cette commune ne fut pas épargnée. L'église paroissiale de Saint-Pierre, qui était autrefois classée parmi les prieurés, est aujourd'hui isolée et un peu éloignée du bord de l'Hers, aux abords de la jonction de ce cours d'eau avec le Blau et le Chalabreil.
Il est probable que, dans des temps plus reculés, cet isolement n'existait pas, et que les habitants de Chalabre, suivant l'exemple des vieilles bourgades, s'étaient groupés autour de leur église paroissiale. La tradition vient donner à cette probabilité le caractère d'une certitude, en affirmant que la commune primitive s'étendait au-dessous de Saint-Pierre, sur la rive droite de l’Hers, et qu'en fouillant vers ce point de terre, on a trouvé des traces de plusieurs constructions.
Sous la dénomination des Bruyères, le pays du Kercorb cessa d'être désigné par ce nom et ont pris l'habitude de l'appeler la terre privilégiée.
Qu’entendait-on par ces derniers mots ? On voulait dire que la terre a cédé au Bruyères, ne prenait aucune part aux impôts perçus pour les besoins de la couronne, et qu'elle n'était pas même tenue de contribuer à ce qui profitait à la province et au diocèse. Il est dit dans des sacs restés inédits dans le château de Chalabre que ces privilèges furent accordés par Philippe IV dit le bel à Jean de Bruyère, fils d’Isabelle de Melun et de Thomas.
Le baron Jean de Bruyères accompagna le roi Philippe III, dit le hardi, à Bordeaux, non pas pour y faire la bombance comme un siècle plus tôt, quand la bombe Aliénor y avait organisé la fête, mais bien pour chasser ces descendants Anglais.
Jean gagna du roi sa considération pour service rendu en1283.
« En considération de ses services, il est nommé Chambellan (officier de la chambre du prince). Ses vassaux sont taillables à sa volonté. Ainsi, il est déchargé à perpétuité de toutes sortes d’impôts envers la couronne, est déclaré gouverneur né de ses deux châteaux : Chalabre et Puivert. Le roi lui confie la garde par ses vassaux, et reçoit une compagnie de 50 hommes d’armes, dont il est le capitaine né. Tous ces privilèges furent acquis à jamais à sa descendance ».
Furent concernées les villes de Puivert, Chalabre, Villefort, Ourjac, Canterate, Fontrouge, Paris, Nébias, Carbonnas, Montjardin, Lescale, Saint-Jean de Paracol, Rivel, Sainte-Colombe, Sonnac.
Les privilèges, dont jouissent ces communes, quoi que sans exemple dans des contrées voisines, étaient justifiés par les charges qui pesaient sur elles. Les vassaux des Bruyères étaient taillables, une fois l'an, au gré de leur seigneur. Il s'était tenu, chacun à son tour, de garder, jour et nuit, les châteaux de Puyvert, de Chalabre et de Nébias. Une autre charge pesait sur eux, les colons de la terre privilégiée ne pouvaient quitter leur domicile sans y être autorisés par le seigneur. Si l'envie les prenait de déserter le sol qui les avait vu naître pour aller se fixer dans une autre résidence, le seigneur retenait entre ses mains tout ce qui leur avait appartenu et il en disposait selon son bon plaisir.
Le vestibule du château de Chalabre - Statue du Sire de Bruyères
Ce n'est pas tout encore !
À chaque nouveau règne, les Bruyères d'abord, et plus tard leurs vassaux, étaient tenus de faire approuver les privilèges dont il jouissait par le monarque qui montait sur le trône. Pour obtenir cette approbation, les communes, qui se décidaient à la solliciter, devaient payer des droits très onéreux. Une quittance du trésorier de l'épargne, délivré en 1643, fournit la preuve qu'à cette époque de pareil droit s'était élevé à une somme de cinq mille livres.
Pourquoi les habitants du pays de Kercorb étaient-ils affranchis des impôts perçus par le roi ou pour la province ? Il en était ainsi parce que les Bruyères se trouvaient placés dans le voisinage de l'Aragon d'un côté, de la Cerdagne de l'autre. Et, que les seigneurs, qui jouissaient de ces contrées, étaient enclins à étendre leur domaine jusque dans les pays de langue Occitanique, et que les Bruyères s'étaient engagés à faire éclater à leurs frais les châteaux fortifiés qui pouvaient opposer une barrière à ces invasions. Comme on le voit, les privilèges dont jouissent les colons du pays de Kercorb n'avaient rien qui peut être envié, puisque à côté de ces privilèges on avait créé des charges qui étaient plus lourdes que celles qu'avaient à supporter les vassaux d'autres contrées du voisinage.
Les franchises de la terre privilégiée excitèrent néanmoins la jalousie de quelques communes de l'ancien comté de Razès. Et, il fallut entrer en procès avec elles. En 1526, les habitants de Mirepoix essayèrent de contraindre les vassaux des Bruyères à payer une part des impôts qu'ils avaient eux-mêmes à acquitter.
Les colons de la terre privilégiée en appelèrent à l'autorité royale, et le chef de l'État rendu une ordonnance qui leur était favorable. La commune de Mirepoix ne fit pas un abandon de ses prétentions ; elle les renouvela en 1528, en 1535 et en 1539. Chaque fois, une ordonnance émanée du trône fit échouée de pareilles tentatives.
Lorsque les habitants de Mirepoix étaient obligés de remettre à d'autres temps la reproduction de leur contestation, c'était les agents du fisc, dans la province du Languedoc, qui est essayé à leur tour, de faire retomber sur les vassaux des Bruyères une part des impôts qui profitaient à la province. Les efforts n’eurent pas plus de succès que ceux des habitants de Mirepoix.
En 1439, les agents du fisc avaient espéré être plus heureux dans leur pôle. Le roi, pour savoir à quoi s'en tenir sur des débats qui se renouvelaient trop souvent, ordonna une enquête sur les sujets en litige, dans les communes de Mirepoix et de Pamiers. Artaud de la Marète, chargé de cette mission prit des mesures pour bien se renseigner. Il visita plusieurs localités et ne termina son œuvre qu'après une durée de cinq mois. Artaud de la Marète se transporta successivement à Fanjeaux, à Mirepoix, à Laroque d’Olmes, à Quillan, à Alet et à Limoux. Partout, les témoins qui furent entendus s'accordaient à déclarer que les vassaux des Bruyères ne payaient aucun impôt au roi ni à la province, et que ce privilège était commandé par les corvées qui pesaient sur eux.
À Limoux, le témoin qui fut appelé à déposer était Jean de Montfaucon, viguier du roi. Sa déclaration mérite d'être reproduite. « Jean de Montfaucon, damoiseau, seigneur est originaire de Roquetaillade, dans le diocèse d'Alet, viguier du roi, domicilié depuis vingt-deux ans dans la ville de Limoux, âgé de 50 ans et possédant pour une valeur de plus de quatre mille livres en biens-fonds, a été cité par ledit commissaire pour prêter serment et pour déposer au sujet de ce qui est contenu dans les lettres du roi.
Ce témoin a déposé dans la ville de Limoux, le 21 du mois de mai de la 1440, après avoir été interrogé. Et, il a dit qu’en 1409 il avait épousé noble dame Jordane de Amacio, veuve du noble et puissant seigneur Philippe de Bruyères, chevalier et seigneur de Chalabre. La dite dame, mère de noble Jean de Bruyères, lequel était le dernier seigneur de la terre de Chalabre. Le dit Montfaucon affirme avoir vécu sur cette terre pendant près de six ans. Et, pendant ce temps, il a eu la direction et la police d'une partie de la seigneurie de Chalabre. Il a vu que le dit Jean de bruyères prélevait chaque année sur les habitants de cette seigneurie la taille qui lui convenait.
Quant à la terre de Rivel, il ne prélevait là aucune taille, par la raison que les habitants de ce lieu, en vertu d'un traité qu'ils avaient accepté, était dans l'habitude de payer, en une seule fois, une somme de 80 livres tournois. Et, cette somme, le seigneur de Chalabre l'avait vendue, en une seule fois, au chanoines de Saint-Just de Narbonne, avec cette condition, que si les habitants de Puyvert n'ait pas payé la taille déjà mentionnée, le jour indiqué ou bien le lendemain, ils étaient tenus dans ce cas de la payer double.
De plus, les habitants de la terre de Chalabre ont obtenus de ne jamais quitter ladite terre sans la volonté de leur seigneur. Et, s’ils portent leur domicile ailleurs sans cette autorisation, le seigneur a le droit de prendre tous les biens et d'en faire sa propriété.
De plus, les habitants de ladite terre sont tenus de garder jour et nuit le château de Chalabre, qui est fortifié et presque imprenable. Ce château, placé dans des montagnes et au milieu des forêts, est à la frontière du royaume d'Aragon et du comté de Foix. Les habitants de Chalabre, pour faire cette garde supportent plusieurs corvées. Ils s'y transportent le jour et la nuit, afin de défendre la cause du roi et celle de leur seigneur.
Le témoin ajoute encore avoir vu bien souvent le même usage être suivi dans les terres de Puyvert et de Nébias, qui forment une dépendance de celle de Chalabre.
Le témoin ajoute, enfin. Il est vrai que les hommes attachés à la baronnie de Chalabre et de Puyvert sont quittes et exempts de toute espèce de contribution, pour le roi et pour les charges publiques ou particulières, dans le pays de langue Occitanique. Il a vu qu’il en a été ainsi depuis l'année 1418 jusqu'en 1437, et jamais les habitants de cette terre n'ont été contraints pendant ce temps à payer au roi aucun impôt. Ils n'ont pas été appelés également à l'assiette ou à la répartition des subsides et des autres impositions communes ou particulières du diocèse et de la fiscalité de Limoux. Jamais il n'a vu être appelé à cette assiette ni les consuls, ni les habitants des lieux de Nébias et de Saint-Jean de Paracol, qui sont de ce diocèse et qui dépendent de la baronnie de Chalabre et de Puyvert. Il n'a jamais vu également prendre part à ces impôts ni la terre de Nébias, ni celle de Saint-Jean » (archives du château de Chalabre).
Les chartes, dont j'ai reproduit quelques fragments, font connaître une partie des privilèges attachés à la seigneurie des Bruyères. Ces chartes ne disent rien cependant sur le régime consulaire de cette localité. À défaut d'un titre plus précis, on peut avancer dans des chartes confirmatives des privilèges de Chalabrois, et déterminer d'une manière approximative l'époque où les consuls ont commencé à paraître dans la seigneurie des Bruyères.
Ces chartes sont au nombre de vingt-sept. Elles commencent en 1300 sous Philippe IV, continuent en se succédant à des époques assez rapprochées, jusqu'au règne de Charles VII, en 1459. Ce sont d'abord les seigneurs de Chalabre ou de Puyvert qui demande au roi pour leurs vassaux, le maintien de leurs privilèges. Mais, à partir du milieu du XVe siècle, ce sont les vassaux eux-mêmes qui formulèrent une pareille demande. Alors, aussi, on parla, pour la première fois, des consuls dans des chartes émanées du trône. Un document, portant la date de 1440, fait mention des consuls de Nébias et de Saint-Jean de Paracol. Notre titre, remontant à l'année 1539, parle également des consuls de Chalabre.
Les rois de France, qui ont succédé à Charles VI, en confirmant les privilèges de la seigneurie des Bruyères, commencent leur acte par ces mots : « nous avons reçu l'humble supplication de nos amés, l'émanant et habitant des châteaux de Chalabre, de Puyvert et de Nébias en notre pays du Languedoc… » (Actes de 1476 dans les archives du château de Chalabre). Avant cette époque, les mêmes actes commencent de la manière suivante : « notre aimée sieur de bruyères et de Puyvert, nous a montré une plainte à cause de son Chastel, terre et baronnie de Puyvert, dont les hommes sont taillables à volonté, une fois l'an, et pour cette cause, ils ont été et sont francs et quittes exempts de toute taille, subsides, redevances et autres servitudes quelconques... » (Actes 2358, dans les archives de Chalabre). Tous ces faits sembleraient établir que le régime consulaire ne s'était introduit dans la seigneurie des Bruyères que pendant les premières années du XVe siècle.
Pourquoi les rois de France se taisait-t-il sur ce point dans les ordonnances qui ont pour objet de confirmer les privilèges de cette seigneurie à partir de cette époque ?
On l'ignore !
Peut-être que ce régime a-t-il été réglé par des arrêts, ou bien ne s'est-il établi que par la simple tolérance des seigneurs comme on en trouve des exemples dans quelques communes peu importantes du midi de la France.
Ce qui porterait à penser qu'il en a été ainsi. En effet, en 1727 dans une délibération de la commune de chambre, on lit ce qui suit : «… Ils ont encore représenté que l'on ignorait point le droit des consuls fondés sur l'usage, et autorisé par les ordonnances des seigneurs indépendants de la province même par les arrêts du conseil d'État de nommer leurs successeurs… » (Archives de la mairie de Chalabre).
Si les habitants de cette commune avaient eu un titre dans lequel le régime consulaire veut régler pour eux, on n'aurait pas négligé de le rapporter. Mais, ils ne font mention d'abord que de l'usage, et puis des ordonnances des intendants de la province et des arrêts du conseil d'État, qui avait sans doute un caractère général, ne s'appliquait pas spécialement à la commune de Chalabre.
Si on n'est pas exactement renseigné sur l'origine du pouvoir consulaire dans cette dernière commune, on connaît du moins l’étendu des droits qui y étaient attachés, et le mode électoral dont on avait fait le choix pour le renouvellement des consuls. Dans une transaction de 1614 survenue entre Jean-Antoine de Bruyères, seigneurs de Chalabre, et les habitants de cette commune, il est dit que les consuls avaient le droit d'inspecter les mesures dont on faisait usage dans les moulins auxquels était inhérent un caractère de banalités. Ils pouvaient aussi exercer un certain pouvoir en matière de police, et ce pouvoir était limité au vol de fruits ou de portes, aux contraventions des hôteliers, débouchés, des boulangers, aux dommages causés aux propriétés rurales par des animaux domestiques.
Malgré les discordes entre les familles, il vendit à Guillaume de Joyeuse, le 29 octobre 1586, pour cent mille écus, la baronnie de Chalabre, afin de financer sa compagnie de chevaux, avec lequel il fera des ravages.
Avec cette compagnie, composée de plus de cent chevaux légers, il défendit Coursan contre Montmorency. Il participa à l’assaut de Limoux, et organisa le massacre d’Alet.
De retour à Chalabre, notre François se retrouva sans terre. Le S.D.F. fit donc bâtir une maison (aujourd’hui les cèdres), pour y loger les vieux de la famille. Il récupéra le château, car les descendants de Guillaume ne s’étaient pas acquittés entièrement de la somme. Il reprit son ancien bien.
Avec les prises de guerres, il s’était fait un pécule. Ces prises de guerres lui furent reprochées pendant longtemps. Cependant, elles lui permirent de dédommager Marie de Bartanay, qui, du coup, se retrouva sans le moindre toit. Elle avait tout vendue. Comme elle avait des sous, elle pouvait terminer ses jours à l’hospice ou au couvent !
François III de Bruyères, de retour dans son fief, eut maille à parti avec les habitants, qui doutaient de l’honnêteté de son butin et lui reprochaient ses massacres, ainsi que sa rapine.
Le magot délia les mauvaises langues. Le village n’avait pas besoin de cela.
Les habitants, avec les impôts, avaient déjà de la matière.
Les habitants de Chalabre, dès 1500, étaient libres de faire cuire leur pain dans des fours particuliers. Mais, il ne leur était permis de moudre les grains que dans les moulins du seigneur. Il pouvait couper du bois pour se chauffer, dans une forêt appelée « le bois-noir », en se conformant à un usage réglé en 1579. Mais, ils étaient astreints à garder le château des Bruyères. Dans la transaction de 1614, on fait connaître de quelle manière cette garde devait être faite. cette transaction dit ; « aussi est accordée que la garde du château de Chalabre sera faite par les habitants de ce consulat et autres consulats qui doive la faire, suivant leur teneur, et qu'il est accoutumé, à savoir, pour en temps de paix par deux hommes, pour la nuit et en temps de guerre par six hommes, et par un homme le jour où dit temps de paix, comme a été accoutumée faire part si devant. Lesquels hommes, du moins en temps de guerre, porteront, un chacun pour soi, des armes à feu, avec balle et poudre s’ils en ont et non autrement. Et, le dit seigneur sera tenu, comme être accoutumé, leur tenir lumière et feu pour se chauffer… ».
Transaction du 14 décembre 1614 entre Jean-Antoine de Bruyères, seigneur de Chalabre, et les consuls, syndic et habitants du dit Chalabre.
Quant au mode électoral pour le renouvellement des consuls, il est indiqué par une délibération de la commune de Chalabre dont j'ai déjà remporté un fragment. Les consuls étaient au nombre de quatre, et ils avaient chacun un grand déterminé. Lorsque leurs pouvoirs annuels étaient expirés, ils choisissaient ceux qui devaient les remplacer dans le rang qui était occupé par chacun d’eux. Ce renouvellement avait lieu le 1er novembre, jour de la Toussaint. Si l'un des membres du consulat était dans l'impossibilité de désigner son successeur, le droit d'élection appartenait, dans ce cas seulement, aux autres membres du consulat.
Pendant longtemps la commune de Chalabre fût dépourvue de conseil politique ou municipal. Lorsqu’il était nécessaire de prendre quelques délibérations d'un intérêt général, tous les habitants, sans aucune exception, étaient admis à exprimer leur vote. Ce mode de procéder pour les délibérations était aussi larges qu'on pouvait le désirer. Et, il était généralement adopté dans des communes peu populeuses du Razès. Dans les grands centres de population, ce mode de procéder pouvait avoir des conséquences fâcheuses quand il n'était réglé par aucune mesure propre à assurer la libre expression des votes.
En 1722, on eut la preuve des inconvénients, attachés à des élections qui ne sont soumises à aucune espèce de règles.
Voici dans quelles circonstances : on était arrivé au 1er novembre, jour fixé pour le renouvellement des consuls. Toursié, Bardon et Roques s'était présentés pour désigner leurs successeurs. C’était Antoine Lassale et Marc Antoine Batailler. À la place de Batisat, consul absent, on avait nommé Pierre Nègre fils. Quant à Roques, quatrième consul, celui-ci se plut, à désigner pour lui succéder, à nommer Bardon, qui avait déjà été troisième consul, et qui, pour ce motif, se refusa à accepter un rang inférieur à celui qu’il avait occupé.
Des contestations se levèrent sur cet incident. Et, l'assemblée qui en était témoin prétendit, à son tour, que puisqu'on ne pouvait s'entendre sur le choix du quatrième consul c'était à elle à élire tous les membres du consulat, sans tenir compte des élections qui avaient été faites d'une manière régulière. Ces prétentions prévalurent sur les anciens usages, et l'assemblée désigna quatre Chalabrois qui ne possédaient aucune propriété.
Les intendants de la province, informés de ce qui venait d'avoir lieu, cassèrent immédiatement cette élection. Jacques Peyre, le juge mage au sénéchal et présidial de Limoux, fut chargé d'aller signifier à la commune de Chalabre la décision qui avait été prise à son égard, et de régulariser ce qu’on s'était permis de faire indûment.
Dans ce procès-verbal rédigé à l'occasion de cet incident, on lit ce qui suit : « l’an 1722 et le 13 novembre, nous Jacques Peyre, président et juge mage au sénéchal de Limoux, subdélégué de Mgr De Bernage, intendants de justice à la province du Languedoc, arrivé en avril de Chalabre entre 11:00 et 12:00, et descendu au logis où pendant une enseigne la croix blanche, aurions envoyé chercher le nommer Jean-Paul Bernies, qui nous aurait dit être le syndic de la communauté, et ensuite les nommés Toursier, Bardon, Batisat et Roques, ci-devant consuls, auxquels ayant exposé le fait de l'autre commission, il nous aurait offert de faire assembler la communauté à l'ordinaire. Et, leur ayant demandé s’il n'y avait pas de conseil politique établi à ladite ville, ils nous auraient dit qu'il n'y en avait aucun. Mais, que lorsqu'il était question de prendre quelques délibérations, tous les habitants y étaient reçus indifféremment.
Vu la requête à nouveau présentée par le syndic général du Languedoc, contenant que par arrêt du conseil du 20 septembre 1689, il est ordonné que, dans chacune des villes et communautés de ladite province, il sera établi un conseil politique ordinaire, composé de vingt-quatre, de douze ou de six des habitants, suivant la force et importance des communautés, pour diriger les affaires et a assisté à la nomination des consuls et collecteurs.
Le château de Chalabre - Vue aérienne
Considérant que cet arrêt n'a pas été exécuté dans la communauté de Chalabre, diocèse de Mirepoix, où toutes sortes d'habitants sont admis dans le conseil, ce qui a donné lieu à diverses cabales et à plusieurs procès qui causeraient la ruine de la communauté s'il n'y était pas pourvu, et, étant informé des difficultés qui se présentent dans la nomination des conseillers politiques, et des inconvénients qui arriveraient si ce choix était fait par une assemblée générale des habitants de la dite communauté.
Ordonnons que le conseil politique de la ville de Chalabre sera composé de douze membres pour délibérer sur toutes les affaires de la communauté, avec leurs maires et consuls, le sieur curé, le syndic des habitants forains, qui doit être appelé à tous les conseils suivant le règlement, et le procureur juridictionnel. Le juge ou autre officier du seigneur seront appelés à l'absence du maire. Et, il pourra être délibéré sur toutes les affaires, quand même les douze conseillers ne se trouveraient pas, pourvu qu'il soit au nombre de sept, sans y comprendre le curé et le syndic des habitants forains.
Ordonnons que le dit conseil politique soit toujours composé de six anciens et de six nouveaux conseillers, conformément à l'arrêt du conseil d'État du 20 septembre 1689, en observant de nommer des habitants contribuables et qui ne soit ni comptable ni reliquaire. » (Archives de la commune de Chalabre.
À partir de ce jour, les sélections consulaires furent faites comme le voulaient les règlements en vigueur dans le Languedoc. Et, rien ne nous dit que le bourg de Chalabre ait été agité de nouveau par des votes ayant pour but de confier l'administration consulaire à des hommes qui n'étaient attachés au bien-être communal par aucun lien de propriété.
La commune de Puyvert, après avoir été pendant longtemps le chef-lieu de la terre privilégiée, finit par descendre au second rang. Le bourg de Chalabre, accentuée par des accroissements successifs, devait nécessairement se lever et occuper le premier rang. C’est ce qui se réalisa au commencement du XVe siècle.
Un tel changement dans la prépondérance de ces deux communes trouve son explication dans des conditions aussi attachées qu’occupées par chacune d'elles. Puyvert est bâtie dans ce lieu reculé, loin d'un cours d'eau et au voisinage d'une grande étendue de terre impropre à la culture. Chalabre est plus abrité, son climat est plus doux, trois Rivières daignent ses murs, et la vallée où viennent se joindre ses cours d'eau est traversée par une voie assez fréquentée.
Les cours d'eau, quand ils ont quelque importance et qu'ils sont rapprochés d'un centre de population, aident ce dernier à prospérer d'une manière rapide et durable. Les travaux d'irrigation sont alors possibles et on sait quel est leur influence sur le bien-être des agriculteurs. Alors aussi, on peut construire des usines dont le mouvement est dû à des moteurs hydrauliques. C’est là une source de richesse pour les pays qui savent la mettre à profit.
Voilà donc Chalabre devenu en quelque sorte le chef-lieu de la terre privilégiée. Là se réunissaient, chaque année, les délégués de Puyvert et de Rivel, afin d'y régler conjointement avec ceux de Chalabre, les dépenses de l'intérêt commun. Les habitants de Puyvert essayèrent de protester contre une pareille habitude, en soutenant qu'ils ne dépendaient, en aucune manière, de la baronnie de Chalabre. Un arrêt, rendu en 440 par la cour des aydes de Montpellier, vient établir que cette dépendance devait avoir lieu.
En présence de l'arrêt ainsi formulé, il fallut se résigner. Mais, cette résignation ne fut pas de longue durée. Bientôt les consuls de Puyvert, d'un commun accord avec ceux de Rivel, demander à prouver que la commune de Chalabre ne pouvait être le chef-lieu de la terre privilégiée, et que, par suite, les délégués des autres communes ne devaient pas être tenus de s'y réunir annuellement pour y régler les dépenses qui étaient à la charge de la terre inféodée aux Bruyères. La cour des aydes de Montpellier fut encore appelée à se prononcer sur ce point, et elle décida en 1692 que les contestations des consuls de Puyvert n'avait pas de fondement. D'après la décision de cette cour, c'est à Chalabre que devait avoir lieu les réunions qui avaient pour objet de régler les dépenses d'un intérêt commun. C’est là que les délégués de Puyvert et de Rivel était tenu de se rendre pour procéder à l'audition des comptes et à la clôture des frais que les vassaux des Bruyères avaient à supporter. Ces députés, au nombre de six pour chaque village privilégié ne pouvait être plus nombreux. Et, quoi que les réunions devait avoir lieu à Chalabre, il était interdit à cette dernière commune de voir là aucune espèce de prééminence et de se qualifier de chef-lieu de la terre privilégiée.
Les habitants de Chalabre n'étaient pas encore arrivés au terme de leurs débats avec les autres communes de la terre privilégiée. En 1581, le seigneur de cette terre se dessaisit, à la suite d'une vente de Rivel et de Sainte colombe. Aussitôt, ces deux bourgades se refusèrent à faire le guet au chef-lieu de la seigneurie des Bruyères, en affirmant que la vente qui venait d'avoir lieu les dégager d'une pareille corvée.
Les habitants de Chalabre repoussèrent cette affirmation en faisant observer :
1er que les communes récemment vendues n'avaient été déchargées des impôts provinciaux qu'en considération des corvées qu'elles arrêtent à supporter.
2ème que tous les villages de la terre privilégiée étaient tenus de garder le château du chef-lieu de la baronnie, non seulement d'un intérêt du pays tout entier, mais encore dans l'intérêt du roi.
3ème que si les villages vendus ne prenaient aucune part à la garde du chef-lieu, les communes non vendues auraient à supporter, seule, une garde qui deviendrait trop onéreuse pour elle.
4ème qu'il était d’un usage constant, dans la terre privilégiée que tous les villages affranchis d'impôts pour la province ne pouvaient s'abstenir de faire le guet sans en être dispensé par un assentiment général. Et, que dans le cas où les communes vendues parviendraient à s'affranchir du biais, elles seraient alors tenues de prendre part aux impôts perçus par la province et pour le diocèse. Ses moyens de défense furent accueillis favorablement, et le procès intenté à la commune de Chalabre n’eut aucun succès.
L'importance qu'avait acquise cette dernière commune n'était plus douteuse. En 1366, Philippe de Bruyères permit aux consuls chalabrois de créer un impôt dont le produit devait servir à clore des murs leur petite cité, afin de la défendre contre les tentatives d'envahissement de la part des ennemis du trône. (Généalogie des Bruyères à la bibliothèque Richelieu à Paris).
Henri IV, par des lettres patentes du mois de mars 1597, autorisa les consuls chalabrois à faire une fois le quatre heureux de chaque année. (Cette foire a été prorogée plus tard au 18 octobre, jour de Saint-Luc, évangélistes).
Une association religieuse de capucins s'établit en 1630 dans une vaste maison édifiée sur le boulevard méridional. Elle s'y maintient jusqu'au moment où toutes les communautés monacales furent supprimées.
La peste se tend fort échauffée par tout le Languedoc et particulièrement à Carcassonne et à Limoux. Le R.P. provincial fut obligé de décharger les familles desdits couvents. Il envoya une partie de celle de Carcassonne à Lagrasse et celle de Limoux à Chalabre, ou non religieux ayant demeuré quelque temps et par leur service et bon exemple. Ayant déposé les Messieurs de ces villes à nous y recevoir, la croix fut plantée à Chalabre le 8 avril 1630.
Cette cérémonie se fit fort solennellement par le R.P. Georges de Savoie, pour lors provincial, auquel Mgr l'évêque de Mirepoix donna tout son pouvoir. Le pouvoir lui-même y assistait.
Ce que toute la ville fit avec M. le marquis de Chalabre et ses enfants, lequel seigneur contribua beaucoup à cet établissement et se déclara fondateur ayant pour cela acheter une maison du nommer M. Savy, dans laquelle nos pères furent d'abord logés et sur laquelle ils firent bâtir le couvent et l'église, et sur d'autres fonds de plusieurs particuliers qu'on acheta.
L'église fut consacrée par Mgr Louis Hercule de Lévy de Ventadour, évêque de mirepoix, le 20 juin 1663, et fut dédiée à l’Immaculée Conceptions de la Sainte-Vierge. Ce prélat transféra l'Office de la conception au 30 août tous les ans. (Fondation du couvent des capucins de la province de Toulouse, 1727).
Des pénitents blancs y organisèrent alors toute une confrérie. Et, ils eurent des relations assez fréquentes avec les pénitents du même ordre et de la même couleur établis à Quillan. Lorsque des coûts industriels se firent jour au sein de la population chalabroise, on construisit un canal sur la rive droite de l'Hers, dont les eaux firent mouvoir plusieurs usines et servirent en même temps à arroser les terres couvertes de plantes fourragères.
Le château lui-même a pris part à ce mouvement de transformation. D’abord lourd, mal éclairé, hérissé de tours et de créneaux, il s'est métamorphosé d'une manière élégante du côté du couchant. Sur ce point, une nouvelle façade, percée de plusieurs ouvertures, devait être terminée aux deux extrémités par deux savants, corps ornés de frontons. Une seule de ces ailes a été bâtie, l'autre est resté inachevée jusqu'à ce jour.
À l'intérieur, on a modifié le plan primitif. L’escalier étroit et à hélices, qu'on rencontrait autrefois dans des vieilles habitations féodales, a été remplacé par un escalier large et à pente douce. Les degrés tournent autour d'une vaste cage où la lumière abonde. Le portique est ample, élevé et orné de buste ou de statues antiques. Il y a là aussi plusieurs tableaux dont quelques-uns sont peints par des artistes habiles.
Ce qu'il faut admirer après tout cela, c'est le point de vue que donne aujourd'hui le haut de la plate-forme qui précède l'entrée du château. On voit aux loin les gorges de l’Hers se frayer un passage. On voit du même côté, sur l'une des dentelures qui terminent l'horizon, le prieuré de Saint-Pierre, vénéré par les personnes pieuses du voisinage. Au pied du coteau qui supporte le manoir des bruyères, se déroule la commune chalabroise avec ses boulevards, avec son église paroissiale dédiée à Saint-Pierre et avec sa place du marché élargie en 1775, à la suite d'un incendie qui y consuma plusieurs habitations.
Jean Aymeric essuya de grands procès. Le plus intéressant fut celui engagé par la ville contre le contrôleur de la gabelle. Après un an de procédure, un homme, noble de surcroît, rendit son verdict. Cet homme Henry D’Aguesseau prit cause et fait pour le peuple de Chalabre.
Un camouflet pour le seigneur. Jusqu'alors, il lui arrivait de perdre, mais pour des pacotilles. Là, c’était le représentant du roi qui le condamnait

Procès-verbal de Toulouse :

Texte authentique :
« 7 mars 1678 procès-verbal de Mr D’Aguesseau jugent en Languedoc.
L’an mil six cent soixante-dix-huit et le septième jour du mois de mars, dans la ville de Toulouze deux heures des référés par devant nous Henry D’Aguesseau chevalier conseiller du Roy en ses conseils maître des requêtes ordinaires de son hostel et président au grand conseil intendant de justice, police et finances en la province des Languedoc, est comparu Bonafous procureur du syndic et consuls de la ville de Chalabre, Puivert et lieu adjacents lequel nous a représenté qu’en vertu de nôtre ordonnance du cinquième de ce mois, il aurait fait assignés a le jourdhuy deux heures de référé en notre hostel sçis nia bellane par exploit du sixième du mime mois contrôlé le sept le fermier des gabelles du Languedoc en son domicile chez le sieur Lombail pour estre présent si bon lui semble à la collation des titre des pièces desquels ils entendent la servir et nous remettre suivant l’arrêt du conseil déstat du vingt-septième novembre mil six cent soixante-dix-sept ayant à cette fin remis les dits titres et actes en original et requiert qu’il nous plus procédés à la collation d’iceux pour en acciter la perte.
A l’instant, serait comparu Me Antoine Pages procureur principal des gabelles du dit pays de Languedoc et département de Toulouze faisant pour Me François de la France fermier général d’icelles lequel nous aurait requis d’ordonner qu’il aurait communication des dits titres pour savoir s’ils sont dans la forme requise et conforme aux originaux.
Sur quoy nous aurions ordonné que les dits pages au dit nom aurait communication des dits titres par les mains de notre secrétaire, ce qu’ayant este fait et après les avoir vus et examinés, il nous aurait dit que sans préjudice des exceptions légitimes que le dit de la France a contre les presentions du dit syndic et consuls de Chalabre et lieux adjacents il n’empêche pas qu’il soit par nous procédé au collationné des actes par eux remis, requérant qu’il nous plaise ordonné que nôtre procès-verbal demeure chargé de la que les lettres patentes de l’an mil quatre cent quarante-trois ne sont que des extraits nuls et informes et qui par conséquent ne suffisent pas pour satisfaire au désir de l’arrêt du conseil de sa majesté qui ordonne que le dit syndic et consuls de Chalabre remettront les originaux de leurs titres à cause de quoy le dit Pages au dit nom proteste de la nullité des dits extraits.
Par le dit Bonafous au dit nom esté dit que les dites lettres patentés de mil quatre cens dix-neuf et sentence de mil quatre cens quarante-trois qui se trouvent transcrites dans un gros volume en parchemin ayant esté collationné sur les originaux en l’année mil six cens deux par Me Jean de Vezian lieutenant particulier en la sénéchaussée de Toulouze en conséquence d’une commission de la grande chancellerie et en présence de Me Hierome ( Gérome) du Vergé faisant pour le fermier général des gabelles et son associé les dits extraits font autant de foy que les originaux et qu’ainsi sans nous arrêter au dires du dit Pages, il y a lieu d’ordonnes qu’il sera procédé à la collation des dites pièces.
Sur quoy nous avons accordé acte aux parties de leur dires et déclarations et avons ordonné qu’il sera par nous présentement procédé a la collation des dits titres et actes concernant les privilèges accordés par le Roy aux habitants du dit Chalabre et lieux adjacent de prendre du sel en franchise.
23 mars 1419 et premièrement des lettres patentés accordées aux dits habitants par le Roy Charles Dauphin en l’année mil quatre cens dix-neuf le vingt-trois de mars et d’une sentence d’entérinement d’icelles par un commissaire du Roy pour les impositions dans les diocèses de Mirepoix et de Pamiers, les dites pièces transcrites en langue latine un gros volume en parchemin en conséquence d’une commission de la chancellerie adresse au lieutenant particulier de la sénéchaussée de Toulouze.
28 mars 1526 les lettres patentes du Roy François premier en date du vingt-huit mars mil cinq cens six, portant confirmation des privilèges et exemptions accordées à ladite ville de Chalabre aussi contenu dans le dit volume.
29 mars 1605 un arrêt du conseil d’estat du vingt-neuf mars mil six cens cinq contradictoirement rendu avec le fermier des gabelles qui porte que les dits habitants jouirons par provision de leur privilège et l’ordonnance des commerces d’épuisés pour le règlement des gabelles de France attachée sous le contre siel du dit arrêt.
18 avril 1606 autre arrêt du conseil d’estat du dix-huit avril mil six cens huit rendu entre les consuls de Chalabre et le fermier des gabelles du Languedoc.
Mars 1611 lettre patentes du Roy Louis treize de l’année mil six cens onze au mois de mars portant confirmation des privilèges accordés à la ville de Chalabre.
16 octobre 1612 arrêt du conseil d’estat contradictoirement rendu entre le syndic des dits habitants de Chalabre et le fermier des dites gabelles le seize octobre mil six cens douze.
28 février 1628 deux ordonnances des trésoriers de France en la généralité.
25 février 1630 de Montpellier des vingt-huit février mil six cens vingt-huit et vingt-cinq du même mois de l’année mil six cens trente.
20 janvier 1635 autre arrêt du conseil du vingtième janvier mil six cens trente cinq rendu entre les dits consuls de Chalabre et le dit fermier des gabelles portant l’exécution de leurs privilèges.
29 juillet 1631 concordat passés entre les consuls et habitants du dit Chalabre et pays adjacents et les fermiers généraux des gabelles les vingt-neuf juillet mil six cens trente-un et dernier octobre mil six cens trente-cinq.
Octobre 1643 les lettres patentes de confirmation des dits privilèges accordés aux dits habitants par sa majesté au mois d’octobre mil six cens quarante-trois.
Tous lesquels titres et actes ont esté par nous collationnés en présence du dit Pages au dit nom sur les originaux à nous représenter par les dits consuls de Chalabre assistés du dit Bonafous Pages par mon dit sieur du Christo signés à l’original d’Aguesseau, J. Poulharies consul, J. Loubat consul, Bonafous, Pages par monseigneur Christ ont signé à l’original.
Cet extrait esté tiré de son original par moi Jean Rieutort greffier du comte de Chalabre dépendant de la terre privilégiée exhibé et a pris des collations faites retiré par le sieur Bardon consul l’année dernière qui suit avec moi signé aux Chalabre le troisième jour de septembre mil sept cent dix-huit. Signé :

Bardon consul Rieutort greffier

Le représentant du roi contre toute attente rendit son verdict, et donna raison au peuple de Chalabre.

Le château de Chalabre

Les années 1695 et, 1697 furent très dures. La famine sévit, faisant des ravages dans toutes les couches de la population. Les hivers furent des plus rigoureux. Les gens souffrirent. Mais, en comparaison, avec d’autres villes, les dégâts ne furent pas aussi importants.
Le Chalabrois, heureusement, avait la possibilité d’avoir du bois de chauffage. Pour la nourriture, les notables se débrouillaient et jouaient la solidarité !
Puis, cela sera le procès Dubois en 1720, où la comtesse, la dame des Alamans, Catherine Caillau de la Graulet, devant ce procès tronqué, limita les poursuites. Elle demanda à son syndic de participer à l’affaire, lequel convoqua les contrôleurs royaux et ceux de la gabelle de Narbonne.
Ils reconnurent que le sieur Dubois faisait de la fausse mesure.
Le roi de la ville (De Bruyères) a eu de gros soucis avec les boulangers.
Le mariage princier de Jean Aymeric en 1724 permit d’oublier les soucis, de courte durée.
la réalité du faste fit une belle dette, qui pour être épongée le châtelain vendit des propriétés comme le Falgas et la Mouillère.
La seigneurie du Falgas avait été vendue par François IV de Bruyères, en 1725, pour renflouer les caisses. Avec son fils Jean Aimeric, ils avaient voulu racheter leur ancien bien, avant la fin du droit de lésion. Le sieur Jossis n’était pas d’accord.
Son frère Pierre avocat au parlement fut assassiné le 08 / 02 / 1733. Un guet-apens fut orchestré par François IV et ses enfants.

Le château de Chalabre Le château de Chalabre Le château de Chalabre Le château de Chalabre

1789

Le marquis François Jean De Bruyères Chalabre n’avait sûrement pas été trop loin, peut-être dans un monastère de la région. En effet, lorsqu’une réunion avait lieu, le lendemain, il répondait par son régisseur. Pour ce faire, il ne fallait pas être très éloigné.
J’ai pensé pendant longtemps, mais sans aucune preuve, qu’il devait être à Lasserre de Prouille ou Fontfroide, surtout pas aux Capucins qui n’avaient pas « la côte » avec la population chalabroise, et où il y était connu. Puis, dernièrement, j’arrive à la conclusion qu’il était dans l’appartement de l’Hermite dans la chapelle du calvaire, y étant resté quelques mois.
Jeanne Elisabeth Fortunée, fille aînée de notre marquis, était née en 1762. Elle était souvent à Paris, dans la maison familiale située dans la rue de Chalabre, dans le 17ème arrondissement. Vieille fille, vierge des oreilles, elle courait le guilledou et taquinait la muse, plus exactement les révolutionnaires et autres.
Jean-Louis Félicité, fils de notre marquis, veuf de la fille de l’intendant d’Etigny avec qui il avait eu un fils Jean-Martre, était passé par Paris et y avait laissé son rejeton à la tata ci-dessus. Le gamin, comme sa tante, va se livrer à la débauche.
Jean Louis Félicité rejoindra l’Angleterre.
La révolution ne fit pas grand bruit. Le symbole (le château) était en rénovation, au trois quart démoli.
Les habitants vont pourtant « casser du noble ».
Grâce à la loi du directoire du 2 frimaire de l’an 1 (23 septembre1792), qui ordonne de piller et dépouiller le château de Lagarde, la demeure des Lévis, ils arrêtèrent les insurgés venus à cet effet de Limoux, et les accompagnèrent à Lagarde où chacun était revenu avec des souvenirs.
Les balustres et entourages de fenêtres de notre château avaient été récupérés à Lagarde.
Du château que nous connaissons de nos jours, il reste le donjon de 1200 restauré en 1450, la partie habitation datant de la révolution, aurait dû avoir une autre aile au nord, comme dans le projet initial, retranscrit dans une peinture que l’on peut voir à la mairie de Chalabre. Le projet trop onéreux, a été vite abandonné.
Les héritiers Mauléon Narbonne de Nébias sans trop de ressource, et vivant ailleurs, ont laissé le château sans trop d’entretien, avec une petite tour de guet assez récente tombée dans les années 50. En l’an 2000, c’était le tombeau de la marquise qui s’écroulait, de confession protestante, elle s’était vue son accès au cimetière refusé. Et les descendants dans une querelle d’indivision ont négligé le principal, assuré le patrimoine.
Une partie de ce texte est issu d’une notice Historique de 1867 écrite par L.A. Buzairies

Le château de Chalabre
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